«Je suis venu apporter le feu» (Lc 12,49)Vers la Civilisation de l’AmourPar Bernard BalaynSTELLA MARIS 426 SOMMAIRE |
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La Terre languit parce que les hommes semblent avoir perdu le sens de l’Amour. Ils ne savent plus si Dieu existe, qui il est, et donc quelle image ils Lui renvoient. La grande question du monde actuel est: où ira-t-il si l’amour se perd, si nos lampes ne sont pas allumées dans la nuit noire?
«Jésus nous précède en Galilée», c’est-à-dire sur la terre promise de l’espérance; il assure aux pèlerins d’Emmaüs que nous sommes qu’il ne nous laissera pas seuls; il ne laissera pas se refroidir l’humanité avant que son triomphe eucharistique n’ait lieu. Encore faut-il le préparer. C’est pourquoi, Lui, qui est la Lumière, a confié les flambeaux de la nuit à ceux sur qui il compte. A l’heure cruciale où le monde est parvenu, il faut choisir son destin. Il est temps d’embraser la terre du feu inextinguible de l’Amour.
Dieu avait créé l’homme dans un état de pur amour. Il suffisait que celui-ci use de sa liberté, de son innocence, de sa bonne volonté dans un juste retour d’amour. Mais le péché dérégla tout. Du Déluge à l’esclavage en Egypte et du veau d’or à la captivité de Babylone, l’Histoire Sainte nous montre combien les descendants d’Adam ont déchu de l’amour originel, incapables par eux-mêmes de s’entendre et d’aimer vraiment le Créateur. Même le Peuple élu a rompu maintes fois ses alliances, malgré Ses prévenances et Ses largesses.
Le Père a donc envoyé son Fils dans sa vigne, mais les sangliers et les rapaces ont redoublé de cruauté et l’ont fait périr. Cependant, par son divin sacrifice, le Dieu incarné a rendu à l’homme sa dignité, s’offrant comme modèle de Fils parfait et aimant. Mais, malgré l’exemple évangélique du Christ et l’aide des sacrements de son Eglise, cet homme, racheté et sauvé en puissance, n’a pas cessé de ressembler à ses devanciers et à devenir un loup pour son frère et un ingrat pour son Dieu: depuis deux millénaires, le sang qui a commencé à couler avec le meurtre d’Abel n’a jamais tari et crie justice à la face du Père. Assassinats, révolutions, guerres, génocides, persécutions, barbarie... sont un défi à l’amour insondable de Dieu, sans parler du Tiers-monde où des foules faméliques meurent de faim, d’épidémies ou de non-assistance, tandis que, moralement, puissances d’argent et forces occultes trompent et avilissent la jeunesse. Le vingtième siècle concentre toute l’histoire des âges précédents. A lui seul, il a beaucoup plus tué que tous les millénaires réunis, foi d’historien. La Guerre de Cent Ans est un jeu à côté des deux Guerres mondiales. Les enfants tués dans le sein de leur mère depuis trente ans s’évaluent à plus d’un milliard. Jamais l’humanité n’a connu une telle violence endémique, le règne de la terreur, l’impunité des grands assassins. Jamais, même au premier siècle, l’Eglise n’a été aussi persécutée, d’un bout de la terre à l’autre, et pas seulement par le marxisme. La Terreur robespierrienne, Auschwitz, Hiroshima, le Goulag, le Laogaï chinois1, et autres lieux d’holocaustes, défigureront à jamais l’homme créé pourtant à l’image de Dieu et donneront raison à Paul Valéry: «Souvenons-nous que les civilisations sont mortelles».
