La vie d’Anne Catherine EmmerichEcrite par le Père K.E. Schmoeger (1778-1842)STELLA MARIS 454 SOMMAIRELittérature d'Anne Catherine Emmerich |
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Dante a inventé la Divine comédie et son génie littéraire a fait de cette oeuvre imaginaire mémorable un chef-d’oeuvre de la littérature
universelle.
Avec Anne Catherine Emmerich, écoutée par Clément Brentano, nous sommes conduits par une mystique dans l’au-delà et, si la foi nous éclaire, un prodigieux voyage s’offre à nos yeux et à notre coeur. Nous sommes invités à prendre connaissance de l’univers invisible des âmes qui peinent ici-bas ou qui ont quitté la terre pour peupler le Ciel, le Purgatoire ou hélas l’enfer.
La Miséricorde et la Justice de Dieu sont manifestées d’une manière si forte et profonde que le lecteur est bientôt associé à ce mystérieux périple. Une contribution des vivants au salut des âmes ayant vécu hier, vivent aujourd’hui ou même celles qui vivront demain, devient une exigence pressante. On découvre les mille chemins de la grâce et comment elle est reçue ou refusée.
La condition humaine ici-bas devient sous nos yeux une immense et profonde pédagogie du salut. Le visible est mis au service de l’invisible. Les détails des choses
et de la vie quotidienne auxquels nous ne portons souvent qu’une attention distraite deviennent brusquement sérieux et ne doivent plus rien au hasard.Tout a un sens. Le temps passe, mais on comprend qu’il laisse des traces éternelles.
Le Christ, Fiancé des âmes, est au centre, au coeur de cet univers dévoilé, tandis que la Vierge et les saints ne cessent d’agir et que les anges face aux démons déploient avec une précision absolue les conséquences de nos choix dans la trame du grand dessein de Dieu.
Anne Catherine est située dans un temps et un lieu
bien déterminés, sa vocation propre, ses caractéristiques personnelles, ses dons et ses limites, constituent le cadre humain de ce tableau qui
réfracte quelque chose d’un drame plus vaste et même illimité. D’autres mystiques proposent des miroirs différents car chaque âme est faite pour une demeure éternelle précise qui lui donne un visage dès ici-bas. Anne Catherine, paysanne illettrée, a reçu des lumières dès sa plus tendre enfance pour témoigner de la réalité du monde invisible à une époque où Les Lumières de la raison prétendaient écarter celles de la Révélation. Voyageuse dans l’au-delà, son chemin de croix nous vaut un récit incomparable, plein d’enseignements pour la vie spirituelle toujours menacée par l’illusion, l’aveuglement et l’insouciance.
Ce message dont Clément Brentano se fit le secrétaire talentueux et impatient a pris avec la béatification récente de la voyante, une actualité nouvelle. L’oeuvre d’Anne Catherine Emmerich n’est pas seulement la Douloureuse Passion, ni même les Visions sur la vie du Christ, c’est aussi sa vie douloureuse à elle et son incessante activité missionnaire et caritative dont
la terre ne fut qu’une des «provinces» qu’elle sillonnait inlassablement en esprit, guidée par un ange. En esprit, c’est-à-dire invisiblement, mais non pas de manière purement imaginaire, car elle agit, modifie des comportements, écarte des obstacles réels.
Sa contribution à la connaissance du purgatoire mérite d’être signalée, car les liens entre la vie sur terre et le purgatoire sont étroits. L’Eglise militante peut beaucoup pour l’Eglise souffrante et les épreuves de la purification montrent que les voies de la sainteté ici-bas ont un coût qu’il importe de connaître. Un déficit spirituel sur terre entraîne une inévitable compensation au-delà. C’est ainsi que les premiers peuvent devenir les derniers et les riches des pauvres. Ici-bas le temps est un trésor qu’il faut faire valoir pour le présenter un jour au juste Juge.
Les trois volumes de la vie d’Anne Catherine écrits par
le P.K.E. Schmoeger sont le fruit d’un formidable labeur (1867-1870) et pour ne rien perdre l’auteur n’a pas hésité à charger son texte de quelques longueurs. Il fallait frayer un chemin dans la montagne de notes prises par Brentano, prévoir des digressions explicatives, par exemple en évoquant sainte Lidwine (XIIIe), une stigmatisée célèbre. Les enquêtes de l’administration prussienne auprès d’Anne
Catherine donnent lieu à un véritable procès qui suggère celui de Jeanne face à ses
juges. La pertinence de ses réponses, son humour et son courage rappellent la prisonnière de Rouen.
