L’année Fatima

Des reliques de François et Jacinthe installées en France

au Sanctuaire marial de Fresneau (Drôme)

par Bernard Balayn

STELLA MARIS 438 SOMMAIRE

Littérature de Bernard Balayn

Il s’agit d’un événement à grande résonance, car, pour la première fois en France, des reliques des deux bienheureux François et Jacinthe viennent d’être officiellement introduites, afin d’être vénérées et priées, ceci en Dauphiné, dans la Drôme, au sanctuaire marial de Fresneau1. L’Evêque du diocèse a procédé à cette installation à l’occasion du 90e anniversaire des apparitions de la Cova da Iria, reliant ainsi avec bonheur deux lieux d’apparitions en terres latines profondément enracinées dans la foi.


Voyons tout d’abord l’historique bref de Fresneau, puis la consécration du nouvel autel contenant les reliques, et la portée de cette heureuse initiative.


Le sanctuaire de Fresneau

Ce sanctuaire dédié à la Vierge est situé au nord-est de Montélimar, dans le canton de Marsanne, à la porte du midi méditerranéen. Il s’agit en effet d’un vallon ensoleillé, mais ombragé le soir, pèlerins et passants pouvant s’abreuver auprès d’une source d’eau fraîche qui remonte aux premiers siècles, là où débute notre récit.
Au XIe siècle, à Marsanne, une maman donna naissance en mourant à une fille aveugle, dont le père était maçon. Au seuil de l’adolescence, Marie lui demanda la construction d’une chapelle au vallon de Fresneau. Son père n’accepta qu’à la condition que Notre-Dame lui donne la vue, ce qu’elle accorda, après que l’enfant ait bu de l’eau de la source voisine. Et puis, selon la légende, il avait été saisi par le fait qu’un bénitier, commandé par son curé, ait disparu trois fois de l’église paroissiale pour se trouver là où la Vierge voulait sa chapelle.
Depuis l’édification du premier et modeste oratoire, la Madone n’a pas cessé d’y accorder toutes sortes de grâces. Invoquée dès le début sous le nom de Notre-Dame du Bon Secours et de Consolation, elle fut l’objet d’un incessant et croissant pèlerinage, malgré les vicissitudes historiques, telles les guerres de religion et la période révolutionnaire. La statue d’origine, détruite, fut remplacée par celle que l’on peut voir aujourd’hui, vénérée par deux chérubins.
Parmi les premiers et célèbres dévots figure un des illustres fils de la cité voisine, Adhémar de Monteil (Montélimar), devenu évêque du Puy, avant d’être le légat de la première croisade, ce qui permit au pape français Urbain II de réunir les premiers effectifs de l’expédition. Il légua ses biens ecclésiaux au sanctuaire, et surtout sa foi: selon la tradition, le site de Fresneau ne serait pas étranger à la prière du Salve Regina, attribuée au prélat2, qui mourut en 1098.
C’est au XIXe siècle que se fit le grand essor des pèlerinages, à partir du moment où le Pape Pie IX concéda au sanctuaire divers privilèges et bénit la couronne de la Vierge de Fresneau. Le couronnement eut lieu en grande pompe, devant plus de 20 000 pèlerins, le 8 septembre 1855, en présence de l’Evêque de Valence, Mgr Chatrousse et de plusieurs prélats. Une grâce singulière accompagna la cérémonie, lorsque l’évêque de Montpellier, dans une intervention inspirée et mémorable, déclara «voir» nos troupes vaincre les Russes à ce moment (ce qui s’avéra vrai plus tard)3. En hommage à N.-D. de Fresneau, Napoléon III fit don au Sanctuaire des deux énormes canons de bronze ornant l’entrée. C’était pendant la guerre de Crimée. En 2005, on a fêté dignement le 150e anniversaire du couronnement, en présence du Nonce apostolique, dépêché par Jean Paul II.
L’afflux des pèlerins détermina l’Evêque diocésain, avec l’appui du saint Curé d’Ars, à construire au nord de la chapelle d’origine (appelée ensuite le «vieux sanctuaire»), une église plus vaste, achevée en 1860. L’autel majeur contient des reliques de saint J.-M. Vianney et il est surmonté d’une belle statue de la Vierge et l’Enfant, datant de 1803. Les vitraux résument ce que nous venons d’évoquer4.
En souvenir du couronnement, le principal pèlerinage annuel a lieu le 8 septembre (Nativité de la Vierge), avec la présence épiscopale (en 1955 les cérémonies furent présidées par le cardinal Gerlier, Archevêque de Lyon, Primat des Gaules), mais le sanctuaire est toujours ouvert, avec messe le dimanche à 17h 30. Un magasin vend des objets de piété. Les pèlerins passent et prient nombreux, surtout à la belle saison, dans la paix rafraîchissante du lieu où l’on sent vraiment la présence de notre Mère, prête à dispenser ses grâces à qui vient les demander, comme à la Rue du Bac.
Mais son histoire ne s’arrête pas là...


