Mère de Dieu

Par Bernard Balayn

STELLA MARIS 432 SOMMAIRE

Livres de Bernard Balayn

Chaque année, l’Eglise fête la solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, Reine de la Paix. Ce sont deux thèmes capitaux du charisme de Fatima, qu’il convient de souligner en cette année du 90e anniversaire des apparitions. C’est l’un des quatre aspects de la maternité de Marie. Marie est mère du Fils de Dieu, mère de Jésus en tant qu’homme, mère de toute l’humanité, mère de l’Eglise. Nous commençons donc par sa nature de Mère de Dieu.

A la découverte de la maternité divine

Ce qui revient le plus souvent à Fatima, c’est l’expression de «Coeur», notamment le Coeur de Marie. Il ne s’agit ni du coeur biologique, ni du coeur poétique, du sentimentalisme. Il s’agit d’une réalité humaine noble et transcendantale. Humaine, parce que Marie est une personne de cette terre, née de parents humains1, animée d’un amour ordonné à Dieu; transcendantale, parce que destinée à devenir la mère d’un homme unique par ses véritables origines et par sa conception toute particulière, divine.
Elle parle, après l’Ange, de son Coeur Immaculé. Ce terme évoque l’Immaculée conception, que l’on soulignait la dernière fois. Celle qui devait être sans péché pour concevoir effectivement l’Auteur de la Grâce. Le Coeur Immaculé de Marie est donc avant tout celui de la Femme appelée de toute éternité à un rôle unique, au départ, celui d’enfanter le Sauveur, y compris d’elle-même. Le «Coeur», c’est au départ, l’Amour. Marie existe parce qu’elle est le fruit de l’amour du Père, parce qu’elle est le Sanctuaire de l’Esprit-Saint. En ce sens, elle est bien la fille de Dieu le Père; l’«Epouse» mystique de Dieu-Esprit. Mais ce dont nous parlons aujourd’hui, c’est que l’Amour dont l’Esprit l’a investie l’a conduite à un autre amour, celui qui l’a faite, par l’Annonciation, mère du Fils du Père, mère de l’Oint, du Messie, de Jésus le Christ, le Rédempteur. La raison d’être et la première fonction de la Vierge sont donc sa maternité divine.

En même temps, étant donné ses rapports intrinsèques avec les trois Personnes trinitaires, on doit la voir comme aimant le Fils dont elle est la Mère, avec l’amour du Père: elle aime son Fils avec l’amour filial, oblatif, obéissant et humble qu’elle devra inspirer à Jésus grandissant pour qu’Il soit de même, en tant qu’homme. Elle L’aime avec l’amour et l’ardeur de l’Esprit-Saint, d’une manière pure, sacrée et sponsale, afin de susciter chez le Rédempteur de l’homme ses épousailles avec lui, en lui insufflant la sainteté propre à l’humanité rachetée; en suscitant chez l’Epoux de l’Eglise fondée par Lui la plus grande fécondité, puisque Marie sera aussi la Mère de l’une et de l’autre.
Cette maternité divine de la «Théotokos» a été justement mise en évidence par les Pères de l’Eglise au Concile d’Ephèse en 431.

Fatima, lieu privilégié de l’expression de la maternité divine

Celle qui vient à Fatima est bien la Femme de l’Ecriture, la Mère du Christ, celle des épreuves et de la gloire attendue. On doit donc la considérer dans sa fonction de Mère du Sauveur et quant à son rôle dans le Salut. Elle vient en tant que «Femme».

C’est l’appellation que le Père lui donne au début de la Genèse, et Jésus à Cana et à la Croix. A Fatima, Marie se manifeste avec éclat comme celle qui doit terrasser l’antique Serpent, car elle est toute grâce et lumière, elle irradie la sainteté parfaite, elle se montre telle que la vit saint Jean: «Je vis une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et, sur la tête, une couronne de douze étoiles ...»: c’est l’annonce de son triomphe, inséparable de celui de son Fils, le Soleil de Justice, et que nous attendons; la lune sous les pieds, c’est le symbole du Mal qui sera terrassé par sa maternité du Christ2. Mais, la suite dit que la Femme – avant sa victoire – «enfanta un fils, un enfant mâle, destiné à régir toutes les nations..., et dut se réfugier au désert, car le Dragon, jeté sur la terre, voulait dévorer son enfant...». Elle dira bien aux bergers: «Mon Coeur Immaculé sera votre refuge». C’est la description de l’actualité du monde où la foi se réfugie dans le Coeur de la Mère qui seule la garda au moment de la déréliction de la Croix.

