Bernard BALAYN présente son dernier livreL’EUCHARISTIE Vie du monde«L’Humanité a besoin du Christ “pain rompu”»
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La Lettre de Jean Paul II pour la Journée missionnaire mondiale d’octobre 2005 est un texte peu connu, passé presque inaperçu, parce que sa publication a été interrompue par la mort de son auteur. Daté du 22 février, le Pape désirait qu’il soit publié le 16 avril...
Or, ce document disait que «La mission devait être le pain rompu pour la vie du monde». La mission, qui porte l’Eucharistie au monde. C’était le thème même de l’ouvrage que j’ai l’honneur et la joie de publier ces jours-ci. Il faut avouer que cette convergence ou coïncidence de vues est providentielle, car je n’ai pu lire cette Lettre qu’à sa date de parution (avril 2005), après la mise en place du plan de ce livre et la rédaction des premiers chapitres.
Parler en effet de l’Eucharistie comme Vie du monde, c’est bien essayer de montrer que le «Sacrement des sacrements», non seulement fait vivre l’homme, mais a pour but de donner cette vie de la grâce à toute l’humanité, en le lançant sur les chemins de l’évangélisation.
Dans ce document posthume, le Saint-Père nous livre en quelque sorte son testament spirituel eucharistique. C’est le signe ultime, l’au revoir émouvant, l’envoi affectueux du grand Pape de l’Eucharistie. Inédit, et en rapport avec notre sujet, il convient ne serait-ce qu’à titre de «préface» - d’en retracer la trame, puisqu’il contient et résume sa pensée sur l’Eucharistie et sa mission de Salut. Après avoir rappelé les paroles de la sainte Cène, le Pape écrit: «Dans la récente Lettre apostolique Mane nobiscum Domine, j’ai invité à contempler Jésus ‘pain rompu’ pour l’humanité entière. L’Eucharistie porte le ‘signe de l’universalité’ et préfigure de manière sacramentelle ce qui adviendra quand les hommes, régénérés dans le Christ par le Saint-Esprit, pourront dire “notre Père”... Aujourd’hui, l’humanité, secouée par des événements dramatiques et bouleversée par des calamités catastrophiques, semble enveloppée de ténèbres épaisses. Mais, comme “dans la nuit où il fut livré”, Jésus, maintenant encore, “rompt le pain”, pour l’amour de tous. Ainsi, l’Eucharistie est ‘le pain du ciel’ qui, en donnant la vie éternelle, ouvre le coeur des hommes à une grande espérance. Le Rédempteur lui-même qui, à la vue des foules, en eut pitié, présent dans l’Eucharistie, continue au cours des siècles à manifester de la compassion envers l’humanité pauvre et souffrante. Seul Jésus, centre de l’histoire humaine, peut satisfaire les attentes les plus profondes du coeur humain, la soif d’amour et de justice des hommes; lui seul permet à chaque homme de participer à la vie éternelle: “Je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui mange de ce pain, vivra à jamais”.
Quand la communauté ecclésiale célèbre l’Eucharistie, elle prend de plus en plus conscience que le sacrifice eucharistique est “pour tous”. Si on se nourrit du corps et du sang du Christ crucifié et ressuscité, on doit le partager. L’amour passionné pour le Christ, porte à l’annonce courageuse du Christ... Que la Vierge nous aide à revivre l’expérience du Cénacle, afin que nos communautés deviennent authentiquement “catholiques”, c’est-à-dire missionnaires».
