En mémoire de René Lejeune

STELLA MARIS 453 SOMMAIRE

Littérature de René Lejeune

Comme nous l’avons annoncé le mois dernier, notre collaborateur rédactionnel et ami, René Lejeune, est retourné à la Maison du Père.

 

Le dimanche 19 octobre 2008, un pilier de la rédaction de Stella Maris, René Lejeune, quittait ce monde à l’âge de 86 ans. La sépulture a eu lieu le jeudi 23 à Lucinges (Haute Savoie).
Ce ne sont pas moins d’une trentaine de livres et brochures et plus de 150 articles qu’il nous a confiés durant la vingtaine d’années que dura sa collaboration.
Nous pourrons d’autant mieux discerner les composantes essentielles de sa personnalité qu’il a rassemblé ses principaux souvenirs dans un livre intitulé «Une vie semée d’étoiles», paru en février 2003 à nos Editions du Parvis.
Les principaux sujets développés: la paternité de Dieu, la famille humaine, la religion et la politique, le soutien des anges gardiens, l’exemple que les saints, tout particulièrement la Vierge Marie et son époux saint Joseph, nous ont laissé.


Un livre a influencé son mode d’action

René Lejeune: «En 1915 paraissait, sous le titre «L’âme de tout apostolat», un livre qui a connu un succès durable. L’auteur en était Dom Chautard, Abbé de la Trappe Notre-Dame de Sept-Fons. Le Pape Benoît XV rendit un hommage appuyé à l’ouvrage qui souligne la nécessité de la vie intérieure chez les hommes d’action pour la vraie fécondité de leur ministère, quel qu’il soit.
Je possède de ce livre fort précieux un exemplaire de la 16e édition, parue en 1941, avec plus de deux cent mille exemplaires de tirage pour la seule édition originale française.(1)
(1) (Une réédition française est parue en 2004 aux Editions Traditions Monastiques. Elle est disponible aux Editions du Parvis.)
Jésus nous demande d’être «sel de la terre, lumière du monde» (Mt 5,3). C’est-à-dire d’être des agents de conservation du bien dans cette mer de corruption qu’est le monde. Et des phares qui feront resplendir l’idéal du vrai bonheur que Jésus a défini dans les huit béatitudes.
Un médecin peut soigner et guérir ses malades sans se bien porter. Mais pour guérir les âmes, il faut soi-même avoir l’âme saine.»
René Lejeune était un homme de prière, un homme de méditation, un érudit qui savait aussi être un homme d’action, ce qui lui valut de rencontrer et de côtoyer des personnages hors du commun.


Son épouse Adélaïde

Aux pages 27 et suivantes de son livre Une vie semée d’étoiles, René Lejeune écrit:
«A partir de l’automne 1941 je voyais, à la mensa de l’université de Heidelberg, une créature de rêve qui m’intriguait. Elle passait entre les tables avec son plat, les yeux baissés, d’une démarche altière de reine...
A partir de l’âge de dix-sept ans, ma mère — une sainte — me répétait souvent: «René, si tu choisis le mariage, n’épouse jamais qu’une fervente catholique.» Etroitesse d’esprit? Nullement, car elle justifiait son conseil: dans la vie d’un couple, il faut pouvoir tout partager, surtout l’essentiel: la foi. L’harmonie conjugale est à ce prix...»
Je m’interrogeais: «Qu’en est-il d’Adélaïde, la belle Roumaine?» Je n’osais pas trop me lier. Nous échangions des propos anodins lors de nos rencontres.
Vint le jour de la Pentecôte 1942. Ce jour-là, je décidai d’aller à la messe solennelle célébrée dans l’église des Jésuites. Le sanctuaire était bondé d’étudiants. Soudain, je crus défaillir. Au pied de la dernière colonne se tenait... Adélaïde. Je me frayai un passage et parvins derrière elle. Je jetai un regard par-dessus son épaule: elle tenait un missel passablement usagé. J’étais aux anges! Non seulement Adélaïde était catholique, mais encore, semblait-il, une âme fervente. Jamais auparavant je n’avais vécu des moments de si grand bonheur... Seul le bonheur au paradis doit immerger tout l’être dans une pareille félicité...
Il n’y avait plus de temps à perdre. A la sortie de la messe, je l’invitai à une promenade au château... Ma timidité native s’était évaporée. Je l’interrogeai longuement sur sa vie...
A la fin du semestre d’été 1942, nous étions tous deux follement amoureux et décidés à faire durer ce bonheur lumineux toute la vie...»


