Saint Ephrem chante NoëlSTELLA MARIS 442 SOMMAIRE |
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C’est le 13 octobre 2007 qu’à Fatima, l’Envoyé spécial du Pape, le Cardinal Bertone, a consacré et inauguré la grande église dédiée à la Très Sainte Trinité. Nous sommes heureux d’en faire la relation pour tous ceux d’entre vous qui n’auront pu s’y rendre.
Comme tout bon chrétien, Ephrem, dès sa plus tendre enfance, rêvait de visiter la Grotte où est né l’Enfant Jésus. Loin d’assoupir son désir, les années qui passaient le rendaient plus pressant, et même obsédant. Enfin, ce jour arriva et Ephrem eut l’immense joie non seulement de visiter la Grotte, mais par miracle, il vit de ses yeux le divin bébé sommeillant sur les genoux de sa Mère, et il entendit de ses oreilles la voix suave de la maman chanter à son Petit, et dans sa langue syriaque, de douces mélodies qui devaient l’endormir.
La joie d’Ephrem fut au comble; c’était l’exaltation... Et comme l’on dit: les grandes joies, comme les grands malheurs, sont muetts. En effet, Ephrem ne trouvait plus de mots pour exprimer son ébahissement et sa gratitude.
Marie lui sourit tendrement, et son bébé se remue, il lève sa mignonne main et le bénit. Ivre d’allégresse, tout au long de la route de retour, Ephrem ne cesse de secouer la tête et de se frotter les yeux pour s’assurer que ce qu’il a vu et que ce qu’il a entendu étaient un prodige ou peut-être le résultat d’une hallucination...
Doublement fatigué par la longueur de la route et par l’excitation de ses nerfs, Ephrem gagne en hâte sa cellule, et sans ôter sa coule, il s’étend sur sa natte pour dormir. Mais, illusion! Il se tourne et se retourne sur sa natte, et le sommeil ne lui vient pas. Les idées se bousculent dans sa tête; elles se précipitent. Il sent le besoin d’un épanchement, d’une effusion. Ce besoin dans sa tête est «comme une onde qui bout dans une urne trop pleine». D’un bond, Ephrem quitte son matelas, allume son lampion, reprend son manteau, ouvre un rouleau à papier, et sa plume court nerveuse sur des dizaines de feuilles; il improvise son chant sous un souffle du Saint Esprit. Ecoutons quelques-uns des couplets de l’hymne nouveau que vient de noter notre grand poète et Docteur de l’Eglise Syrienne et Universelle:
Refrain: Gloire à toi de toutes les bouches, ô Fils totalement semblable à son Père.
Quel est le mortel qui peut parler de celui qui vivifie tout être? Il laissa les hauteurs de sa majesté et descendit pour se faire misérable. Seigneur qui éleva tous les hommes par sa nativité, élève mon esprit pour parler de ta naissance, non pour scruter ta majesté, mais pour proclamer ta bonté. Béni soit celui dont les actes sont cachés et manifestes.
Il est grandement étonnant que le Fils soit descendu entièrement dans un corps, et qu’il s’y suffit pour y habiter. Il descendit dans un corps sans le diminuer; de même, toute sa volonté est dans ce corps sans la diminuer. Qui donc peut parler de lui qui est entièrement dans un corps et entièrement en tout? Béni soit celui que rien ne peut limiter.
Ta majesté nous est cachée, mais ta bonté nous est manifeste. Je me tais sur ta majesté pour ne parler que de ta bonté; elle t’a accompagné et t’a fait descendre jusqu’à nous, les misérables. C’est elle qui t’a fait petit enfant puis homme. Ta majesté s’est ainsi resserrée et s’est détendue.
Le jour de ta naissance te ressemble: comme toi il est désiré et aimé. Nous, nous n’avons pas vu ta naissance, et nous l’avons aimée. Nous, nous n’avons pas vu ta naissance, et nous l’avons aimée comme si nous y étions présents. Aujourd’hui nous te voyons comme nous: un petit enfant aimé de tous. Voici que toutes les églises se réjouissent et dansent d’allégresse. Embellis ton jour et il sera plus beau. Bénie soit ta naissance voulue pour nous.
Les scribes lisent chaque jour qu’un astre se lèvera de Jacob. Au peuple juif, la lettre et la lecture; aux nations l’interprétation et la signification; à eux les livres et à nous la réalité; à eux les branches, et à nous les fruits; à eux les symboles, et à nous l’explication. Les scribes lisent les livres, les Mages voient effectivement la beauté de ces livres. Béni soit celui qui, pour nous, augmenta les livres.
Par ta nativité, nous avons reçu du Père un don sans pareil. Il ne nous a pas envoyé un chérubin, non plus un séraphin, mais il est descendu lui-même jusqu’à nous. Les anges veilleurs, ses serviteurs, ne sont pas venus à nous. Qui donc peut remercier assez la divinité immensurable? Elle est couchée dans une crèche misérable! Béni soit celui qui nous a donné tout ce qu’il possède.
