René Lejeune

Elisabeth de la Trinité

â la recherche du bonheur

STELLA MARIS 430 SOMMAIRE

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Elisabeth Catez naît le 18 juillet 1880 au camp militaire d’Avor, tout près de Bourges. Elle fait son entrée dans la vie un dimanche matin. Elle est la fille du capitaine Catez. Elle est baptisée le 22 juillet, en la fête de sainte Marie-Madeleine qui deviendra son modèle de vie contemplative.

La petite fille est ardente et colérique. Un jour qu’on l’avait amenée à une bénédiction d’enfants et qu’on avait pris sa poupée pour représenter l’Enfant Jésus, dès qu’elle la reconnut dans la crèche, elle s’écria, les yeux furieux: «Méchant curé! Rendez-moi ma Jeannette — c’est ainsi qu’elle avait prénommé sa poupée. Dans l’hilarité générale on a dû la faire sortir.
Toute petite, elle aimait prier et enseignait ses prières à sa poupée, la mettant à genoux.

Les Catez à Dijon

En 1882, son père, le capitaine Catez est muté à Dijon. La famille s’y plaît beaucoup et y mène une vie paisible. Une seconde fille y naît prénommée Marguerite, affectueusement nommée «Guite», qui sera douce et réservée autant qu’Elisabeth est ardente et colérique.
Après cinq années sereines succède une année noire. Le dimanche 2 octobre 1887, Joseph Catez est terrassé par une crise cardiaque à 55 ans, dans les bras de la petite Elisabeth; elle n’oubliera jamais la douleur familiale, ni sa propre douleur. Dix ans plus tard, elle écrira un poème où elle relate sa souffrance: «Ô père, il y a dix ans te frappait la cruelle mort, tu laissais ta veuve éplorée et tes enfants si jeunes encore...»
Perdre ce père aimé à l’âge de sept ans est une terrible blessure de la vie.
Peu après cette douloureuse disparition, Madame Catez déménage avec ses deux filles dans la rue Prieur de la Côte d’Or, au second étage d’une maison. De sa chambre au second étage, Elisabeth voit un mystérieux bâtiment qui éveille sa curiosité: le Carmel de Dijon
qui deviendra un jour «sa» maison.
Avec une bonne aisance financière, la famille fait des voyages annuels dans le Midi et la Lorraine. Elisabeth reçoit une formation générale et littéraire d’une préceptrice, Mlle Grémaux; celle-ci se souvient de «la volonté de fer» de l’enfant, mais aussi de son recueillement profond à l’église. Comme la petite a beaucoup de talent musical, elle passe de longues heures au piano qui prennent le pas sur les études; son orthographe s’en ressentira.
Ainsi la vie reprend le dessus chez les Catez. Cependant les colères de l’aînée ne baissent pas d’intensité: «Elle était très vive, emportée même! Des colères, de vraies colères qui étaient parfois si vives qu’on la menaçait de l’envoyer au Bon Pasteur, une maison de redressement toute proche. Lors de la mission de mars 1899, Elisabeth note dans son Journal: «Le sermon de ce soir a été sur l’éducation des enfants. Ah, j’ai remercié Dieu, du fond de mon coeur, de m’avoir donné une mère comme la mienne, une mère douce et sévère à la fois et qui sut si bien vaincre mon terrible caractère.»

La «conversion»

En 1887, elle fait sa première confession qu’elle appelle «sa conversion», son «éveil aux choses divines». C’est l’occasion chez elle d’une nouvelle énergie dans la lutte contre ses défauts dominants. La seule vraie rébellion, c’est l’instinct de la liberté des enfants de Dieu; il s’attaque à la seule occupation qui domine le monde: le péché qui, en nos coeurs, est l’ennemi de l’amour. Dans la lettre qu’elle adresse à sa maman au nouvel an, elle écrit: «chère petite mère, je voudrais en te souhaitant une bonne année te promettre que je serai bien sage et bien obéissante.»
Mais même ces bonnes résolutions ne la transforment pas en enfant de tout repos. Ainsi lors d’une séance de catéchisme, elle se montra si dissipée que l’aumônier dut la punir. Il écrira: «Avec sa nature, Elisabeth Catez deviendra un ange ou un démon. Le tout est de savoir de quel côté va basculer son coeur.» Quant à elle, elle affirme: «J’aimais beaucoup la prière, et tellement le bon Dieu que même avant ma première communion, je ne comprenais pas qu’on pût donner son coeur à un autre, et dès lors j’étais résolue de n’aimer que Lui et de ne vivre que pour Lui.» C’est ce qui s’appelle prendre Dieu au sérieux, et c’est là que se joue la sainteté d’une vie.

