Nous sommes les enfants de Dieu (1ère partie)

De la naissance à la mort

STELLA MARIS 458 SOMMAIRE

Littérature de Marcel Farine

 

Il faut d’abord revenir à la Genèse — aussi appelée Livre des Origines — pour comprendre le mystère de la création de l’homme. Ce n’est pas un véritable ouvrage d’histoire, selon la conception moderne, ni un traité d’histoire naturelle. Il est illustré d’images et de symboles suggestifs pour mieux le rendre compréhensible et même saint Augustin au IVe siècle recommandait aux chrétiens de ne pas le prendre à la lettre. Le Christ utilisera d’ailleurs le même procédé plus tard, lorsqu’il exposera sa doctrine en la remplissant de paraboles vivantes, c’est-à-dire d’histoires et de comparaisons populaires.
Pourtant le rédacteur inconnu de la Genèse a été inspiré par le Saint-Esprit, car ses tâches fondamentales sont de décrire les rapports entre Dieu et l’homme, de communiquer en plus aux peuples d’alors et à nous-mêmes «les enseignements religieux destinés à guider la marche de l’Humanité vers Dieu». Il faut donc prendre ce récit biblique très au sérieux et nous en inspirer dans notre vie courante.
Dieu y apparaît comme créant l’homme «à son image et à sa ressemblance». Il n’a pas lésiné sur la qualité, faisant de chaque homme un chef-d’œuvre composé d’un corps et d’une âme et doué d’intelligence, aucun n’étant semblable, mais tous jouissant d’une totale liberté. Il aimait tellement les hommes qu’il a voulu les prendre au sein de sa famille, en faire ses enfants. Comme cadeau de père, il leur a donné le Paradis terrestre et en même temps sa grâce sanctifiante, comme on l’appelle, c’est-à-dire une participation à sa nature divine, sa présence en eux les «divinisant» d’une certaine manière. Ils auraient dû passer sans problème de la vie terrestre à la vie céleste, avec un corps immortel.
Hélas, ses enfants se sont révoltés comme certains anges dans le Paradis céleste, usant mal de leur liberté reçue, car on sait bien que là où celle-ci n’existe pas, il n’y a pas d’amour, mais de la contrainte. C’est en somme la même chose avec nos enfants que nous devons élever dans le respect, tout en leur accordant aussi une certaine liberté. Le péché originel imagé par la tentation du serpent, c’est-à-dire la révolte contre Dieu, ou si vous voulez la perte de l’équilibre entre le monde spirituel et le monde matériel qui habitait les hommes, a brisé le beau rêve de notre Père céleste, même s’il l’avait pressenti dans sa perfection divine. Cela aussi, nous le vivons avec nos enfants qui nous aiment, mais qui sont tentés par les attraits de la société terrestre souvent sans Dieu qui veut faire des hommes de petits dieux capables de se gérer eux-mêmes.
Il fallait, pour effacer le péché originel, pour combattre le mal qui s’est attaché à la race humaine, un remède salvateur: c’est le sacrement du Baptême. Même Jésus a voulu être baptisé et nous a donné l’exemple. Par le geste symbolique — l’eau sanctifiée versée sur nous au nom des trois personnes de la Trinité — Dieu, notre Père, nous libère du péché originel qui nous atteint tous dès notre naissance et nous remet dans notre condition qui est celle d’être ses enfants. Nous sommes dans cet état tant que nous ne péchons pas gravement, car nous voilà lavés du mal. Notre foi dans le Christ reste incomplète pour nous chrétiens si elle n’aboutit pas à ce moyen de l’eau voulu par le Christ lorsqu’il a dit à ses disciples: «Allez par toute la terre, enseignez les nations et baptisez les hommes au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.» Et l’Eglise d’utiliser la formule: «Sors de cette âme, esprit immonde et cède la place à l’Esprit Saint.»
Baptisés, nous pouvons de nouveau parler à Dieu comme à un père et nous entrons de plain-pied dans l’Eglise, le peuple de Dieu. La foi nous est acquise et, si nous gardons le sceau dont l’Esprit Saint nous a marqués, c’est la garantie de la vie éternelle. Saint Paul, s’adressant aux Colossiens, leur explique comment ils peuvent participer déjà sur terre à la dignité d’être au Christ: «Ensevelis avec le Christ lors du baptême, avec lui vous êtes ressuscités par votre foi en la puissance de Dieu qui l’a ressuscité des morts … Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les biens d’en-haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu» (Col 2,12 et 3,1).
