Il y a 60 ans: l’Ile-Bouchard«Priez pour la France!»2e partie: Les apparitions du 9 au 14 décembre 1947par Bernard BalaynSTELLA MARIS 442 SOMMAIRELittérature de l'Ile-Bouchard |
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A l’occasion du 60e anniversaire des apparitions de Notre-Dame à l’Ile-Bouchard (au sud-ouest de Tours), nous achevons l’évocation entreprise en juin dernier (n° 437). Nous avions traité l’importante entrée en matière de la première journée, au cours de laquelle, en 3 apparitions, Marie a révélé plusieurs choses. Elle s’identifie comme notre Mère, et ici, comme mère de la France, pour laquelle elle recommande la prière en un moment de grand danger national. Elle est accompagnée, non de l’archange Michel (notre protecteur secondaire), mais de l’archange Gabriel, symbole de la relation entre le Ciel et nous. Apparue un 8 décembre, elle fait, par bien des aspects, le lien avec Lourdes; elle rencontre 4 fillettes jusqu’au milieu du mois.
La veille, la Dame avait dit aux 4 voyantes, Jacqueline et sa soeur Jeanne, Nicole Robin et Laura Croizon, de revenir le lendemain à 13 heures. Les voici donc au rendez-vous, dans le choeur de l’église paroissiale Saint-Gilles, à l’heure dite. L’apparition se présente pour l’essentiel de la même manière. Derrière les mains jointes de la Vierge se dessine le mot Magnificat, et à ses pieds, sous les roses, est inscrite la définition de Lourdes: «Je suis l’Immaculée Conception». Elle leur fait embrasser le Christ de son chapelet, dont la croix est dans le creux de sa main. Puis elle fait un magnifique signe de croix, imité des enfants, comme à Lourdes. Elles récitent une dizaine, suivie de l’invocation: «O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous». Ensuite, tristement, la Vierge leur recommande à nouveau: «Priez pour la France, qui, ces jours-ci, est en grand danger.» Elle ajoute: «Dites à Monsieur le Curé de venir à 2 heures, d’amener les enfants et la foule pour prier. Qu’il fasse édifier une grotte, dès que possible, là où je suis, avec ma statue et l’ange à côté. Une fois faite, je la bénirai.» Après une nouvelle dizaine, la Dame redevient souriante Empêchées (à 2 h.), par M. le Curé, le Père Ségelle, elles ne reviennent au rendez-vous de prière qu’à 5 h., sauf Nicole et Jeannette, craintive. Elles chantent le «Je vous salue Marie» qu’affectionne la Vierge, et récitent une dizaine, ponctuée de l’invocation de la Rue du Bac. Cela s’est fait avec l’assistance, des femmes surtout, que la Dame a fait approcher, les religieux s’étant abstenus. Mais le Doyen informe l’archevêché.
A 13 h. Marie est fidèle au rendez-vous. Les enfants chantent à sa demande l’Ave Maria, puis récitent une dizaine et l’invocation «O Marie conçue sans péché...»
A propos du matériau de la grotte, elle apaise les sceptiques: «Commencez avec du papier». A la demande d’un miracle d’authentification, elle répond: «Je ne suis pas venue ici pour faire des miracles, mais pour vous dire de prier pour la France». Cependant, elle dit à Jacqueline: «Demain vous y verrez plus clair et ne porterez plus de lunettes.» Elle confie aux fillettes un secret qu’elles ne divulgueront jamais, et leur donne rendez-vous au lendemain 13 h. Pour la première fois, le Doyen et les soeurs se sont risqués à entrevoir la scène, depuis la sacristie.
Comme toujours, les apparitions suscitent les commentaires, mais la guérison de Jacqueline au matin du 10, la bonne santé et l’à-propos des voyantes, la présence du Père Ségelle et des soeurs ce jour, ainsi qu’une assistance de plus de 200 personnes, sont des facteurs favorables.
Chant et prière sont exécutés devant la Vierge et l’archange plus brillants que jamais. A la question du Doyen posée par les enfants, la Dame répond: «Je viens ici parce qu’il y a des personnes pieuses et que Jeanne Delanoue y est passée1». Pouvez-vous opérer des guérisons? «Il y aura du bonheur dans les familles.» Après le nouveau chant du Je vous salue Marie, la Dame insiste: «Est-ce que M. le Curé va construire la grotte?...». Les dernières prières et invocations dites, l’apparition cesse.
Le matin, à l’école, les soeurs éprouvent les voyantes; sans succès. Les réponses sont les mêmes que celles de Bernadette: «Le diable ne peut pas se faire aussi beau que ça... Oh, chère Soeur, c’est pas le diable. Je suis trop contente quand je la vois, elle est si belle, elle a des yeux si doux! ... Monsieur le Curé et vous ne voulez pas y croire!»
