Frère Elie des apôtres de DieuSemaine Sainte 2007STELLA MARIS 439 SOMMAIRELittérature de Frère Elie |
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Chaque année, dès l’entrée en carême et surtout la semaine sainte, le frère Elie participe à la Passion du Seigneur. Voici quelques extraits des notes prises en 2007 par Fiorella Turolli, sa biographe et assistante.
Au téléphone, Frère Elie m’annonce qu’il vient de se faire tabasser par le malin vers 7h30 et qu’il est tout ensanglanté. Resté éveillé durant toute la nuit, il décide de se lever et d’aller porter «la nourriture» aux poules. Mais il fut assailli par une furie déchaînée qui le frappa plusieurs fois au visage et sur le corps, le laissant à terre, évanoui. Soeur Domenica courut à son secours et essuya du mieux qu’elle put, le sang qui s’écoulait abondamment de sa bouche et du nez, elle l’aida à se relever et le raccompagna dans sa chambre.
Cette année, les coups violents ont débuté le 20 février. Ce dernier jour du carnaval et jour de son anniversaire, Frère Elie a commencé à se «sentir mal». Dès lors, il a entamé son jeûne complet, à l’exception de l’eau, du thé, et de bouillons.
Les frères entendent un cri en provenance de la chambre de Frère Elie. Frère Serge accourt et l’ennemi s’en va.
Frère Elie a le visage défait et les yeux brillants de fièvre. Il est fort agité. Il travaille de façon dur, pour ne pas penser à ce qui l’attend... Vers 18 heures, la fièvre est montée. Comme il ne tient plus debout, je l’accompagne dans sa chambre. Il s’allonge sur le lit et ferme les yeux. Le thermomètre affiche 41,5°. Soudain, deux abondants filets de sang noir sourdent de son nez. Il est très faible. Nous lui conseillons de rester couché, mais il ne répond pas. L’atmosphère est changée, un intense parfum de lys imprègne la chambre, tandis qu’on entend de très légers bruits. Après quelques instants, Frère Elie, avec un imperceptible sourire, lève les bras, comme si une personne invisible venait l’aider à se lever et le tirait par les bras; et de fait, il se soulève avec facilité. Il est tourné et aidé pour s’assoir sur le bord du lit. Puis sa tête se met à tourner sur le cou, en bas, en haut, à droite, à gauche, comme un exercice gymnique provoqué par quelqu’un. Il sourit. Puis, Frère Elie fait un bond et se lève revigoré. Il va dans la salle de bain se rincer le visage ligné de sang. Parce qu’il a peur, il rejoint ses parents, qui sont venus lui rendre visite au couvent, dans la salle de TV et s’étend sur le divan. Mais pris d’une brusque toux, un flot de sang sort de sa bouche. Il se tamponne avec un mouchoir et sort. A l’entendre tousser violement dans la pièce à côté, nous ne savons que faire. C’est l’heure du souper. Nous nous rendons au réfectoire en silence. Quelques minutes plus tard, Frère Elie nous rejoint et s’assied près de sa maman. Il parvient à plaisanter avec elle, mais peu de temps: le sang recommence à couler du nez. Un mouchoir sur le visage, Frère Elie est contraint de se retirer.
Frère Elie est présent aux laudes et à notre collation. Il boit une tasse de thé. Aujourd’hui, c’est sa journée de méditation et de préparation au «mystère» qui l’attend, et nous, nous devons faire de même. Chacun se rend à son travail...
A 19h30, exactement au même endroit et à la même heure que l’an passé, en présence des mêmes personnes... la passion de Frère Elie commence: un jaillissement de sang à la tête, un évanouissement et la formation rapide de petites blessures verticales autour du front.
Tandis que le Dr. Marcelletti et Soeur Domenica le secourent, après l’avoir accompagné à la cuisine, nous nous efforçons de terminer le souper en silence. Avant de se retirer dans sa chambre, Frère Elie, contusionné et ensanglanté revient au réfectoire nous saluer. Emus et surpris par cette visite inattendue, nous restons figés à nos places, sans même avoir la capacité de répondre à sa salutation. Comment pouvions-nous lui souhaiter une bonne nuit?...
Après les laudes et le petit-déjeuner, nous ouvrons la porte de la chambre de frère Elie. Un intense parfum de roses nous précède.
Son visage est défiguré, couvert de traînées de sang, les yeux fiévreux. Les poignets et bras bandés laissent entrevoir la forme de ses plaies, de même que son maillot de corps blanc, complètement trempé de sérosités. Nous changeons la serviette derrière sa tête. Il se lamente. Il est lucide et dit avoir passé une nuit terrible...
Après 9 heures, des prêtres montent visiter et si possible parler quelques minutes avec Frère Elie. Aucune curiosité, mais seulement paix, prière, et silence.
J’entre dans la chambre de Frère Elie et son visage est un masque de sang. Les yeux sont gonflés et bleuâtres; un oeil est complètement fermé comme s’il avait reçu un coup de poing. La bouche est gonflée et tailladée sur un coin. Ses dents sont pleines de sang. Sur le lobe de l’oreille gauche, on voit une blessure semblable à un trou profond duquel sort du sang foncé.
Je soulève les couvertures et vois du sang partout: Frère Elie est sur un drap complètement maculé de son exsuda, tout comme les pansements aux pieds et le drap du dessus qui, tel un papier absorbant, a pompé les sérosités du maillot de corps et des plaies.
Nous voudrions mettre un drap sec sur celui qui est trempé, mais Frère Elie ne veut pas qu’on le touche et trois jours durant, il restera dans ce lac parfumé. Je prends des photos.
Le Père Oronzo Saponaro, Curé de Trevi et son père spirituel depuis 15 ans, arrive vers 10 heures. Nous les laissons seuls quelque temps, puis le Père Oronzo nous appelle pour prier ensemble. Lui, dans la chambre avec Frère Elie, la porte ouverte, et nous à l’extérieur.
La sainte Eucharistie lui est donné. Frère Elie est épuisé... l’heure approche.
Nous le laissons seul et descendons à la chapelle pour le chemin de croix.
Deux trois fois par jour, le Dr Marcelletti le contrôle...
Peu avant 15 h se termine sa poignante agonie.
Frère Elie murmure. Son visage tuméfié montre une infinie souffrance. Les yeux mi-ouverts sont vitreux, ils ne voient pas. Sa main droite égraine lentement le gros chapelet en bois qu’il n’a pas abandonné durant ces trois jours. Les filets de sang ont cessé... tout finira vers 15 heures...
De fait, j’entends des pas dans l’escalier. J’ouvre la porte et vois Frère Elie descendre. Il est totalement «guéri». Il me fait signe de monter pour prendre les dernières photos car les signes s’atténuent très vite...
Fiorella Turolli, Angeli e Arcangeli, n° X p 5-7
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