San Damiano

Conversion d’une «Malbar tamoule»

STELLA MARIS 454 SOMMAIRE

Littérature de San Damiano

Je veux et je dois donner ce témoignage pour tous mes compatriotes Réunionnais et mes frères et soeurs qui sont comme moi d’origine tamoule, et qu’on appelle familièrement (ou péjorativement) «Malbars» aussi bien à La Réunion (où je suis née), que dans les autres départements d’outre-mer.

 

«Comment je suis arrivée à faire ce pèlerinage? Je n’en sais rien! Ou plutôt, à l’instant où j’écris, je suis convaincue que c’est le Bon Dieu qui a décidé de venir me chercher pour me sortir des ténèbres! Oui, de venir me chercher là où j’en étais dans ma vie, dans mes erreurs religieuses ... Dieu le Père, en bon et vrai père a décidé que ça suffisait pour moi, sa pauvre fille Tamoule, de continuer à vivre dans les erreurs de cette fausse religion qui vénère des divinités aberrantes et des esprits qui ne sont rien d’autre que des démons! Une fausse religion qui nous fait pratiquer des rituels qui ne sont rien d’autre que de la sorcellerie!
Tout a commencé par des douleurs terribles que je ressentais aux genoux; mes pieds aussi étaient enflés, j’avais de plus en plus de mal à marcher, et toutes ces souffrances me remplissaient d’inquiétude: «Allais-je finir dans un fauteuil roulant?!». Les différents traitements des médecins de ville que j’avais consultés ne me procuraient que des soulagements passagers (une IRM avait permis de diagnostiquer une «ostéonécrose des genoux»!). Les «remèdes de bonne femme» des voisines ne marchaient pas mieux, les prières et les offrandes faites, à genoux (malgré le supplice que me faisait endurer cette position!) au temple et devant ma «chapelle» personnelle, devant les effigies des divinités Karli, Siva et Maryamin ne me donnaient aucune guérison!
Un jour, où je souffrais encore plus que d’habitude, où j’avais enduré une véritable torture en suppliant (en vain) les divinités de ma «sapèl (chapelle)», je me relevais, en larmes, péniblement, et je me traînais pour m’asseoir devant mon portail. Un beau petit garçon blond, d’à peu près 7 ans, habillé tout en blanc, avec un petit bouquet de fleurs blanches dans les mains passe à 1 mètre du portail; il tourne la tête vers moi et me sourit. Qu’est-ce qu’il était joli! Je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire:
- «Hé, là, marmaille! Où tu vas comme ça? Y’a un mariage ou quoi?».
Le petit s’arrête une seconde, me regarde avec ses yeux qui étaient aussi bleus que le ciel et dit toujours en souriant:
- «Nooon, je vais à l’église: ma mère m’attend...»,
- «Ah? Et on te laisse marcher tout seul, comme ça, sans personne qui t’accompagne? Et si il t’arrive quelque chose?! C’est pas prudent, ça!... Je vais t’accompagner jusque là-bas...».
Je ne sais pas pourquoi j’ai décidé d’accompagner cet enfant, sinon poussée par l’instinct de protection qui est propre aux femmes ... Je me levai presque en grinçant de douleur et le joli petit garçon se mit à cheminer à côté de moi, tenant son bouquet à deux mains devant sa poitrine comme on porte un vase. Ces fleurs n’étaient pas des fleurs de notre île: c’étaient plein de petites clochettes blanches qui embaumaient jusqu’à mon nez (par la suite j’ai appris que c’était du muguet). Ce petit «zoreille» avait aussi autour du cou un drôle de collier de petites perles blanches nacrées qui se terminait presque sur son ventre par une petite croix qui brillait beaucoup ... Je n’osais pas lui demander son prénom, ni d’où il venait ... D’ailleurs, je n’avais envie de lui demander quoi que ce soit ... J’étais toute préoccupée à me dire: est-ce que j’arriverai à faire le chemin du retour sans trop souffrir?
- «Pourquoi tu pleures, madame?», me dit soudain l’enfant de sa mignonne petite voix douce.
- «Oh, c’est rien, bébé, c’est mes genoux qui sont cassés, ils sont en panne ...»
- «Mon père va te les réparer! Mon père il répare tout!», me répond-il avec une triomphale assurance.
- «C’est pour quoi faire ces fleurs-là? Elles sont drôlement belles!»
- «Oh oui! C’est les fleurs préférées de maman! C’est pour elle!»
