Ô Marie, conçue sans péché...

Vers la définition de l’Immaculée Conception

par Bernard Balayn

STELLA MARIS 453 SOMMAIRE

Littérature de l'Immaculée Conception

La fête de l’Immaculée Conception de Marie revêt cette année un caractère particulier avec la conclusion de l’Année du 150e anniversaire des apparitions de Lourdes. Beaucoup ignorent comment nous en sommes arrivés à cette bienheureuse proclamation de Notre-Dame en 1858. Tout a commencé quand Marie est apparue en 1830 à soeur Catherine Labouré, avec cette invocation: «O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous»...

 

Une lumière dans la nuit

En 1830 commence la série des grandes apparitions modernes de la Sainte Vierge, afin de révéler un message de la plus haute importance. Elle choisit avec soin le lieu, la date, l’Instrument.
Ces apparitions se déroulent pour la plupart en France: 1830: Paris, 1846: La Salette, 1858: Lourdes, 1871: Pontmain, 1876: Pellevoisin... La France, parce qu’elle est la «Fille aînée de l’Eglise», a mission de répandre dans le monde la vérité. Mais Satan, l’Adversaire de Marie, a répandu les graves erreurs de l’époque dite des «lumières» (en fait des ténèbres) et de la Révolution. Le coeur du combat se situe entre Dieu et sa créature dévoyée: Lucifer. La clé nous est donnée d’ailleurs dans l’une des visions de la voyante: Marie lui montre spécialement la France. «Le point le plus éclairé» du globe qu’elle porte n’est pas anodin: c’est Paris, la capitale du Pays dont Elle est Reine. Elle vient donc dans son fief, dans le sanctuaire de son Fils. La Reine désire montrer que ses enfants privilégiés — et par là même le monde entier — doivent venir à ses pieds et à ceux de Jésus-Christ. Pour preuve matérielle, elle tient dans ses mains le globe terrestre, symbole de sa régence, de sa maternité et de sa puissance. Prophétesse, elle annonce des événements qui partiront de Paris et sèmeront le doute et la violence dans divers pays de la terre, à la suite de 1789.
En effet, nous sommes en 1830. Après Descartes, les Encyclopédistes 1 ont jeté l’ivraie dans le champ de Dieu, c’est-à-dire les erreurs philosophiques et sociales que Notre-Dame, Mère de la Sagesse, est chargée d’enrayer. Le résultat de ces erreurs ce sont les révolutions qui ont ensanglanté le monde, de la France jusqu’aux révolutions asiatiques, africaines et centre-américaines du XXe siècle. Une pause a lieu, avec le retour des Bourbons. Mais le dernier est chassé par la révolution de juillet 1830... C’est alors que, soucieuse de l’avenir, Marie vient délivrer son message et donner du réconfort à ses enfants.
L’Instrument est une religieuse que la Providence a conduite de sa Bourgogne natale à Paris, car elle voulait servir pauvres et malades, dont la capitale regorge, comme au temps de Monsieur Vincent (Depaul) dont elle avait eu d’ailleurs la vision, à 18 ans. De famille très nombreuse, fille solide, vertueuse, dévouée et pieuse, Catherine Labouré – c’est son nom – monte dans la capitale se «cacher» pour mieux se donner, et, sous le regard de saint Vincent, entre en avril 1830, à 24 ans, dans la Congrégation des Filles de la Charité (Rue du Bac) qu’il fonda sous Louis XIII. Elle voulait vivre en Dieu et voir Marie. Elle demandait cette grâce à son ange gardien et à Monsieur Vincent, dont elle venait de voir le coeur (avril-mai).
Une lumière s’apprête à se lever dans la nuit de ce temps, de cette année-même.


«Faites frapper une médaille...»

Comme dans le Magnificat, Marie abaisse ses yeux sur l’humilité de sa servante, et la prépare, tout de suite, par une vie d’oraison et de service. Sa Mère qu’elle avait prise pour telle à la mort de la sienne, «travaille» sans difficulté sur cette novice entièrement docile et disponible, et lui octroiera durant sa vie des charismes variés, tels que la vision de Jésus-Eucharistie, du Christ-Roi méprisé, de sa divine Croix bafouée, de Marie gardienne de sa Maison religieuse...
Mais ce qui a le plus retenu l’attention, ce sont les apparitions du début où elle donne ses révélations.


