Comme les 3 bergers de FatimaAimer le Coeur Immaculé de Mariepar Bernard Balayn
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Soeur Lucie a seule reçu la mission d’aider à l’institution d’un culte envers Marie; mais avant leur mort, ses deux jeunes cousins ont déjà entrevu et pratiqué autant qu’ils l’ont pu cette dévotion envers son Coeur Immaculé. A la lecture des Mémoires de leur aînée, on est donc frappé par la spontanéité de leur amour filial. Ils ont compris que la Vierge parle d’abord au coeur de chacun de ses enfants. La réponse des jeunes bergers est un sujet d’admiration, d’exemple et d’exultation pour tout chrétien.
On se souvient de la volonté du Seigneur de voir sa Mère honorée par les hommes, et comme il convient, à Son image1. Lors de sa deuxième apparition, le 13 juin 1917, la Dame du Rosaire avait dit en effet à Lucia: «Jésus veut me faire connaître et aimer». C’est à elle que cette mission était dévolue, puisque dans le même temps, la Vierge disait aux deux plus jeunes, Francisco et Jacinta, qu’elle viendrait précocement les chercher. Cependant, bien avant la répétition du voeu du Christ, le 13 juillet suivant, et sa concrétisation par l’apparition de Pontevedra (1925) qui devait fixer la dévotion à son Coeur Immaculé, les deux enfants ne voulurent pas être en reste, et, à l’instar de Lucie, se mirent à aimer leur céleste Mère avec une ardeur extrême. Etant donné la beauté et la bonté de la Dame, et sachant leurs jours comptés.
Il ne suffit pas de dire: «C’étaient des enfants prédestinés!» La grâce les a aidés, certes; mais ils ont payé le prix de leur liberté, de leur volonté, de leur amour envers Marie: en moins de trois ans, François et Jacinthe nous ont fait une démonstration extraordinaire de cet amour, auréolé par une vie de prière, de dévouement et de sacrifice sans précédent vu leur âge (ils avaient accepté de «beaucoup souffrir»). On peut lire et relire les récits de Lucie simple, sincère et véridique: on reste toujours émerveillé et ébloui par leur piété mariale.
Celle-ci est d’autant plus méritoire qu’elle ne pouvait être dictée par la demande (ultérieure) de Pontevedra. Raison de plus pour nous de les admirer et de les imiter. Entrons dans cette histoire vraie.
L’intérêt de l’épisode est de voir comment et combien le frère et la soeur ont su aimer Marie. Il suffira de les voir vivre cet amour, les souvenirs de leur cousine aidant (mémoires 1 et 3 surtout).
Ils ont aimé Marie, non seulement selon la volonté de Jésus, mais aussi grâce à la préparation de l’environnement familial et paroissial et des récits catéchétiques entraînants de Lucie. Ils l’ont aimée surtout par leurs dispositions intimes: c’étaient des coeurs enfantins, purs, droits, humbles, disponibles, dégagés de tout respect humain, de toute volonté autre que celle désirée par Dieu. Enfin, ils ont été portés par les visions, la noblesse et la dignité de l’Ange, la magnificence, la douceur, la sérénité inénarrables de la Très Sainte Vierge. La lumière dans laquelle ils se voyaient monter en Dieu par ses mains maternelles les enrobait déjà dans l’Amour céleste.
Lucie nous rapporte davantage les paroles et les attitudes de Jacinthe, spontanée, très vive, un trait de feu. Dans sa candeur, l’enfant laisse épancher son coeur de cristal avec une vérité palpitante, sans mièvrerie, et livre les pépites de sa tendresse à l’égard de Notre-Dame, dont les bergers ont entrevu aussi la douleur de ne pas être assez aimée, c’est-à-dire d’entrée: connue et écoutée. Ils ont bien compris la parole du Christ: «Faire connaître [d’abord] et aimer [ensuite] Marie». On aime d’autant plus que l’on connaît l’Objet de l’amour, avec les dons de l’Esprit. Le 13 juin 1917 (vision du Coeur de Marie encerclé d’épines), Lucie écrit que la lumière qu’Elle leur transmit avait eu pour but principal de «mettre en eux une connaissance et un amour spécial de son Coeur Immaculé».
François a le même amour, mais il s’exprime avec plus de pudeur, de retenue; c’est, au contraire de sa soeur, un enfant discret, mystique, tout intérieur; un coeur d’or.
Tous deux se complètent admirablement. La preuve en a été donnée par le pape Jean Paul II grand connaisseur des jeunes qui a décrété qu’ils devaient être béatifiés puis canonisés ensemble. D’ailleurs, Mgr Cosme do Amaral, l’évêque de Fatima qui a tracé d’admirables portraits des deux pastoureaux2, estimait leur piété (et leur valeur) égales, dans leur diversité même. Mais le garçon se livrant peu, on usera surtout du témoignage de sa soeur.