Par les articles rédigés au cours de l’Année Eucharistique, j’ai essayé, depuis la grande Révélation du Coeur du Christ - de saint Jean jusqu’à Fatima, en passant par saintes M.-Marie et Faustine - de mettre en lumière le mystère de Salut du plus grand Sacrement, le Sacrement de la vie présente pour la Vie éternelle. L’étude des Congrès eucharistiques internationaux comme du récent Synode sur l’Eucharistie, que j’ai rapportée dans ces colonnes, nous a fait entrer davantage dans le mystère. D’où l’idée de réunir dans un livre ces données sur le sacrement de l’Amour. C’est ainsi qu’a pris corps ce projet, en lui imprimant un thème celui entrevu par Jean Paul II dans sa dernière Lettre: «L’Eucharistie, sacrement fait pour la Vie du monde»: «Je suis venu pour que vous ayez la Vie... Sans moi, vous ne pouvez rien faire». Le Pape vient de nous rappeler qu’à l’heure où la vie, toute vie, est menacée, seule l’Eucharistie peut la vivifier.
L’interminable litanie des conflits contemporains (6-9 août 2005: 60e anniversaire de la bombe atomique), des attentats, des centaines de millions d’avortements institutionnalisés depuis plus de 30 ans, portent un coup terrible au don le plus précieux de Dieu: la vie. Sans parler des atteintes à la vie de l’âme, que Jésus a sévèrement stigmatisées quand il disait, et dit toujours: «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais plutôt celui qui a le pouvoir de tuer l’âme», ou encore: «Celui qui scandalise un seul de ces petits, il vaudrait mieux qu’on lui attachât une meule autour du cou et qu’on le précipitât au fond de la mer». Il est inutile d’épiloguer sur l’océan du péché contemporain qui semble tout submerger, et ravager en particulier la jeunesse et l’enfance elle-même.
Constat amer, mais réel, comme chacun le sait. Les événements le confirment chaque jour. Ainsi, en pleine Année de l’Eucharistie, tandis que le grand Sanctuaire eucharistique et pas seulement marial de Fatima, inscrivait à l’avant de l’autel dominant l’esplanade, le programme de l’Année: «2005 5e comandamento: Nao mataras! 5e commandement: Tu ne tueras pas!», trois jours après, le Frère Roger Schutz, était assassiné!
La vie, toute forme de vie, sont en grave danger. Qu’est-ce qui; qui peut la sauver? C’est la question vitale, cruciale, du moment.
La réponse nous est immédiatement donnée par l’Evangile: «Il n’y a aucun autre Nom par lequel nous puissions être sauvés»: Jésus, le Christ Rédempteur. Comment? Par son enseignement: «Mes paroles sont esprit et Vie», et son Sacrifice eucharistique: «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime». La Parole produit ce qu’elle signifie, par l’Esprit-Saint. L’existence du Christ montre que la condition de l’homme à laquelle il a voulu se soumettre (sauf le péché!), est de passer par la «mort» à la vraie Vie. Comprenons bien: l’intensité de notre vie spirituelle se mesure au degré de renoncement auquel on peut atteindre. Cette sainteté n’est possible que par la vie de la grâce, «incarnée» par le Sacrement du plus grand amour, l’Eucharistie: «Si vous ne mangez pas mon corps et si vous ne buvez pas mon sang, vous n’aurez pas la Vie en vous».
A partir de là, tout est possible. L’homme intérieur est renouvelé. Saint Paul le dit bien: «Je me glorifie dans ma faiblesse. Je puis tout en Celui qui me rend fort», et, quand l’on a communié: «Ce n’est plus moi qui vis, mais Jésus en moi». Le Christ assurait même à ses apôtres, peu avant l’Ascension: «[Si vous vivez de moi] vous ferez des choses plus grandes que moi»...