Ne vivre que pour Lui

En 1888, en vacances dans le Midi, Elisabeth confie un soir au chanoine Angles son secret: «Je ne veux vivre que pour Lui.» C’est ainsi à l’Eglise que l’enfant de sept ans a remis sa vocation. Le chanoine dresse ce portrait d’Elisabeth: «Elle était douée d’une nature vive et ardente, passionnée... Parlant de l’amour de Dieu, qu’elle appelait toujours avec une intonation céleste: «Lui». Ses grands beaux yeux reflétaient le Ciel.

Jour béni, le plus beau de ma vie!

Le 19 avril 1891, Elisabeth fait sa première communion. C’est une rencontre d’une infinie intensité que reflète un poème écrit sept ans plus tard:
En l’anniversaire de ce jour
Oû Jésus fit en moi sa demeure,
Où Dieu prit possession
de mon coeur
...Je n’aspire qu’à donner ma vie
Au Bien-Aimé de l’Eucharistie.

«Ce grand jour où nous sommes tout donnés nous l’un à l’autre», écrira-t-elle dans son Carmel plus tard.
Deux mois plus tard, Elisabeth reçoit le sacrement de la confirmation. Dès lors, elle veille plus qu’auparavant à se maîtriser, à laisser les autres s’exprimer. A la source de son agir, il y a plus que jamais la prière au coeur.
A onze ans, elle entre dans une nouvelle période de sa vie. Elle quitte doucement le versant d’une enfance éprouvée pour toucher la rive d’une adolescence épanouie. Cependant entre les deux l’événement phare de sa première communion reste au coeur du livre de sa vie. Désormais «son âme est prise, et de son Christ, plus rien ne la distrait».

L’homme, mesure de tout?

«Elisabeth surgit à la fin d’un siècle où la montée du laïcisme semble irréversible. L’homme devient la mesure de tout; il va pouvoir gérer librement son avenir. La croyance dans le progrès remplacera la foi religieuse. Dans ce contexte, Elisabeth est providentielle pour son temps et le nôtre. Fragile, perturbée et violente comme tant de gens de nos jours, mais aussi passionnée de vivre, ouverte aux autres, en quête d’aventure, de profondeur et d’infini comme tant de gens en ont soif aujourd’hui. Ce qu’elle est et ce qu’elle est devenue nous donne envie de croire à ce Dieu d’amour qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive» (Benoît XVI: Dieu est amour).
Elisabeth est pour notre temps un témoin crédible. Toute sa vie atteste que l’on n’a pas affaire à une sainte «revue et corrigée», contrairement aux hagiographies de son temps où souvent le saint survole l’existence humaine en l’effleurant à peine. Elle entre dans la vie avec une telle densité d’humanité que peu de monde aurait parié sur sa sainteté à venir. «Crois toujours à l’Amour et chante merci toujours», écrit-elle à un correspondant.

