Le Seigneur se sert de nous pour faire comprendre qu’il est vivant et vrai

La passion de
Frère Elie en 2009

Par Fiorella Turolli

 

STELLA MARIS 467 SOMMAIRE

Livres sur Frère Elie

 


Au cours de ce carême, puisse l’acceptation et l’exemple de Frère Elie, aider chacun à vivre généreusement ce temps de conversion, en disant en digne enfant de Dieu appelé à «compléter ce qui manque à la Passion du Christ»: «que ta volonté soit faite»!

La Passion de Frère Elie commença violemment dès le lendemain du jour des cendres. A la différence des années précédentes, elle se manifesta par des vomissements de sang, des gênes abdominales, et des douleurs partout.
On pensa à une forte grippe, mais avec le temps, les signes sans équivoques de son calvaire ne laissèrent plus aucun doute.

Suisse, 28 février 2009, premier dimanche de carême

Habituellement, entre le jour des cendres et le premier dimanche de carême, Frère Elie s’habitue progressivement au jeûne complet en commençant par se nourrir de pain complet et de liquide.
Sylvana, sœur de Don Carlo chez qui nous sommes toujours accueillis, le premier dimanche de mars le sait; et quand Frère Elie arrive chez elle, elle tient toujours à sa disposition des soupes de légumes, du thé, des jus, et aussi un peu de piment à mettre sur le pain. Frère Elie en ressent le besoin. Il est probable que le piment lui donne un peu de force pour se soutenir du matin au soir, au cours des deux jours de rencontre. Mais, hélas, après avoir goûté l’excellent pain noir, Frère Elie ne l’a pas gardé… et à partir de ce premier dimanche, il ne garda plus rien…
Le dimanche soir… Frère Elie s’assit avec nous, mais, ne pouvant manger, il se leva, tourna autour des convives, quand notre photographe lui demanda quand il pourrait procéder. Frère Elie, le visage rouge de fièvre, était très mal. A contre cœur, il lui dit que nous ferions une photo, tous ensemble, à la fin du souper. Mais on n’y réussit pas. Au milieu du repas, il demanda à être raccompagné à la maison. Pour en arriver là, il devait se sentir mal comme jamais… En fait, ce n’était encore jamais arrivé.
Le voyage de retour fut terrible. Nous nous sommes arrêtés plusieurs fois, et après de nombreuses années, c’était la première fois que je le voyais pleurer, le cœur brisé.
Après quelques moments d’abattement, la courageuse acceptation se renouvelle: “Que ta volonté soit faite”.

Couvent de Calvi. Première semaine de mars

Frère Elie est mal. Les vomissements ne cessent pas, même s’il ne mange plus de pain. Mais il est courageux et cherche à travailler comme toujours. Et ainsi la faiblesse et l’excessive fatigue ont fait à nouveau monter la fièvre. Il ne tient plus sur ses jambes et il doit retourner se coucher.

Seconde semaine de mars

Frère Elie se sent mieux, mais il ne peut pas supporter l’odeur de la nourriture. Durant les repas de ses confrères, il n’arrive pas à rester avec eux au réfectoire et il doit sortir.

Troisième semaine de mars

Frère Elie semble s’être habitué au jeûne. Il me dit qu’il ne sent plus les stimuli de la faim mais jeudi soir, il me dit: je n’en peux plus!…

Couvent de Calvi — quatrième semaine de mars

Une voix caverneuse, presque méconnaissable me demande:
— Combien de jours manquent-ils encore?
— Deux semaines, Frère Elie, forza!

