Aimer Marie comme Jésus

Jésus demande la dévotion des Premiers Samedis

STELLA MARIS 435 SOMMAIRE

Littérature de Bernard Balayn

Après nous être penchés sur la maternité multiforme de la Sainte Vierge, il convient de voir ce que Marie peut attendre en retour, surtout de la part des humains. Sujet vaste comme la mer. Aussi nous limiterons-nous à étudier un aspect de ce devoir sacré, à travers ce qu’elle a Elle-même demandé: la dévotion à son Cœur Immaculé.


Comme Jésus, le Coeur de la Mère attend un retour d'amour

Nous avons étudié l’amour de Marie envers Jésus, l’Eglise et l’humanité. Mais il est juste qu’il y ait une réciprocité d’amour, puisque l’Amour régit l’univers immuable. Dieu avait demandé à Adam cette réciprocité qu’il Lui a refusée. De même pour Jésus, mort sur la croix par la haine des hommes. Son Coeur transpercé reste à jamais le symbole d’un amour infini qui attend la réponse de l’humanité: «Père, pardonne-leur...». A Paray-le-Monial, il est revenu mendier cet amour, dans les termes émouvants que l’on sait: «Voici ce Coeur qui a tant aimé les hommes, et qui ne reçoit en retour que des ingratitudes...»...
A Fatima, en 1917, Marie, voyant le nouvel égarement humain, vient en Mère, proposer l’Eucharistie comme antidote aux «Sans-Dieu», pourvoyeurs du marxisme athée. Mais, ce qui est original, elle offre aussi son Coeur maternel comme aide pour rejoindre son Fils. Elle le manifeste expressément en montrant à Lucie son Coeur Immaculé, et en lui déclarant1: «Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer...» (13 juin). Il y a là une grande nouveauté: il s’agit pour les hommes de répondre à l’amour maternel de la Vierge. Et elle poursuit: «Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Coeur immaculé», comme expression concrète de cet amour.
Cette demande est reprise et amplifiée le mois suivant, Marie justifiant cette piété par «la réparation [à effectuer] envers les péchés commis contre son Coeur immaculé». Et elle indique qu’elle reviendra solliciter cette dévotion plus tard. Le retour des hommes à Dieu presse davantage.


Les raisons profondes d'aimer Marie

Cette dévotion envers la Vierge n’émane pas d’elle-même: comment dans son humilité aurait-elle pu la demander? Elle a bien dit (et répétera): «Jésus veut...; Dieu veut...».
Donc le fondement de ce culte est divin parce que la Trinité divine le veut. De même que l’indivisible Trinité a associé la Vierge Marie à ses desseins de salut par l’Amour, de même, la Trinité veut que l’homme et l’Eglise rendent amour pour amour à son égard comme Dieu l’exige de l’homme pour Lui. Voilà le plus solide fondement théologique: rendre l’amour dû à la Théotokos et à la mère universelle qui a enfanté spirituellement ses enfants à la Croix. C’est alors que le Christ mourant a bien dit à saint Jean, le fils nouveau de Marie: «Voilà ta Mère». C’est-à-dire «prends-là chez toi, veille sur elle, aime-là comme Moi je l’ai aimée; tu deviens le fils de substitution avec tous les hommes tes frères, et le fils préféré avec tous les prêtres dans le même sacerdoce. Et la meilleure façon de l’aimer, c’est de la prendre dans ton coeur, pour ne faire qu’un seul coeur avec le sien et le Mien: ex toto Corde, tous un seul Coeur». Jésus n’a-t-il pas dit à sainte Brigitte: «Le Coeur de ma Mère et le mien, nous ne faisions qu’un seul Coeur»? La grandeur et la bonté de Dieu sont de nous agréger à ce double et unique amour.
La dévotion souhaitée doit donc venir à la fois des hommes et de l’Eglise: des hommes par pur amour; de l’Eglise pour organiser et guider le culte. C’est important.
L’adorable Trinité a montré l’exemple parfait de cet amour: le Père a créé Marie dans une splendeur incomparable, l’ornant de beauté et de privilèges uniques. L’Esprit-Saint l’a fécondée d’une manière admirable. Le Fils a aimé sa mère comme jamais personne n’a aimé la sienne. L’Evangile, dans sa sobriété et sa pudeur, nous le laisse entrevoir. «Entrevoir», parce que cet amour de Jésus pour sa Mère a duré 30 ans (de silence caché mais éloquent), alors qu’il n’a donné que 3 ans à l’homme. Là éclate la mesure de cet amour, qui n’a besoin d’aucune révélation particulière pour être compris.
Jésus nous montre donc le chemin: nous n’aimerons jamais assez une mère à qui Il a coûté si cher, à qui nous avons fait couler tant de larmes: le Coeur qu’elle montre à Fatima est parfois encerclé d’épines.