Dieu reste un Dieu d’Amour. Il réalise la plénitude de l’Amour à l’intérieur de la Trinité. Quoique se suffisant à lui-même, il a voulu, en son Conseil, créer l’homme, au sein du Cosmos et des anges, pour lui apprendre à aimer, et ainsi, le faire participer à son bonheur et le diviniser au ciel. Il «l’a fait à peine moindre que lui» (Ps 8,6), le comblant d’amour, d’honneur, de dons, puis, après son péché, de miséricorde infinie, lui accordant au surplus une Mère, joyau de la Création et de la grâce, Marie. Il ne revient jamais sur sa volonté et ses dons, parce que parfaits. Il continue ainsi, aujourd’hui, à aimer plus que jamais l’homme en proportion de sa misère et de sa souffrance, immenses. Il les aime tous, même et surtout ses plus grands ennemis, comme le montre la parabole de la brebis perdue, ne détestant en eux que le péché. Il n’a négligé aucun moyen, nous envoyant des signes, des prophètes, des saints, des martyrs, des apôtres de la charité, tels, hier, Vincent de Paul, Ozanam.., et, en nos temps, Raoul Follereau, Mère Teresa, soeur Emmanuelle... Au sein de l’Eglise, ce sont des Curé d’Ars, des Thérèse de Lisieux, qui confiait: «Dans l’Eglise, ma mère, je serai l’amour...», des Charles de Foucauld, Padre Pio..., et parmi eux tous, les messagers directs de son amour: saintes Gertrude, Brigitte, Angèle de Foligno, Marguerite-Marie, Faustine, soeur Josefa Menendez... Ils ont été envoyés avec tant d’autres raviver l’amour de Dieu dans un monde oublieux et fatigué. De fait, ont-ils été écoutés, imités? Deux visionnaires contemporains, différents, mais concordants, nous mettent devant nos responsabilités, saint J.-M. Vianney disant: «Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre, on y adorera les bêtes»: il est vrai que, de nos jours, l’apostasie et l’idolâtrie gagnent du terrain; et André Malraux prophétisant: «Le vingt et unième siècle sera chrétien ou ne sera pas». Aura-t-il raison?
Dieu voit combien l’humanité, devenue une vraie Tour de Babel, est dans l’impasse, faute qu’elle l’écoute et lui fasse confiance. Lui, le «maître de l’impossible», comment va-t-il retourner la situation?
«C’est la nuit qu’il est beau de croire en la lumière», a dit Saint-Exupéry. Car Jésus sauve la nuit, quand tout s’écroule: la Lumière du monde descend la nuit de Noël; il se réveille de son sommeil et apaise la tempête du lac quand tout dort; il accepte la rédemption la nuit de Gethsémani; il la réalise dans celle du Calvaire. Il n’en sera pas autrement aujourd’hui, dans les ténèbres du péché où l’humanité s’est embourbée. Le Mal et la haine actuels sont parvenus en effet à leur paroxysme. «Le monde entier gît au pouvoir du Mauvais» (Jn 1, 5, 19), à moins que la terre ne s’autodétruise. Avec l’Eglise, elle gémit: «Satan, cela suffit!». L’adjuration de Paul VI aux Nations-Unies: «Plus jamais la guerre!» (1965) a signifié la saturation de l’humanité. Que dire aujourd’hui? Malgré les supplications pathétiques de Jean Paul II à Fatima, en 1982, reprises en 1984 Place Saint-Pierre («Délivre-nous du mal, de la haine...»), le carnage du 11 septembre 2001 donne à ces appels une résonance souveraine.
Le maître n’est pas Lucifer, mais Dieu, le seul Tout-Puissant. Celui-ci ne lui laisse que provisoirement et partiellement la régence du monde. Mais l’heure va bientôt sonner où l’Eternel va commander, comme Jésus, sur les flots démontés: «Assez!». Sainte Faustine n’a pas évoqué en vain la Miséricorde divine. Dans sa toute-puissance aimante, ici-bas, Dieu va jusqu’à vouloir opposer son amour à sa justice. Avant que le Jugement n’arrive, le Père charge en effet Jésus d’exercer sa miséricorde infinie. Parce que le monde, égaré, affligé, flagellé, chancelant, n’en peut plus; il lui est impossible de se relever seul. La parabole du paralytique est de retour. Jésus désire redresser l’humanité, paralysée par ses péchés. Seul l’Amour, qu’il est, peut opérer ce gigantesque miracle. C’est pourquoi, il faut invoquer Jésus, son Nom «Jésus-Sauveur» , sa miséricorde, le contempler dans sa crucifixion, se réfugier dans ses saintes plaies, car, «c’est par ses blessures que nous sommes guéris»; plus encore le rencontrer dans l’Eucharistie, le «Sacrement de l’Amour, l’Amour des amours2».
Comme l’ont pressenti les derniers papes, comme Marie l’avait dit à Marthe Robin: «l’ère de l’Amour est venue»; le Mal doit être lié, ne serait-ce que par son excès même, par le vide, qui attire le plein de l’Amour3. De même que le noir appelle la lumière, et l’ignorance la sagesse; à la victoire de la haine doit succéder le triomphe de l’Amour: «O mort, où est ta victoire?... Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé», s’écrie l’apôtre Paul.