Vision du mal — Couvent de Calvi 31 mars 2009; 9h

Ces derniers jours, Frère Elie sort souvent de son corps. C’est une grâce du Seigneur pour lui permettre de reprendre son souffle… Son esprit sort de son corps qui vole vers des lieux merveilleux pour ensuite y rentrer avec une énergie renouvelée.
Je ne voulais pas raconter ces choses, mais aujourd’hui j’en ai entendu de terribles qui hélas arrivent constamment dans notre monde malheureux.
— Quelle voix, Frère Elie!
— Cette nuit, ils m’ont fait voir des monstruosités qui m’ont bouleversé… J’ai vu des tortures et des délits sur des garçons de 13 -14 ans dans de sordides chambres d’un motel… sur les parois, il y avait du sang partout… j’entendais leurs hurlements tandis qu’ils étaient torturés et déchirés avec de gros couteaux…
— Pour l’extraction d’organe?
— Aussi… mais tout était fait sans anesthésie, mais pas seulement… Ces délits se produisaient parce que les tortionnaires se divertissaient…
— Voilà pourquoi tu dois tant souffrir Frère Elie… Sais-tu dans quel pays tu étais?
— Non, je me souviens que les hommes étaient chauves et portaient des vêtements garnis de clous.
(Si je rapporte ces faits, c’est pour solliciter d’intenses prières aux intentions de Frère Elie.)

L’ennemi est arrivé — Couvent de Calvi, jeudi 2 avril 22h 30

Après les complies, les frères et les sœurs rejoignirent leur chambre. Frère Elie ne se sentait pas bien et il s’étendit, espérant s’endormir rapidement. Quelques instants plus tard, il entendit des coups violents qui provenaient d’en dessous de sa chambre, le battement insistant d’une porte en fer, celle qui du jardin, donne sur l’arrière, là où sont entassés le mobilier et les piles de bois. Que c’est étrange, les frères avaient fait le tour comme toujours, et tout était fermé. Et il n’y avait pas le moindre vent!
Frère Elie trop épuisé pour descendre, et vu que les coups semblaient augmenter, cria: la porte, la porte, fermez la porte… Mais personne dans les petites chambres proches ne l’entendit. Alors Frère Elie rassembla toutes ses forces, descendit, traversa le jardin et se dirigea vers le portail qu’étrangement il trouva fermé. A peine franchit-il le seuil que deux mains gigantesques lui serrèrent un gros nœud coulant au cou presque jusqu’à l’étouffer. Puis, l’être immonde, avec une force
sur­humaine, le fit tournoyer comme un drapeau et plusieurs fois il le flanqua contre le mur extérieur. Il lui arracha sa chemise, il le griffa sur tout le corps jusqu’à ce qu’il eut passé toute sa fureur et à la fin il l’envoya planer sous un lourd tas de pierres, fer, débris et autres… Frère Elie s’évanouit on ne sait combien de temps.
Vers 7 heures, quand Frère Serge sorti sur l’arrière pour aller aux cours comme chaque matin, il se trouva devant Buc, le chien, tout agité. Il n’aurait pas vu Frère Elie si Buc n’eut couru vers lui en aboyant, de sorte qu’il le conduisit au Frère. Avec l’aide des ouvriers qui commencent les travaux de restructuration à cette heure-là, péniblement, on réussit à extraire le corps raidi de Frère Elie, tuméfié, transi, presque congelé, mais vivant.
Quand quelques heures plus tard Frère Elie m’appela au téléphone, je ne reconnu pas sa voix qui semblait venir d’une caverne.
— Tu l’as vu Frère Elie?
— Oui… Cette fois il avait une gigantesque ressemblance humaine, mais avec des poils!

Le miracle des Rameaux. Couvent de Calvi, dimanche 5 avril 8h 30

Après m’avoir souhaité un bon dimanche, Frère Elie, d’une voix claire et d’un ton serein me dit qu’on pouvait appeler la nuit passée «Nuit des miracles», et il me raconta:
Je me suis réveillé comme toujours vers trois heures et quart. Il pleuvait et, de ma fenêtre, je cherchais à scruter le ciel noir, espérant voir arriver bientôt la fin du mauvais temps. Tout à coup une lueur immense déchira un gros nuage noir, illuminant le ciel à l’entour. C’est ainsi que durant presque une heure, j’ai vu de longues files d’âmes qui étaient en train de rentrer… tant et tant d’âmes.
— Des âmes de personnes qui venaient juste de mourir?
— Non des âmes errantes qui, ne trouvant pas la paix, étaient restées sur la terre, mais cette nuit, elles sont toutes rentrées… grâce à Dieu. Et puis d’innombrables anges sont sortis… une marée d’anges qui se dirigèrent vers moi. Ils sont rentrés là, ils m’ont entouré et ils ont enivré tout le couvent de leur merveilleux parfum… De fait, maintenant, je me sens bien, je me sens frais et plein d’énergie. J’ai seulement quelques petites douleurs ici et là. Et alors je peux descendre et boire mon thé avec mes confrères…
— Ils t’ont transmis la force angélique, Elie… je suis si heureuse pour toi…

