Fatima: Année 90La consécration de l’église dédiée à la Très Sainte Trinitépar Bernard BalaynSTELLA MARIS 441 SOMMAIRELittérature de Fatima |
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C’est le 13 octobre 2007 qu’à Fatima, l’Envoyé spécial du Pape, le Cardinal Bertone, a consacré et inauguré la grande église dédiée à la Très Sainte Trinité. Nous sommes heureux d’en faire la relation pour tous ceux d’entre vous qui n’auront pu s’y rendre.
INous l’avons dit, redit et écrit: le plus important à Fatima est moins l’affirmation de la maternité multiforme de Marie et l’évocation de la puissante intercession de son Coeur immaculé, que l’exaltation de la très sainte et glorieuse Trinité. Pour deux raisons évidentes au moins: la gloire du Créateur est plus grande que celle de la créature, si magnifique soit-elle en Marie; et parce que dans les deux cas, il s’agit d’annoncer et de préparer un triomphe: celui de la Trinité au niveau de l’humanité par la victoire de la maternité spirituelle de l’Immaculée. Or, au centre de ce double triomphe ou de ce triomphe à deux visages se trouve la grande défaite qu’est le péché. A Fatima, comme à Lourdes, l’essentiel est de vaincre ce qui fait obstacle à Dieu: le Mal. C’est pour le détruire que Dieu le Père a créé une mère exemplaire, exemptée du péché originel, pour lui donner un coeur sans tache, immaculé; qu’Il a fait naître d’Elle, par l’opération du Saint-Esprit et le mystère de l’Incarnation, le Christ, rédempteur. Marie est l’Instrument du grand triomphe, le Christ, l’Artisan, la Trinité, l’Auteur total. Quand la Dame du Rosaire dit, le 13 juillet 1917: «Mon Coeur Immaculé triomphera», cela signifie que ce coeur maternel le fera au sein de la Trinité, par et à Son service. La véritable triomphatrice sera la Trinité. Fatima est un hymne1 à la Trinité. Cet hymne commence dès les apparitions de l’Ange, quand il invoque, à la troisième: «Très Sainte Trinité... et pour nous persuader qu’il s’agit bien d’entrer dans le mystère, il précise: Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément on n’adore que Dieu seul: il s’agit d’adorer chacune des trois Personnes divines égales et distinctes et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et divinité de Jésus-Christ... en réparation des outrages, sacrilèges... et par les mérites infinis de son très Saint Coeur et du Coeur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.» L’infinité est relative également à Dieu seul; et la prière s’achève bien par l’essentiel du message: si les pécheurs se convertissent, la maternité du Coeur immaculé aura réussi et le mal terrassé sera bien la gloire de Dieu.
L’apparition terminale de la Trinité avec Marie que vit Lucie à Tuy en 1929 préfigure le triomphe annoncé.
Ce qui a beaucoup frappé l’opinion contemporaine c’est l’expectative de ce triomphe simultané annoncé par la bouche même de la «Reine des prophètes». Alors que le monde ne cesse de s’enfoncer dans l’indifférence, le péché, l’apostasie et leurs tragiques conséquences. C’est au sein de cette apparente défaite du salut que surgit le mystère de la Miséricorde. En effet, le Saint-Père Benoît XVI, dans une admirable homélie2, a évoqué la prophétie de Sophonie, sur le «petit reste»: «Marie est le ‘saint reste’ d’Israël auquel les prophètes, au cours de toutes les périodes de douleurs et de ténèbres, ont fait référence. En elle est présente la véritable Sion... Dans l’humilité de la maison de Nazareth vit l’Israël saint, le reste pur, le temple vivant de Dieu. Du tronc abattu resurgit à nouveau l’histoire du peuple de Dieu, une force vive qui oriente et envahit le monde...» Telle est l’exégèse actuelle de la prophétie de la Dame de Fatima. Quand tout paraît perdu, le Maître de l’impossible fait jaillir l’espérance, sortie de l’humilité, d’un reste, d’un rien, d’un néant, mais un «néant comblé» (Mgr Théas): la Gratia plena, la femme comblée de grâce, investie par la royale Trinité du pouvoir d’enclencher Son triomphe. Par l’eucharistie, la consécration, la prière, l’offrande des souffrances du monde, Marie peut influer sur la Sainte Trinité et préparer ainsi Sa victoire, à partir de chaque coeur humain conquis. Mais sans la bonne volonté et l’aiguillon bien orienté de la liberté3 de ses enfants, que peut faire la Mère? C’est pourquoi on ne peut conjecturer des dates.