La dévotion des Premiers Samedis du mois

Celle des Premiers vendredis du mois fraye la voie. Jésus avait demandé hommages d’adoration, d’amour et de réparation au cours du premier vendredi de neuf mois consécutifs. C’est au couvent de Pontevedra (Espagne), où se trouvait Lucie devenue postulante, que la Vierge a accompli sa promesse, lui apparaissant le 10 décembre 1925. Elle se montra en posant sa main droite sur son épaule et tenant dans l’autre son Coeur Immaculé, avec l’Enfant-Jésus à côté d’elle. C’est lui qui commença, disant: «Aie compassion du Coeur de ta très sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire un acte de réparation afin de les retirer». Voici pour la raison de fond: le manque d’amour des hommes envers leur Mère. Laquelle poursuit: «Vois, ma fille, mon Coeur entouré d’épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, cherche à me consoler, et dis que tous ceux qui durant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte communion, réciteront le chapelet et me tiendront compagnie pendant 15 minutes, en méditant les 15 mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires au salut de leur âme.» Voilà pour les motifs et les modalités.
On voit l’analogie profonde, dans l’esprit et la lettre, avec la christophanie de Paray-le-Monial: c’est le même Fils de Dieu et de Marie qui agit, voulant associer sa Mère à sa gloire comme il l’a associée à sa douleur. D’ailleurs, c’est lui qui viendra peu après, dans une scène touchante, demander à Lucie où en est sa demande. En effet, dans le même temps, Lucie, à la sortie du jardin, avait rencontré un jeune enfant inconnu et lui avait enseigné à aller dans l’église proche demander l’Enfant-Jésus à Marie. Ayant revu ce bambin le 15 février 1926, elle lui dit: «As-tu demandé l’Enfant-Jésus à notre Mère du ciel?». L’enfant se tourna vers moi et me dit: «Et toi, as-tu répandu dans le monde ce que ta Mère du ciel a demandé?». «Là-dessus, rapporte Lucie, il se transforma en un Enfant-Jésus resplendissant. Je reconnus alors que c’était Jésus...».