Le mariage

«Ayant retrouvé avec la Libération, la liberté et notre véritable identité (René et Adélaïde ont vécu pendant la guerre avec de faux passeports) le mariage, civil et religieux, fut régularisé dans les registres dès leur retour à Paris.»


Secrétaire de Robert Schuman

«En novembre 1944, je me rendis à Paris pour participer à un congrès constitutif du Mouvement Républicain Populaire (MRP). Je m’activais au MRP qui correspondait le mieux à mon idéal politique et, en décembre 1944 déjà, le secrétaire général, Robert Bichet, me nomma délégué départemental en Moselle, avec mission d’y créer le MRP.
La ville de Metz avait été libérée le 19 novembre 1944. Aux élections du 21 octobre 1945, la liste du MRP à la tête de laquelle figurait Robert Schuman remportait quatre sièges sur sept en Moselle.
Au début du mois de novembre 1945, l’assemblée constitutive de la fédération mosellane du MRP a élu Robert Schuman comme président et moi-même comme secrétaire général.
Le nouveau gouvernement issu de ces élections va enfin consacrer Robert Schuman comme homme d’Etat. Il fut nommé ministre des finances de l’Etat français.
Je l’accompagnais aux réunions politiques qu’il tenait en Moselle. Il expliquait clairement aux auditoires la raison d’être et le fonctionnement des finances de l’Etat, ainsi que leur usage. Que de fois n’ai-je pas entendu, après ces réunions, des auditeurs dire: «Avec Schuman on apprend quelque chose. Après l’avoir entendu, tout paraît clair.»
Il me demanda de diriger le secrétariat au palais du Louvre, où le Ministère des finances occupait l’aile Richelieu. Il mit à la disposition de ma famille une partie des appartements du ministre. Nous occupions le lit de Napoléon III.
Quand Robert Schuman occupera d’autres postes ministériels, d’abord à l’Hôtel Matignon, comme chef du gouvernement en 1947, ensuite au Quai d’Orsay, comme ministre des affaires étrangères, où il atteindra le sommet de sa carrière grâce à la Déclaration du 9 mai 1950, qui sera la pierre fondamentale de l’Europe communautaire et fera de lui l’initiateur de l’Europe intégrée.
En mai 1948 eurent lieu les premières élections municipales de l’après-guerre. Je me présentai comme candidat. J’étais deuxième en nombre de voix recueillies auprès du corps électoral, juste derrière le maire sortant.
J’étais acculé dans une impasse. Qu’allais-je devenir? Comment nourrir ma famille...
Après mon honorable défaite, je rentrai à la maison, l’esprit amer. Je me mis à genoux devant une statue du Sacré-Coeur que nous avions achetée avec la prime de naissance de Myriam et je remerciai Dieu pour cette défaite en disant: «Tu sais mieux que moi ce qui me convient pour l’avenir.» L’homme agit, Dieu conduit!
Peu à peu la clarté se fit en moi... A dix-huit ans ma mère m’avait dit: «Je te vois très bien comme enseignant. Tu aurais du succès et tu serais heureux.» Ces propos refirent surface en cette heure cruciale. Et si maman avait raison? Je prolongeai ma prière à genoux devant le Sacré-Coeur, ainsi que ma réflexion. Quand je me relevai enfin, ma décision était prise: la voie du professorat de lycée serait la mienne...
En septembre 1949, je m’inscris à la faculté de lettres de Nancy. En 1951 j’étais nommé professeur titulaire au Lycée de Metz.»