De sorte que la Civilisation de l’Amour a été amenée par les horreurs du mal au sein de ce cruel et vaste manque de charité. Réintroduire l’Amour sera la grande tâche du troisième millénaire. Jean Paul II, son prophète, a lancé la prophétie, comme le Primat de Pologne le lui avait commandé, par inspiration d’En-haut: «Tu dois conduire le monde et l’Eglise sur les rives du troisième millénaire». Que l’on ne dise pas ici: «Ce sont de belles paroles!». Dieu est Parole autant qu’Amour: le Logos. Jésus est son Verbe, la Parole vivante. Les paroles de Dieu sont créatrices, avec l’Esprit-Saint. Dieu dit et le cosmos se met à exister. Jésus commande, et il guérit les malades, apaise la tempête, l’Esprit fait son Corps et son Sang. «La langue aussi est un feu» (Jacq. 3, 6). La prophétie a commencé et s’accomplira.
Il faut donc réapprendre à aimer, en écoutant la Parole de Dieu, en suivant la Loi d’Amour qui dit: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu.., et tu aimeras ton prochain comme toi-même.» C’est Jésus, celui dont Malachie disait: «Il sera comme le feu du fondeur», et Matthieu: «Il vous baptisera dans le feu», qui nous montre le chemin, par ses paroles et son exemple, vivant dans les saints de notre époque, tantôt fulgurants, tels un Jean Paul II, une Mère Teresa, tantôt effacés. Il se sert de ces brasiers et des étincelles. Il faut la conjonction des sources qui enflamment et des brindilles qui cherchent le feu et se laisser allumer par lui. Dieu, qui «construit droit avec des lignes courbes», se sert indifféremment des «gros calibres» qui illuminent la terre entière par temps de grande obscurité, et des flammèches qui opèrent sur les âmes, une par une. Il faut donc répandre partout l’amour divin à partir des îlots cachés au coeur des innombrables êtres où il y a toujours une parcelle latente de cet amour et où habite l’Esprit. En effet, il existe en tout homme une image de Dieu: «chaque homme est une histoire sacrée».
Jean Paul II a été un puissant projecteur de Dieu sur la terre, un grand Pape de l’Amour, celui qui est sans doute le «déclic» ouvrant sa victoire. Il en est mort victime pour le laisser triompher. Par son encyclique venue des deux papes Benoît XVI lance le «programme de l’Amour», comme on l’a vu la dernière fois, en partant de Dieu, Qui Caritas est, et en allant de la personne et du couple authentiquement chrétien à la Communauté humaine tout entière.
Dieu est ainsi l’unique Source d’amour; l’Esprit-Saint en est l’Agent et le Dispensateur, l’homme l’«exécutant», l’humanité, la bénéficiaire.
Pour aimer, il suffit d’abord d’ouvrir son coeur et son intelligence, mais en contemplant toujours Jésus crucifié, qui a dit: «Je suis venu apporter un feu sur la terre», le feu de son Amour qui lui a fait s’offrir en holocauste pour que nous comprenions ce que c’est d’aimer, dans la joie ou la souffrance. Et il ajoutait, dans sa ferveur consumante: «Comme je voudrais que ce feu [d’amour universel] soit allumé!». Il brûlait de s’anéantir pour nous faire renaître dans l’Amour. Il l’a montré solennellement à sainte Marguerite-Marie: «Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes...». C’est donc de son Sacrifice perpétuel, de son Sang versé, que jaillit la force de l’amour dont nous avons besoin. Pour aimer saintement, il faut agir toujours en conformité avec Lui, avec son saint vouloir, s’offrir à Lui, se consacrer en permanence à son Coeur Sacré, en se laissant faire et conduire par Lui, ce qui nécessite une confiance absolue, celle de l’enfant (Cf. Sainte Thérèse et sa “petite voie”). Si bien que: «Ce n’est plus moi qui agis, mais Jésus qui agit en moi», clame justement saint Paul. Aimer est bien une force, d’origine supérieure, que seul le Christ peut donner. C’est ce qu’a écrit Martin Luther King avant d’être assassiné (son livre: «La force d’aimer»).