Et sur ces mots il se mit à courir pour entrer dans l’église, car nous étions arrivés à une dizaine de mètres d’elle.
Personnellement, je n’entre pas dans les églises, car je suis hindouiste et je ne vais que dans les temples, mais le soleil tapait si fort, j’étais en nage, les efforts de cette marche m’avaient exténuée même si l’église n’était pas si loin, et je voulais aussi m’assurer que le mignon petit «zoreille» était bien avec ses parents dans cette église. Alors, exceptionnellement, je décidai d’entrer, moi aussi, dans cette église.
Elle n’était pas éclairée et il y régnait une pénombre bien agréable après l’aveuglant soleil de cet après-midi. Elle semblait vide, personne sur les chaises, pas un bruit à l’intérieur, je me mis à en faire le tour pour voir où étaient l’enfant et sa famille, mais je ne vis personne! Où était donc passé le petit? Je l’avais bien vu s’engouffrer en courant à l’intérieur! Et là, point d’enfant! Disparu! Volatilisé! J’étais abasourdie! Par où était-il donc passé? J’ai eu beau faire deux fois le tour de l’église, il n’y avait que deux portes: celle de l’entrée et une au fond, derrière l’autel à gauche. Je l’avais poussée, car elle était entrebâillée, mais elle donnait sur une pièce sans autre porte (la sacristie)! Tout à coup en passant à nouveau devant la statue d’une dame voilée, vêtue d’une longue robe blanche avec une longue ceinture bleue, je remarque le bouquet de fleurs blanches du petit garçon posé aux pieds de cette statue! Mais point trace de lui ... Ni de sa famille! Je décide de m’asseoir près de la statue, n’y comprenant plus rien et je constate en la regardant qu’elle a, pendu à son bras, le même collier que l’enfant portait autour du cou! (Par la suite j’ai su que ça s’appelait un chapelet.) Je restais assise, presque choquée de la disparition inexplicable du beau petit zoreille, tournant la tête de tous côtés, quand mon attention se porta sur une feuille de papier qui était tombée sous une chaise, à côté de moi. Je la ramassai par curiosité et j’y lus « Pèlerinage à San Damiano + Medjugorje + Sacré-Coeur de Paris». Puis, une dame entra dans l’église, et vint droit vers moi:
- «C’est vous qui m’accompagnez au pèlerinage?», me dit-elle avec un large sourire, et en me tendant sa main.
Je lui dis, tout en lui serrant quand même la main qu’elle me tendait, qu’il y avait une erreur et que je n’allais nulle part!
- «Oh, excusez-moi! J’ai cru que vous étiez la personne avec qui j’ai rendez-vous! Voyez-vous, j’ai été guérie, il y a plusieurs années, à Medjugorje, d’une très grave maladie, suite à un pèlerinage que m’avait offert une amie (qui est repartie depuis vers le Père, paix à son âme) et en mémoire de son beau geste j’ai fait le voeu d’offrir moi aussi, à quelqu’un, vu que mes moyens me le permettent, un pèlerinage à Medjugorje, tous les ans! En remerciement pour ma guérison! Il y a quelques jours, j’ai transmis mon offre au curé qui m’a dit qu’une dame qui était intéressée m’attendrait aujourd’hui dans l’église! J’ai cru que c’était vous! Excusez-moi...»
Mais ce mot de «guérie» m’avait vivement interpellée! Et je retins la dame en lui demandant de me raconter qui l’avait guérie et de quelle façon. Du long récit qu’elle entreprit de me faire, je ne compris qu’une chose: c’est qu’elle s’était rendue dans un pays où la guérison tombait du ciel sans qu’il y ait rien d’autre à faire que d’y aller! Ça tenait du prodige! Une envie de jouir moi aussi d’une guérison merveilleuse m’envahit! Une bonne demi-heure s’était écoulée sans que ni le petit garçon en blanc n’ait reparu, ni la femme que mon interlocutrice attendait ne soit venue, aussi celle-ci en regardant sa montre, décida de partir, et me dit en me tendant une carte de visite:
- «Appelez-moi si ça vous dit, et si la dame que j’attendais ne donne pas signe de vie ... À la grâce de Dieu: c’est Lui qui décide...»
Et je rentrai chez moi, pensive, tout lentement...
Quand je racontai cette histoire à mon mari, il haussa les épaules en me disant:
- «Crois-tu que les gens payent un voyage à 1600 euros comme ça? Retourne voir plutôt le pousari, lui va te guérir!»