Le triomphe est le secret de Dieu. Raison de plus pour agir et mettre en pratique le grand message de salut qu’est Fatima, guidés par celle qui a dit: «Je suis chemin».
Ces 12 et 13 octobre compteront assurément parmi les heures fastes de Fatima, puisque c’est la clôture du 90e anniversaire des apparitions et comme son apothéose par la dédicace d’une nouvelle église en l’honneur de la Sainte Trinité.
Le Sanctuaire de Fatima préparait en effet depuis plusieurs années quelque chose qui permette sinon d’accélérer, du moins, d’affermir l’espérance des croyants en ce triomphe que l’univers catholique attend.
De fait, en scrutant le grand mystère fatimide, on a fini par comprendre la vérité évoquée plus haut, à savoir la prophétie du triomphe de la Trinité, du Bien sur le mal, de la Vérité sur le mensonge, de la Vie sur la mort, de la Lumière sur les ténèbres, de la Paix sur la violence, tous thèmes constitutifs du Message (de la lettre à la symbolique). Ainsi a germé l’idée de construire plus que la chapelle initialement demandée: un temple qui puisse rassembler par mauvais temps comme à Lourdes les foules des jours 13, notamment en mai et octobre. Car la basilique originelle (qui abrite la sépulture des trois voyants) ne peut contenir la multitude des pèlerins. Un temple qui soit à la gloire de l’indivisible Trinité, et en même temps comme une supplication pour implorer la clémence du Dieu trois fois saint sur l’humanité au bord de l’asphyxie spirituelle.
Commencée en 2003, est donc sortie de terre une immense église, de forme circulaire, rappelant le grand mystère de l’Eucharistie puisqu’on appelle, non sans raison, Fatima «l’autel du monde». Et c’est elle qu’est venu consacrer le cardinal Secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone4, légat spécial du Pape Benoît XVI, comme le cardinal Roncalli (futur Jean XXIII) avait inauguré à Lourdes la basilique souterraine Saint-Pie X, l’un des grands papes de l’Eucharistie. Le sanctuaire se trouve au fond de l’immense esplanade, de façon à ne pas gêner les vastes foules en plein air.
La cérémonie a débuté à 16h, sous un soleil radieux et chaud, à la Capelinha, avec l’accueil du Légat par l’évêque de Fatima. A 16h 15, l’imposant cortège liturgique (cardinaux, évêques, prélats orthodoxes, prêtres...) se dirigeait vers la nouvelle église, avec la statue portée par les pompiers casque au clair, et, à 16h 30, pénétrait dans un vaste intérieur5, bien éclairé par le soleil, avec un large autel, un grand Christ en croix au-dessus, une nouvelle statue de la Vierge au Coeur Immaculé couleur de neige, et, en fond, une immense fresque représentant l’Eglise triomphante. Le Recteur, Mgr Luciano Guerra présentait l’édifice, puis la messe commençait. L’épître aux Ephésiens relatait l’édification de l’Eglise reposant sur la pierre vivante qu’est le Christ, tandis que l’Evangile selon saint Jean portait sur la Samaritaine où Jésus prophétisait que viendrait le jour où l’on adorerait Dieu partout en esprit et en vérité. A l’homélie, le Cardinal, après avoir salué les hautes personnalités présentes (le Chef de l’Etat, etc.) et lu le salut du Pape Benoît XVI, a repris la parole du Christ à la Samaritaine où il précisait qu’à ceux qui L’accueilleraient, la Trinité viendrait y faire Sa demeure. Il a montré cette même Trinité à l’oeuvre dans le message de Fatima, faisant l’exégèse des paroles de l’Ange, de Marie quand elle baignait les pastoureaux dans la lumière trinitaire; de la dernière apparition de Tuy lorsque, dans la chapelle du couvent soeur Lucie vit les trois Personnes de la Trinité et en reçut de nouvelles lumières. Il achevait son allocution en citant les implorations terminales de Jean Paul II lors de la grande consécration de Rome du 25 mars 1984. Cette finale était en relation avec ce qui allait suivre. En effet, la clé de voûte de l’acte consécratoire était constitué par une offrande inattendue: avant de mourir, Jean Paul II avait préparé son don pour la nouvelle église: une pierre du tombeau de saint Pierre, pour en faire la pierre angulaire de l’édifice; montrer le lien entre Rome et Fatima6; signifier qu’il était bien le «Pape de Fatima». Munie du sceau de Jean Paul II, elle a été déposée devant l’autel. Après le chant de la litanie des saints, débutait le rite de la dédicace de celui-ci, avec l’onction de l’huile sainte en 5 points précis, et le brûlement de l’encens. Le tout dans une atmosphère d’intense recueillement, de sérénité et de joie. On avait le sentiment de faire oeuvre de justice et de plénitude en accomplissant cet acte consécratoire en l’honneur de la bienheureuse Trinité qui est Consécration par excellence, comme le Saint-Esprit est «Conception jaillissante» (P. Kolbe). A l’issue de la messe s’élevait le chant majestueux du Magnificat et Mgr Antonio dos Santos Marto remerciait le Cardinal, les personnalités présentes, et tous ceux qui ont concouru à l’édification de ce si beau temple. Puis la statue était ramenée au soir tombant à la Capelinha tout illuminée pour la nuit à venir.
