Kérizinen

La souffrance est réparatrice

STELLA MARIS 457 SOMMAIRE

Littérature de Kérizinen

Certes, nous ne pouvons réparer nos fautes par nous-mêmes, sans le Christ. Ce n’est qu’associés à sa Passion que cela nous est possible, par la Miséricorde de Dieu:
«Ce n’est pas Dieu qui a créé la souffrance et la mort: c’est l’homme qui les a introduites par le péché, dit Marie. Dieu est la Vie; le péché, le rejet de Dieu.» (14/3/64)

 

Voilà clairement posée la relation de cause à effet: les souffrances et la mort de Jésus ont pour cause directe le péché. Les souffrances et la mort de l’homme ont pour cause directe le péché. Et nous voilà du même coup, que nous le voulions ou non, configurés à la Victime du péché: Jésus. Mais Marie nous affirme: Dieu est la Vie, le péché, le rejet de Dieu. Le péché a rejeté Dieu du monde par la mort du Christ, mais cette mort de Dieu a été source de Vie pour l’homme; et c’est déjà cela «la merveilleuse trouvaille», dont va parler Marie.
Ainsi apparaît déjà la transaction divine: souffrance et mort de l’homme à travers la souffrance et la mort du Christ, égalent purification, réparation et retour à la Vie.
«Mais quelle merveilleuse trouvaille de l’Amour du Seigneur, de transformer en instrument de salut, ce fruit naturel du péché qu’est la souffrance, qui devient une purification pour qui la prend chrétiennement en s’efforçant de comprendre et d’accepter l’intention de Dieu.»


La souffrance est source de gloire

Il s’agit, selon le conseil de notre Maman, de comprendre et d’accepter l’intention de Dieu. Jusqu’où peut donc aller cette intention et comment la comprendrons-nous?
«Si Dieu vous fait souffrir, soyez persuadés qu’Il vous aime.» Qu’est-ce à dire? Comme c’est difficile humainement, à saisir! Méditons dans le Cœur de Marie qui nous parle. La souffrance de Jésus sur la croix était l’effet d’un double don: Don du Père à son Fils, et Don du Fils à son Père. Le Père est la source de tout don. Quand Jésus à l’agonie dit, après avoir gémi dans la fragilité de sa chair: «Père, si c’est possible que ce calice s’éloigne de moi!» et qu’Il a ajouté aussitôt: «Cependant que ta Volonté soit faite et non la mienne!», il faut bien entendre que c’est librement, dans la Puissance de son Amour, et pour le Père et pour nous, que Jésus demande la Volonté de son Père, cette Volonté qui continue d’être sa nourriture. La nourriture c’est l’effet du Don parfait du Père. Et c’est même en cela que le Père exauce la prière de son Fils quand Celui-ci disait: «Père, glorifie ton Fils!» Il s’agissait bien de cette souffrance et de cette mort en croix. Voyez comme nous pénétrons ici au cœur même de l’Amour de Dieu. Le Père offre à son Fils qui est Amour comme Lui, la souffrance qui va sauver les hommes. Mais cette même souffrance est le don du Fils au Père, et elle répond à la fin de la prière de Jésus qui dit: «Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils Te Glorifie à son tour!».
Quelle merveille d’Amour! C’est pourquoi Marie présente la souffrance comme un don:
«Depuis le Christ, le sens de la souffrance n’est plus un problème angoissant… Les joies que vous éprouvez peuvent vous tromper, mais les croix, jamais!»
Ainsi, en nous demandant d’accueillir la souffrance, le Père nous fait entrer mystérieusement dans cette Connaissance ineffable, dans la Connaissance de ce double Don d’Amour entre le Père et le Fils. Nous manifestons ainsi dans notre chair christi-fiée, «le Père riche en miséricorde».
«Il n’y a qu’au Ciel que vous comprendrez le prix de la souffrance, continue Marie. Voudriez-vous suivre un autre chemin que celui de Jésus Crucifié? Souvenez-vous que, sur le point d’expirer, Il jeta un grand cri. C’était pour appeler tous les hommes au pied de la Croix, pour leur dire comment on aime… et comment, eux aussi, doivent pratiquer la charité et accepter la souffrance.»
Voyez comme en acceptant la souffrance, nous participons à la gloire de Dieu, comment nous entrons dans cette gloire. «Voilà comment on aime!» dit Marie. Elle était bien placée pour le savoir et savoir quelle gloire engendre la souffrance.