Cette ambivalence, on la retrouve à Fatima où l’on voit la Mère victorieuse à travers l’expression du Soleil eucharistique qui bondit d’allégresse parce que le Coeur de Marie est l’antichambre du triomphe du Roi de l’univers, son fils mort et ressuscité; et dans ses attitudes diverses où les bergers la virent triste et angoissée à cause des péchés des hommes qui, atteignant le Coeur du Fils, atteignent celui de sa Mère: c’est l’illustration de la parole du vieillard Siméon: «Un glaive te transpercera l’âme...», parole réalisée dans l’histoire, et transposée en forme de mise en garde à Fatima: «N’offensez plus Notre-Seigneur Jésus, car il est trop offensé!»

La Femme de la Genèse se manifeste aussi à Fatima comme Reine du ciel qu’elle promet, radieuse, aux enfants, au point qu’ils n’auront plus qu’un désir: y aller au plus tôt; ils la voient comme maîtresse des enfers, puisqu’elle leur montre la réalité effrayante de la géhenne. Marie est encore la reine des anges et de l‘univers: l’action de l’Ange (1916) est subordonnée au message trinitaire que Marie vient délivrer; en reine de l’univers, elle montre sa régence jusque sur les astres, avec le miracle solaire, expression de sa puissance royale. Toutes ces démonstrations de majesté sont en relation étroite avec sa maternité qu’elle déploie sous toutes ces facettes pour montrer qu’elle ne les doit qu’à son Fils; qu’elle n’est relative qu’à Lui; qu’elle a la régence, l’autorité, l’amour qu’autorise sa fonction maternelle divine au service de Dieu et de l’homme.

– A Fatima, comme en d’autres lieux d’apparitions, mais là peut-être plus encore, à cause du caractère apocalyptique de sa maternité divine triomphante, elle laisse éclater clairement sa maternité du Christ-Dieu.

Elle apparaît, on l’a dit, deux fois un dimanche, jour du Seigneur. Parce qu’elle vient servir son Fils qui demande la conversion humaine, laquelle doit passer par la médiation de sa Mère «chemin vers Dieu», dit-elle. Et aussi, parce que, par l’Ange, elle vient L’offrir comme viatique dans le «désert» actuel. A Fatima intervient en force et en espérance la «Mère de l’Eucharistie». C’est pourquoi, comme à Lourdes, elle demande une chapelle. Jamais, comme dans la Consécration et la Communion, il y a une telle osmose entre la Mère et le Fils: en nous donnant son Corps et son Sang, Jésus nous donne comme ceux de sa Mère dont sa Chair est issue.

Et si son Fils veut l’honorer: «Tu resteras plus longtemps sur la terre, car Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer» (13 juin 1917): réalise-t-on l’ampleur et le détail de ce que veut dire cette volonté du Christ? C’est bien d’abord la preuve qu’il s’agit de sa «divine» Mère (Saint L.-M. G. de Montfort) et qu’ensuite il veut en tant que telle — Théotokos — lui octroyer le culte qu’elle mérite (Cf. l’Exhortation de Paul VI Marialis Cultus). C’est dans ce sens qu’à Pontevedra, l’Enfant-Jésus (que vit Lucie et qu’elle disait paraître n’avoir que 4 ou 5 ans), dira à la voyante: «Et toi, as-tu répandu dans le monde ce que ta Mère du ciel [donc la Mienne] t’a demandé»? (1926)

La Mère de Jésus se manifeste comme telle dans le ciel du 13 octobre 1917 où les trois pastoureaux virent comme premier tableau du Rosaire les mystères joyeux avec Marie, Joseph et l’Enfant-Dieu.

Plus tard, à Pontevedra, dans la première des deux apparitions (10 décembre 1925), Lucie verra descendre du ciel Marie avec son Coeur encerclé d’épines, son Enfant à ses côtés; c’est Lui qui, pour expliciter l’annonce du 13 juin 1917, demande aux hommes la Dévotion des premiers samedis envers sa Mère.