Une pianiste accomplie

Depuis l’âge de huit ans, Elisabeth étudie au conservatoire et s’exerce plusieurs heures par jour au piano. Elle est encouragée par sa mère et son professeur la trouve «excellente élève». Elle est premier prix de piano. Une pianiste distinguée avec d’excellents doigtés, une belle sonorité et un vrai talent musical. Et elle a une forte présence. On l’écoute et plus encore on la regarde, ému par sa grâce. On lui prédit un brillant avenir, car elle est une artiste surdouée, mais qui ne laisse pas envahir son coeur par le vertige artistique. Elle est habitée par un mystère: «Je me sentis irrésistiblement poussée à choisir Jésus comme unique époux. Sans délai, je me liai à Lui par un voeu de virginité.»
Les grands événements de sa vie sont ponctués par l’Eucharistie. Un jour, elle sentit dans son coeur après la sainte Communion le mot «Carmel». Et elle s’y voyait déjà «m’ensevelir derrière ses grilles». Elle devra attendre encore six années, délai qui lui paraît interminable et sa prière se fait de plus en plus insistante. A Noël 1894 elle écrit un poème:
Humble Jésus, mon modèle
Je serai brebis et fidèle,
Je te suivrai portant ma croix
N’écoutant jamais que ta voix
.
«Aimer Dieu et le faire aimer, c’était toute sa vie», dira plus tard sa soeur Guite.
Et elle confie à la Vierge Marie son ardent désir d’entrer au Carmel. Un soir elle est à son balcon quand sonne le carillon invitant à la prière. Alors ses larmes jaillissent: «O puissante Reine du Ciel, conduisez-moi vite au Carmel!», écrit-elle dans un poème.
Elle a maintenant dix-sept ans; la voici au seuil d’une étape où elle va naître à nouveau. L’attrait du Carmel demeure fort, mais avec moins de fébrilité. L’unité de son coeur est affermie et elle s’abandonne à Jésus pour tout avec «une délicieuse confiance». La mystérieuse Présence de Dieu autour d’elle est le centre et la référence constante de sa vie. Rien n’est plus attirant que le Visage de l’Epoux «si captivant, si beau».
A 18 ans, elle fait un séjour à Lourdes, «ce coin du Ciel» où elle passe trois jours délicieux avec un regard contemplatif qui découvre en toute chose le reflet du Créateur et en toute personne son image vivante.

«Mon bonheur grandit chaque jour»

On sent prédominer dans son coeur une atmosphère radieuse et tranquille où «chaque minute l’emporte plus loin dans la profondeur du mystère». Elle est si heureuse d’un bonheur qui ressemble à celui du Ciel.
Bien évidemment le mystère de la Croix reste au centre. Elisabeth a découvert la réalité profonde. Pendant «ces heures douloureuses» et «ces vides affreux» Dieu creuse en l’âme des capacités plus grandes pour Le recevoir, c’est-à-dire en quelque sorte infinies comme Lui-même». Elle est si heureuse qu’elle voudrait semer un peu de son bonheur. Les mots «bonheur» et «heureuse» reviennent un nombre impressionnant de fois sous sa plume. Ce qui exprime sa joie de vivre, d’aimer, de partager. «Je crois que le secret du bonheur, c’est de s’oublier, de se désoccuper de soi-même.»

Mon coeur déborde, il est si pris!

