Fatima:

La dynamique du Message

Vers la glorification de la Trés Sainte Trinité (1)

Par Bernard BALAYN

STELLA MARIS 429 SOMMAIRE

Parler de Fatima est comme un puits sans fond, tellement la substance est riche et profonde; c’est un message à géométrie variable, un foyer à plusieurs centres. Il nous faut donc choisir et commencer par ce qui est le plus important: Fatima est avant tout un hymne puissant en faveur de la glorieuse et Très Sainte Trinité. Les signes en sont nombreux et évidents, telle Marie, chargée d’irradier le monde de la lumière trinitaire.

Une symbolique incontournable

«Je crois à la valeur spirituelle des signes» (Jean Paul II).
Tous les spécialistes et exégètes s’accordent pour reconnaître l’ampleur inégalée du message de Fatima, surtout à partir du moment où il porte la caution de l’Eglise, par le double fait qu’il jouit de sa reconnaissance officielle (13 octobre 1930) et de la venue sur place de deux papes (Paul VI en 1967, Jean Paul II, plusieurs fois).
Cette ampleur vient d’une affirmation fondamentale, surgie à la fois du texte et des signes qui l’accompagnent, l’affirmation prioritaire et très forte de la Très Sainte Trinité. Tout le message rayonne en effet la présence trinitaire. Les signes1 en sont probants; il ne faut pas les négliger, car ils sont un langage et sont porteurs d’une vérité comme les paraboles de l’Evangile, ce qu’a bien vu Mgr Théas, ancien et célèbre évêque de Lourdes qui disait que dans les manifestations surnaturelles aucun signe n’est à écarter et a toujours une signification en relation avec l’ensemble du message. En 1986, le Saint-Père Jean Paul II, venu à Lyon cinq ans après l’attentat, pouvait confirmer: «Je crois à la valeur spirituelle des signes2.»
Cette année 2006 qui inaugure le 90e anniversaire des apparitions, et plus spécialement cet automne qui révéla la prière trinitaire de l’Ange de l’Eucharistie, nous font un devoir d’entrer – par les signes – dans le mystère de la Très Sainte Trinité.

