SyrieEn route pour le tombeau
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C’était une matinée chaude, qui dès 6 heures du matin, annonçait les heures brûlantes que nous allions vivre en ce dimanche 21 juin 2009. Le départ était fixé à l’archevêché Maronite à deux pas de la cathédrale latine d’Alep, par Monseigneur Anice, que nous avions rencontré la veille. Il nous avait offert très aimablement le confort de sa voiture, pour aller à Brad, un village proche de la frontière turque au nord de la Syrie. Lui-même s’y rendait certains dimanches, pour célébrer la messe, avec la poignée de chrétiens encore présente dans la région.
Le chauffeur avait préparé la voiture, Alep était désert à cette heure, chacun en ce dimanche, occupé à se protéger au mieux de la première vague de chaleur qui frappait le Proche Orient. Les avenues étaient propres, dégagées, et les rideaux baissés des magasins accentuaient l’impression de ville endormie et paisible. La banlieue, parsemée d’îlots de verdure, que nous avions brusquement quittée, laissait place à un paysage plat, presque désertique à perte de vue. Au loin, de gros bourgs blancs, éclatants sous le soleil, servaient de bornes, à l’autoroute rapide que nous empruntions.
Monseigneur Anice connaît chaque village, chaque route, chaque pierre, et égrène les noms, les communautés, les anecdotes. Brusquement, le paysage se hérisse de blocs de pierre qui, de parsemés au début deviennent nombreux et massifs, empêchant toute culture et toute plantation.
«La majorité ici est kurde, nous dit Monseigneur, mais vous avez à peu près 50.000 chiites qui vivent en bonne intelligence avec la petite communauté des chrétiens.» On a quitté l’autoroute et nous nous enfonçons dans les terres. Des murets de pierres arrachées de mains d’hommes au sol rugueux, délimitent les jardins et les champs adossés aux petites maisons devant lesquelles s’égayent des nuées d’enfants qui saluent, de la main et de la voix, notre passage.
Nous voilà à Brad à 45 kilomètres d’Alep, proche des terres de saint Siméon le Stylite (329-459) dont l’influence était toute-puissante à l’époque... et de saint Maron, Père de la communauté Maronite, l’un des ascètes syriens les plus connus dans le monde (340 à 420).
On a quitté la route qui serpente et par un chemin creux, nous nous dirigeons vers des ruines, auprès desquelles est dressée une immense tente en toile blanche.
«C’est notre église, ici, en face du tombeau de Saint Maron, dit Monseigneur Anice.» Un car est en stationnement, il vient du Liban, cinquante à soixante personnes assistent à l’Eucharistie, des chants syriaques très purs s’élèvent en choeur.
«Les Libanais vénèrent leur fondateur et viennent ici nombreux, se ressourcer. Le général Aoun, en visite à Damas, en décembre 2008, a tenu à venir prier le 8 sur le tombeau de notre saint», nous précise Monseigneur. Je lui rappelai que saint Maron était syrien, et qu’à ce titre, nombreux étaient les chrétiens d’ici, qui le vénéraient aussi.
Monseigneur Anice sourit finement et complète: «Il est né en 340 à Cyr au Nord-est d’Antioche. Il était Araméen d’origine, et syriaque de rite et de langue. Il choisit d’être prêtre, puis tenté par l’anachorétisme, s’installa au sommet d’une montagne de 800 mètres, qui portait le nom de «Nabo» où trônait un temple païen dont il consacra l’autel à l’adoration du vrai Dieu Unique.
Ce n’était pas très loin d’ici, près d’Apamée. Sa réclusion s’accompagnait d’un silence absolu. L’austérité de sa vie et le don des miracles firent de lui un homme très connu, à son époque, connu même de saint Jean Chrysostome! Et il eut de nombreux disciples qui formèrent en Syrie le premier noyau de l’Eglise Maronite en d’Orient.
— Pour quelle raison son tombeau est ici à Brad, demandai-je à Monseigneur?
— A sa mort tous les habitants des régions voisines, voulurent s’approprier la dépouille du saint. Les habitants de Brad (qui au début du 4e siècle était un petit village), avaient transformé celui-ci en une des villes les plus importantes de la région montagneuse de Saint Siméon au Nord. En s’étendant à l’Ouest, ses habitants avaient créée d’importantes fermes, construit des pressoirs à huile d’olive. Un centre commercial des plus prospères était né, à tel point que le gouverneur y établit son quartier général. Ce sont eux qui, en masse, apprenant la mort de l’ermite, déferlèrent sur Nabo, s’emparèrent de la dépouille du saint et lui édifièrent ici un vaste tombeau.
— Et cela devint un lieu de pèlerinage, Monseigneur?
— Oui, et même jusqu’à ce jour. Vous pouvez voir d’ailleurs les vestiges d’une des plus importantes cathédrales de la région après celle de Saint-Siméon, celle de «Julianus», achevée entre 399 et 402. Des colonnes byzantines... et trois arcs de triomphe qui du temps de l’occupation romaine, symbolisaient seulement les victoires militaires.
Ici, d’après les historiens, cette cathédrale aux trois arcs représente l’hommage rendu à la victoire de la foi des premiers martyrs chrétiens. Ce fut une première dans l’histoire de l’Eglise.
Le vent s’est levé sous un soleil de plomb et les herbes folles, les arbustes, qui ont envahi le tombeau du saint et qui montent à l’assaut des colonnes tronquées, caressent doucement les vestiges de ce vaste champ de ruines. D’énormes blocs arrachés à la montagne et patiemment taillés jonchent le sol jusqu’en bas de la colline, et nous nous prenons à rêver de jeunes Européens et de jeunes Syriens, ouvrant un grand chantier d’accueil et de restauration, pour redonner à ce lieu béni la majesté et la beauté d’antan.
Monseigneur Anice est rentré sous la toile de tente et s’entretient avec les pèlerins libanais...
Geneviève et Jean Claude Antakli
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