Les raisons précises d'un culte

Plus tard, Marie confia à soeur Lucie les 5 raisons correspondant aux cinq samedis. Il s’agissait de réparer les outrages envers: son Immaculée conception, sa virginité perpétuelle2, sa maternité divine et humaine, ses images saintes3; les offenses de ceux qui inculquent publiquement aux enfants les erreurs ou le mépris envers leur Mère4. Tels sont «les péchés commis contre le Coeur Immaculé de Marie». Chacun sait, à notre époque, combien, dans la littérature, même «catholique», dans l’art et les médias en général, les privilèges de Marie sont bafoués. On a vu par exemple Jean Paul II procéder en son temps à une réparation publique contre le film blasphématoire de J.-L. Godard sur la Sainte Vierge. L’épiscopat français a dû dénoncer récemment les erreurs du livre de J. Duquesne sur Marie. Etc. Jésus ne supporte pas que l’on attente à la sainteté, aux prérogatives, aux mérites de sa très Sainte Mère.
Cette réparation est associée aux honneurs dus à Notre-Dame. Outre les confidences précitées, lors des apparitions, on le sent aussi aux allusions qu’elle fait en 1917: «Je veux que l’on dise le chapelet en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire» (13 juillet); «Que l’on fasse deux brancards de procession [pour porter mon effigie]; «l’argent [déposé] servira à une chapelle» (19 août); «Je veux que l’on élève [cette] chapelle en mon honneur» (13 octobre).
Autrement dit, tout ce que la Vierge et Jésus demandent se rapportant à Elle, entre dans le cadre de l’amour gratuit et de reconnaissance qui lui est dû. Il s’agit donc d’un culte allant bien au-delà de ce qui est enfermé dans les limites d’une dévotion demandée et écrite5. Il inclut la prière, la réparation, la vénération, postule le port du saint-Scapulaire (vision céleste du 13 octobre), sans oublier le pilier de tout cela: la consécration à son Coeur Immaculé6. Jésus lui-même a dit à soeur Lucie le lien très fort entre la consécration (en l’occurrence celle de la Russie), et le culte à établir: «Je demande cette consécration collégiale [de la Russie] parce que je veux que toute mon Eglise reconnaisse cette consécration comme un triomphe du Coeur Immaculé de Marie, afin d’étendre son culte, et placer à côté de mon divin Coeur la dévotion à ce Coeur Immaculé.»
C’est pourquoi nous disions plus haut que ce culte est demandé non seulement aux hommes mais aussi à l’Eglise, comme exemple de conduite et modèle d’obéissance et d’amour envers sa Mère et le Christ. C’est pour cela que Paul VI, devant le saint Concile, a proclamé la Maternité ecclésiale de Marie, le 21 novembre 1964.
Et le même Pontife a «codifié» la dévotion à Marie par une Exhortation apostolique célèbre qu’il a justement appelée: «Marialis Cultus»7. Le terme n’a pas été employé au hasard. N’en déplaise aux grincheux, le Pape a signifié qu’il s’agissait bien d’un culte à rendre, car même si Marie n’est pas Dieu, elle est partie intégrante de la divinité en tant que Mère de Dieu. Réfuter cela serait renoncer à être catholique, religion «universelle» – pas seulement une et sainte – fondée par son Fils.
On a expérimenté pendant 27 ans la piété exemplaire d’un Jean Paul II envers Marie. Prenons comme simples exemples sa consécration personnelle («Totus Tuus...») et ses consécrations permanentes effectuées; le chapelet du premier samedi qu’il a institué à partir du 3 mars 1979...
L’on voit mieux, avec le recul, combien les demandes de Jésus étaient prophétiques. Qui eût cru cela avant novembre 1917 (8)? Le message de Fatima et ses exigences d’amour ne sont ni périmés ni dépassés, mais, au contraire, plus actuels et pressants que jamais.
Au delà de ce qu’une Mère et son Fils peuvent demander, c’est donc à chacun, à la lumière de son amour et de sa foi, d’examiner ce qu’il peut faire aujourd’hui pour aimer Celle «dont le Coeur vaut plus que le coeur de toutes les mères réunies» (St Curé d’Ars). Si l’on veut hâter le triomphe de son Coeur Immaculé, à elle s’applique aussi la parole de saint Bernard, l’un des plus illustres modèles de la piété filiale envers Marie: «La mesure de l’amour est d’aimer sans mesure»9.
Bernard Balayn

Notes:
1. Il y a donc là une «mariophanie» (manifestation, révélation de son Coeur, de son amour maternel et «proclamation» d’un programme d’amour attendu.
2. Le Concile du Latran de 649, sous le Pape Martin Ier, déclare: «Marie conçut Jésus du Saint-
Esprit sans semences, L’enfanta sans préjudice, et après sa naissance, préserva sa virginité intacte.»
3. Ex., quand, sous Paul VI, un
déséquilibré attenta à la Pietà de Michel-Ange dans la Basilique Saint-Pierre.
4. Lettre de soeur Lucie de juin 1930.
5. Cette mise en forme est nécessaire pour «légitimer» et «cadrer» les choses, éviter les débordements, faciliter la dévotion au peuple chrétien ordinaire.
6. Voir à ce sujet nos articles
antérieurs dans Stella Maris.
7. «Le culte de la Vierge Marie»
(2 février 1974). A lire, méditer
absolument, en vrai livre de chevet.
8. Début de la Révolution bolchevik athée en Russie.
9. Nous rappelons à nos amis que l’on peut réciter le saint chapelet en communion avec la Chrétienté, tous les soirs avec Telepace (télévision vaticane), en direct depuis la Cova da Iria (Fatima), de 19h30 à 20h.

Littérature:
1. Paul VI: «Marialis Cultus» (Le Culte envers la Bienheureuse Vierge Marie).
St L. G. de Montfort: «Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie», et: «Le secret de Marie».
B. Balayn: «Fatima, message
extraordinaire pour notre temps» (préfacé par l’Abbé A. Richard);
«Les bergers de l’aurore» (préfacé par Mgr Serafim, évêque de Fatima); «Le Rosaire, arche du Salut» (préfacé par Mgr M. Gaidon).


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