Fatima: une explosion de signes trinitaires

Fatima est un puissant rappel à la Trinité, Moteur de l’univers, débordante de présence et d’Amour: le Père qui crée, notamment son chef-d’oeuvre, Marie; le Fils qui sauve, grâce à son Incarnation en Marie; l’Esprit-Saint qui sanctifie, par l’Eglise et sa Mère, Marie.
Le premier des signes sensibles est la lumière, qui irradie le mystère de Fatima. Le deuxième, qui englobe le premier, et de nature surnaturelle, est la présence cachée mais vive de la sainte Trinité, qui se dévoile à travers la répétition insistante du rythme ternaire des actes constituant les apparitions. Il y a deux séries de 3 apparitions angéliques (1915 et 1916); à 3 enfants; à 3 saisons différentes. L’ange se prosterne et prie 3 fois répétées; il se dénomme sous 3 appellations particulières (Ange de la Paix; ange gardien du Portugal; ange de l’Eucharistie); il parle 3 fois des Coeurs de Jésus et de Marie; la 3e apparition fait expressément référence à la Trinité et en nomme les 3 Personnes: «Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore...». Prosterné devant l’Hostie, il dit puis répète 3 fois cette prière. La Vierge apparaît en 3 étapes (1917, 1925, 1929), montrant 3 fois son Coeur Immaculé. En 1917, 3 secrets sont confiés aux enfants. A la dernière apparition, se produisent 3 événements: la venue de la Vierge, la vision par les enfants des 3 tableaux du Rosaire3, la vue par la foule du miracle solaire, comportant lui-même 3 épisodes. A la dernière grande apparition (1929), soeur Lucie voit dans la chapelle les 3 Personnes divines... Plus tard, le Pape Jean Paul II viendra 3 fois à Fatima. Etc. Voilà une introduction éloquente au mystère trinitaire.
«Debout! Resplendis! Car voici ta lumière...» (Isaïe)
Il faut insister quelque peu sur l’un de ces signes qui embrasse tous les autres, celui de la lumière, omniprésente, la caractéristique de la Trinité étant cette Lumière incréée qui est Essence parfaite et Amour infini.
La lumière prime tout puisque Dieu est lumière, comme Jésus l’a dit lui-même: «Je suis la lumière du monde» (cf. la Transfiguration et surtout la Résurrection). Avant lui, Dieu le Père s’était révélé à Moïse dans le Buisson ardent. Après Jésus, l’Esprit-Saint rayonne sous la forme des langues de feu, lors de la Pentecôte.
Le message baigne dans cette lumière étincelante du début à la fin (1915–1929...). Il suffit d’en voir quelques aspects. Les apparitions ont lieu dans un pays méditerranéen, inondé de lumière; celles de 1915–1917 entre les deux équinoxes des mois les plus ensoleillés. Elles se produisent à midi, heure solaire, au zénith, dans un ciel toujours pur (sauf au début du 13 octobre 1917). L’Ange indistinct de 1915 est plus blanc que neige; celui de 1916 est «comme taillé dans la lumière», note Lucie. A sa deuxième apparition, ses paroles se gravent dans l’esprit des enfants «telle une lumière». La troisième fois, il porte Celui qui est la Lumière du monde. Lucie a un prénom prédestiné: lux signifie lumière. Marie est plus brillante que le soleil, sa robe uniformément immaculée, avec un globe d’or sur sa poitrine et une étoile scintillante au bas de sa robe, sans autre ornement. Son visage est plus étincelant encore, au point d’éblouir les bergers. Elle porte au bras un chapelet lumineux. Elle vient toujours précédée d’éclairs, les pieds virginaux sur une nuée (symbole de Dieu dont elle est l’envoyée), depuis l’Orient (symbole de l’aube, de la Résurrection, de la vie). Elle s’en va de même. A partir du 13 juin, des détonations se font entendre à son arrivée, et la luminosité du ciel décroît au profit des étoiles qui apparaissent en plein midi, Marie étant l’Etoile resplendissante dont parle l’Apocalypse johannique; le soleil envoie sur la foule des rayons multicolores. Le 13 septembre, la Vierge est accompagnée d’une pluie de fleurs, qui se renouvellera. Dès le 13 mai, ses mains enveloppent les enfants dans sa lumière surnaturelle. Ils sont immergés en Dieu «qui était cette lumière» écrit Lucie. Elle dit: «Je suis du Ciel», le royaume de la Lumière, où les bergers aspirent dès lors à aller. C’est d’elle que Jean dit: «Un signe grandiose apparut au ciel: une femme, ayant pour manteau le soleil, couronnée de 12 étoiles». Le 13 juillet, Marie parle de la «lumière inconnue» qui annoncera le terrible châtiment de la Seconde Guerre mondiale (nuit du 25–26 janvier 1938). Le 19 août, elle demande que le brancard de procession soit porté par des enfants vêtus de blanc. Jacinthe veut qu’à sa mort, son corps soit habillé de blanc. Le 13 octobre, la Dame de lumière commande au soleil, qui sursaute avec une féerie de couleurs, séchant les vêtements des pèlerins. Le grandiose «miracle du soleil» a bouleversé le monde entier. Le Pape Pie XII l’a vu au Vatican en novembre 1950 pour la proclamation du dogme de l’Assomption. En 1917 toujours, les apparitions mariales ont lieu, par intention voulue, deux fois un dimanche, jour du Seigneur, «Soleil de Justice»; le 13 mai, c’était juste avant l’Ascension (la montée en gloire radieuse du Christ). Peu avant de mourir, François dit à sa maman: «Regarde quelle belle lumière, là, près de la porte!»
A Pontevedra, en 1925, Lucie voit Jésus enfant resplendissant de lumière. De même en 1926.
A Tuy, en 1929, vers minuit, elle contemple, dans la chapelle miraculeusement illuminée, la vision terminale de la Très Sainte et glorieuse Trinité, Lumière par excellence; elle voit notamment au centre, s’élever une grande croix lumineuse; de la main gauche du Crucifié s’échappe un faisceau cristallin, symbole de grâce et de miséricorde. A tout cela s’adjoindra le phénomène des colombes suivant la Vierge-pèlerine à travers le monde. Je l’ai vu moi-même à Lourdes en 1978, lorsque les deux statues se sont rencontrées à la Grotte. La devise du Pape de Fatima, selon la prophétie de Malachie4, sera: «De labore Solis» («du labeur du soleil»: son oeuvre considérable sous le «Soleil» de Dieu)...
Cette succession de signes indique assez l’importance capitale de la Trinité dans le grand mystère de Fatima.
La lumière divine se réfléchit dans la Création: les astres et les hommes, comme Fatima en fournit la démonstration éclatante. Elle se reflète dans les créatures les plus réceptives, les plus aimantes. C’est pourquoi, la Trinité resplendit en Marie, l’Immaculée, et en fait le Joyau de cette création qui rayonne à son tour la pure lumière trinitaire.