En cette fin de l’été 1898, Elisabeth peut continuer ses belles vacances. Son cœur est plus fort que jamais saisi par l’Infinie présence qu’elle reconnaît en tout et qui la fait vibrer à tout. La voici à Marseille où elle fait le pèlerinage de Notre-Dame-de-la-Garde.
Puis la famille remonte vers l’Isère où elle aime la Grande Chartreuse, pour elle «le plus beau site sous les cieux». Ensuite c’est Grenoble et Annecy avec son superbe lac.
Les deux sommets de ses voyages en 1898 sont les trois jours à Lourdes et la journée à la Chartreuse, «solitude la plus profonde que l’on puisse rêver». Cependant il y a également l’itinéraire de la vie intérieure où l’Esprit la mène «en ces régions toutes de paix, de lumière et d’amour où l’on contemple Dieu».
Le 30 janvier 1899, elle commence son journal intime avec un aveu de taille: son penchant à se mettre en colère est encore bien réel. Elisabeth écrit: «J’ai eu aujourd’hui la joie d’offrir à mon Jésus plusieurs sacrifices sur mon défaut dominant, mais comme ils m’ont coûté! Je reconnais là ma faiblesse... Mais Jésus était avec moi, j’entendais sa voix au fond de mon coeur, alors j’étais prête à tout supporter pour l’amour de Lui.»
Début février 1899, elle souligne sa relation toujours plus forte avec Marie: «A chaque fête de Marie, je renouvelle ma consécration à cette bonne Mère. Aujourd’hui je me suis jetée dans ses bras. Je lui ai recommandé mon avenir, ma vocation. «Ô Marie, écrit-elle dans son journal, vous qu’on ne prie jamais en vain.»
Le 4 mars 1899 commence une grande mission d’un mois à Dijon dont le bilan sera positif pour Elisabeth. Le 26 mars 1899, c’est à Notre-Dame du Perpétuel Secours qu’Elisabeth attribue le retournement de sa mère qui avait quasiment enterré sa vocation, car son amour trop possessif la rendait inflexible. Elisabeth a commencé une neuvaine pour que sa mère change. Et voilà qu’elle change avant que la neuvaine se termine.
Cependant, elle a espéré que sa fille changerait quant à sa vocation. Quand elle vit que les idées de sa fille n’ont pas changé, elle versa beaucoup de larmes et lui dit qu’à 21 ans elle pouvait décider de son avenir.
Et voici qu’on parle à Madame Catez d’un mariage avec un parti superbe. Elle va trouver le curé et lui demande ce qu’elle doit faire. Il lui conseille de parler à sa fille des avantages d’un tel mariage. Mais celle-ci reste indifférente. «Ah, mon coeur n’est pas libre, je l’ai donné au Roi des rois, je n’en puis plus disposer.» Elle est plus que jamais «la petite fiancée» de Jésus.
Fin juin 1899, Elisabeth a son premier parloir au Carmel «où tout respire un parfum du Ciel». Mais l’absolu du Carmel fait peur à sa mère. Elle rêve pour sa fille d’un rendez-vous avec le bonheur par le mariage et non pas avec l’absolu du Carmel.
Le 23 janvier 1900, elle commence une retraite. Elle écrit: «Que ma vie soit une oraison continuelle, un long acte d’amour... J’aimerais tant, ô mon Maître, vivre avec toi dans le silence. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est faire ta volonté, et puisque tu me veux encore dans le monde, je me soumets de tout mon coeur pour l’amour de toi. Je t’offre la cellule de mon coeur, que ce soit ton petit Béthanie. Viens t’y reposer, je t’aime tant.»
En attendant son entrée au Carmel, on la sent doucement glisser vers la possibilité toujours plus nette d’être carmélite dans le monde «que rien ne puisse me distraire de Lui. Que je vive dans le monde sans être du monde: je puis être carmélite en dedans et je veux l’être. O mon Bien-Aimé, que je passe saintement ce temps qu’il me reste à vivre dans le monde...»

Le Carmel au fond du coeur

A la fin du mois de décembre 1900, Elisabeth écrit à son cher chanoine Angles: «...Il me semble que rien ne peut distraire de Lui lorsqu’on n’agit que pour Lui, toujours en sa sainte présence, sous ce divin regard qui pénètre au plus intime de l’âme; même au milieu du monde, on peut l’écouter dans le silence d’un coeur qui ne veut être qu’à Lui.»
Voilà une synthèse profonde et réaliste de l’oraison contemplative. Elle demandait au Seigneur en début d’année: «Bâtissez en moi la carmélite car au-dedans je puis l’être et je veux l’être.» En fin d’année, ce texte montre que Dieu a opéré son oeuvre: Elisabeth est encore plus mature dans sa manière de vivre la présence de Dieu en plein monde.
Plus tard la jeune carmélite fera cette confidence: «Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel, c’est Dieu et Dieu est en mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime.»
L’année 1900 apparaît comme une année-lumière: lumières de la retraite de janvier sur «la carmélite en dedans», lumières théologiques à l’issue de la première rencontre avec le Père Vallée, lumières des entretiens avec Mère Marie de Jésus et, par-dessus tout, lumières de son expérience quotidienne de la Présence en plein monde: c’est pourquoi le magnifique passage d’une lettre est à la fois tournant et aboutissement: «Ces temps-ci nous avons été très prises...» Le ton est donné. Elisabeth va situer l’expérience de la présence de Dieu au coeur d’une intense activité. Même si cela est vrai, il ne s’agit plus d’abord d’être «carmélite en dedans» mais de vivre «en sa sainte présence, au milieu du monde».
Début juillet 1900, ce sont les dernières vacances, le dernier grand voyage; un véritable tour de France. C’est comme si déjà Elisabeth tirait sa révérence au monde. Cette sorte d’adieu s’achève symboliquement à Paris, début octobre, avec l’exposition universelle: «Nous avons passé deux jours à Paris, chez une bonne amie que nous étions heureuses de revoir. J’ai eu le bonheur d’aller à Montmartre et à Notre-Dame-des-Victoires. Nous avons été deux fois à l’Exposition, c’est bien beau, mais je déteste ce bruit, cette foule...»
Dans moins de dix mois, Elisabeth entrera au Carmel à Dijon. «Je ne suis jamais seule: mon Christ est toujours là, priant pour moi et je prie avec Lui.» «Mon coeur déborde, il est si pris! C’est si bon d’être à Lui.»

