La Grâce de LourdesL’enracinementpar Bernard BalaynSTELLA MARIS 444 SOMMAIRELittérature de Bernard Balayn |
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1858-2008. Voici 150 ans ce 11 février que Notre-Dame est apparue à Lourdes, bourgade quasi ignorée des Français d’alors, mondialement connue aujourd’hui. Pourquoi cet engouement qui ne se dément jamais, puisque «un demi-milliard de pèlerins ont suivi Bernadette à la grotte de Massabielle», comme l’écrit Mgr Perrier, l’Evêque du lieu, dans la postface de mon livre? La réponse est qu’une grâce puissante et continue a commencé à se déverser dans les coeurs, comme l’eau de la source. A vrai dire une source de grâce surgie de Dieu dès qu’il pensa à nous donner l’Immaculée Conception. C’est donc, pour commencer, rechercher les fondements, l’enracinement de cette grâce surabondante.
La Gaule a été l’une des premières terres d’Occident évangélisées, avec les disciples préférés de Jésus, puis, au IIe siècle, la colonie chrétienne de Lugdunum, essaimée ensuite dans le bassin volcanique du Puy. C’est pourquoi Lyon a été et reste la capitale de la foi française, le siège de la primatie des Gaules, le premier centre marial, avec la contribution du premier théologien marial d’Occident, l’évêque saint Irénée de Lyon.
La Providence a permis que le site du Puy devienne à son tour un si grand centre marial qu’il dépasse celui de Lyon et rayonne sur toute la France médiévale, au point que la chrétienté a décrété très tôt la Vierge du Puy, Notre-Dame de France1.
C’est à ce moment-là que se place l’épisode qui reliera définitivement Le Puy à Lourdes, lorsque la cité recevra l’allégeance du seigneur de Lourdes Mirat auprès de la Dame du Puy. Mirat changea alors de nom pour celui de Lorus, qui devint Lourdes. C’est ainsi que Notre-Dame du Puy est devenue la suzeraine de la cité. De sorte qu’en apparaissant à Massabielle, l’Immaculée vient doublement chez elle.
Mais, entre l’implantation du culte marial du fait de la place de la France dans la chrétienté comme «Fille aînée de l’Eglise» et la mariophanie de 18582, notre histoire est tissée d’innombrables faveurs de Marie, comme ses apparitions en tous lieux du pays.
Parmi les apparitions qui ont le plus marqué la conscience religieuse moderne, figurent celles qui la précèdent immédiatement et qui «préparent le terrain».
En juillet 1830, Marie apparaît à Catherine Labouré, des Soeurs de la Charité, rue du Bac à Paris. Et, en novembre, elle montre une médaille la Médaille miraculeuse où elle figure distribuant ses grâces, avec autour de sa personne, le vocable: «Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous»3. A priori, nul ne s’attendait de suite à cette définition conforme à la vérité tacitement admise par l’Eglise. Mais les papes furent intrigués par cette proclamation, car l’Esprit-Saint voulait sans doute initier par là quelque chose. Puis sans rapport apparent le 19 septembre 1846, ce fut l’apparition de La Salette, sur les hauteurs alpines. Cette année-là mourut le pape Grégoire XVI, qui n’osa pas approfondir officiellement la catéchèse de la conception immaculée de Marie. Le temps n’était sans doute pas mûr.
En fait, La Salette était une apparition très engagée, car la Vierge se montra inquiète de la marche du monde et de l’état interne de l’Eglise. D’année en année, le scientisme voulait affranchir les sociétés de leur dépendance envers Dieu; des révolutions de plus en plus nombreuses et meurtrières, inquiétantes pour l’avenir, éclataient aux quatre coins de l’Europe, les idéologues politiques minant le terrain, tel Karl Marx. Des courants contraires agitaient l’Eglise, ballottée de surcroît à l’extérieur par les ambitions italiennes. Le pape Pie IX (1846-78) se débattait avec courage, ténacité et souffrance au milieu de ces tempêtes, auxquelles don Bosco (+ 1888) fera écho dans un songe célèbre (1862).
Mais, après une mûre préparation, qui mit en branle toute l’Eglise institutionnelle, le Pontife jugea le moment venu, le 8 décembre 1854, de proclamer dogmatiquement Marie préservée de la tache originelle dès sa conception, par les mérites anticipés de la rédemption de son Fils Jésus, authentifiant de son autorité magistérielle l’apparition de 1830.