Entre la Trinité et l’humanité, Marie est chargée d’abord de glorifier la Trinité

Importants, ces signes ne valent rien isolés de leur contexte et de leur sens. Ils introduisent à l’intelligence et à la pratique du message. Examinons-en les prémices: la mission de Marie qui consiste à glorifier la Trinité, sa maternité humaine et ecclésiale devant servir cette glorification.

Le mystére de Marie au carrefour de la Trinité et de l’humanité

Il s’éclaire par la Trinité, qui se découvre de manière progressive à travers les Ecritures. La Vierge n’a-t-elle pas dit, justement, aux Trois-Fontaines, à Rome, en 1947, la Bible dans les mains: «Je suis Celle qui suis dans la Trinité divine»? Les textes scripturaires, de la Genèse à l’Apocalypse, tels les Proverbes, la Sagesse, le Cantique des Cantiques..., évoquent allégoriquement la Fille puînée du Père, la Demeure de l’Esprit-Saint, la Mère du Christ, de l’Eglise et des hommes. Le rôle de Marie à Fatima est – en vue de l’accomplissement des prophéties la concernant – de signifier sa triple mission en fonction de chacune des trois Personnes célestes avec Qui elle a des liens particuliers.
Fatima se caractérise en effet par l’interaction fondamentale suivante: d’une part, la Sainte Trinité a quelque chose à dire à l’Eglise et au monde; d’autre part, Marie est chargée par Elle, comme Fille, Epouse et Mère, de transmettre et faire appliquer le message – selon la «loi» des médiations célestes – pour ramener l’humanité au sein de la Trinité. Le double objectif marial est donc de favoriser le salut universel, afin de glorifier la Trinité, Une et Trine. Tout le mystère de Fatima, de la Trinité et de la Vierge est là.

Marie envoyée de la Trinité pour accomplir ses desseins

D’un bout à l’autre du message, depuis les prières trinitaires de l’Ange jusqu’à l’apparition de la Trinité Elle-même à Tuy, Marie est la pure transparence du mystère et de la volonté trinitaires. L’évolution du monde, l’accélération de l’histoire montrent à l’évidence la manifestation progressive de la très glorieuse Trinité, afin qu’elle soit connue et célébrée par l’univers entier. Plus le monde se dirige vers la parousie, plus les mystères de notre foi tendent à être dévoilés et glorifiés. Si l’amour du Christ est mieux connu à travers ses oeuvres et sa miséricorde, si le mystère de Marie est de plus en plus perçu par ses enfants, selon la doctrine de G. de Montfort, à plus forte raison chacune des trois Personnes divines, dans leur essence, leur majesté, leur efficience, en chacune d’Elles et en leur Ensemble, doivent être révélées et célébrées, pas seulement au ciel, mais déjà ici-bas. La preuve en est: en 2007 sera inaugurée à Fatima la nouvelle basilique souterraine, dédiée — est-ce un hasard? — à la trés Sainte Trinité.
Cette puissance de révélation de la Trinité, on l’avait sentie à La Salette – dont nous fêtons le 160e anniversaire – dans le message secret qui a tardé à être divulgué. La Dame en pleurs a parlé longuement et indirectement des droits bafoués de la Trinité. A Fatima, l’évocation est ouverte avec les paroles angéliques, puis avec la vision de Tuy. Dans aucune apparition reconnue jusqu’ici, n’avait été manifestée avec autant de liberté la prééminence trinitaire. C’est le Signe des signes de Fatima.
Emanation de chaque Personne divine, Marie vient donc les glorifier en se présentant sous les traits de la Fille du «Très-Haut», de l’Epouse de l’Esprit-Saint, de la Mère du Rédempteur. Elle les glorifie en s’associant à Leur oeuvre respective: donner la vie, perpétuer la rédemption, sanctifier l’homme par l’Eglise. En même temps, entre la Trinité et les hommes, elle vient nous associer activement à cette glorification par son amour maternel, de sorte qu’un jour nous soyons tous de retour au Bercail trinitaire où nous serons «tout en tous».
Nous verrons la prochaine fois comment Marie doit préparer avec ses enfants cette glorification de la Trinité.

Bernard BALAYN

Documents: Les ouvrages de notre ami B. Balayn traitent à fond ces questions, dans : «Fatima, message extraordinaire pour notre temps»; «Les bergers de l’aurore»; «Le Rosaire, Arche du Salut». Disponibles à nos bureaux
Notes:
1. Pour en savoir plus sur les signes à Fatima, lire «Fatima, message extraordinaire pour notre temps», p. 47 à 82.
2. Les sacrements sont eux aussi des signes sensibles pour produire ou augmenter la grâce divine.
3. Il en est ainsi jusqu’à Jean Paul II.
4. Evêque irlandais, hôte de Clairvaux, ami de saint Bernard, mort dans ses bras.

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