La grande force du monde, c’est donc l’Eucharistie; c’est aussi sa grande espérance et un gage de charité, car Deus caritas est, dit saint Jean. C’est d’ailleurs le thème de la première encyclique de Benoît XVI, résumée ici même. La purification est en train de renouveler la terre par l’Esprit-Saint et l’Eucharistie. Le grand triomphe qu’annonce la Dame du Rosaire, le 13 juillet 1917, est à coup sûr celui de l’Eucharistie. Le songe de don Bosco en est une prémonition: dans la bataille acharnée que l’Ennemi livre au Christ, toutes les pseudo puissances terrestres finissent par être vaincues; seuls restent immuables la Sainte Hostie et l’Immaculée Conception, la Femme eucharistique. Le 13 octobre 1917, au-dessus de la Cova da Iria, «le berceau de la paix», la palpitation du disque solaire source de vie ouaté et blanc, semblable à la divine hostie, est comme le sceau de ce triomphe, de cette réconciliation entre Dieu et l’humanité que nous attendons et manifestée par le magnifique arc-en-ciel. L’Eucharistie est la plus grande énergie de «résurrection».
Dans l’obscurité de nos temps, Jean Paul II, parti recueillir sa juste récompense, a tracé la voie, qui nous conduit à la Très Sainte Eucharistie, et que la Vierge du Totus Tuus nous indique. Par l’institution de l’Année eucharistique, son encyclique préparatoire, les JMJ centrées sur l’adoration, et le Synode ordonné lui encore à l’Eucharistie, il nous invite à vivre sans cesse du saint Viatique, le «Pain du voyage», pour nous, pèlerins éprouvés de l’éternité.
Une page est tournée, mais la Nef ecclésiale avance. Son successeur, et toute l’Eglise avec lui, s’efforcent désormais d’entrer dans l’ère eucharistique. Chacun y a sa part et sa place. L’avenir, c’est Dieu. «Sans Lui, les ouvriers travaillent en vain». L’humanité doit désormais apprendre à vivre avec, par et pour Jésus-Christ. Notre Dieu est un Dieu de bonté, de vérité et de paix, qui n’a fait ni le péché, ni ses conséquences, qui dénaturent sa Création: il nous a créés à son image. Il est donc grand temps de relever la tête, dans tous les sens du terme.
«Jésus, centre de l’histoire humaine» (J. Paul II)
Ce modeste ouvrage voudrait y contribuer. Il se présente essentiellement comme un hymne à la vie. Nous sommes faits pour la vie, parce que nous sommes aimés de Dieu et faits pour aimer.
En effet, je n’ai pas voulu faire un traité sur l’Eucharistie; je laisse ce domaine aux Consacrés. Par contre, en observateur de l’histoire de mon temps, je vois notre humanité s’enfoncer chaque jour dans les maux stigmatisés à Fatima: l’indifférence, l’incroyance, l’impiété, l’idolâtrie, les erreurs de toutes sortes, le désespoir, la haine; alors qu’en présentant aux bergers la sainte Eucharistie, l’Ange leur disait et nous dit toujours :«Priez ainsi: “Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas...”». Mon but est donc d’indiquer à mes frères laïcs comment l’homme peut retrouver Dieu, et, par conséquent, le bonheur vrai et la paix, qui viennent de Lui seul. Ce comment est l’Eucharistie. D’où le titre du livre et sa trame. Notre Dieu incarné, Jésus, est Quelqu’un qui a épousé l’homme et sa destinée; il fait route avec lui et se sacrifie pour le sauver d’une part, et pour l’accompagner jusqu’au paradis de l’autre, par son Sacrement sacrificiel. Il entre à un moment donné dans l’histoire humaine et s’insère, du coup, dans le tissu de l’histoire universelle, précédé par cet autre Livre d’histoire appelé justement «Histoire Sainte», qui annonce et prépare le Salut, et dont il est le Sommet1. C’est en ce sens que s’est exprimé Jean Paul II quand il a écrit: «Dans le Christ [a fortiori dans l’Eucharistie], l’homme est appelé à une vie nouvelle, la vie de fils dans le Fils»2. Mon ouvrage se présente ainsi comme une réflexion en vérité sur le don extraordinaire de l’Eucharistie, seule capable de renouveler l’homme et de reconstruire le monde bouleversé par le Menteur et l’Homicide.