Fondateur de l’Institut Saint–Benoît, Patron de l’Europe

Informant les membres du décès de René Lejeune, Président-Fondateur, l’Institut Saint-Benoît en fait l’éloge suivant:
«Animé d’une grande foi, membre de l’Ordre Franciscain Séculier depuis sa jeunesse, et ayant vécu dans l’intimité spirituelle de Robert Schuman, dont il fut pendant quelque vingt années le collaborateur, le conseiller et l’ami, René Lejeune a pris l’initiative, après avoir créé l’Institut Saint-Benoît en 1988, de présenter à l’Eglise la demande d’ouverture d’une enquête canonique de béatification de Robert Schuman.
C’est donc à René Lejeune que l’Institut doit d’avoir révélé la personnalité et l’oeuvre du Père de l’Europe, au plan spirituel pour les hommes de notre temps. Par ses écrits et ses paroles, il fut un témoin exemplaire qui a fortement contribué à la réputation de sainteté de Robert Schuman.
Pour certains d’entre vous, René Lejeune fut par sa foi, sa disponibilité, son engagement au sein de l’Eglise et son enseignement, un guide spirituel.
Tournons-nous à présent vers le Seigneur et rendons-Lui grâce pour tout ce qui a été réalisé par René Lejeune pour servir cette Cause, et demandons-Lui le courage et la lumière pour qu’à son exemple et par la prière nous puissions oeuvrer en vue de son aboutissement.»


Rencontre avec Konrad Adenauer

René Lejeune:
«Au cours des années 50, je publiais de temps à autre des reportages dans les journaux régionaux de Metz. J’ai toujours aimé le journalisme. C’est ainsi qu’en 1953 je décidai d’en publier un sur l’Allemagne fédérale. Je sollicitai une audience au chancelier fédéral, Konrad Adenauer. Il me l’accorda bien volontiers à cause de mes liens avec Robert Schuman.
Voici qu’il me reçoit, le 5 janvier 1954, au palais Schaumburg, à Bonn, capitale provisoire de la République fédérale.
Ce jour-là, Konrad Adenauer fêtait son 78e anniversaire. Il m’accueille avec une charmante cordialité et me demande aussitôt des nouvelles de Robert Schuman, son «cher ami». Puis s’engage, pendant une heure et demie un entretien informel et réellement amical, malgré la différence d’âge.»


Départ pour Alger

L’attente de la huitième naissance fut pénible pour mon épouse. Un jour d’avril 1958, je rencontrai mon ami Alfred Quirin, secrétaire général des syndicats chrétiens en Moselle, un homme ayant de l’allant, toujours positif, que j’admirais beaucoup. Je lui parlai de l’état de santé de mon épouse.
«Il y a pour elle une solution idéale», s’écria­-t-il. Et il me parla du centre familial sur les hauteurs d’Alger créé par un de ses amis...
Nous nous sommes laissé séduire par l’idée. Et voilà la famille, la maman avec les sept enfants, s’embarquant à Marseille pour Alger.
Dès l’arrivée au centre familial à Ben-Aknoun, naquit une impression enchanteresse sous le ciel bleu d’Algérie.
Vint le 13 mai et la fraternisation entre les deux communautés jusque-là antagonistes. Je fus interpellé par ce phénomène historique inattendu. L’idée d’y participer m’effleura, puis s’imposa peu à peu.
Robert Schuman me le déconseilla fortement. «Cette fraternisation, me dit-t-il, s’est faite sous le coup d’une émotion collective; elle n’est que passagère. L’Algérie évolue inéluctablement vers l’indépendance.»


