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A Fatima, Marie se montre non seulement comme jadis Mère de Jésus et de toutes les nations, mais aussi comme la Mère de l’Eglise universelle, à cause des épreuves que celle-ci va traverser. Si ces épreuves touchent la fille, elles touchent aussi mystiquement la Mère, d’où la vision de son Coeur Immaculé entouré d’épines et sa sollicitude proprement maternelle. Mais cette maternité ecclésiale concrète s’exprime aussi à d’autres titres, car l’Eglise par sa grâce, est intemporelle, et elle est avant tout une institution de salut. C’est par là que nous allons commencer.
L’une des nouveautés frappantes du charisme fatimide est l’amour maternel et fort1 de Marie en faveur de sa Fille, l’Eglise. Elle l’indique à deux niveaux, institutionnel et «pratique», liés par le même «noeud»: la foi, qui s’enracine dans le trésor éternel de l’Eglise.
Du haut de la Croix il faut partir de là Jésus expirant avait confié l’Eglise en gestation à l’amour maternel de la Vierge, en lui disant: «Femme, voici ton fils.» Or saint Jean était prêtre, évêque, apôtre et pilier de l’Eglise à venir. A travers lui, Jésus venait de donner à sa Mère la maternité ecclésiale, que confirma la Pentecôte où, après avoir préparé les Douze à leur ministère par le recueillement et la prière, elle se trouva plus encore qu’eux sur-investie de l’Esprit-Saint, en fonction de sa tâche nouvelle.
Dans le domaine «institutionnel», Notre-Dame exerce cette tâche depuis lors, comme le montrent la foi et l’histoire de l’Eglise. La foi nous enseigne que cette maternité est d’autant plus vraie qu’elle est contenue dans son titre glorieux de Théotokos: comme on l’a vu la dernière fois, sa maternité multiforme tire son origine de sa fonction primordiale de Mère du Christ. De ce fait, et de celui de la désignation devant saint Jean, Notre-Dame ne pouvait pas ne pas être proclamée «Mater Ecclesiae», même si cela a eu lieu fort tard, en 1964, lors du dernier Concile2. Et dans l’Eglise, si elle est mère de l’Eglise militante (terrestre), elle est simultanément Mère de l’Eglise souffrante (le Purgatoire) et Mère de celle du ciel, dite triomphante; bref, elle est la Reine de l’Eglise. Les litanies disent bien: Reine des apôtres, des martyrs, des confesseurs...
Dans le domaine pratique, il est tout de même extraordinaire que la Vierge soit venue exercer cette prérogative à mi-chemin des deux derniers conciles oecuméniques (le début de Fatima, 1916, se situe 46 ans après Vatican I et 46 ans avant Vatican II), conciles qui, comme leurs 19 prédécesseurs, sont des moments-clés de l’histoire ecclésiale, où l’Esprit-Saint, Epoux mystique de Marie, souffle à plein.
Fatima baigne dans cette maternité, qui est amour pour l’Eglise, laquelle est née de l’amour du Christ immolé pour elle, immolation qui se perpétue quotidiennement sur l’autel; l’Eglise continue à vivre de cet amour, amour de «direction» de Jésus, son chef; amour du cœur, qui est celui, justement, du Cœur Immaculé de la Mère, comme elle
le dit expressément à Fatima. Le message fatimide exprime cette maternité ecclésiale contemporaine. De façon douloureuse, mais aussi merveilleuse.
Plus les temps sont difficiles, plus Marie exerce ses devoirs de Mère. C’est le cas de l’Eglise, en proie à sa plus grande passion de tous les temps, celle d’une persécution exceptionnelle, comme l’a bien dit le Pape Jean Paul II lorsqu’il a célébré les martyrs du XXe siècle au Colisée en mai 2000, lors du Grand Jubilé du Millénaire. En effet, à Fatima, la Vierge est celle des douleurs: montrant son coeur entouré d’épines (rappel de la prophétie de Siméon), elle vient avertir l’humanité de la haine que Satan est en train de déchaîner contre l’Eglise, par le moyen du marxisme programmé et violent. L’année 1917 marque en effet le début de la lutte systématique des «Sans-Dieu» (les bolcheviks) envers le christianisme, lutte qui continue aujourd’hui, de la Chine continentale jusqu’à Cuba. L’un des grands foyers de Fatima, on le voit ici, est la vigoureuse défense de la foi.
Dans sa triple apparition relative aux irrévérences envers la Trinité, l’Ange avait enseigné sans préciser qu’il fallait «prier, offrir des sacrifices, en réparation des péchés qui offensent Dieu». Qui aurait compris pourquoi? C’était une préparation. Marie allait préciser, expliquer les motifs. Le 13 juillet 1917, jour de sa grande communication, elle confie par deux fois aux trois bergers: «Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe (qu’il y aura) des persécutions contre l’Eglise…; Si l’on n’écoute pas mes demandes, la Russie répandra ses erreurs, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise. Les bons seront martyrisés...». C’est la tragique prophétie de ce qui se passera en Russie bolchevique, avec l’anéantissement de l’orthodoxie, et en Europe de l’Est, avec les persécutions effectives contre l’Eglise et sa hiérarchie (arrestations, tortures, condamnations iniques, travaux forcés, exécutions en grand nombre, des prélats aux humbles fidèles: le martyrologe évoqué par Jean Paul II au Colisée). Ceci à cause des retards de la consécration
demandée.