Quant à Lucie, qui nous livrera son expérience, puisqu’elle a parlé de ses cousins sans rien dire ou presque d’elle, et sans témoins? Mais avec son bon sens, son jugement, sa maîtrise de soi, son autorité naturelle, elle ordonne largement le trio vers les hauteurs, sans perdre les réalités d’en bas.
Le premier trait à mettre en lumière est qu’ils ne dissociaient pas l’amour de Jésus et de Marie, depuis que l’Ange leur en avait parlé. En fait, les premiers linéaments de cet amour remontent au récit que Lucie leur fit de la Passion; Jacinthe et François conçurent dès lors un inépuisable amour de compensation pour le Christ et sa Mère. Lucie écrit qu’elle a accepté d’écrire la vie de ses cousins «pour allumer dans les âmes la flamme de l’amour envers les Coeurs de Jésus et de Marie», Jacinthe disant: «J’aime tant souffrir par amour pour eux... je les aime tant que je ne me fatigue jamais de leur dire que je les aime!». D’où sa certitude inébranlable: «Jésus veut qu’on vénère avec lui le Coeur Immaculé de Marie.»
François avait le charisme particulier de réparer les offenses envers leurs Coeurs outragés, conformément à la plainte de Notre-Dame: «Que l’on n’offense plus Notre-Seigneur, qui est si offensé!» Il répétait: «Si avec nos souffrances, nous pouvons les consoler, nous serons contents... Je souffrirai tout ce qu’Elle voudra.» Mais les bergers ont comme anticipé la réparation demandée cette fois par Jésus à Pontevedra: «Je souffre et offre tout pour faire réparation au Coeur Immaculé de Marie» soupirait Jacinthe durant sa maladie mortelle. Tous trois n’eurent de cesse d’offrir des sacrifices; François rappelait par exemple à sa soeur qu’elle ne devait plus aller danser! Et pourtant, il ne s’agissait que de danses anodines (mais l’enfant en raffolait).
Leur amour simple pour la Vierge douloureuse (ils ont vu la couronne d’épines étreignant son Coeur Immaculé) les saisit et ils ne cessèrent de le proclamer. Jacinthe, dans son innocence innée, s’exclamait: «Ah, si je pouvais mettre dans tous les coeurs le feu que j’ai là dans ma poitrine, qui me brûle et me fait tant aimer le Coeur de Jésus et de Marie!... Moi, j’aime son Coeur, il est si bon!».
Ils aimèrent Marie non seulement pour Elle-même, mais en raison de ses demandes. Ainsi, ils allèrent de la souffrance offerte à la prière constante.
Ils comprirent qu’aimer, c’est faire la volonté de Dieu, en tout et quoi qu’il en coûte. On résumera la chose en citant la parole de Jacinthe, lorsqu’elle offrait ses sacrifices (selon la prière enseignée par Marie): «O mon Jésus, c’est pour votre amour, pour la conversion des pécheurs, pour le Saint-Père, et en réparation des péchés commis contre le Coeur Immaculé de Marie.» Pour elle, écrit Lucie, «C’était tout son idéal.»
Dans cette optique, ils se consumèrent non seulement en pénitences, mais en prières incessantes et ardentes, pour Marie et ses intentions; ils firent notamment du chapelet leur prière préférée. François, qui avait promis à la Vierge: «Oh, ma Notre-Dame, des chapelets, j’en dirai autant que vous voudrez!», tint parole: au temps de sa maladie, il en récitait jusqu’à neuf par jour!3 Ils disaient les prières enseignées par la Vierge: «O mon Jésus! Pardonnez-nous...!», émettaient des prières jaillies du coeur: «Doux Coeur de Marie, soyez mon salut», ou: «O ma petite Maman du ciel!...», s’écriait Jacinthe, et elle énonçait ses intentions. Inspirée, elle commandait parfois à son frère et à Lucie: «Il faut prier Notre-Dame et lui offrir des sacrifices» pour convertir ou soulager telle personne.
François priait discrètement, mais avec force et constance, avec son âme, ses paroles, ses refrains, accompagnés de son pipeau; quelque peu poète, il célébrait la splendeur du soleil, «la lampe de Notre-Seigneur», tandis que Jacinthe admirait la beauté et la pureté de Marie en évoquant l’arrivée, le soir, de «la lampe de Notre-Dame» (la lune), qu’elle préférait, dans son ingénuité enfantine, «parce qu’elle ne fait pas mal aux yeux».
Grâce aux lumières incomparables de l’Esprit-Saint, elle évoquait la puissance d’intercession du Coeur de Marie. Peu avant de mourir, elle fit à Lucie ses grandes recommandations: «Tu vas rester ici-bas pour établir dans le monde la dévotion au Coeur Immaculé de Marie. Quand tu auras à le dire, ne te cache pas. Dis à tout le monde que Dieu accorde ses grâces par le moyen du Coeur Immaculé de Marie; que c’est à Elle qu’il faut les demander... c’est à Elle, à son Coeur Immaculé, que Dieu a confié la paix...Aime beaucoup Jésus et le Coeur Immaculé de Marie...»