Le Sauveur apparut aux aveugles, mais eux attendaient un autre. Le soleil envoya ses rayons, mais eux préférèrent s’envelopper de ténèbres. La lumière donna ses rayons et conduisit les fils de la lumière pour montrer aux enfants des ténèbres que le Sauveur est au milieu d’eux, mais eux, un voile couvrait leurs yeux. Gloire donc à toi le Messie-Soleil.
Refrain: Béni soit qui à nous t’a donné sans que nous te demandions, afin que par toi nous remerciions ton Père pour son don.
Ton jour ressemble à toi qui aimes les hommes; il se succède et retourne à toutes les époques.
Bénie soit ta naissance, Seigneur, ta première naissance figurée par le jour de ta fête d’aujourd’hui.
Si ton jour nous visite, passe et disparaît, il revient par ta tendresse et nous visite à nouveau. Il sait que l’humanité a besoin de ta miséricorde qui descend sur elle en ce jour.
Ton jour a réconcilié ciel et terre par la descente du Très-Haut vers les terrestres. L’humanité a besoin de sa source; elle est assoiffée d’elle comme elle l’est de vous, mon Seigneur.
Grand est ton jour, Seigneur; fais que nous ne le rendions pas petit par nos fautes et qu’il ait pitié de nous comme de coutume. Ton pardon qui abonde chaque jour, ne doit-il pas être plus abondant en ce jour?
Au cours des longs jours ténébreux de décembre2 a brillé pour nous un jour lumineux sans fin. Durant l’hiver qui plonge toute la nature dans l’obscurité, une lumière est apparue et a réjoui toutes les créatures.
Les bergers sont les premiers à voir l’agneau nouveau-né. Ainsi, quand est né le véritable agneau, les bergers furent les premiers auxquels fut annoncée la bonne nouvelle.
Au mois de décembre, alors que la semence disparaît sous terre, l’épi de vie a poussé dans le sein; et de l’hiver qui rend la terre stérile, la virginité a appris la maternité.
Qui donc peut parler du Fils vivant qui descendit dans le sein et prit corps et qui en est sorti? Il suça le lait et se traîna à terre comme un bébé, lui le créateur de tous.
Ton jour est grand, Seigneur, on ne doit pas le sous-estimer. Tout homme digne honore le jour de son anniversaire. La danse impudique plut au tyran. Que la voix des vierges plaise à toi, Seigneur.
La fête de l’humble est humble comme lui; son soleil éclaire ceux qui les calomnient. Que ta fête à toi nous comble tous par sa bienfaisance3.
Refrain: Gloire à toi, de la part de tous, ô Fils de Dieu, parce que tu t’es fait Fils de la Vierge.
Seigneur, ce jour a réjoui les rois, les prêtres et les prophètes, parce que en lui, toutes leurs paroles se sont accomplies et se sont vérifiées.
Aujourd’hui la Vierge a engendré Emmanuel à Bethléem et se réalisa ce qu’a dit d’elle Isaïe.
Aujourd’hui est né celui qui recense les peuples, et s’est réalisé le chant du roi David.
La lumière d’en haut est descendue et le corps a dévoilé sa beauté. Aujourd’hui la lumière dont a parlé Zacharie a brillé à Bethléem.
La lumière royale nous est apparue à Aphrata, village de David. Ainsi s’est accomplie l’explication de la bénédiction donnée par Jacob.
L’Esprit a comparé à un ver la naissance sans mariage du Christ. Aujourd’hui fut compris le sens du mystère figuré par l’Esprit Saint.
Adam jeta la faute sur la femme sortie de lui; aujourd’hui elle lui paie sa dette, parce qu’elle lui engendra le Sauveur.
Aujourd’hui les réveilleurs se réjouissent, parce que le Réveillé est venu pour nous réveiller. Qui donc peut dormir cette nuit alors que toute créature est réveillée?
En cette nuit du pardon, loin de nous toute offense; en ce jour des joies, loin de nous toute tristesse.
En ce jour où le riche s’est appauvri pour nous, que le riche associe le pauvre à sa table.
Avec Ephrem, le troubadour de Bethléem, nous souhaitons à tous nos chers lecteurs un joyeux Noël et une heureuse et sainte nouvelle année.
Mgr Georges Hafouri Archev. Syrien catholique Damas (Syrie)
Notes:
1. En ce genre d’hymnes (Madroché et Mimré en langue araméenne syriaque), Ephrem a excellé; plus de 20 poèmes portent son nom pour la fête de Noël. Grâce aux labeurs de l’éminent Mgr Joseph David, archev. de Damas, mort en 1890, quelques-uns de ces hymnes, contenus dans notre Bréviaire Festival appelé Fanquit qui compte 7 volumes, furent imprimés par les Pères Dominicains de Mossoul (Iraq) entre les années 1868 et 1896.
2. Durant les quatre premiers siècles, l’Eglise syrienne d’Antioche célébrait Noël le 6 janvier. Vers 376 elle adopta le 25 décembre, à l’instar de l’Eglise d’Occident.
3. Ce dernier verset est incompréhensible dans le texte syriaque.
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