Fresneau reçoit les reliques de François et Jacinthe

Dieu tire du mal un bien

Rien ne prédisposait cet humble sanctuaire à recevoir la grâce de reliques venues d’un sanctuaire aussi prestigieux que celui de Fatima. Il est vrai que le département a été labouré depuis plusieurs décennies par le message de Fatima qui y a imprégné bien des catholiques, des petites gens aux maisons religieuses: de l’abbaye d’Aiguebelle à celle de Triors, de la communauté de Chabeuil à celle de Châteauneuf-de-Galaure (Marthe Robin) ... D’autres mouvements parallèles aidant, un véritable tissu marial a recouvert peu à peu le diocèse.
C’est sur ce fond, bien dérangeant pour l’Adversaire, qu’a eu lieu récemment un odieux sacrilège touchant la chapelle de Fresneau. En 2005, vieillie et défraîchie, elle avait été restaurée à la demande de l’Evêque actuel, Mgr Jean-Christophe Lagleize. Or voici que l’année suivante, on y a fracturé le tabernacle tout neuf, volé le ciboire avec les hosties consacrées, ainsi que le cierge pascal et l’ambon. La stupeur a été grande dans le diocèse, et son pasteur a eu l’heureuse inspiration de réparer l’outrage fait en même temps au Seigneur et à sa Très Sainte Mère. On se souvient de la prière de l’ange de Fatima (automne 1916): «Très sainte Trinité, je vous offre les très précieux Corps, Sang, Ame et divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences dont il est lui-même offensé...». Cette prière s’ajoutait à celle de sa première apparition, au printemps: «Mon Dieu.., je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, n’adorent pas, n’espèrent pas et ne vous aiment pas». Et Notre-Dame concluait ses apparitions en suppliant à bon droit — Elle qui savait tant du présent et du futur —: «Que l’on n’offense pas davantage Dieu, Notre-Seigneur, qui est déjà trop offensé!»
Ainsi à Fresneau — comme ailleurs — s’est produit le forfait prophétisé à Fatima dont le message de réparation et de consolation interpelle plus que jamais, bien au delà de ce coin de la chrétienté.
Il fallait donc réagir, et Monseigneur Lagleize a choisi de consacrer dans la chapelle blessée, un nouvel autel et d’y enchâsser les reliques de ceux qui avaient été institués dépositaires et légataires du respect du sacré, les petits bergers de Fatima, récemment béatifiés par le pape Jean Paul II. Connaissant déjà le site, Mgr l’évêque a demandé à son confrère de Leiria-Fatima s’il pouvait lui accorder ce rare privilège et l’a obtenu. Au printemps dernier, il est donc allé les chercher avec un groupe de diocésains afin de procéder aux actes réparateurs promis le 8 septembre dernier devant la foule des pèlerins.