En face de cette promesse de vie éternelle qui nous est accordée si nous respectons les commandements de Dieu et l’aimons de tout notre cœur, l’Eglise catholique, dans sa largesse, permet que le baptême, normalement conféré par le prêtre, soit donné en cas d’urgence par un laïc et même par un non-chrétien, à condition qu’il le fasse dans l’intention qui est la sienne, c’est-à-dire son sauvetage comme enfant de Dieu. Il suffit simplement de verser sur la tête de l’enfant ou de l’adulte à baptiser un peu d’eau naturelle en disant. «Je te baptise, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.» Cette marque est indélébile et n’est effacée par aucun péché, même si ce dernier empêche le baptême alors de porter des fruits de salut. Et ce qui est aussi étonnant et en même temps tellement consolant dans le cadre de l’œcuménisme: tous les baptisés, y compris les chrétiens d’autres Eglises, sont dès lors reconnus comme des «fils de Dieu» découvrant son amitié et sa miséricorde sans fin, ce qui constitue un lien sacramentel d’unité. Voilà ce que le catéchisme nous révèle (cf.1272-1273).
Mais nous avons encore à disposition un sacrement qui nous permet d’appartenir totalement au Corps du Christ, lorsque nous avons été baptisés et confirmés. Jésus a voulu, au-delà de tout amour, se donner à nous pour effacer nos péchés et, pour cela, il a institué le sacrifice eucharistique, «source et sommet de toute vie chrétienne», comme le Concile Vatican II l’appelle dans sa Constitution dogmatique sur l’Eglise. Cela s’est passé à la veille de sa mort, dans le Cénacle qu’un habitant de Jérusalem avait mis à la disposition de Jésus et de ses disciples. A la fin du repas qui les avait vus manger pour la dernière fois un agneau sans tache selon la Pâque juive, le Christ prend du pain, le rompt et le donne à ses apôtres en disant: «Prenez et mangez, ceci est mon Corps qui sera livré pour vous.» Puis il prend une coupe de vin et la fait circuler en disant: «Buvez-en tous, car ceci est mon Sang, le Sang de la Nouvelle Alliance qui sera bientôt répandu pour la multitude des hommes en rémission de leurs péchés.»
Le repas terminé, il leur demande de continuer ses gestes au fil du temps: Faites ceci en mémoire de moi».
Et chaque prêtre, encore aujourd’hui, dans le cadre de la messe, refait les mêmes gestes et prononce les mêmes paroles, célébrant le mémorial de la mort et de la résurrection de notre Seigneur et Père. Quelle chance et quel privilège nous avons nous autres catholiques! Nous pouvons recevoir Dieu en nous autant que nous le voulons. Même Gandhi, le grand ascète hindou, si près de Dieu, sentait peut-être qu’il lui manquait avec lui sa communion directe et réelle, celle que nous apporte l’Eucharistie, quand il écrivait: «C’est pour moi une torture continuelle d’être loin de Celui qui gouverne chaque souffle de ma vie, Celui dont je suis l’enfant.»
Bien sûr, malgré que notre âme est libérée du démon par le Baptême et que nous avons l’Eucharistie et les autres sacrements à disposition pour recevoir Jésus en nous et vivre selon ce qu’il nous a enseigné, nous continuons à subir les attaques du mal qui ne lâche pas facilement sa proie. Il y a toutes les tentations de la vie et de l’esprit du temps. Par le péché, nous nous séparons de Dieu et nous refusons d’être ses enfants. Pourtant, Dieu dans sa miséricorde, nous donne toujours, par le sacrement de Pénitence, l’occasion de revenir à lui. Il y a à cet égard la magnifique parabole de l’enfant prodigue que le Christ a racontée à la foule qui faisait route avec lui. Selon celle-ci, le père, qui avait partagé son héritage entre ses deux fils, voit le cadet revenir à la maison après avoir dissipé tout son bien à l’étranger en mauvaise compagnie. Mais au cri poussé par ce dernier: «Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d’être appelé votre fils», il lui pardonne et le reçoit dans ses bras avec les honneurs, en tuant le veau gras. Et il dit à son fils aîné, resté à la maison dans l’obéissance et qui s’étonnait de son geste conciliateur: «Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi. Mais il fallait bien faire la fête; car ton frère était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu et le voici retrouvé» (cf. Lc 15,11-32).
Pour bien nous montrer l’ampleur inouïe de l’amour que le Père divin réserve à ses enfants, au-delà de toutes frontières et limites — c’est-à-dire pour l’éternité —, Jésus répond aux Sadducéens qui l’interrogent: «Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir: ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection» (Lc 20,34-36).
Cette parole qui illustre la future vie éternelle va au-delà de notre compréhension humaine, mais elle révèle en même temps que nous serons alors dans un état de béatitude et d’intimité avec notre Père qui nous enchantera sans cesse. En tant que Ses enfants, on ne peut que s’en réjouir.

 


 



 

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