La souffrance est puissance

Elle est puissance, parce que nous sommes configurés à Jésus et devenons corédempteurs.
«La souffrance est donc une maîtresse de Sagesse divine, elle vous aide à vivre, dans la foi, votre espérance et votre amour de Dieu seul, nécessaires à qui veut entrer dans sa Joie.»
«Maîtresse de Sagesse Divine…!» Humainement, la souffrance est un mal. On doit l’affirmer avec force. Rechercher la souffrance, sans amour de Dieu est signe de déséquilibre psychique. «Ou souffrir ou mourir!» Ce cri ne peut être vécu que dans une âme saisie par l’Esprit Saint. De nous-mêmes, nous ne pouvons tirer que tristesse et désespoir de la souffrance. C’est pourquoi Marie prend bien soin de nous avertir «Depuis le Christ, le sens de la souffrance n’est plus un problème angoissant.»
Nous pouvons traduire: Depuis que le Christ est venu. Mais nous pouvons aussi traduire en disant: «Depuis, à partir du Christ, en se rattachant à Lui, en étant en Lui… Et on comprend la Joie du Christ en croix au milieu de ses douleurs, en pensant à ceux qui, par elles, entreraient dans la Vie. Mais revenons à l’expression: «Maîtresse de Sagesse divine…»
La Sagesse est un Don de l’Esprit-Saint, communication entre le Père et le Fils. C’est un Esprit d’effacement, d’humilité, de Toute-Petitesse. C’est l’état d’enfance divine. Oui, l’Esprit Saint est «enfant».
Marie, épouse de l’Esprit Saint est, comme elle le disait un jour à une âme privilégiée qui, se trouvant dans un autobus, contemplait une petite fille ravissante de 3 ans: «Je suis la pure transparence de l’Enfance Divine». Etant enfant, l’Amour est simple, d’une simplicité qui nous échappe totalement. Jésus est la simplicité incarnée. Cela signifie qu’il est absolument vulnérable, comme peut l’être un tout petit enfant. Il n’y a en Lui que de l’Amour et rien d’autre. Donc, ressembler à Jésus dans la souffrance, c’est, sous la mouvance du Saint-Esprit, devenir ce petit enfant du Père semblable au tout petit enfant divin de Dieu, c’est entrer dans la Sagesse Divine dont nous parle Marie. L’amour-enfant sur la Croix! Enfant, parce que, par définition, l’Amour est impuissant précisément parce qu’il est Créateur de liberté. Et c’est cela sa gloire. Donc, Marie nous enseigne que par la souffrance nous échappons à cette puissance dominatrice qui juge et condamne, évacue toute souffrance par la révolte ou le jugement ou la haine, et écrase la liberté d’autrui et que nous ressemblons à son doux Enfant vulnérable qui, souffrant, rend gloire au Père.
«Quand vous souffrez, pensez au Christ qui, si près de vous, vous regarde, vous aime et se penche vers vous pour donner un sens à votre souffrance. Car depuis le Christ la souffrance n’est plus un problème angoissant, mais simplement une ressemblance, une bouleversante élection. Les persécutés, les innocents, les affligés, les méconnus peuvent reconnaître dans le Christ la plus sainte, la plus noble image de ce qu’ils sont devenus.»
Admirons l’expression: «Une bouleversante élection», et remercions la Miséricorde de nous donner ce pouvoir d’être configurés au doux Enfant du Père. Nous pouvons ainsi manifester à notre tour cette «sainte impuissance de l’amour» qui ne peut que respecter la liberté des autres pour leur salut.
«Souffrir est un pouvoir inouï qui vous est conféré, et non une mutilation et un échec, mais une victoire; le corps du Christ désormais, c’est vous. Il faut que vous continuiez de souffrir pour entrer dans la gloire, y soulevant ceux que le Père vous a confiés.»
Dans ce texte, Marie met en relief ce pouvoir corédempteur ainsi que notre configuration à Jésus dont la souffrance est le gage. Cette puissance corédemptrice de la souffrance est un grand sujet de miséricorde. Jésus désire des «humanités de surcroît» dans lesquelles sa puissance d’Amour veut s’individuer des milliards de fois. Vous entendez? Oui, le «Christ ressuscité a ce pouvoir de s’individuer en nous pour vivre en nous une vie qui «achève ce qui manque à sa Passion». L’Amour a tout acquis mais Il s’efface devant sa créature, met en branle sa liberté pour la faire corédemptrice avec Lui. Marie a mis l’accent elle aussi sur la part que doit prendre l’homme à ce triomphe des Deux Cœurs Unis: «Ne vous alarmez pas en raison de tant d’événements, mais, plus que jamais, il vous est nécessaire de prier, mais aussi d’agir, car si les hommes ont besoin du secours de Dieu, Dieu aussi demande le concours des hommes. Dieu a besoin de vous pour réaliser les desseins éternels de sa Providence.» (13/10/58)
Alors dans ce problème angoissant de la souffrance, Marie nous dévoile notre puissance dans l’élévation du Corps Mystique: «Souffrir est un pouvoir inouï qui vous est conféré… Le mérite qui peut jaillir de votre souffrance n’est pas un bien réservé à celui qui souffre. Fruit de la charité, il vaut pour tout le Corps Mystique du Christ. Ainsi, toute souffrance acceptée par amour a une puissance rédemptrice. Des âmes ont été aidées, soutenues, sauvées, parce que tel jour quelqu’un a prié et souffert pour elles…»
Et Marie conclut en disant: «C’est vraiment le triomphe de la Miséricorde!»