D’Alger à Strasbourg

«Eté 1961: l’Algérie, de toute évidence, chemine vers son indépendance. Il faut quitter le pays que nous avons appris à aimer... Nous y laisserons une foule d’amis...
Début juillet, je me rends à Paris pour obtenir un poste en France.
Chaque fois que je vais à Paris j’ai l’habitude d’aller flâner quelques instants dans les couloirs de la Sorbonne. J’y ai laissé de si beaux souvenirs du temps où j’étudiais le droit dans cette vénérable maison. C’est pour cela que ce matin du 3 juillet 1961, je commence mon séjour parisien par un «pèlerinage» à la Sorbonne. Je regarde le tableau d’affichage. Et voici qu’un homme s’arrête auprès de moi, me regarde. Je l’observe du coin de l’oeil. A mon étonnement, il me salue. Je me tourne vers lui et reconnais un inspecteur général oeuvrant pour le Lycée de Metz. Je lui dis la raison de ma présence à Paris et, comme si une voix venait du ciel, je l’entends dire: «Est-ce que Strasbourg vous conviendrait? Nous cherchons un agrégé d’allemand pour un poste de directeur d’études à l’Institut de formation de professeurs de collège que nous venons de créer.» — Ce serait mon rêve. Que dois-je faire? — Rien, je m’occuperai des formalités.
A mon retour de Paris, c’est le déménagement. Au moment où le camion démarrait devant la maison, un habitant du quartier, mon ami Mohamed Saïd que je venais de serrer sur mon coeur, était appuyé contre le pilier du portail, sanglotant à chaudes larmes.»