La cérémonie consécratoire et réparatrice

Le rendez-vous avait été fixé au 13 mai 2007, pour le 90e anniversaire des apparitions de la Vierge du Rosaire à la Cova da Iria.
La cérémonie a eu lieu dans la petite chapelle réparée; l’assistance était telle qu’elle fut invitée à suivre l’office dans le sanctuaire du haut par video-transmission. Se tenaient donc dans l’oratoire rajeuni les concélébrants, la chorale, le marbrier local réalisateur du nouvel autel et son aide, des invités.
A 10h 30 commençait la messe de dédicace par le chant d’entrée: «Il est vraiment ressuscité»; avec le rite d’aspersion suivi du Gloria de Lourdes; tandis qu’étaient lus des extraits des Actes des Apôtres, du livre de l’Apocalypse, et de l’Evangile également selon saint Jean, en un passage significatif5.
Ensuite de quoi, Mgr Lagleize prononça son homélie, toute centrée — à travers les lectures — sur l’importance du rite sacré de la consécration et les vertus des deux bergers en rapport.
Après cette liturgie de la Parole, venait celle de la dédicace proprement dite de l’autel. Elle commença par le chant d’une courte litanie des saints où furent invoqués les petits bergers. Puis on apporta à Mgr l’évêque leurs reliques corporelles, qui furent placées dans la pierre d’autel avec le parchemin, lu, qui justifiait ce geste liturgique, cela au chant du psaume 14: «Tu es proche, O Seigneur, fais-nous vivre tout auprès de Toi», tandis qu’il faisait les onctions nécessaires en répandant à profusion les huiles sacrées dans les quatre directions de l’autel. Après quoi, furent encensés l’autel nouveau et les reliques
soigneusement incorporées. A l’entrée de l’édifice, et au-dessus de l’antique bénitier, une plaque témoigne désormais:
Le 13 mai 2007, 90e anniversaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima,
Mgr Jean-Christophe Lagleize, Evêque de Valence,
a scellé les reliques des bienheureux François et Jacinthe,
voyants de Fatima, en consacrant l’autel de ce sanctuaire.
L’offertoire était ponctué du chant d’un magnifique Ave Maria, suivi de l’acclamation vibrante du Sanctus: «Dieu saint, Dieu fort, Dieu immortel, béni soit ton Nom; Ciel et terre sont remplis de Ta gloire...»
C’est avec cette ferveur que communia la nombreuse assistance.
Après la célébration, Monseigneur revint à l’église supérieure pour y prononcer la bénédiction, l’ite missa est et l’action de grâce pour l’heureux devoir accompli. Tout s’achevait par le traditionnel Ave Maria de Fatima.
«Devant votre Image ... montrez-nous Jésus. Ave...»