Souffrance et victoire pascale

«Ad lucem per crucem!» «A la lumière par la Croix!» Le Christ a dû passer par la souffrance et la mort pour entrer dans sa Gloire. «Si votre pèlerinage est ponctué par les stations de la voie douloureuse que Jésus Lui-Même a suivie, vous savez aussi que cela vous permettra de voguer vers le rivage de l’éternelle lumière et de la joie sans fin… Les croix sont si précieuses, si méritoires que votre Père céleste ne veut pas vous en priver, mais au moment même où la peine vous frappe, paternellement et en secret, Il vous parle au cœur, Il en fait le siège et, si vous vous ouvrez à sa grâce, Il fera jaillir de vos lèvres un cri de résignation et de foi en son Amour où éclate Sa Gloire.» Si notre souffrance est cause de Gloire pour Dieu, cela va plus loin encore. La souffrance nous ouvre le chemin de la Résurrection. Car il en est du chrétien comme du Christ, il doit accomplir le mystère pascal.
«Ne soyez donc pas dans la tristesse si la souffrance est votre partage, mais qu’une grande joie habite vos cœurs, puisque vous savez d’avance que la victoire est acquise; elle prend sa source dans le Christ ressuscité. Vivez dans cette invincible espérance de la résurrection et dans la pacifiante certitude d’être associés par la grâce à la vie du Christ. Faire rayonner la joie sur terre, c’est rendre témoignage au Christ ressuscité.»
Ainsi éduqués par Marie, quel prétexte avons-nous désormais de faire grise mine à la souffrance quand on songe au pouvoir de consolation que nous avons d’elle, consolation de Jésus, à son pouvoir corédempteur, et à la gloire éternelle qui jaillira d’elle un jour, à cause même des mérites de l’Amour mort sur la croix.

Extrait du livre «En ce signe tu vaincras», p. 152-158, Euro 13.– CHF 19.50



 

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