A 13 h. Notre-Dame est de retour avec l’Ange, dans une église comble. Elle a un arc-en-ciel scintillant autour de la tête, des arcs de lumière multicolores qui l’environnent, et le mot Magnificat sur le coeur. Prêtres et soeurs observent à demi-cachés. La Dame fait à nouveau chanter plusieurs fois le Je vous salue bien comme il faut, puis réciter l’invocation à son Immaculée conception et une partie du chapelet, tandis qu’elle invite les voyantes à baiser encore sa main virginale. Elle demande: «Priez-vous pour les pécheurs?» Et insiste: «Surtout, priez bien pour eux.» Quand Jacqueline expose des demandes de guérison (que la Vierge n’élude pas), elle répond invariablement: «Je ne suis pas venue ici pour faire des miracles mais pour que vous priiez pour la France.» Puis elle quitte le groupe en bénissant la foule.
Non loin de 500 personnes s’entassent dans la petite église. Les mêmes chants, prières et invocations sont demandés par la Dame, et exécutés par les seules voyantes. Ces chants et invocations alternent avec les dizaines du chapelet. Dans l’intervalle, Jacqueline offre un bouquet d’oeillets roses. La Vierge, contente, se penche, sourit et bénit l’offrande. Avant de repartir, elle dit: «Je reviendrai demain pour la dernière fois.»
Les apparitions conclusives ont toujours valeur de testament. L’Ile-Bouchard n’y échappe pas.
Une foule innombrable se presse à l’intérieur, environ 2 000 âmes, et déborde largement à l’extérieur. Pour préparer la dernière visite de Notre-Dame et éviter le brouhaha, quatre chapelets sont dits. Le Père Ségelle, des prêtres et des soeurs, le maire, un médecin, sont là. A 12 h 50 les fillettes entrent et s’agenouillent non plus sur les marches de pierre, mais sur des prie-Dieu. Elles portent chacune à la main un bouquet: d’arums, d’oeillets, de violettes de Parme, de roses. A 13 h., Marie et l’archange sont là, merveilleusement resplendissants. La foule retient son souffle. La Vierge regarde les enfants avec une bonté et une noblesse qui ne peuvent se décrire. Noblesse, parce que nous sommes en Touraine, le coeur de la France royale. L’apparition demande à nouveau de chanter le Je vous salue Marie, puis de réciter une dizaine de chapelet, qui sera suivie du Gloire au Père... A la requête du curé, les fillettes lui demandent de bénir le doyenné, les prêtres et les deux évêques de Tours et de Blois. La Dame acquiesce volontiers. Puis les fillettes tendent leurs bouquets. La Vierge dit qu’elle ne peut les prendre, mais qu’elle les embrassera. Ce qu’elle fait au bout des petites mains tendues.
Puis elles chantent le Je vous salue Marie «pour faire plaisir à la Dame qui le demandait», diront-elles plus tard. Elle répond ensuite à la plus importante demande, transmise à Jacqueline par une soeur: «Madame, que faut-il faire pour consoler Notre-Seigneur de la peine que lui causent les pécheurs?»:
«Il faut prier et faire des sacrifices». Puis la Vierge et l’Ange s’unissent pour réciter la suite du cinquième chapelet. Entre les dizaines, l’Immaculée commence: «O Marie conçue sans péché...». Puis elle demande que tout le monde entonne le Magnificat, qui retentit de l’immense foule. Et, à la suite, de nouveau l’invocation et le chant à Marie habituels. Elle enchaîne: «Priez-vous pour les pécheurs?». Oui, Madame, nous prions. A la cinquième dizaine, elle demande: «Récitez une dizaine les bras en croix». Avec l’accord tacite du Doyen, elles étendent leurs minces bras, et la foule les imite autant que faire se peut. Beaucoup, émus, ont les larmes aux yeux. Notre-Dame demande toujours la construction de la grotte: «Oui, nous allons la bâtir», répondent-elles.
Après la répétition de l’invocation à la conception immaculée de Marie et le chant de la salutation angélique, Marie et l‘Ange de l’Annonciation s’évanouissent. Les visions sont terminées.
Mais pas tout à fait. Jacqueline avait réitéré son souhait du miracle confirmatif. Or voici qu’un rayon de soleil perce le vitrail sud qui fait face à l’apparition et vient illuminer plus encore la Vierge, l’archange, la grotte, les visages enfantins et leurs bouquets scintillants comme des perles. Le phénomène dure près de cinq minutes et irradie le groupe céleste et la boule d’argent d’où il sortait, puis s’enfermait à chaque apparition. Tout s’achève donc dans la splendeur, comme toutes proportions gardées à Fatima.
Les enfants sont soustraites à la foule, et reprendront ensuite leur vie ordinaire. Elles ont toujours assuré leurs affirmations, sans jamais se contredire. La vie les a dispersées, et tout en étant discrètes, ont continué, adultes, à témoigner de cette faveur exceptionnelle, notamment Jacqueline, toujours vivante.