L’aventure du Brésil

«Août 1963 à Strasbourg: Un après-midi j’avais l’intention de faire la sieste après le déjeuner. Dehors, le soleil brillait de tout son éclat. Perdre son temps sur un plumard! Quel dommage! Je sors aussitôt. Je n’ai pas fait cent pas dans le parc que j’entends: «Hé, Lejeune, que faites-vous ici?» Une fois encore, un inspecteur général va changer le cours de ma vie. Et celui de ma famille.
Nous échangions des propos anodins quand tout à coup il me dit: «Est-ce que le Brésil vous intéresserait? Je réponds, ou plutôt en moi la voix de l’aventurier répond: «Oui, pourquoi pas?» — Le Quai d’Orsay cherche un proviseur pour le Lycée Pasteur de Sao Paulo, et vous avez le profil.» — Si c’est sérieux, allez voir sans tarder Monsieur André de ma part.
Me voici en route, un peu comme un automate. J’ai l’impression d’obéir à une voix intériieure... Monsieur André me reçoit les bras ouverts. De toute évidence, l’inspecteur général lui avait téléphoné. l’assurant qu’il avait découvert l’oiseau rare...
Monsieur André me questionne. Il semble satisfait de mes réponses. Deux dernières questions: «Etes-vous marié? — Oui! Avez-vous des enfants? — Oui! — Combien? — Huit! Nous étions debout face à face, dans son bureau. Monsieur André s’affaisse dans son fauteuil: «Bigre, vous allez nous coûter cher!» Voyage en première classe, avion ou bateau. Cinq cents kilos de bagages en plus par personne pour le déménagement...
A mon arrivée, le lycée Pasteur était flambant neuf. Du haut du Lycée je regardais souvent une favella qui s’était créée en contrebas. Je regardais souvent ces pauvres cabanes et masures et voyais de misérables va-nu-pieds déguenillés errer dans ces ruelles embourbées. Je brûlais de plus en plus de m’y rendre. «N’y entrez pas; vous n’en sortirez pas vivant», me mettait-on en garde.
J’y entrai, accompagné de mon épouse. Nous découvrons une réalité effrayante. Pour ces milliers de pauvres il n’y avait qu’un seul robinet d’eau. Une longue file attendait pour y remplir le récipient en fer blanc que chacun tenait dans sa main. La file ne s’arrêtait ni le jour, ni la nuit...
Comment alléger la misère de cette masse déshéritée? Il fallait entreprendre une action. Mon épouse ouvrit un dispensaire et y recevait, plusieurs jours par semaine, souffrants et malades... J’organisai au lycée des ramassages de vêtements, couvertures et de diverses victuailles, ainsi que des collectes de médicaments. Qu’ils étaient heureux et reconnaissants, ces êtres faméliques!
Un jour mon épouse découvrit une fillette de deux ans souffrant d’une double broncho-pneumonie, totalement décharnée, gémissant à fendre le coeur... Elle l’embarqua immédiatement et la conduisit à l’hôpital dont elle connaissait la Soeur française responsable d’un service.
A la sortie de l’hôpital, mon épouse l’amena chez nous pour la convalescence. Elle invita la mère de Gisléni, servante dans une famille bourgeoise, à venir visiter sa fille le plus souvent possible.
Elle ne vint jamais, trop heureuse d’être débarrassée d’un souci pesant. Peu de temps après, la maman de Gisléni tomba gravement malade. Mon épouse alla la visiter. Avant de mourir, elle pria «dona Adelaïda» de veiller sur Gisléni.
Toute notre famille s’était attachée à la petite. Quand mon épouse annonça à nos enfants que Ghislaine resterait définitivement à la maison chez nous, des cris de joie retentirent. Ghislaine devenait leur petite soeur, mon épouse était sa maman et moi son papa.»
«Notre dixième enfant, le frère de Gisléni, avait été recueilli par Antonio, un Noir, ancien footballeur professionnel de l’équipe de Santos, le club de Pelé, vedette mondiale du foot. Antonio s’était mis à boire. Il déclina au point de finir par échouer dans la «favella do Vergueiro». Ayant bon coeur, Antonio accueillit le petit garçon de trois ans dans sa masure. Toutefois sa compagne le détestait. Antonio s’était tellement attaché au petit qu’il refusa net de nous le céder.
Un jour une idée me vint. Je descendis à la favella avec une liasse de billets de banque. Avant de la déposer sur la table bancale, je dis à Antonio: «Tu es mon ami et tu sais que je t’aime beaucoup. Ne penses-tu pas que Luizinho devrait être réuni à sa petite soeur?»
Antonio était visiblement touché par ces mots. C’est alors que je posai la liasse sur la table en disant pour ne pas l’humilier: «Cet argent n’achète pas le petit. Il n’est qu’un signe de ma profonde reconnaissace à ton grand coeur pour avoir recueilli Luizinho.»
«Notre départ du Brésil approchant, nous avons fait nos adieux à nos amis brésiliens. Le 1er janvier 1967 nous embarquions sur le paquebot Eugenio.
Arrivé à Strasbourg, je remarquai une annonce d’une demi-page dans le journal «Le monde». L’Ecole Internationale de Genève recherchait un Directeur général. Je figurais au deuxième rang de la sélection finale, derrière le Professeur Berensen, qui avait de meilleures connaissances d’anglais que moi. C’est lui qui fut choisi.
Huit mois plus tard, je reçois une lettre de l’Ecole internationnale, datée du 25 mars 1968, m’informant que le Professeur Berenson venait de mourir et on me demandait si je renouvelais ma candidature. Nous étions cette fois 224 candidats... Je fus choisi. Dans cette fonction je rencontrai une situation difficile. Pour ne pas subir une usure dangereuse je mis au point une formule de survie en trois points:
1. Dédramatiser. Que de fois ne dramatise-t-on pas un fait ou un contexte de tension!
2. Prendre du recul envers les problèmes et les choses, les autres et soi-même.
3. Encaisser les coups sans les rendre.