Il ne faut pas regretter l’abondance des pages qui sauve de véritables trésors enfouis ici et là dans une sorte de gangue. Nous apprenons par exemple qu’Anne Catherine assura que les places abandonnées par les anges déchus sont destinées aux saints, elle-même ne sait pas d’où lui venait cette idée qu’elle n’avait pu trouver dans un livre. Précieuse information pour la théologie de l’histoire que saint Augustin, saint Bernard et Bossuet avaient suggérée. Des remarques sur la solidarité des familles dans le temps, sur les héritages spirituels qui se transmettent de génération
en génération sont fort précieuses. Elle cite le cas de la famille de Galen dont un descendant devenu évêque d’Aix-la-Chapelle fut un siècle plus tard une gloire de l’Eglise
allemande et sera prochainement béatifié.
Les voyages d’Anne Catherine ne lui font pas seulement faire le tour de la terre, nous l’avons noté, elle agit et à l’instar de Catherine de Sienne ou de Brigitte de Suède, elle se fait conseillère du pape, en l’occurrence Pie VII qu’elle visite en restant invisible. Véritable fée bienveillante, elle disait en souriant que si on connaissait ses pérégrinations on la prendrait pour une sorcière, mais c’est le service de ses frères qui la mobilise tandis qu’elle souffre en étant configurée par les stigmates à la Passion du Christ. Les maladies et les tentations de ceux qu’elle veut aider, c’est elle qui doit les souffrir. Elle modifie au prix fort le cours des choses que les péchés avaient entraîné.
Le lecteur doit même avoir sous les yeux le cruel spectacle de cette crucifixion pour comprendre qu’il a affaire non pas à un conte de fée, mais à une histoire d’inspiration évangélique vécue par une amie de Dieu.
C’est l’histoire du Corps mystique que la vie d’Anne Catherine fait vivre et le don qu’elle avait de reconnaître les reliques la met en présence des saints: Il y a, déclara-t-elle, entre le corps et l’âme un merveilleux rapport qui ne cesse pas après la mort, en sorte que les âmes bienheureuses continuent toujours à agir sur les fidèles par les parties détachées de leur corps.
Elle voit aussi les anges: Je les vois à la vérité sous forme humaine, ayant des visages et chevelures, mais avec quelque chose de plus svelte, de plus noble, de plus beau, de plus immatériel que les hommes.
Les saintes Agnès, Cécile, Catherine d’Alexandrie sont longuement présentées dans des descriptions pleines
de charme. Saint Benoît à
Subiaco et sainte Scolastique, sa soeur, enjouée et aimante lui apparaissent. Saint Thomas d’Aquin, dont elle avait une relique, la guérit d’un mal douloureux. Saint Augustin et sainte Monique, Françoise romaine, Ignace de Loyola, François Xavier, saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal lui sont familiers. Elle assiste, sur l’Alverne, à la vision de François recevant les stigmates.
C’est à partir de 1820, quatre ans avant sa mort, qu’elle raconta la vie de Jésus qui se déroulait devant ses yeux et dont Brentano recueillait les fragments.
Il faut évoquer à ce propos les difficultés, disons même le véritable chemin de croix que la voyante endura pour permettre à celui qu’elle appelait le pèlerin de prendre ses
notes. Le grand poète était spirituellement un débutant. Fasciné par la personnalité extraordinaire de la sainte moniale, il supportait difficilement les interruptions continuelles qu’on lui imposait et s’exaspérait de voir se perdre tant de visions sous des prétextes qu’il considérait comme frivoles. Avec deux heures par jour qu’on finit par lui réserver, il accumula les matériaux qui lui permirent de rédiger le récit de la douloureuse Passion et la Vie du Christ. La voyante avait ses contemplations au milieu de souffrances et d’occupations caritatives qu’elle entreprenait sans cesse, beaucoup plus intéressée par elles que par la relation de ses visions.
On suit dans les notes de Brentano le journal de ses humeurs et dix mois avant sa mort, la voyante fit dire à Brentano: Le pèlerin reconnaîtra un jour qu’il n’aura pas eu lieu de se vanter de sa patience en comparaison de la mienne. J’ai eu avec lui autant de patience qu’avec ma soeur. Ce qui n’était pas peu dire, car Gertrude, sa soeur, l’avait persécutée par sa bêtise et sa méchanceté. Brentano l’éprouva ni par bêtise, ni par méchanceté, mais en oubliant trop souvent que la voyante n’était pas seulement le miroir de l’invisible, mais aussi une personne humaine que son extrême générosité rendait vulnérable et que sa vocation extraordinaire vouait à l’incompréhension du monde et même de ses proches.
La béatification, si longtemps repoussée, de la grande mystique suivit de quelques mois le succès mondial d’un film s’inspirant de la Douloureuse Passion qui devint soudain une affaire mondiale.
Avec cette vie d’Anne Catherine, nous disposons d’un authentique complément au récit de la vie du Christ dont la mystique avait accepté de prendre part à ses souffrances pour sauver ce qui était perdu.
La lecture de cette somme engage le lecteur dans une aventure spirituelle.
Patrick de Laubier, prêtre
Littérature:
«Anne Catherine Emmerich» tome 1-3, Vie de la célèbre mystique Père Schmoeger, 448-528 pages, 15x22 cm, Prix par tome: Euro 25.–, CHF 42.50
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