Mais je gardai la feuille du pèlerinage et la carte de la dame dans le tiroir de mon chevet.
Les jours suivants, mes douleurs allèrent en s’amplifiant et je pensais sans cesse au beau petit zoreille blond et à la guérison de la dame.
Un matin, où la douleur m’avait arraché des cris et des sanglots, je pris la carte de visite de la dame et l’appelai sans trop savoir ce que j’allais lui dire. Elle décrocha à la première sonnerie et me reconnut tout de suite!
- «Ah! Enfin, vous vous êtes décidée! L’autre dame ne s’est pas manifestée. Je vous offre le pèlerinage; à quel nom dois-je le mettre?»
Comme dans un rêve, je lui donnai mon nom, prénom et adresse, sans même craindre la réaction de mon mari. Quand je raccrochai, je réalisai que je m’étais lancée dans une véritable aventure dont je ne savais même pas quels problèmes elle pouvait me valoir! Mais, quelque chose m’interdisait de rappeler la dame pour tout annuler! Quand mon mari rentra du travail, ma décision était fermement prise: je partirais même s’il n’était pas d’accord! Même s’il faisait appel au pousari pour me faire changer d’avis! Le départ devait avoir lieu dans à peine 10 jours, je commençai à prévoir ma valise, à acheter quelques lainages pour le climat européen, et j’appelais la dame tous les 2 jours pour vérifier que son offre tenait toujours.
Puis vint le jour du départ de notre pèlerinage. Un voisin m’emmena à l’aéroport de St-Denis. J’agissais comme un automate, tout me semblait irréel: je n’arrivais pas à comprendre que je prenais l’avion, gratuitement, avec des inconnus, pour un pays inconnu! Le trajet se passa bien, sans incident...
Arrivés à Paris, nous partîmes pour San Damiano en avion et je découvris le «Jardin de Paradis»; le guide nous raconta l’apparition de la Vierge Marie dans ce lieu et j’écoutais sans participer les prières en latin qui s’égrenaient à 5h du matin autour de l’enclos à la belle grille dorée. Je restais assise en face de la statue toute blanche de celle qu’on appelait la «Sainte Vierge», elle avait une rose dans chaque main et un petit sourire qui m’apaisait... Tout n’était que paix et sérénité en ce lieu, l’enclos était magnifiquement fleuri de nombreux vases pleins de superbes roses... Les prières en latin ne me déplaisaient nullement, je regrettais même de ne pas pouvoir les suivre comme mon groupe avec leurs livrets dans les mains! Il y avait une longue fontaine en marbre avec plusieurs robinets où ceux qui priaient allaient se désaltérer de temps en temps. Le guide nous avait dit que l’eau de cette fontaine était miraculeuse mais elle me paraissait si accessible que je pensais que ce devait être une eau ordinaire et que l’Eau Miraculeuse devait être dans ce puits fermé par un dôme en cuivre qui était équipé derrière la statue dans l’enclos. Nous étions logés dans une ferme au bout d’un chemin, à gauche de l’église. Dans la salle à manger de la ferme, je lus un article très intéressant intitulé «Analyse scientifique de l’eau de San Damiano». Il commençait par les messages que la Vierge avait donnés au sujet de cette eau, et une chose me frappa: Message de la Très Sainte Vierge: «Venez boire à ce puits l’eau de la Grâce. Lavez-vous! Purifiez-vous! Buvez de cette eau. Beaucoup guériront du mal physique... Portez de cette eau aux malades graves de l’hôpital, aux moribonds.» (18/11/66).
Aussi, lorsque nous retournâmes au Petit Jardin, je me rendis à la fontaine et je me lavai les mains, les bras et le visage ainsi que le cou. Que cette eau était fraîche et délicieuse! Je la bus à longues gorgées et me redressai avec une sensation de propreté toute nouvelle! C’est alors que deux mots du message me re-frappèrent: «Lavez-vous!». Je pris ma jambe à deux mains et au prix d’un douloureux effort je posai mon pied sur le bord de la vasque de la fontaine et j’entrepris de baigner à grande eau mon genou et mon pied malades, je fis de même avec l’autre jambe, et, bien trempée, j’allai rejoindre une place face à la statue de la Vierge. Etrangement, les prières que scandaient les autres me parurent comme familières alors que nous n’étions là que depuis la veille au soir et qu’on ne les avait récitées que le matin à 5h! Et, sans m’en apercevoir voici que ma bouche se met à répéter les paroles des autres: «Avé Maria, Dominous técoum, bénédicta tou, etc.»! Je ne sais pas du tout ce que ça veut dire, mais ça me plaît et me remplit d’une allégresse venue de je ne sais où!