D’autres rencontres bénéfiques

René Lejeune fut encore en contact avec d’autres personnalités ou institutions contemporaines: Marthe Robin, le Mouvement de Schönstatt, le Père capucin Marie Joseph de Bitsche, le scoutisme, Konrad Adenauer, Charles De Gaulle, etc.
Voici en raccourci la vie extraordinaire de celui qui fut pour moi un ami, un conseiller, un collaborateur compétent en tant de domaines.
Ayant maintenant une vision parfaite des personnes, des choses, des situations, que René Lejeune nous envoie souvent son ange gardien pour nous inspirer la meilleure voie à suivre.
Cher ami, du fond du coeur, merci!
André Castella

 

Témoignage des enfants de René Lejeune

Nous avons pu recueillir, en famille, le dernier souffle de notre père le dimanche 19 octobre à 1 heure 25 du matin. A son chevet, nous avons vécu des moments de grâces «extra-ordinaires» renforcés par ce que Dieu nous avait donné de vivre les jours précédents.
Papa est sorti une première fois d’un état d’inconscience le 26 septembre alors qu’il recevait l’Extrême Onction, ponctuant les prières liturgiques d’un «Amen» très ferme; c’est avec une joie intense qu’il a chanté le Salve Regina final. Puis il est peu à peu retombé dans un état léthargique.
Le dimanche 28, alors que son état s’était aggravé et que nous étions tous en prière autour de lui, maman, en son nom et celui de papa, nous a demandé pardon pour leurs manquements à l’amour à notre égard, malgré tout l’amour dont ils nous ont entourés. C’est alors que papa, les yeux toujours clos et comme pour signifier son accord avec les paroles de maman, a soulevé avec grande difficulté son bras droit et lentement nous a bénis avec la croix de son chapelet qu’il tenait dans sa main, puis l’a portée à ses lèvres pour l’embrasser.
Après avoir mené un combat douloureux le 7 octobre, jour de Notre-Dame du Rosaire qui l’a sans doute protégé, papa est sorti de son état léthargique au matin du 8 octobre. Ce jour restera gravé dans nos coeurs comme celui d’une immense grâce: lui qui n’entendait plus et ne parlait plus avant de sombrer dans cet état quasi-comateux, nous a parlé toute la journée d’une manière extraordinaire, utilisant constamment les mots «merveille» et «merveilleux» comme s’il avait entrevu le paradis... Il nous a remerciés pour le bonheur que nous lui avions donné, nous disant, en mettant sa main sur son coeur: «Je vous aime de tout mon coeur, de toute mon âme, avec le peu de force qui me reste.» Il n’a été que gratitude, émerveillement, encouragement et bénédiction, nous donnant des paroles de vie individuelles et familiales, nous bénissant avec le crucifix de son chapelet qu’il portait fréquemment à ses lèvres pour embrasser Celui qui avait été toute sa vie. Sa sérénité était si profonde qu’elle en devenait «palpable» et contagieuse.
Après 10 jours de dialogues intermittents et de gestes de tendresse durant lesquels il n’a cessé de nous engendrer à la vie, papa a sombré dans un coma profond le samedi matin 18 octobre et a rejoint la Maison du Père le dimanche 19 octobre, jour de sa fête, jour des missions et jour de la béatification des parents de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face...
Ses obsèques ont eu lieu le jeudi 23 octobre au cours d’une magnifique messe, tant il y régnait une paix et une joie indescriptibles, malgré le chagrin.
Monseigneur Pascal Ide, venu du Vatican pour l’occasion, était entouré de plusieurs prêtres, dont un prêtre béninois et un prêtre libanais qui a chanté un chant d’action de grâce en araméen. Les petits-enfants – l’un d’entre eux servait la messe – ont joué de la harpe, de la flûte et chanté à plusieurs voix le psaume 22 pour leur grand-père.
Si l’absence physique de papa est douloureuse, l’Espérance est la plus forte. Dans nos coeurs s’enracine la certitude que papa nous accompagne sur le chemin de la vie.
Témoignage transmis par Geneviève Lejeune

 


Littérature:
«Une vie semée d’étoiles» 176 pages, Euro 15.–, CHF 22.50
«L’Alliance - Une spiritualité prodigieuse pour aujourd’hui, née dans le coeur d’un prophète..» 112 pages, Euro 10.–, CHF 15.–



 

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