La portée d’un acte

L’acte de Fresneau revêt une importance inusitée à plus d’un titre. S’il est vrai que les profanations d’églises se multiplient6, c’est la première fois, selon notre enquête, que des reliques des deux bergers sont introduites en France7, et le sanctuaire
de Fresneau en est donc le bénéficiaire privilégié. Grâce inouïe, non seulement pour ce lieu béni, mais pour le diocèse et, même, pour tout un pays. Car, les deux pastoureaux n’ont pas fini leur chemin, leur canonisation étant en cours, de même que la béatification de leur cousine aînée, Soeur Lucie.
Ce geste inaugural laisse présager de grandes grâces pour les pèlerins qui y viendront, car, si ces reliques ont pu venir jusqu’ici, c’est que Marie l’a voulu et lorsque deux sanctuaires à Elle consacrés se rapprochent et s’entrecroisent, c’est toujours un signe de prédestination, d’autant plus que Fresneau — face à Fatima — est un sanctuaire de la plus grande modestie. Et plus un sanctuaire est petit, humble et simple, plus Marie l’aime et y descend. Ne dit-elle pas en ses apparitions: «Je désire [seulement] une chapelle»?8 Ceux qui viennent prier à Fresneau sont conquis par le silence et la grande sérénité des lieux. De nombreux ex-voto témoignent des faveurs reçues; guérisons, préservation de dangers, grâces de toutes sortes, notamment spirituelles.
Le deuxième enseignement est le rôle de l’Evêque. Il est très consolant de voir un évêque prendre la mesure des choses et d’y remédier sans délai. Une profanation eucharistique, l’Année Eucharistique à peine achevée, l’Exhortation apostolique «Sacramentum caritatis» à peine sèche, c’est plus que grave, une offense au Seigneur, stigmatisée — on le sait — à travers la prière de l’Ange eucharistique de Fatima. En réparant le sacrilège de Fresneau, l’évêque diocésain entre dans le droit fil du message de Fatima, largement centré sur la divine Eucharistie, et satisfait la demande trinitaire de voir glorifié ce très saint Sacrement. Il attire ainsi sur lui et ses diocésains la grande bénédiction du Tout-Puissant.
De ce fait, ce n’est pas un geste isolé, mais un acte d’Eglise dont la portée bénéfique s’étend d’une manière cachée et mystique mais réelle, à tous ses membres.
Par cette démarche ecclésiale, nous entrons ainsi dans le caractère communautaire profond qui fait l’Eglise. Si l’Evêque est assuré d’avoir la reconnaissance du Seigneur et du Troupeau qu’Il lui confie, les fidèles se sentent très encouragés dans leur foi, leur fidélité, leurs épreuves. Quels sont les vrais pèlerins? des pères, des mères souffrant pour leurs enfants, des malades, des isolés, des âmes en quête de repères, d’espérance, des jeunes, chercheurs d’emplois... La venue de l’Evêque, ses paroles adressées à ces petites gens sont pour elles une force, un encouragement, un espoir; ils y voient Jésus rejoignant à nouveau les pèlerins d’Emmaüs que nous sommes. Si l’Evêque a besoin des fidèles pour constituer l’Eglise locale, les fidèles ont besoin de leur pasteur pour les soutenir. Ainsi se crée une dynamique mutuelle, une unité, dont le bienfait rejaillit sur tout le diocèse. A fortiori quand il s’agit d’un sanctuaire marial. Les fidèles sont d’instinct très sensibles à l’exemple de la piété de l’Evêque, surtout de sa piété mariale. Il n’y a que des avantages à en retirer, pour les deux parties.
Enfin, il faut considérer enfin l’impact des reliques elles-mêmes, d’autant plus que la glorification de jeunes enfants est rarissime: il a fallu attendre 80 ans la béatification des deux bergers! «Posséder» ces reliques, c’est savoir que ces saintes âmes habitent chez nous. Venir donc à Fresneau, c’est non seulement rencontrer prioritairement le Christ et sa Mère, mais aussi, dans la communion des saints, ces deux jeunes modèles pour la jeunesse actuelle, ces deux témoins qui ont imité parfaitement Marie, qui se sont immolés, avec ardeur, pour leur doux Maître. Leur vie enseigne aux jeunes la foi, l’espérance, la pureté, la prière, l’acceptation des souffrances, l’amour à toute épreuve et à tous les niveaux, de Dieu jusqu’aux épaves de la vie. Les jeunes ont besoin de se raccrocher aux racines, aux valeurs, à quoi seuls Jésus et ses fidèles témoins peuvent donner vie, sens et but. Dieu veuille que beaucoup de pèlerinages d’enfants et de jeunes viennent implorer le secours, l’intercession de François et Jacinthe, qui se font ainsi si proches d’eux. Leur présence, bien que mystérieuse, leur intercession sollicitée avec confiance, jointes au rosaire qu’ils ont tant récité, susciteront des grâces de choix pour eux et tous les pèlerins. Sans doute, ne vient-on pas que pour demander. Mais, qui sait, dans l’invisible, Jacinthe et François n’attendent que la visite, même impromptue, des passants, pour leur faire un signe, car il nous faut tous marcher sur le même chemin et nous avons tous besoin de guides sûrs...
Et puis, pour ceux qui ne peuvent aller à Fatima, ils pourront toujours en avoir une approche réelle et vivante à Fresneau sans que le lieu perde sa spécificité: le secours et la consolation.
Que les coeurs du frère et de sa petite soeur intercèdent auprès du Coeur Immaculé de Notre-Dame du Rosaire et du Coeur sacré de son Fils pour tous ceux qui feront halte à Fresneau, oasis de fraîcheur, de pureté et de sanctification. Que soit remercié le Pasteur de cet heureux diocèse, et que le Seigneur le bénisse abondamment.
Bernard Balayn


Notes:
1. A l’ouest de La Salette et du Laus, et entre Valence et Montélimar, à l’écart de la vallée du Rhône (v. croquis)
2. Antienne longtemps appelée «Hymne du Puy», à cause de son auteur, «saint prélat» (Régine Pernoud)
3. Ce fut le fameux siège de Sébastopol où s’illustrèrent les Français du général Mac-Mahon
4. Le sanctuaire primitif et les archives locales précisent les détails sur l’ensemble de l’histoire.
5. Jn. 14, 23-29: «...Nous viendrons à lui et en lui Nous ferons Notre Demeure...».
6. Au moment où nous écrivons, des tabernacles ont été fracturés et leur contenu dérobé dans deux églises du diocèse du Puy.
7. Pour la simple raison, d’abord, qu’ils viennent à peine d’être béatifiés.
8. A Fatima est dressée la plus petite chapelle (la Capelinha) et c’est vers elle que vient le plus de monde (500 000 pèlerins le 13 mai 2007).



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