Au bout d’un certain temps, voilà que celui qui dirigeait la prière au micro dit quelque chose en italien et tous les pèlerins glissent de leurs places et s’agenouillent en étalant devant eux des objets qu’ils avaient achetés et des photos de famille! Je suis la seule à rester assise sur le banc. Je me dis que vu l’état de quasi-infirmité de mes jambes, je ne suis pas obligée de faire comme les autres...
Mais soudainement, je sens comme la pression de deux mains incroyablement lourdes et fortes, appuyant sur mes épaules, qui me font tomber du banc, de tout mon poids, sur mes pauvres rotules! La douleur est fulgurante! Je suis stupéfaite de ce qui m’arrive mais je n’arrive même pas à crier, j’ai la tête baissée, je suis incapable de la relever et de voir quelle est la personne qui a eu le toupet de me jeter au bas du banc! Je reste prostrée ainsi à me dire que mes genoux sont sans aucun doute brisés en mille morceaux et que l’hôpital et le fauteuil roulant m’attendent comme résultats de ce voyage! On n’entend pas un bruit dans le Petit Jardin de Paradis. Et voilà, que soudainement, je suis enveloppée d’un intense parfum de roses! Mais vraiment très puissant! Je suis parcourue d’un long frisson et mon âme ressent une douceur telle qu’elle me remplit les yeux de larmes! J’en oublie ma souffrance physique... Pendant des secondes qui semblent hors du temps, je me crois partie ailleurs quand la voix au micro vient me faire atterrir et tous les pèlerins qui étaient figés à genoux s’ébrouent et se relèvent en reprenant les prières en latin. Sans même me rendre compte de ce que je suis en train de faire, je me relève aussi et ça, sans même prendre appui sur le banc qui est derrière moi!!
Et là, je réalise que je suis debout sans aucune souffrance! Je soulève ma jupe longue, je tâte mes genoux: ils sont intacts! Je les regarde: pas une écorchure, pas un bleu, ils ne sont même plus enflés! Mes pieds non plus! Qu’est-ce qui m’arrive? Comment cela est-il possible? L’eau de la fontaine est donc vraiment miraculeuse?! Ou est-ce cette violente chute? Le parfum pénétrant de roses? Je ne sais plus quoi penser, s’il faut que je crie, que je saute en l’air... Non, c’est trop beau pour être vrai! Je ne peux pas avoir été guérie comme ma bienfaitrice juste grâce à un pèlerinage et par cette déesse des catholiques dont je n’ose pas m’avouer qu’elle me plaît tellement...
Je décide de tester mes «nouvelles jambes» avant d’en parler à ma bienfaitrice (j’ai la crainte de crier victoire trop tôt!). Je me mets à remonter les allées du Petit Jardin, sans aucune difficulté, d’un pas très lent d’abord, puis de plus en plus rapidement, et finalement j’essaie une course brève. Je suis sidérée: je marche et je cours comme aux plus beaux jours de mon enfance! C’est un miracle! Mais j’ai encore un doute: est-ce passager ou cela va-t-il durer? Est-ce que d’ici quelques jours le mal ne va pas revenir? Aussi, je décide de garder mon «miracle» encore secret, jusqu’à ce que je sois sûre qu’il ne va pas s’en aller! Je reviens vers l’enclos, toute jubilante d’une joie réprimée au prix d’un grand effort. Je m’accroche à la grille dorée, me mets précautionneusement à genoux en face de la statue de la Vierge et là, je me répands en un flot de remerciements murmurés à cette merveilleuse déesse de marbre blanc qui me sourit avec tant de tendresse.
Cependant, avant de m’endormir, une question me taraude: pourquoi la divinité hindoue à laquelle je voue un culte «pas possible» ne m’a-t-elle pas guérie malgré toutes mes offrandes et mes sacrifices? ... Je m’endors, très troublée, sur cette question.
à suivre
Mme V. D.

 




 

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