Le même jour, Marie avait dit aux bergers: «Sous le règne de Pie XI, une autre [guerre] pire commencera...». Les enfants ignoraient la nature de ce personnage. Des prêtres le leur dirent. Elle ajouta: «... Il y aura des persécutions contre l’Eglise et le Saint-Père... Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir... Il me consacrera la Russie...». Suivait la confidence d’un nouveau secret (le 3e), dont on ignora longtemps la substance, et qui fit couler beaucoup d’encre. La prophétie de la souffrance du Pape en concernait en fait plusieurs, de même que la consécration, qui fut finalement exécutée par trois papes, et surtout deux, dont Pie XII, qui la commença. Mais le Pape le plus concerné par Fatima était celui décrit dans le secret, lequel fut dévoilé par sa victime, en 2000, à Fatima même: Jean Paul II3. C’est lui qui complètera et achèvera la consécration de la Russie, moyennant le calvaire de son pontificat, surtout à partir de l’attentat du 13 mai 1981. Dans ses Mémoires, Lucie évoque le Pape l’Evêque vêtu de blanc à genoux dans une grande église (Saint-Pierre), pleurant, recevant des jets de pierre (symboles des persécutions), consacrant la Russie». Quand Jean Paul II fut élu pape, Lucie le reconnut tout de suite pour en avoir eu la vision dès avant sa naissance. Devant cette douleur du Pape du secret, les trois bergers décidèrent de beaucoup prier pour le Saint-Père, de sorte que Fatima est devenu la première citadelle de la prière pour le Pape.
La réalisation de la consécration de la Russie dépendait de la volonté du Pontife romain, mais aussi de l’unité de l’Eglise en son Collège épiscopal mondial, car Marie demanda, en 1929, à Soeur Lucie: «Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen...».
C’était l’appel à la collégialité, instituée par le Christ (le Collège des Douze, dont le Pape est le primus inter pares), mise en application par l’Eglise, et raffermie par Vatican II. De sorte que par cette unité, soient manifestées la grâce, la puissance et l’efficacité de l’Eglise, mue par l’Esprit-Saint qui en fut le Concepteur, comme pour le Christ. On comprend que cette consécration fût demandée par son «Epouse», l’Immaculée Conception, dont le Coeur rappelle bien sa maternité.
De cet acte collégial découlent de grands fruits ecclésiaux: «La Russie se convertira, il sera accordé au monde un certain temps de paix..», tandis que «la foi se conservera toujours au Portugal...».
En 1984, la consécration demandée ayant été faite, en peu de temps le communisme européen s’effondra (1989-91); l’oecuménisme est en marche, même si le Patriarche Alexis II de Moscou résiste
encore. Mais la promesse de la conversion se réalisera.
Mais Marie n’a pas parlé que des épreuves présentes de l’Eglise; elle a aussi rappelé le caractère intemporel de sa grâce.
Les communications de l’Ange, non moins que celles de Marie, nous ont accoutumés à considérer les trésors inestimables et perpétuels de l’Eglise: l’enseignement de la Vérité sur Dieu, les hommes, l’Eglise, dont la pratique des sacrements, notamment ceux qui font vivre le chrétien.
On est frappé de la catéchèse déployée dans le charisme de Fatima4. Catéchèse humaine opérée par M. le Curé, les mères des voyants, Lucie enfant; catéchèse céleste dispensée par l’Ange, puis Marie. C’était, on le voit avec le recul actuel, une «offensive» divine en vue de contrer l’athéisme, l’indifférence, l’ignorance à l’égard du catholicisme, dans le XXe siècle d’acier5, de façon à conforter le magistère ecclésial, à maintenir dans la catholicité les fondements essentiels de la foi («Je crois...»).
Ces éléments rappelés à Fatima sont principalement les mystères de la Trinité, de la rédemption et du salut (évocation du ciel, vision de l’enfer...); du bien et du mal (Satan, le péché: «N’offensez plus Notre-Seigneur...»); des médiations (le Christ, Marie [«Mon Coeur Immaculé est refuge et chemin...»], les anges). Sont évoqués les devoirs dus par les hommes à la Trinité (respect, adoration, réparation) et leur vénération envers Marie; sans parler des vertus théologales («[Mon Dieu], je crois,... j’espère et je Vous aime», et la Miséricorde divine). L’Ange et Marie apprennent aux enfants à prier bien et sans cesse («Priez comme cela...»), à réciter le saint Rosaire6, à pratiquer la mortification («Vous aurez beaucoup à souffrir...»)...
Sont traités les aspects majeurs de la vie de l’Eglise, tels que les piliers de la vie sacramentelle: l’appel permanent à la repentance, à travers les prières: «Mon Dieu..., je Vous demande pardon...», à la Réconciliation.
L’Ange nous indique surtout le recours au centre vital de l’Eglise: l’Eucharistie, sur laquelle le récent Synode vient de se pencher7. Significative à cet égard est la demande de Marie, comme à Lourdes: «Que l’on construise une chapelle…». Fatima sera appelé à cause de cette centralité de l’Eucharistie: «l’autel du monde».
Par ces quelques exemples, l’on touche du doigt l’ampleur du rôle maternel de Notre-Dame envers l’Eglise. Par là, on perçoit l’amour universel de Marie, miroir de l’Amour de Dieu. On sent encore l’unicité du divin, dans la diversité des fonctions: les trois aspects de la maternité de la Vierge: Mère de Dieu, Mère de l’Eglise, Mère des hommes, ne font qu’un dans l’Amour qu’elle a pour mission de rayonner en vue de la glorification de la Trinité et le salut de l’homme.
Bernard Balayn
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