Qui ne voit la parenté étroite entre l’Ile-Bouchard, la Rue du Bac et Lourdes, avec le thème récurrent de l’Immaculée Conception et de la prière pour les pécheurs, l’apparition au sein d’une grotte; avec Fatima en ce qui concerne l’appel au Rosaire, au sacrifice et le souci maternel de la protection de chaque nation, avec la présence d’un ange, le refus du miracle pour le miracle, jusqu’au rayon de soleil, souvenir de la palpitation solaire du 13 octobre 1917? Mais ce qui relie, rappelle et domine toutes les apparitions, comme ici, est le grand et permanent appel à prier pour le recul du péché et le salut des pécheurs.
Tel est l’essentiel. Reste à savoir comment l’Eglise et la France ont réagi à cet appel insistant.
La reconnaissance ecclésiale a été très longue; c’est le 8 décembre 2001 que l’Archevêque de Tours, Mgr André Vingt-Trois (de 1999 à 2005, devenu à cette date archevêque de Paris et maintenant nommé cardinal) a enfin reconnu les apparitions. Mais la paroisse Saint-Gilles n’a pas attendu cette sanction pour accueillir ou organiser les pèlerinages qui, de manière individuelle ou communautaire, ne se sont jamais démentis depuis six décennies, d’où qu’ils viennent2. Les dates saillantes en sont toujours le 8 décembre, le 15 août et le mois du rosaire, puisqu’il s’agit de Notre-Dame de la Prière. La grande neuvaine annuelle du 8 décembre de l’Immaculée Conception lui est légitimement consacrée cette année (30 nov.-8 déc.3).
Les pèlerins découvrent l’ensemble sculpté, établi en 1988 pour l’année mariale, sur l’arrièrefond de la grotte couleur or. Une grande célébration solennelle est prévue ce samedi 8 décembre 2007, avec Mgr Aubertin, Archevêque de Tours, et le lendemain avec Mgr Brincard, évêque du Puy et le concours du Père Michon, du Foyer de Châteauneuf-de-Galaure.
Quant à la France, les prières d’alors ont bien épargné le pire: la prise du pouvoir par les «Sans-Dieu». Mais, faute d’une conversion de fond et durable, il faut bien reconnaître que le pays, sans la main secourable de sa Reine, serait bien souvent tombé dans le gouffre. Aujourd’hui encore, estelle sauvée?
Qui peut y répondre? Osons le dire: les institutions et le renouvellement des responsables politiques ne sauraient suffire au salut de la France, dont le mal profond est le manque de foi. Il ne peut être guéri ni par la politique, ni par l’économie. Il lui faut à la base un «supplément d’âme». Le miracle dont elle a besoin est d’abord d’ordre spirituel. Tel est le sens évident du message de l’Ile-Bouchard, un message à la fois temporel et intemporel. Sainte Jeanne d’Arc le disait déjà: «Combattez et vous aurez la victoire». Le combat, la Vierge l’a répété, là comme à Lourdes, Fatima et ailleurs, doit être uniquement celui de la prière et du sacrifice. Continuons donc à prier beaucoup et sans relâche, dans la foi et l’espérance, notamment par le saint Rosaire, si l’on veut un relèvement véritable et pérenne de la France.
Bernard Balayn
Nota. Au début de cette année, nous avons publié une courte plaquette intitulée: Un rosaire pour la France avec sainte Jeanne d’Arc. C’était en vue, on l’aura compris, de célébrer le présent anniversaire, et de faire effectivement comprendre que la France, si elle veut rester elle-même, ne peut être sauvée que par ses enfants et leur Mère, à condition de la prier et de le faire au mieux par ses saints les plus représentatifs. Soyons convaincus qu’il ne faut absolument pas relâcher cette prière pour redresser la France, qui n’a fait que changer de danger.
Littérature:
De l’auteur: Un rosaire pour la France, Le Parvis, 2007, 4e mille.
Le Rosaire, arche du salut, Le Parvis, 2004, préface de Mgr Gaidon.
En cours de parution: La grâce de Lourdes, Parvis.
Notes:
1. Fondatrice des Soeurs de Ste Anne de la Providence de Saumur, à peine béatifiée (9 nov. 1947), et canonisée par Jean Paul II le 31 octobre 1982.
2. Comment oublier celui que nous avons fait en compagnie du Cardinal Frédéric Etsou pour la Toussaint 2001? Il est venu de Kinshasa implorer la Reine de la prière de donner la paix à son pays déchiré.
3. Dire chaque jour une dizaine, plus 3 fois l’invocation: «O Marie conçue sans péché...». Confession; Communion le 8 déc. ou entre les deux dates.
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