Dans la soirée, a commencé la grande veillée traditionnelle. Avec, tout d’abord, la récitation du chapelet, depuis la Capelinha; ensuite la procession de la statue au milieu du peuple chrétien et de ses chants d’amour. C’est quelque chose d’unique au monde, de ravissant au sens fort du terme, car le passage de Marie mains jointes, adorant sans cesse la Trinité à Laquelle elle est intimement liée comme Fille, Epouse et Mère, comble les coeurs d’allégresse et les transporte dans son Coeur maternel. Parvenue à l’autel du parvis, elle fait face à ses enfants et recueille toutes les prières qui lui sont faites. En ces instants solennels, comment ne pas penser aux trois voyages que Jean Paul II y a accomplis en 1982, 1991 et 2000, que j’ai eu la grâce de voir? 2007 était le premier pèlerinage où lui et Soeur Lucie n’étaient pas physiquement présents. Dans son homélie, le Cardinal-Patriarche José Policarpo de Lisbonne qui présidait la messe a parlé (sans notes) du Temple de Jérusalem, de la maison de Nazareth, de l’Eglise, du temple de l’Esprit-Saint qu’est tout homme, de la Capelinha, de la basilique consacrée en 1953..., de toutes les maisons de Dieu. «Dieu est l’Emmanuel, Celui qui vient vivre avec nous; il entre dans notre histoire, il est notre ami intime; c’est un Dieu amoureux, plein de bonté, un Dieu comme nous, et notre coeur doit vivre avec lui et devenir son confident: c’est un Dieu-communion. Et la Trinité passe comme à Tuy par la Croix, par Jésus...» Après la messe, c’est la nuit de prière et d’adoration eucharistique qui se poursuivra jusqu’à 7 heures du matin, en accomplissement des prières de l’Ange: prières de réparation et de substitution pour les «outrages, sacrilèges et indifférences» à l’encontre du divin sacrement.
Après les réalités et les émotions de la veille, vient toujours la récompense du lendemain, c’est-à-dire la célébration terminale, avec ses trois moments forts: l’arrivée de la statue de la Vierge du Rosaire, la messe, le retour de Notre-Dame.
A chaque fois, il est impressionnant de voir la frêle silhouette de Marie se frayer lentement un chemin, traversant l’esplanade de bout en bout, sous le soleil dont elle se montra la maîtresse le 13 octobre 1917. Comme pour Jésus sur la mer démontée, on peut dire de sa Mère: «Quelle est Celle à qui les astres obéissent?» C’est la Femme de la Genèse, Celle de l’Apocalypse, qui a la promesse d’«écraser la tête du Serpent», de triompher de la servitude du péché, la «Femme parfaitement libre» (Jean Paul II), parce que Immaculée, humble et docile.