Semaine sainte — Lundi 6 avril

Nous arrivons au couvent juste avant le souper et à peine avions-nous franchi le seuil, qu’un parfum enivrant nous envahit. Non pas le suave parfum de rose, mais une fragrance plus piquante, comme souvent cela arrive depuis quelques années, avant les saignements. Soudain je le reconnus. Ce parfum était en tout semblable à l’huile de nard que moi aussi j’acquis à Jérusalem; cette huile qu’utilisa aussi la Magdeleine pour oindre les pieds de Jésus! L’huile de nard est un composé d’huile de coco auquel on ajoute des essences de nard et de la résine d’encens… Elle était en usage parmi les Israélites pour des frictions bénéfiques sur le corps. Comment se fait-il que je n’aie pu le comprendre avant?
Frère Elie vient à notre rencontre, amaigri, avec les yeux creusés et des égratignures voyantes sur le visage et sur les mains.

Mardi 7 avril

Après la journée de travail habituel, à la messe de 15h 30, à partir des trahisons de Pierre, Frère Elie commenta: Pierre aussi le renia et pourtant il l’aimait… et combien de fois, nous, le renions-nous?
Combien de fois nous laissons-nous prendre par la peur, par la défiance, en sachant bien qu’avec Jésus près de nous, il ne peut rien nous arriver de mal? Moi aussi, ces jours-ci, j’ai peur, parfois, je suis terrorisé… j’ai peur d’aller dans ma chambre… je ne veux pas m’endormir et je reste à la fenêtre… et puis je dis: Seigneur, que ta volonté soit faite!

Mercredi 8 avril

Cette nuit, la terre a aussi tremblé à Calvi et le cœur de Frère Elie était là aux Abruzzes, par sa prière et ses souffrances. Après la messe de 13h 30, bouleversé et fiévreux il nous adressa deux mots comme s’il voulait partager avec nous sa dernière prière:
— L’Evangile est mon pain quotidien, mon soutien… Seigneur, illumine-moi! Fais que je me sente plus fort! Où en suis-je? Suis-je proche de mon destin? En suis-je encore loin? Seigneur, aide-moi!
Je pense à ce qu’éprouvait le Seigneur quand ils l’insultaient: colère? déception? solitude? Non! Son amour était si grand qu’il a pardonné à tous.
En méditant sur la Passion, j’arrive à comprendre sa compassion et je lui dis: “Aujourd’hui, je porterai la croix avec toi, pour les familles qui ont perdu leurs biens à cause du tremblement de terre… qui ont tout perdu et qui se trouvent au milieu des loups! Qui sait combien de paroles contre toi, Seigneur!”
Maintenant, je suis absent… je frissonne encore en moi-même… et pourtant, il me donne la force d’être ici à parler avec vous… Quelle prière dois-je dire encore? Je me sens vibrer, je me sens comme pris dans un tremblement de terre… Les heures n’avancent pas… tout mon corps est paralysé, comme s’il ne fonctionnait plus. Je suis en train de vous parler de mon mystère et je ne sais même pas en parler. Moi, je ne l’ai pas voulu, mais je me suis mis dans les mains de Dieu et je dis: fais de moi ce que tu veux…
Puis Frère Elie sortit derrière Don Franco et tomba sur lui. Mais le Père eut le temps de protéger sa tête et ses mains. En un clin d’œil nous étions tous près de lui et nous le vîmes à terre, alors que
le premier filet de sang lui coulait sur le front.