Comme à chaque période de crise: la chute de l’Empire romain d’Occident, la Réforme, l’utopie des Lumières, la fin inéluctable du Communisme comme celle des autres idéologies déjà tombées.., il faut ré-annoncer au monde ce que proclamait Raoul Follereau: «La seule vérité, c’est de s’aimer».
Il faut ré-évangéliser en se basant sur l’unique Vérité: Dieu est Amour, il vient de Lui et retourne à Lui par la charité de tous ses enfants, les hommes. Quelle que soit la manière d’évangéliser: celle de l’Age apostolique (Confesseurs et martyrs), de la foi médiévale (Ordres monastiques et Mendiants), de la Contre-Réforme, l’Age missionnaire moderne... Il n’y a qu’une base, qu’un but, qu’une Loi: aimer!
A partir de là, en ce qui concerne le présent et l’avenir proche, les terrifiantes leçons du passé montrent aux hommes leur chemin: ils doivent enfin s’aimer les uns les autres, en abattant les murs de la haine et en élevant les bras de l’amour. Le manque d’amour est si généralisé qu’il faut aimer non seulement dans l’humanitaire, le lointain, l’inconnu, mais aussi dans le concret des situations quotidiennes, souvent tout aussi pressantes et dramatiques (dans le monde dit «développé», il y a tant de misères sociales et morales autour de soi), bref, dans le coeur à coeur vécu. C’est de cela dont le monde et chaque personne ont le plus besoin. Ainsi parle saint Jacques: «Un petit feu peut embraser une forêt» (Jc 3,5).
Jean Paul II disait en 2001: «Le monde ne peut pas vivre sans amour», c’est-à-dire sans le recevoir et le donner. Pour que l’Amour renaisse et flamboie, il faut d’abord que l’homme se connaisse, comme une personne unique et aimée de Dieu. Car on ne peut donner que ce que l’on a reçu: l’amour venu de Lui. Avec cette certitude, il peut alors aimer autour de soi: il est réconcilié avec Dieu et avec lui-même, ayant fait l’unité indispensable en lui par l’amour.
Si l’on veut sauver l’amour, il faut insistons-y le réintroduire à tous les niveaux, car, souvent, ou il n’existe plus, ou il est faussé, ou insuffisant. Il convient donc de l’insuffler prioritairement dans les couples et les familles, cellules de base de la société. Le Pape défunt disait encore: «La Civilisation de l’Amour commence dans les familles». Pour cela, il faut revenir à la loi divine (ou, à défaut, à la loi naturelle): le vrai mariage au prix de l’amour dans la fidélité totale et l’oubli de soi, l’ouverture à la procréation. L’amour est don et sacrifice, non jouissance égoïste, comme vient de le montrer Benoît XVI. Bien des maux de notre humanité seront guéris quand l’on reviendra aux paroles du Christ: «Mais moi je vous dis qu’il n’en était pas ainsi au commencement.., l’homme quittera son père et sa mère et fera avec son épouse une seule chair...».
Une fois la personne et la famille reconstruites Jean Paul II a tant oeuvré en ce sens on peut envisager de refaire la société. Les enfants, engendrés, aimés et éduqués par leurs parents et selon Dieu, sans les déviances et les lourdes séquelles dont souffre la jeunesse actuelle, pourront donc transmettre à leur tour le même amour. Pourquoi y a-t-il tant de tensions? Parce que l’on aime mal et pas assez, les structures étatiques, administratives, économiques et sociales de plus en plus étriquées (comme l’a rappelé le Pape) servant insuffisamment la personne. Ainsi, le mal-être se répand dans les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite, etc. Il faut donc repenser toutes nos sociétés. Cela ne peut se faire qu’à la lumière intégrale de l’Evangile, et par le ferme propos de responsables chrétiens de bonne volonté. Ici, l’enseignement social de l’Eglise s’avère nécessaire, d’où l’intérêt de la publication du compendium correspondant. A quoi serviront toutes les Déclarations, chartes, codes et autres proclamations, si ces textes, souvent creux, ne sont pas tressés et vivifiés par la flamme de l’amour évangélique?
Manque d’amour à tous les niveaux, disions-nous. Les personnes doivent pouvoir se rencontrer, se parler, échanger leurs services comme les premiers chrétiens, au lieu de se méfier et de se renfermer.
