Abbé Dariusz KapinskiDoux désert
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Tous les huit ans, les prêtres de notre diocèse peuvent bénéficier d’un trimestre sabbatique, s’ils en ont la motivation. L’abbé Dariusz Kapinski, prêtre polonais, a choisi de passer quelques mois en fin 2009 à Jérusalem et en Terre Sainte. Temps de formation, temps de remuement profond de l’être: il en est revenu changé.
Dès le premier moment, il a décidé d’envoyer à ses amis de Pologne un mail quotidien, relatant son séjour et ses découvertes. Il l’a fait avec une belle régularité. Ses récits ont plu, car ils étaient écrits dans un style spontané et joyeux, mais aussi plein de poésie et de profondeur. Aux anecdotes se mêlent des méditations, des prières, des poèmes dans une alternance suggestive qui incite à une lecture avec le coeur. L’idée de rassembler ces textes en un livre s’est dès lors imposée. L’abbé Kapinski a traduit lui-même ses textes en français; on y reconnaît sa voix engagée, chaude, enthousiaste.
Le livre se présente comme un carnet de voyage en Terre Sainte. Mais l’auteur ne se contente pas de décrire des sites. Il raconte son cheminement intérieur et les ambiances qu’il a perçues. Ambiances très contrastées.
Le bruit est omniprésent. La stridence des haut-parleurs de la mosquée tôt le matin; les groupes de pèlerins qui n’arrêtent guère de parler à voix haute; la rumeur de la foule serrée dans les petites rues de Jérusalem. En même temps, le désir d’un grand silence en ces lieux si marqués par la Passion de Jésus; quelques chapelles et quelques jardins qui échappent à l’agitation.
Dans la Ville sainte, beaucoup de monde: des présences très bigarrées, entre le juif orthodoxe et le touriste en shorts, entre le petit vendeur arabe et le pèlerin cherchant un objet souvenir. De grandes tensions parfois dans ce mélange, où se côtoient de graves conflits religieux et politiques. Mais Jérusalem est la ville de la paix: c’est son nom. Comment ne ferait-elle pas naître le désir de paix profonde, dans la solitude ou dans des rencontres fraternelles, où l’on cherche la sérénité?
Beaucoup de monde passe par la Via Dolorosa, sans prendre conscience du Chemin de croix du Christ. Le Saint-Sépulcre est souvent le théâtre d’affrontements et de bousculades… Et l’on ne saurait oublier le conflit entre Israël et la Palestine qui hante les rues de Jérusalem et dont le mur de séparation écrit la terrible trace sur la terre d’Abraham et de Jésus…
Difficile de se situer dans ces contrastes. Il faut aller au fond de soi-même pour atteindre à l’essentiel de la Terre Sainte. L’abbé Kapinski évoque les combats presque quotidiens qu’il a dû mener pour trouver le silence et la paix, pour se frayer un chemin au travers de la foule, afin d’arriver aux lieux où le coeur désire rencontrer la trace de lumière laissée par la Révélation divine. Ces combats l’ont transformé, si bien que les carnets du temps sabbatique deviennent le journal d’un voyage intérieur. Ce n’est pas leur moindre prix.
La Via Dolorosa, où le Christ a porté la croix — et en même temps toute l’humanité — occupe une place privilégiée. Elle devient comme un vaste lieu de méditation, où l’on entre avec Jésus dans une grande solidarité avec tous ceux qui sont bafoués dans leur dignité, avec tous ceux qui souffrent, avec tous ceux qui s’imaginent dans des voies sans issue. Mais, tout au bout de la Via Dolorosa, quelque part, il y a la Résurrection.
Le désert a marqué l’abbé Kapinski. Et la montée, épuisante et difficile, au mont Sinaï. Signe que la rencontre de Dieu n’est pas chose facile. Elle se vit au-delà, au-dedans des moments les plus âpres de notre destinée, à l’instar du prophète Elie, qui, désespéré et persécuté, rencontre la caresse de la brise légère comme la douce présence de Dieu. Mais il y a aussi les contacts, que l’abbé aime autant que le silence, dans un bel équilibre…
J’aimerais dire un grand merci à l’abbé Kapinski pour son beau témoignage sur les routes d’Israël. Et souligner sa forte profession de foi: «O Christ, tu es le seul que je ne veux pas perdre. En toi, je possède tout!»
Marc Donzé
Vicaire épiscopal, Fribourg
Littérature:
Doux désert, Journal de la Terre Sainte, 304 pages, 14,5x21 cm Euro 18.– CHF 25.–
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