Le meilleur pays du monde

En ce vendredi 2 août 1901, Elisabeth est introduite sur la terre du Carmel, «le meilleur pays du monde». «Ici, il n’y a plus que Lui, mon bonheur est si grand.» «Les horizons du Carmel, c’est l’infini!» La carmélite est une âme envahie.
En décembre 1901, Elisabeth écrit: «Je suis tout heureuse de venir vous annoncer mon immense bonheur. C’est donc le 8, en cette belle fête de son Immaculée Conception que Marie va me revêtir de ma chère livrée du Carmel. Je vais me préparer au beau jour des fiançailles par une retraite de trois jours. Oh! Voyez-vous quand j’y pense, je ne me sens déjà plus sur terre! Priez beaucoup pour votre petite carmélite. Qu’elle réjouisse le Coeur de son Maître, car je l’aime tant, mon Christ!»
Le 8 décembre, Elisabeth est revêtue de la robe de bure brune, du grand scapulaire marron de Notre-Dame du Mont-Carmel, du voile de novice et du magnifique manteau blanc. Elle rayonne d’un tel bonheur, car elle sait au plus profond d’elle-même qu’elle est née pour cet instant, comme le dit un poème composé en 1898.
Après sa radieuse prise d’habit, elle entre dans une nuit intérieure qui va durer toute son année de noviciat. C’est une purification d’ordre spirituel.

L’envol vers l’AMOUR

Le 16 juillet 1906, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, Elisabeth écrit à sa soeur une longue lettre, un véritable testament tout droit sorti de son coeur. Comme une blessure intérieure, l’Amour infini déborde. Tout semble s’accélérer, l’éternité approche à grands pas: «Ne trouves-tu pas que la souffrance unit à Lui d’un lien plus fort?... Aide-moi à préparer mon éternité.»
Elisabeth souffre de la terrible maladie d’Addison, mal connue à l’époque; les médecins ne peuvent plus rien. Elle souffre horriblement de cette «oeuvre de destruction». Le 30 octobre 1906 son état s’aggrave et le jour de la Toussaint, elle communie pour la dernière fois. La communauté se réunit autour d’elle et prie ardemment. Elisabeth demande pardon avec douceur à chacune de ses soeurs. L’émotion est grande. On lui demande une dernière parole et elle répond faiblement: «Tout passe! Au soir de la vie, l’amour seul demeure; il faut s’oublier sans cesse: le bon Dieu aime tant qu’on s’oublie. Ah, si je l’avais toujours fait!»
Du 2 au 6 novembre, elle reste encore lucide. Elle s’abîme dans de grandes souffrances et un profond silence. On arrive à surprendre une dernière parole fragile comme un souffle: «Je vais à la Lumière, à l’Amour, à la Vie», murmure-t-elle.
Après une nuit de terribles souffrances où s’ajoute l’asphyxie, tout se calme à l’approche du jour. La Communauté est réunie autour de la mourante. Ses yeux sont maintenant grands ouverts et étonnamment lumineux. A l’aurore du 9 novembre 1906, Elisabeth a cessé, tout doucement, de respirer. Son âme, sa belle âme s’est envolée vers la Lumière, l’Amour et la Vie. La voici dans la béatitude de l’Infini, plongée pour l’éternité dans une félicité inexprimable...
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