Ars - 4 août 2009

Le Jubilé du 150e anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney

Bernard Balayn

STELLA MARIS 461 SOMMAIRE

Littérature de Vassula

Le Jubilé du 150e anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney a été célébré à Ars avec le concours de nombreux prêtres et d’une foule de laïcs, venus rendre grâce à Dieu pour cet événement de grâce, au moyen de cérémonies venues du coeur de l’Eglise, par leur dignité, leur ferveur et la venue du légat de Rome. Ainsi, l’illustre village a retrouvé la chaleur des heures d’antan et vibré à nouveau de la présence du saint Curé, à travers l’hommage universel rendu par ses continuateurs dans les champs du Seigneur. Pour ceux qui sont loin d’Ars, ou qui ont été empêchés de venir, nous sommes heureux de faire le compte-rendu de cette journée mémorable.

 

L’hommage de Rome

Dès huit heures, la vaste église souterraine de la Miséricorde était remplie de fidèles, refluant en nombre sur la prairie voisine, les dernières vagues d’arrivants regardant les cérémonies sur grand écran, tandis qu’un généreux soleil inondait le site d’Ars.
Dans l’intervalle, des soeurs bénédictines faisaient répéter les chants, pour orienter la piété et préparer la célébration. Dès 9 heures, les laudes commençaient, au son des hymnes, psaumes (62, 149) et cantiques appropriés à la fête (Daniel, Zacharie).
A 10 h. après un mot de présentation du Père Recteur, Ph. Nault, la longue procession sacerdotale (près de 500 prêtres en aube) pénétrait dans la crypte derrière la croix, terminée par les cardinaux, évêques et abbés, au chant fervent, repris de la fameuse prière du Curé d’Ars: «Je vous aime, ô mon Dieu et mon seul désir est de vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie». Le ton était donné.
La grande messe solennelle débutait par les paroles d’accueil de Mgr Guy-Marie Bagnard, évêque du lieu, qui remerciait chaleureusement le cardinal Claudio Hummes, ancien archevêque de Sao Paulo, Préfet de la Congrégation du Clergé, envoyé spécial du pape Benoît XVI, ainsi que les prélats (dont l’archevêque de Lyon, le cardinal Barbarin), et autorités civiles présents. Rappelant le pèlerinage historique de Jean Paul II à Ars en octobre 1986, il a cité de lui une phrase célèbre: «Le prêtre a pour toujours et de façon immuable la source de son identité dans le Christ-Prêtre. Ce n’est pas le monde qui fixe son statut, au gré des vents; le prêtre est marqué du sceau du sacerdoce du Christ pour participer à sa fonction d’unique médiateur et rédempteur.»
Dès l’ouverture de la cérémonie, le légat encensait la grande croix, l’autel, et la statue de saint Jean-Marie Vianney, constellée de fleurs et disposée à droite du choeur.
Après le Gloria et les lectures entrecoupées du psaume 102 (Jubilate Deo, omnis terra, servite Domino in laetitia), le cardinal Hummes s’avançait à l’ambon, tout près de l’effigie du Curé d’Ars, et entamait son homélie, par l’hommage du Pape au nom de l’Eglise, rappelant que Benoît XVI enchaînait l’Année jubilaire 2008-2009 par l’Année sacerdotale (2009-2010), celle-ci ayant été proclamée le 19 juin dernier, fête universelle du Sacré-Coeur, parce que c’était la Journée annuelle de la Sanctification des Prêtres, instituée par Jean Paul II. Il a axé ses propos sur les grands éléments de la sainteté du Curé d’Ars, insistant sur deux points: son sens évangélisateur et missionnaire, ainsi que le rôle de la famille dans l’éclosion des vocations sacerdotales.
Le cardinal a bien montré, en écho à l’année paulinienne et au dernier Synode des Evêques sur «La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise», que le Curé d’Ars s’était sanctifié, non seulement par son sens eucharistique et son dévouement inlassable au confessionnal, mais avant tout par son zèle pastoral centré sur son enseignement, ceci dans sa paroisse (homélies, catéchismes...) et dans les missions auprès des secteurs voisins, ainsi que sur son inaltérable charité: «Il plaçait la célébration de la messe au centre de sa préparation [pastorale]; son ministère de la parole de Dieu dans la prédication et la catéchèse» — dont les fameux catéchismes de 11 heures, permettant aux adultes d’y participer — non moins que sa charité pastorale le poussaient à aller à la rencontre de tous et le portaient à convertir et sauver les habitants de sa paroisse. Il ne voulait en perdre absolument aucun et ne pas se reposer avant que tous soient assidus à la réception des sacrements, ceci dans l’esprit de l’Evangile lu ce jour [Mt. 15,22-28].»
En prenant le modèle représenté par la famille Vianney, il montrait, pour finir, l’importance capitale de l’exemple des époux chrétiens dans la formation des vocations: «On voit combien l’atmosphère familiale a été propice à l’éclosion de sa vocation sacerdotale. J’ai évoqué avec vous cet aspect de la famille pour montrer que beaucoup de séminaristes viennent de familles profondément chrétiennes. C’est une véritable bénédiction pour une famille chrétienne d’avoir un prêtre en son sein.»
Vingt deux minutes que personne n’a vu passer.
Après ce sermon très dense (Cf. Osserv. Romano, n°3096, p. 4), l’autre moment fort était la Consécration, la concélébration jouant ici à plein. A noter que toutes les prières liturgiques étaient faites en latin, les prêtres présents venant du monde entier.
La communion des participants a été, on le comprendra, fort longue, rythmée par le beau chant: «Venez à Jésus, venez vivre de Lui, afin de vivre pour Lui!»
A l’issue de la messe, tandis que retentissait le chant d’action de grâce: «Jubilate Deo, cantate Domino...», le légat, très heureux, bénissait les fidèles sur son passage, et gagnait le Foyer Sacerdotal Jean Paul II où étaient offerts les repas pour les prêtres. Quelques laïcs y étaient invités et ont pu apprécier la chaleur des échanges et la proximité fraternelle des prélats. Le tout portait un nom: la joie.
A un moment donné, l’un d’eux a dit: «Le Curé d’Ars est là, je le sens!» Comment en douter en cette magnifique assemblée d’Eglise, autour du représentant du Pasteur universel, Pasteur qui a décidé de proclamer saint Jean-Marie Vianney, modèle de tous les prêtres du monde?