Les temps étaient donc à leur plénitude. Nul ne savait encore la grâce venue des sommets de la Miséricorde divine qui allait fondre concrètement sur le monde englué dans les ténèbres de l’erreur dont le bienheureux pape s’occupait activement par ailleurs4.
Quand on entend résonner les noms de Lourdes, de Massabielle, de Grotte, dans le subconscient des croyants, et même au-delà, quelque chose d’enchanteur, au meilleur sens du terme, se réveille en chacun de nous, comme pour la grâce de Noël. En effet, de la même manière que la paix messianique se répandit à Bethléem une onde pure surgie du Coeur de la Vierge sans tache, pénètre alors presque malgré nous l’intime du coeur, et nous transporte en pensée sinon en prière dans ce lieu que chaque nation nous envie.
Mais, un sain réalisme, l’histoire tout court, nous détourne tout aussitôt du rêve. Car à Lourdes, l’Immaculée vient extirper de nos sociétés malades la racine même de notre mal-être: le péché et ses sinistres conséquences. Et pour cela, il faudra en payer le prix: la grâce passe par l’épreuve: «Je ne vous promets pas d’être heureuse en ce monde, mais dans l’autre», dira la Madone à sa confidente privilégiée, Bernadette. Marie vient travailler la pâte humaine afin que notre visage ressemble davantage à celui de notre Créateur: «Tout le sens du message de Lourdes, l’appel de la Sainte Vierge à la prière, à la conversion, à la purification de toutes les souillures du péché, n’a d’autre but que de nous donner de redécouvrir la beauté de notre vocation d’enfant de Dieu», dit excellemment l’Archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, dans la magnifique préface qu’il a accordée à notre ouvrage.
A l’autre extrémité de l’orgueilleux bastion de la pensée parisienne, Marie choisit une bourgade reculée, la famille sans doute la plus pauvre, l’enfant la plus insignifiante. Et elle l’appelle aussitôt: «Vous», montrant le respect, la délicatesse infinie de son amour de mère pour une fillette marquée par le dévouement, la faim, déjà la maladie; dédaignée à cause de sa misère, et giflée parce qu’elle avait osé dire qu’elle avait vu l’ineffable, le joyau de l’univers: l’Immaculée Conception! Oui, à Lourdes se côtoient la merveille gratuite et les exigences du salut, la grâce et l’épreuve; la splendeur veut terrasser le péché. Cette ferme espérance a été magnifiquement évoquée par le pape qui est venu deux fois à Lourdes, Jean Paul II, quand il a prononcé à Rome ces paroles sublimes pour le 15 août de l’Année Mariale 1987-88: «Le dragon n’est pas plus fort que la beauté.»
Mais le jeudi 11 février, dans la brume et la froidure du matin finissant, Bernadette est soudain ravie, saisie par l’extase devant cette beauté que nul ne peut égaler dans l’univers. Dans la rugosité d’un rocher qui évoque le désert de nos vies glacées, elle resplendit et se laisse contempler, silencieusement...
Elle est la grâce incarnée, le pur reflet de Dieu.
Du 8 décembre 2007 au 8 décembre 2008, Lourdes fête le jubilé du 150e anniversaire de la venue de la «Pleine de grâce», sous l’autorité de l’évêque du diocèse, Mgr Jacques Perrier, lointain successeur de Mgr Laurence. Avec le Recteur du Sanctuaire, le Père Raymond Zambelli, il a organisé le déroulement des cérémonies tout au long de l’année, et la ville a consenti un effort spécial pour recevoir les foules de pèlerins, surtout à partir de ce 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes. A cette occasion, le Saint-Siège a accordé une indulgence plénière particulière aux conditions habituelles. Le livre spécial que j’ai rédigé, s’efforçant de recouvrir tout ce que l’on a besoin de savoir sur l’histoire et le sens du pèlerinage: «Depuis 150 ans, la grâce de Lourdes», préfacé avec bonté par messeigneurs Cattenoz et Perrier, peut y aider.
Bernard Balayn
Notes:
1. Un prochain article traitera plus en détail l’histoire de la relation du Puy avec Lourdes.
2. Une mariophanie est une manifestation de la Mère de Dieu aux hommes.
3. En signe de conformité, dans une église de Rome, en 1842,
l’israélite A. Ratisbonne vit la Vierge comme à la rue du Bac.
4. Il publiera on le verra les documents adéquats, le moment venu.
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