La charité a été «chantée» par saint Paul dans son hymne immortel (1 Co 13). Transmise et vécue en Dieu, elle ne se complaît pas en elle-même, elle est toute donnée, ordonnée au prochain. Et en cela, elle a toute sa plénitude et sa perfection.
Pour aimer vraiment, il faut une autre condition, qui aide à beaucoup à la vivre: voir Jésus dans son prochain: «Celui qui n’aime pas son frère ne connaît pas Dieu», dit saint Jean. Si les hommes pouvaient voir le Christ en chaque personne, ils changeraient vite d’avis et d’attitude. Jésus est dans les tout-petits, les enfants et les jeunes qui souffrent, dans tous les délaissés, affamés, malades et handicapés de la terre, les mourants, les prisonniers, les condamnés, les pauvres, les désespérés... C’est lui que l’on rencontre sans le savoir au détour des rues et dans tout être qui pleure.
Un jour que saint François d’Assise se lamentait, il répondit à celui qui l’interrogeait: «L’Amour n’est pas aimé!».
Car, au delà de l’amour dû au prochain, il y a, d’abord, celui qui est dû à Dieu, rappelé pour cela même au début du Décalogue: «Tu aimeras Dieu seul et l’aimeras plus que tout.» On aime Dieu en aimant autrui, mais aussi en L’aimant lui-même en tant que Tel, comme l’a si bien fait un Curé d’Ars. L’écho du premier Commandement retentit dans les confidences du Christ à des âmes privilégiées. La communication la plus éclatante demeure celle faite à M.-Marie. Le Seigneur s’y plaint de l’ingratitude des hommes et leur demande de manière poignante amour et réparation. Il montre à la voyante ses saintes plaies, surtout celle du Coeur transpercé, avide de recevoir et de donner l’Amour dont il est la Source. Jésus veut régner dans tous les coeurs, mais demande au préalable que le pécheur quitte le vieil homme et revête l’homme nouveau, celui qui aime son Sauveur par-dessus tout. C’est parce que le bon larron lui a pleinement ouvert son cœur que Jésus l’a emmené sur-le-champ au paradis.
En retour, le Christ étend sur le monde le manteau de sa miséricorde, comme il l’a manifesté à sainte Faustine. Sur le tableau de l’apparition, on voit les rayons de cet amour qui veut embraser l’humanité. Comme au temps de la foule affamée, Jésus veut nourrir les multitudes actuelles meurtries par le mal, en leur donnant le Pain eucharistique, qui nourrit et sauve.
Mais, pour être sauvé, encore faut-il accepter de vivre à l’imitation du Christ, de souffrir avec lui, par amour pour lui et aussi pour coopérer avec lui au salut des âmes: «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.»
Aimer, c’est donc tout et toujours aimer, en acceptant tout ce que Dieu envoie pour éprouver et grandir l’amour, jamais à l’abri de la tentation et de la chute. Ainsi, la souffrance, comprise en Dieu, est une preuve de l’amour de Dieu: «Les âmes les plus aimées de mon Père sont celles à qui il envoie le plus d’épreuves, et la grandeur de ces épreuves est la mesure même de son amour», confiait Jésus à sainte Thérèse de Lisieux. Et à M.-Marie: «Mon amour règne dans la souffrance... »
A l’école des saints, à l’école de Marie, Mère du Bel Amour, apprenons à aimer, pour que le monde redevienne un jardin. Car «la mesure de l’amour est d’aimer sans mesure», a dit saint Bernard, seule rançon pour ceux qui n’ont pas voulu ou pu aimer. Aimer, monter dans l’Amour, la seule préoccupation des saints, la seule exigence posée par Dieu: «Venez à moi, les bénis de mon Père, car vous avez aimé... »
Notes:
1. Système pénitentiaire chinois analogue au goulag.
2. Expression du dernier Synode. Voir mon article: Vivre de Sa Vie, II, Stella Maris numéro 423, page 8.
3. Le mal est un non-être; le noir est l’absence de couleur; la haine, le vide d’amour. Nous sommes faits pour le bien, la lumière, l’amour. Le contraire est une affreuse carence de Vie.
Littérature:
«Jean Paul II le Grand, Prophète du IIIe millénaire», par Bernard Balayn, Préface du Card. Frédéric Etsou, 864 pages + 80 pages illustrations couleurs E 30. CHF 45.
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