Matinée radieuse: c’est sous un ciel parfaitement serein que la statue aux oeillets blancs et anthuriums roses, remonte lentement la foule massée (au moins 300 000 pèlerins). Le long de l’allée centrale, les enfants lui jettent des fleurs. Elle est escortée par 3 d’entre eux représentant les 3 bergers. Après les lectures de circonstance (Livre d’Esther..., Evangile de la Visitation), la voix du Cardinal-Légat s’élève à nouveau. Par rapport à l’épisode évangélique, il évoque la miséricorde divine, toujours à l’oeuvre, puis celle de Marie qui se déverse sur sa progéniture spirituelle à perpétuité. Comme la Vierge de Nazareth est servante, de même il nous remémore la consécration de Jean Paul II ici-même, le 12 mai 1982: «Totus Tuus, ô Marie!». Il rappelle qu’en conformité avec les paroles de l’Ange: «Offrez constamment des sacrifices.., Acceptez, supportez toutes les souffrances que Dieu vous enverra...», le premier devoir du chrétien est de faire la volonté de Dieu quoi qu’il en coûte; des évêques aux laïcs, dit-il, nous devons tous porter la croix. Les uns sont appelés à répandre la miséricorde divine, les autres à se sanctifier et sanctifier le monde, comme les petits bergers l’ont fait. Il a illustré notre nécessité de la conversion par ce trait venu du 13 octobre 1917, et qui a impressionné la foule présente: comme on demandait au célèbre Père Cruz7, témoin, s’il avait vu le miracle du soleil, il répondit qu’il avait passé son temps à essuyer ses propres larmes de repentir, sans être sûr de l’avoir vu. Et le Cardinal de renchérir sur la parole du Christ: «Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille que...: il est, de même, plus aisé de voir palpiter le soleil qu’à un pécheur de se convertir»...
Après la messe a lieu le moment toujours le plus intensément recueilli de l’adoration du Saint-Sacrement sur l’autel, avec une attention spéciale aux malades. L’émotion augmente quand le Magnificat éclate devant Lui. On a senti le Cardinal de plus en plus impressionné au cours des cérémonies.
Il est alors 12h 45. La fin est toujours le moment le plus attendu, celui où les coeurs se libèrent en une joyeuse allégresse, à l’ultime passage de la Madone. Cette jubilation prend la forme de l’au revoir, avec le «chant des adieux», sorte de coeur à Coeur avec celui de Marie. Il faut y être pour le voir, le vivre, plus que le comprendre. Les pèlerins en sont bouleversés; j’ai vu des hommes pas seulement des femmes pleurer silencieusement, c’est dire combien les coeurs sont touchés à l’intime par la grâce. C’est le secret le plus beau de Fatima, lorsque le Coeur de Marie se donne à ses enfants, pour y déverser les dons de
la Trinité. Car le propre, la mission de la Vierge, c’est de faire resplendir le Père dans une humanité expurgée du péché et renouvelée, redonner Jésus au monde pour le sacraliser, et y répandre l’Esprit d’Amour et de Vérité. Tel est, encore une fois, le triomphe commun attendu.
Nul ne peut s’arracher à ces saints Lieux sans emporter une consolation, une promesse, celle de la proximité aimante de la Mère, qui, par la prière confiante, peut tout obtenir du Père, du Fils et du Saint-Esprit pour la multitude de ses enfants dans l’épreuve, comme le clamait Jean Paul II à genoux devant la statue, à Fatima, le 13 mai 1982 et à Rome, le 25 mars 1984 8.
«Viens, Esprit-Saint, viens par la puissante intercession du Coeur Immaculé de Marie, pour renouveler dans le Père et le Fils, la face de la terre!»
Bernard Balayn
Notes:
1. Une hymne est un cantique en l’honneur de la Divinité.
2. Le 8 décembre 2005.
3. «Depuis que Dieu Lui-même a un coeur humain et a ainsi tourné la liberté de l’homme vers le bien, vers Dieu, la liberté pour le mal n’a pas le dernier mot. Le message de Fatima en constitue une confirmation supplémentaire» (Benoît XVI, 22.2.2007).
4. C’est lui que Jean Paul II avait envoyé auprès de Soeur Lucie (en 2000) à propos du 3e secret. Il vient de publier un livre sur Fatima: «La dernière voyante de Fatima. Mes entretiens avec Soeur Lucie» (2007).
5. L’église offre 8600 places, contre 800 dans l’ancienne.
6. Il se souvenait de Paul VI qui lui avait offert une pierre de lune pour encourager la construction de son église de Nova Huta.
7. Célèbre historien de Fatima.
8. Il est inutile de dire combien Jean Paul II reste présent à Fatima: il a été sans cesse cité; on y a même élevé sa statue sur l’esplanade.
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