La clôture de l’Année sacerdotale

par Bernard BALAYN

STELLA MARIS 471 SOMMAIRE

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Inaugurée le 19 juin 2009 sur la lancée de l’Année du 150e anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney, l’Année Sacerdotale vient d’être clôturée à Rome par le Pape Benoît XVI avec beaucoup d’éclat et de profondeur. Du 9 au 11 juin 2010, le Vatican en a renvoyé un large écho, par sa télévision, son dicastère du Clergé, présidé par le cardinal Claudio Hummes, jusqu’au Bureau des célébrations liturgiques animant les splendides cérémonies.

Le mercredi matin 9, la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs découvrait la foule recueillie et immaculée de plus de 10 000 prêtres venus du monde entier. Après l’allocution du cardinal Hummes — Légat de Rome à Ars le 4 août dernier, on s’en souvient1 — les prêtres étaient conviés à l’adoration eucharistique, dans un silence impressionnant, souligné par de très beaux chants, tout en intériorité et piété adéquate, la harpe et les violons aidant. De nombreux prêtres étaient à genoux, certains prosternés. L’après-midi se déroulait Salle Paul VI où le cardinal Hummes, très communicatif, a su enthousiasmer les prêtres, leur appliquant les brûlantes paroles de Jean Paul II aux mouvements charismatiques de la célèbre Pentecôte 1998: «Vous êtes la réponse à ce monde qui cherche un sens à la vie; vous êtes vraiment pour ce temps une lumière». Il évoque en ce sens le martyre récent de 3 prêtres du Burundi. Il les a encouragés à vivre leur vie sacerdotale comme en un cénacle continu de prière, autour de Marie, dans l’attente du renouvellement de l’Eglise par l’Esprit-Saint2. Il leur indique ensuite comment, avec Lui et la Vierge, ils doivent être cette lumière, en servant le Troupeau confié.
Le jeudi matin 10, retour à Saint-Paul. Après la méditation du cardinal Ouellet — archevêque de Québec — sur la nécessité pour les prêtres de se plonger dans le climat spirituel du Cénacle, la parole durant la messe est au cardinal-secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone. Approfondissant la pensée de ses deux collègues, il a montré combien le Cénacle de Jérusalem était le «lieu par excellence de l’intimité divine», toujours actuel et universel, dans l’Esprit-Saint et autour de Marie: «Notre première tâche pour le peuple qui nous est donné est la prière, âme de notre sacerdoce. Dans l’Eglise naissante, si Pierre est son guide, Marie est sa gardienne, sa mère. De sorte que cette maternité, entendue en son sens le plus haut, fait de nous, à son image, une race nouvelle, celle des intimes du Seigneur. Cette “consanguinité” de Sa famille s’enracine dans la prière permanente, dont l’Eucharistie est la forme suprême. A Gethsémani, l’imploration de Jésus devient sacrifice par son union d’amour avec le Père». Une fervente adoration eucharistique a conclu cette magnifique messe.
Le soir, le Saint-Père est entré en scène, devant la Basilique Saint-Pierre étincelante de mille feux, avec, au coeur de la façade, l’effigie de saint Jean-Marie Vianney, présidant plus que jamais ces journées conclusives. Acclamé par les 15000 prêtres présents — dont 800 français — le Pape a remonté ému la Place Saint-Pierre noyée de lumière, et répondu aux questions de cinq prêtres représentant les cinq continents. A celui d’Amérique, il a recommandé d’accomplir le ministère sacerdotal dans la paix et la confiance en Dieu, en sachant se ménager pour être mieux au «ménage» du bon Dieu, comme disait le Curé d’Ars. Le tout immergé dans la prière, «relation personnelle indispensable avec le Christ». Au deuxième, venu d’Afrique, il a conseillé de vivre et enseigner la vraie théologie, celle qui «s’appuie plus sur l’amour que sur la raison, dont le Catéchisme Catholique de Jean Paul II est la parfaite garantie». Au troisième, européen, il a magnifiquement défini le célibat sacerdotal comme «communion dans l’amour de Jésus envers son Père, amour qui transcende le mariage humain», les deux allant dans le même sens: le service. «Chacun repose en effet sur le oui, sur l’obligation du lien dans la charité, et renoncer au mariage comme au célibat serait la ruine de la culture chrétienne». Au quatrième, issu d’Asie, il répond que la meilleure façon de s’opposer au cléricalisme (la déviation temporelle du sacerdoce), c’est de s’ancrer dans l’Eucharistie, qui ne ferme pas, mais au contraire, ouvre le prêtre sur les réalités de l’Evangile, «l’aventure de l’amour de Dieu pour nous»3. Il prend pour cela l’exemple de mère Teresa qui a fait reposer toute son oeuvre sur l’Eucharistie. Au cinquième, originaire d’Océanie, qui évoque la pénurie des prêtres, le Pape répond en écartant la tentation du professionnalisme (qu’avait évoquée Jean Paul II à Ars en 1986: «nous ne sommes pas des fonctionnaires»): «chacun à sa place». Pour obtenir des vocations, il faut prier avec foi et insistance, donner le désir du sacerdoce aux jeunes par l’exemple montré, en osant en parler avec eux, en les aidant à trouver dans la société des milieux où se vit la foi. Durant ces réponses, on voyait les visages radieux des prêtres, goûtant visiblement les paroles réconfortantes du Père commun. Après cette profonde instruction, au son des magnifiques instruments puis d’un majestueux Adoro Te, devote, un jeune prêtre a porté le Saint-Sacrement des allées jusqu’à l’autel, sous la bannière du Curé d’Ars, lequel a si extraordinairement exalté l’Eucharistie.
C’est alors que le Saint-Père, à genoux devant Elle, a prononcé au terme d’un long silence adorateur la célèbre prière d’amour de saint Jean-Marie Vianney:
«Je T’aime, ô mon Dieu, et mon désir est de T’aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie. Je T’aime, ô Dieu infiniment aimable, et je préfère mourir en T’aimant que de vivre un seul instant sans T’aimer. Je T’aime, Seigneur, et l’unique grâce que je demande est de T’aimer éternellement. Mon Dieu, si ma langue ne peut Te dire à chaque moment que je T’aime, je veux que mon Coeur Te le répète autant de fois que je respire: “Je T’aime, ô mon divin Sauveur, Toi qui as été crucifié pour moi, et je me tiens crucifié avec Toi”.
Mon Dieu, fais-moi la grâce de souffrir en T’aimant, de T’aimer en souffrant et d’expirer en sachant que je T’aime». Amen