L’après-midi: procession, adoration, prière

Après le chapelet médité (mystères lumineux), l’après-midi se poursuivait par l’adoration eucharistique dans la crypte, cependant qu’une procession extérieure partait du Monument de la Rencontre jusqu’à l’église, les prêtres en constituant le corps essentiel autour du cardinal Hummes et de Mgr Bagnard qui conduisaient la croix, avec les bannières confectionnées par les fidèles d’Ars, ainsi qu’une statue du saint Curé et la relique de son coeur, de retour de Rome et portée sur un brancard fleuri. La foule des fidèles suivait en chantant. En entendant le cantique: «C’est notre saint!», on se serait cru transporté au temps de M. Vianney, la procession s’avançant au chaud soleil de l’été entre les frondaisons des arbres et les cultures. Cette procession représentait la contribution reconnaissante de la paroisse d’Ars actuelle. Oui, le saint Curé était d’autant plus là que son coeur cheminait au milieu de nous...
Elle s’est arrêtée à mi- chemin pour un pieux devoir: la bénédiction par le cardinal d’une stèle commémorant le présent jubilé, ce qui a permis à Mgr Bagnard de dire quelques mots de plus sur la figure de saint Jean-Marie Vianney.
Puis, prélats et prêtres sont entrés dans la crypte, déjà bondée, et la cérémonie du Très Saint-Sacrement a pu s’achever aux chants du «O salutaris Hostia» et du «Tantum ergo». Agenouillé, le cardinal Hummes se relevait pour montrer à l’assistance, dans l’un des ostensoirs du saint Curé étincelant de tous ses feux, Celui pour Qui il avait donné entièrement sa vie. C’était le point d’orgue de cette magnifique journée . La cérémonie s’achevait alors par les Vêpres solennelles rehaussées par les hymnes («Le sacerdoce, c’est l’amour du Coeur de Jésus»), les psaumes (14 et 111: «Tu nous as faits pour Toi, Seigneur...») et les cantiques (Ap. 15: «Grandes, merveilleuses sont tes oeuvres, Seigneur, Dieu de l’univers»). Enfin, les cérémonies faisaient écho à la grande piété mariale de Jean-Marie Vianney par le chant vibrant du Magnificat.
Pendant ce temps, des fidèles continuaient à défiler et prier devant la châsse du saint — dans la basilique — ou à se confesser — dans son église, le jubilé perdurant jusqu’en novembre 2009.
En définitive, on a été frappé par diverses choses: le nombre de prêtres accourus, la dignité de la liturgie, la présence de nombreuses familles, le tout baigné dans beaucoup de ferveur, de respect, de simplicité; il en a été de même pour la représentation romaine, très dépouillée, ce qui allait dans le sens de la vie si austère de Jean-Marie Vianney. On se souvient avec quelle bonté et quelle délicatesse Jean Paul II était venu s’agenouiller devant la dépouille du saint, de 1947 à 1986.
Cette commémoration a donc été à sa gloire, et plus encore, à celle du Sacerdoce et du Seigneur, l’unique Prêtre, et son Eglise, si revitalisée en ce jour faste.
Que Jean-Marie Baptiste Vianney accorde à celle-ci, à commencer par la France, sa fille aînée, tous les saints prêtres — sans préjudice des autres formes de vocations — dont elle a un si urgent besoin.
Bernard Balayn

 

Notes:
1. L’Eglise, qui est également l’Epouse du Christ.
2. L’Eglise.
3. Jésus-Christ.
4. Un dieu par participation.
5. Lorsque le Christ parle des âmes, Il le fait au féminin, raison pour laquelle Il utilise le féminin «reine».
6. En anglais: mingle (ndt).
7. De manière figurative, les Paroles de Dieu sont une nourriture.



 

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