Jeudi 9 avril 8h 30

Le parfum était le même: de roses, intense. Il envahit nos chambres en pleine nuit, même la mienne, sous le toit, séparée de celle du Frère Elie par le corridor, la porte, l’anti-chambre, l’escalier en escargot et une autre porte.
Tandis que la terre tremblait, (5 secousses intenses) nous, éveillés, attendions avec excitation l’heure d’aller voir Frère Elie.
Dans la pénombre de la chambre, la tête appuyée sur une éponge imbibée de sang, le visage tuméfié, les yeux à mi-clos pleurant du sang, les mains enveloppées d’épaisses bandes trempées, ainsi, Frère Elie nous apparut dans son lit où il baignera dans une marre de sang trois jours durant.
Nous nous sommes approchés. Les épaules découvertes laissaient entrevoir d’abondantes taches rougeâtres sur le maillot de corps et des blessures de formes circulaires qui lui couvraient toute la
tête outre celles tout autour du front, comme des rayons. Je lui caressais les cheveux humidifiés de sang. Il était conscient et nous salua. Puis il murmura: “Tous ceux qui ne croient pas devraient être ici, à ma place… y compris les évêques et les cardinaux… je commence à être fatigué!”
Et puis les personnes que nous attendions commencèrent à arriver.

Vendredi 10 avril 8 h

Je suis arrivée dans la chambre avec mon appareil photo et je vis un Frère Elie méconnaissable. Un masque de sang. De la tête, de nouveaux filets de sang s’élargissaient sur le front en formant des croûtes sombres. Il ne pouvait me voir qu’à travers la fente d’un seul œil noir et gonflé tandis que l’autre semblait scellé aux cils.
Il me reconnut, me dit qu’il était fatigué et me demanda de prendre rapidement ces photos bénites pour la documentation. Je me suis ressaisie pour combattre l’émotion et comme un automate, je lui découvris les jambes pour photographier les pieds, le thorax et les draps. Je repris les blessures de la tête, du front et le larmoiement. C’est seulement avec le soutien de Dieu que je réussis à terminer le travail sans rien oublier. Je le laissai tandis qu’il murmurait: “encore 32 heures…”
Sœur Dominica monta avec toute sa famille religieuse et celle d’origine, suivie des plus proches collaborateurs. Plus tard les prêtres arrivèrent; le Père Oronzo pria longuement avec lui et le Professeur Courtenay Bartholomew 1. Aucun médecin, aucune foule, aucune TV. Dans le cloître, uniquement une intense prière.

Samedi 11 avril 7h 30

Quand je suis entrée, Frère Elie était en train de prier. Son visage trahissait une autre nuit de tourments.
Prends du papier et un crayon, me dit-il, et écris:
Je te salue, Marie, pleine de grâce.
Combien de grâces nous donnes-tu chaque jour, à nous pécheurs,
O, Marie, pleine de grâce!
Toi qui veilles sur nous et nous secours chaque jour,
Toi qui es toujours présente,
Toi qui es dans le cœur de chaque famille,
Je te salue, Marie, pleine de grâce!
Combien de grâces as-tu eues, toi d’abord, pour les donner aux autres
Et tu les as données de tout ton cœur
Avec toute ta protection de maman,
O pleine de grâce!
Toi qui nous conduis chaque jour au salut et à la rencontre de ton Fils,
O Marie pleine de grâce!
Bénie sois-tu, toi qu’il a choisie
Parce qu’en toi il a trouvé la grâce
Parce qu’en toi, il a trouvé le silence,
Parce qu’en toi il a trouvé l’amour
Et la Passion de Notre Seigneur,
O Marie, pleine de grâce!
Finalement, 15 h arriva. Frère Elie, après s’être soumis aux habituelles séries de photos tirées en toute hâte avant que les signes, les stigmates disparaissent, descendit nous rejoindre, amaigri de 15 kilos, lavé, rasé, et souriant. Des traces rosées de la couronne d’épines étaient restées sur son front. Les blessures des mains, des pieds et du côté étaient fermées. Tout était terminé.
Merci à toi, o Seigneur!

Angeli e Arcangeli n°4

Notes:
1. Prof. Courtenay Bartholomew, docteur en médecine près de l’Université du West Indies in Trinidad
e Tobago. Chercheur international sur le Virus du SIDA. Catholique, mariologue, profond connaisseur des phénomènes de stigmatisation, il a écrit un livre sur la stigmatisée allemande, Caterina Emmerick, d’où Mel Gibson a tiré son film: Passion.
2. Fr. Elie, cathédrale de Pontianak, Bornéo, 10/11/2009



 

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