Le recueillement et l’émotion étaient intenses quand le Saint-Père a achevé la célébration en montrant l’admirable ostensoir «vivant» à l’adoration de tous. Le vendredi matin 11, fête du Sacré-Coeur de Jésus, Journée mondiale des prêtres et jour de la clôture de l’Année Sacerdotale, constituait à n’en pas douter l’apothéose. Sous un beau soleil, le Saint-Père s’est avancé au milieu de la liesse sacerdotale pour la Messe solennelle. L’Evangile étant celui du Bon Pasteur, le Pape a voulu réaffirmer la réalité, la sacralité, la grandeur et la fécondité du sacerdoce. Il s’est pour cela appuyé sur les lectures du jour, notamment celle de la brebis sauvée. Car le Berger divin, prolongé par le prêtre, est celui qui précède, conduit, réconforte, soigne et sauve ce qui était perdu. Au contraire des religions non chrétiennes, démontre le Pape, Jésus se révèle à notre intimité la plus secrète, par sa proximité d’amour et de tendresse sans limites. «Ses directives ne sont pas des chaînes, mais une voie libératrice, salvatrice». Elles nécessitent le «bâton» du redressement et la «houlette» de la charité. Charité sortie du «Coeur transpercé du Christ, d’où jaillissent des fleuves d’eau vive». Il termine en exhortant chaque chrétien, chaque prêtre, à en vivifier le monde assoiffé, à l’image des saints. La liturgie s’est poursuivie par l’eucharistie proprement dite, le Saint-Père utilisant le calice du Curé d’Ars4. Observons enfin que si le Pape, contrairement à l’annonce qui avait été faite, n’a finalement pas proclamé saint Jean-Marie Vianney Patron de tous les prêtres du monde, ce dernier reste celui des prêtres français et des curés de la chrétienté. De l’avis quasi universel, il jouit de la même aura qu’une sainte Thérèse de Lisieux et demeure le «modèle du ministère sacerdotal dans le monde»5.
Ainsi, après avoir raffermi l’image du prêtre malmenée dernièrement par le Prince des ténèbres, le Pape a tout fait pour faire des prêtres actuels les pionniers, les «premiers ouvriers de la Civilisation de l’Amour», a-t-il dit le 13 juin suivant. Et c’est bien là l’essentiel. Rendons-en grâce à Dieu.

B. Balayn

Notes:
1. Voir le compte-rendu de SM, n° 461, pp 1- 6.
2. Cette idée de cénacle va irriguer ces 3 jours de rencontre.
3. Tout cela a été repris et développé dans mon livre: «Le Curé d’Ars et l’Eucharistie».
4. Celui que nous avons pu photographier à Ars et figurant dans le cahier-photos du livre cité.
5. Benoît XVI au début de l’homélie de ce 11 juin 2010.

Littérature:
«Le Curé d’Ars et l’Eucharistie» Piété et pastorale, Bernard Balayn, Préface de Mgr Guy-Marie Bagnard, 192 pages + 16 pages d’illustrations couleurs,
14,5x22 cm Euro 16.– CHF 24.–

 


 

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