Père Marie Dominique Philippe - Témoignages
Figure éminente de l’Eglise
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Figure éminente de l’Eglise se renouvelant à la lumière du concile Vatican II, prêcheur inlassable, fidèle à l’ordre dominicain auquel il appartenait, fondateur il y a tout juste trente ans de la Communauté Saint-Jean, le Père Marie-Dominique Philippe venait de célébrer, à Ars, ses soixante-dix ans de sacerdoce, en présence du cardinal Franc Rodé 1 venu spécialement de Rome. Avec des centaines d’amis, nous nous étions alors retrouvés dans la joie d’un témoignage d’amitié et de reconnaissance filiale.
C’est en 1980 je n’avais pas encore vingt ans , lors d’une retraite dans un Foyer de Charité, à Roquefort-Les-Pins, que j’ai rencontré pour la première fois ce théologien reconnu. C’était la Semaine Sainte: je découvris alors avec étonnement et admiration une compréhension des mystères de la Passion comme jamais on ne me les avait expliqués. Le Père Marie-Dominique Philippe me fit toucher, comme à tant d’autres, l’importance du disciple bien-aimé, le tout jeune Jean, uni à la Vierge Marie, fidèle au pied de la Croix, celui-là même qui a vu donner le coup de lance dans le coeur du Christ, d’où ont jailli le sang et l’eau, lui qui témoigne qu’ayant vu “il sait qu’il dit vrai”. Toute la vie entièrement donnée du Père Philippe fut de nous faire entrer “toujours plus loin” dans ce grand mystère. Nous avions à être des disciples “contemporains” du coeur blessé de l’Agneau.
Attentif aux plus pauvres, donnant son temps sans compter, le Père Marie-Dominique Philippe est, sans conteste, en amont d’une immense oeuvre. Il était farouchement attentif à l’enseignement de l’Eglise et particulièrement à l’enseignement lumineux et exigeant de saint Thomas d’Aquin qu’il connaissait parfaitement et qu’il enseignait avec autorité, c’est-à-dire avec la pédagogie d’un véritable maître.
Jean-Paul II fut, en particulier, un pape qu’il n’a cessé de commenter. La joie du Père Philippe fut immense lors de la parution en 1998 de l’encyclique Fides et Ratio 2. Théologien, le Père Marie-Dominique n’en était pas moins docteur en philosophie, et cette encyclique majeure du pontificat, rappelant à point nommé l’alliance fondamentale de la foi et de l’intelligence, confirmait le Père Marie-Dominique dans toutes les intuitions qu’il ne cessait de développer inlassablement depuis tant d’années.
Le témoignage du Pére Bro o.p.
Dans la Libellule ou ... le Haricot 3, les “Confessions sur le siècle”, mémoires roboratifs, du Père Bro, o.p., j’aime relire, en ce temps de deuil, cet éloge sympathique:
«J’ai une dette de gratitude à l’égard [du Père Marie-Dominique Philippe], il fut mon voisin de cellule lorsque j’enseignais dans le couvent d’études du Saulchoir. Son courage, sa ferveur religieuse, son amour de l’Eglise en ont fait certainement un des pionniers les plus typiques et féconds de la fin du XXe siècle[...]. Son livre, Les Trois sagesses montre comment le regard d’un philosophe est rendu encore plus aigu par la pratique de la théologie et comment la théologie est rendue plus vraie par la sagesse mystique. La conjonction des trois sagesses est exprimée dans ces pages d’une manière exemplaire, et contagieuse. Que de fois, me suis-je dit intérieurement, “quel bonheur, il pense cela”.
J’ai beaucoup échangé avec le Père Marie-Dominique Philippe lorsque pendant des années nous étions tous les deux professeurs au couvent d’études du Saulchoir. Je me suis bien souvent confessé à lui. Il m’a inlassablement conseillé, avec magnanimité, pour ma thèse de doctorat ou pour tel cours plus difficile que j’avais à assurer le lendemain matin, ne ménageant jamais son temps. Cela me donne droit de mesurer l’étrange réaction de ceux qui s’en prennent à lui sans l’avoir parfois jamais rencontré. Je pense par exemple aux amalgames d’articles de journaux qui l’accusèrent en janvier 2001 d’introduire des sectes dans l’Eglise. Le Père Marie-Dominique Philippe aura aidé les disciples de Thomas d’Aquin à comprendre que la philosophie et théologie de celui-ci ne se limitent pas à un envoûtement des propriétés de la “notion d’être”, mais conduisent à une authentique intelligence de la personne. Le séjour de Karol Wojtyla à Fribourg, là où enseignait le Père “Marie-Do”, n’a pas été sans conséquences sur Jean-Paul II, ni leur amitié.
Lors d’un séjour au Canada en 2004, j’ai pu mesurer à quel point le rayonnement du Père Philippe dépassait les frontières françaises. Alors que je parlais de la jeune Communauté Saint-Jean à un prêtre qui réalisait une thèse ardue, alors qu’il me demandait qui en était le fondateur, à la réponse que je lui donnai, ses yeux s’illuminèrent et il s’exclama: «Ah, le grand spécialiste de la Vierge Marie!» On ne serait évidemment pas complet, si tant est qu’on puisse l’être, en ne disant pas très vite le grand amour que le Père Marie-Dominique Philippe avait pour la Vierge Marie. C’était plus qu’une simple dévotion ou une piété surannée. C’était hautement théologal: la Mère de Jésus continuait d’avoir un rôle de premier plan dans ces “temps de l’Eglise qui sont les derniers”».
Début juillet, à Saint-Jodard, lieu de formation des frères novices, j’ai assisté à la dernière session de philosophie du Père Marie-Dominique Philippe. Bien qu’affaibli physiquement, son intelligence restait plus que jamais vive, son coeur jeune. M’a frappée alors, son insistance sur la bonté. Comme le vieux saint Jean, le Père Philippe continuait de creuser, “intelligence ouverte”, l’essentiel: Dieu est amour, Dieu est bon. Et il s’attristait de voir que la Sagesse ne fût plus aimée.
“L’homme aux mille vocations”, le deuxième “homme en blanc”, entre autres, de toute une génération, ma génération, celle de Jean-Paul II, est entré dans le sein du Père. Comment être fidèle à son héritage? Il est tellement immense.
Hélène Bodenez, in www.libertepolitique.com
Notes:
1. Mgr Franc Rodé est préfet de la Congrégation pour les Instituts religieux et les Sociétés de vie apostolique. Voir texte ci-contre page 6.
2. “La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité”, phrase liminaire de Fides et Ratio.
3. Père Bernard Bro op, La Libellule ou ... le Haricot, “Confessions sur le siècle”, Presses de la Renaissance, Paris, 2003.
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