L’apparition de juillet 1830

Elle se produit dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 juillet, une semaine avant la chute de Charles X.
Son ange gardien la conduit à la chapelle, tout illuminée. Elle voit alors Marie venir à elle, s’asseoir sur le fauteuil du Père Directeur. La religieuse bondit à son endroit et pose familièrement les mains sur ses genoux: elle touche une vraie personne, vivante, qui lui parle pendant deux heures... Nous connaissons la teneur de l’entretien par les écrits qu’on lui a ordonné de laisser. Elle lui parla de sa sanctification, lui assurant de «venir au pied de l’autel demander les grâces dont elle – et les âmes - auraient besoin», puis passa à la situation à venir de la France et du monde, lui montrant les graves désordres auxquels il fallait s’attendre à cause de la rébellion contre Dieu (les révolutions parisiennes de 1848-1871 et celles de l’Europe...). C’était la première partie du message: les conséquences du péché.


Apparition du 27 novembre

Cette apparition allait donner aux grands maux le grand remède: la révélation de la Femme anti-péché. A l’inverse de juillet, il y a peu de paroles mais des tableaux et des gestes.
Vers 17h30, Catherine voit d’abord un premier tableau: la Vierge, vêtue d’une robe de soie et d’un voile blanc-aurore avec un manteau bleu-argenté, «Belle dans son plus beau», tenant un globe dans ses mains, surmonté d’une croix et qu’elle offre à Dieu, le regard levé vers Lui: «Ce globe représente le monde entier, particulièrement la France, et chaque personne en particulier.» «Son visage était de toute beauté, je ne pourrais pas le dépeindre. Puis, j’ai vu des anneaux à ses doigts, revêtus de pierreries inégales, jetant des rayons plus beaux les uns que les autres: ‘C’est le symbole des grâces que je répands sur les personnes qui me le demandent’», dit Notre-Dame. Des pierres étaient sans éclat: «Elles figurent les grâces qu’on oublie de me demander.» La Vierge avait un autre globe sous ses pieds écrasant un serpent: Lucifer.
A ce moment, un ovale se forma autour de l’apparition, avec une inscription en lettres d’or: «O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.» Catherine entendit alors cette voix, «au fond du coeur»: «Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle. Toutes les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces, spécialement celles qui auront confiance.»
Puis apparaît comme un second tableau quand l’ovale se retourne, montrant une croix surmontant un M entrelacé, et, au-dessous, deux coeurs côte à côte, l’un encerclé d’épines, l’autre traversé d’un glaive. Tout autour s’illuminent 12 étoiles. Apparition renouvelée en décembre, à la droite de l’autel.
Le sens de ces symboles est clair. Il s’agit de la Mère de Dieu, dévoilant son identité plus profonde: la Femme conçue sans le péché originel, telle que la révèle la Genèse, écrasant l’Auteur du péché maître de l’Enfer, et montrant son rôle de médiatrice, à condition qu’on la prie, notamment avec le saint Rosaire (les pierreries), Elle, la «Pleine de grâces» distribuant les siennes dont elle est surabondamment comblée pour le bien de ses enfants repentants et priants.
Le deuxième tableau nous fait entrer dans la Rédemption avec la promesse de gloire: rédemption acquise par la coopération de Marie («Un glaive te transpercera le Coeur») au mystère de la Croix («Ils regarderont vers Celui qu’ils auront transpercé»). Les étoiles se rapportent à la vision apocalyptique de saint Jean à Patmos: la Femme environnée de soleil, avec une couronne de 12 étoiles (figure de toute l’histoire du Peuple de Dieu: les 12 patriarches, les 12 fils de Jacob d’où les 12 tribus d’Israël, les 12 bergers, les 12 Apôtres), Marie étant la 13e et sublime Etoile: l’Immaculée Conception, joyau de la Création.


Vers le dogme annoncé par Marie

L’Eglise comprit – au vu des événements dramatiques du siècle, explicités à nouveau à La Salette – qu’il fallait transmettre le message. En attendant, la médaille se diffusa rapidement sur toute la terre, semant les grâces promises. Le pape Pie IX proclama le 8 décembre 1854 le dogme préfiguré par Marie en 1830, et confirmé par l’Immaculée Elle-même à Lourdes, tandis que la Rue du Bac voyait défiler des fleuves humains ininterrompus, faisant de la Chapelle de la Médaille Miraculeuse le sanctuaire marial le plus fréquenté de France. Le Pape Jean Paul II est venu y pérégriner le 31 mai 1980 (150e anniversaire).
C’est en effet à l’Eglise et aux croyants de répondre au message d’amour de notre Mère, comme le synthétisera la célèbre conversion d’Alphonse Ratisbonne dans une église de Rome (1842).
Bernard Balayn


Note:
1. Jean Paul II l’a expliqué dans son dernier livre: Mémoire et identité.



 

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