A Tuy (1929), Lucie voit, dans l’apparition conclusive de Fatima, le Christ crucifié sur une grande croix de lumière. Sa Mère est là, avec, à nouveau, le symbole unissant de son Coeur encerclé d’épines; ce Coeur maternel compatissant, son amour corédempteur. C’est bien pour ce Fils crucifié par nos péchés qu’elle avait dit le 13 octobre 1917, qu’il ne fallait plus l’offenser.

Constatons aussi qu’elle ne met pas seulement en évidence sa maternité divine; elle agit en Mère de Dieu. Forte de sa fonction, de ses privilèges, de ses prérogatives, de ses mérites, tous liés à sa maternité divine, elle agit suaviter et fortiter — en mère douce et forte — prenant en mains les intérêts de son divin Fils, demandant tout ce qui rapproche l’homme de Dieu et le sanctifie, tout ce qui délivrera l’Eglise et l’humanité des maux qui les accablent3. On ne peut séparer en effet les divers aspects de son extraordinaire maternité.


La Théotokos, Reine de la Paix

En ce jour du 1er janvier où l’Eglise célèbre Marie, Reine de la Paix, comment ne pas lier cette fête à Celle qui est venue la proposer dans le «Berceau de la Paix», le vallon de la Cova da Iria? C’était au temps de la terrible Première Guerre mondiale, qui coûta au monde 10 millions de morts, dont 1,4 pour la France. Pour ne pas avoir assez écouté la Mater et Regina pacis, combien de dizaines de millions de victimes de toutes les autres guerres en ce XXe siècle le plus tragique de toute l’histoire de l’humanité, la famille humaine a-t-elle perdues? Ce 90e anniversaire de Verdun, fait à la France le devoir de s’en souvenir.

Sans vouloir dissocier la maternité de la royauté de Marie, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, notre seconde patronne nationale, disait: «Marie est plus mère que reine». Cela signifie que sa royauté est surtout l’émanation de sa vocation, qui est, comme pour toute mère, de servir; pour comprendre cela, songeons à saint Louis, le roi qui sut servir Dieu, l’Eglise, son peuple. La maternité de Notre-Dame sublime sa royauté.

Malgré l’atmosphère de calamités prédites à Fatima, on est saisi en fait par la sérénité de la Mère, car elle sait que la paix des âmes comme la paix des armes n’appartiennent qu’à son Fils. Et qui mieux que la Maman peut obtenir cette paix entre les frères de son Fils? Elle le dit elle-même: «Dites le chapelet tous les jours pour obtenir la paix du monde, car Moi seule puis vous secourir». C’est-à-dire que seule la puissance de sa médiation maternelle peut quelque chose sur le Coeur de son divin Fils.

On en revient toujours à sa maternité christique.

Dans ce résumé forcément bref, l’on aura cependant entrevu l’essentiel: la Maternité divine de Marie est ordonnée à la gloire de la Trinité, au triomphe de l’Eucharistie, le Dieu livré à l’homme grâce à l’Incarnation et à la Rédemption, mystères inclus dans la maternité divine de Marie; maternité qui postule à son tour celle de l’Eglise et du monde, pour laquelle est née aussi la Mère universelle, de toute éternité.

Bernard Balayn

Notes:
1. L’Eglise ne s’est pas prononcée autrement sur ses origines. On sait seulement qu’elle a été pensée de toute éternité, comme chacun d’entre nous, mais elle, plus spécialement en fonction de son rôle à
venir.
2 Cette victoire est exprimée dans l’épître des Hébreux: «Le Christ [né de la Femme] attend que ses ennemis soient mis sous l’escabeau de ses pieds».
3 On le verra plus en détail en
étudiant sa maternité humaine et ecclésiale.

Littérature:
«Fatima - Message extraordinaire pour notre temps» Vers le triomphe des deux très saints Coeurs,
576 pages 14,5x22 cm 5e édition complétée 1991 Euro 20.60 CHF 33.–
«Les bergers de l'aurore» Les jeunes voyants de Fatima, 360 pages 15x22 cm Euro 15.– CHF 24.–.


Livres de Bernard Balayn

Copyright © 1999 - 2010
Conformément aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle, tous les textes et illustrations sont protégés par le Droit d'Auteur.
EDITIONS DU PARVIS - STELLA MARIS - CH-1648 HAUTEVILLE / SUISSE.
Tél.: 0041 (0)26 915 93 93 FAX: 0041 (0)26 915 93 99 E-MAIL librairie@parvis.ch

PAGE D'ACCUEIL PARVIS // STELLA MARIS