Pour récompenser dès ici-bas tant d’amour, d’obéissance et de sainteté héroïque, Notre-Dame accomplit ce qu’elle avait promis, à savoir que son Coeur maternel serait refuge et chemin vers Dieu. Sur leur lit de souffrances les deux jeunes bergers eurent en effet la consolation de revoir plusieurs fois la Vierge, venue les aider, les encourager, les réconforter. Elle vint enseigner à Jacinthe comment réciter le chapelet; lui demander si elle acceptait de souffrir davantage pour ses intentions, ce qu’elle accepta; lui dire qu’elle mourrait seule à l’hôpital... L’enfant était en colloque quasi permanent avec elle.
François, qui connaissait son destin, comme Jacinthe, n’avait qu’un désir: aller vite au ciel pour «consoler» éternellement le Seigneur et Notre-Dame. De fait, il partit le premier, le matin du vendredi 4 avril 1919. La veille au soir, une grande lumière fit irruption dans sa chambre, sans doute une prémonition du lendemain. Lucie pensa qu’il «s’était envolé dans les bras de la Mère du ciel».
Jacinthe répondit bravement à l’appel de Notre-Dame et souffrit jusqu’à l’extrême limite pour les pécheurs. A l’hôpital de Lisbonne, elle lui apparaissait près de son lit. Vers la fin, elle vint lui enlever ses grandes douleurs et lui prédit qu’elle viendrait elle-même la chercher. Effectivement, le soir du 20 février 1920, la Dame du Rosaire effectua sa promesse, en emmenant son âme plus que candide. Mgr Cosme do Amaral lui décernera cet incomparable éloge: «Dieu a tant aimé les hommes de ce siècle, qu’il leur a donné une merveille, ce miracle vivant qu’est Jacinthe.»
L’exemple de la piété mariale des pastoureaux impressionnait tellement amis et pèlerins, que Lucie écrivait: «La seule vue de mes petits cousins élevait leur pensée vers notre Mère du ciel avec qui ils disaient être en relation...»
Ces ignorants nous édifient au plus haut point, car leur sagesse ne fut pas dans le savoir ou l’agir, mais dans l’ordre de l’être. Ils ont compris et vécu l’essentiel en incarnant l’amour. Leur sainteté est là.
L’apôtre inégalé des jeunes qu’a été le pape Jean Paul II a laissé le souvenir inoubliable de celui qui a proposé aux jeunes comme modèles, des saints comme eux.
C’est pour les engager sur cette voie qu’ont vécue à plein nos trois pastoureaux, qu’il en a béatifié deux (le 13 mai 2000, à Fatima), et que la troisième suivra. Nous avons pu vivre ces extraordinaires moments d’émotion, devant la foule des jeunes et des enfants réunis pour la circonstance à la Cova da Iria. Et le magnifique brancard de procession que Marie avait demandé à être porté par eux, à l’origine, est passé au milieu d’eux: les enfants l’acclamaient, avec leurs mouchoirs blancs et leurs chants. Combien leur Mère et les pastoureaux devaient être heureux! Marie recherche tellement la compagnie, l’amour, la prière, l’offrande, la consécration des enfants à son Coeur maternel!
Parmi nos aimables lecteurs, il y a des mamans et des jeunes. Je vous laisse méditer pour les enfants ce que Jean Paul II leur confia un jour, lors d’un voyage à Lubango (Angola), ancienne terre portugaise: «Très chers petits garçons et petites filles, vous devez prier beaucoup. Savez-vous prier? Regardez! Il était une fois trois enfants qui avaient vu Notre-Dame. Ils s’appelaient Lucie, Jacinthe et François. Ils priaient beaucoup; et alors, un jour, la Sainte Vierge a commencé à parler avec eux. Nous les appelons les petits bergers de Fatima. Comme ils priaient beaucoup ils étaient très bons. Voulez-vous être bons comme eux? Alors, priez: priez Jésus et Marie... Moi aussi, je prierai pour vous...»
Bernard Balayn
Littérature:
De Soeur Lucie: «Mémoires (2 volumes». De l’auteur: «Fatima, au seuil du Triomphe?» Le Parvis, mai 2007. «Fatima, message extraordinaire pour notre temps»; «Les bergers de l’aurore»; «Le Rosaire, arche du salut».
Notes:
1. V. le dernier article sur le sujet (n° 435)
2. Lire son opuscule attachant: «Bienheureux François et Jacinthe». Le Parvis.
3. Quand, en 1952, on reconnut ses restes mortels, on retrouva son rosaire quasi intact.
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