Il s’efforce d’illustrer la forte parole de Jean Paul II dans sa Lettre aux Missions, quand il dit que c’est au plus fort de la nuit comme toujours que le Christ jaillit en son Eucharistie pour arracher l’humanité à la perdition. Il y a un parallèle évident entre la Cène et l’épisode de la tempête apaisée. Tandis que celle-ci fait rage, dit le Pape, le Christ semble dormir; en fait, il n’est qu’assoupi, comme l’assure l’Ecriture: «Je dors, mais mon coeur veille». Aujourd’hui, après avoir tout donné et s’être donné lui-même, comme rejeté par l’humanité3, il s’est «retiré au désert» (Apoc. XII, 14) où il veille; il attend. Il attend notre retour d’amour. Comme je l’écrivais déjà dans mon premier livre, traitant du mystère de Fatima, le Christ ne veut pas être réveillé indéfiniment par notre peur comme jadis sur le lac de Tibériade; il attend que nous l’appelions par la tendresse de notre amour, le repentir de notre péché. Après 2000 ans d’incompréhension de notre part, il attend que notre amour soit enfin sincère et vrai, un amour adulte, qui frappe avec désintéressement et ferveur à sa Personne, magnifiée par son Sacrifice d’Amour, à son Coeur transpercé. Alors, quand nous agirons ainsi, n’en doutons pas, il se lèvera et se dressera de toute sa majestueuse stature pour imposer silence aux vents contraires et apaiser la furie satanique qui nous assaille. Mais, pour cela, il nous faut vivre de lui, vivre de Sa Vie. Il désire que, sur la houle de nos passions, nous marchions à sa rencontre avec confiance et donc assurance, car Lui, nous regarde et nous tend toujours la main. La question que son Coeur posa à Pierre et qu’il nous pose est toujours la même: «M’aimes-tu?». Quand répondrons-nous à son amour par notre amour? Telle est l’ardente prière qui sous-tend ce livre, réalisé en reconnaissance pour tout l’amour eucharistique que Jean Paul II a manifesté, toute la tendresse qu’il a donnée aux hommes en ces 27 ans de pontificat. Il lui est donc filialement dédié.
Le contenu du livre «L’homme ne peut vivre sans amour» (J. Paul II)
Puisque le Christ est venu se donner à nous, l’ouvrage accomplit une démarche ascendante: à partir des annonces voilées de l’Ancien Testament, il suit la genèse de l’Eucharistie pour en montrer la pleine manifestation au coeur de l’Evangile, en évoquant notamment le grand discours du Pain de Vie et la Cène au Cénacle. Nous allons donc de la préparation à l’institution, pour déboucher sur une troisième partie: la signification de l’Eucharistie, mystère d’amour et de Vie pour les hommes; puis une quatrième: l’enseignement eucharistique de l’Eglise, et sa lutte contre les hérésies sur le sujet, avec les conciles réparateurs. Tel est le corps central du livre, qui va donc de l’institution au fondement: la nature profonde du Sacrifice eucharistique, et sa propagation par son culte, à travers la sainte Messe et les manifestations de piété qui en découlent, telle l’adoration. A partir de là, selon l’esprit de l’Evangile, du récent Concile et de l’enseignement proche de Jean Paul II, il était naturel et nécessaire d’évoquer la pastorale de l’Eucharistie, en nous efforçant de dégager toute la richesse de vie chrétienne qu’offre le vécu eucharistique, à commencer c’est tout un programme par la sanctification de chacun de nous. Cette partie offre l’occasion de passer en revue l’histoire (succincte) de la célébration eucharistique, les manifestations surnaturelles majeures de l’Eucharistie (Paray-le-Monial, Fatima...), avec le témoignage charismatique des grands témoins, de saint Jean au bienheureux Charles de Foucauld, en passant par le saint Curé d’Ars et saint Padre Pio. C’est justement au Pasteur du diocèse de Jean-Marie Vianney, Mgr Guy Bagnard, que l’on doit la préface de l’ouvrage, et nous l’en remercions vivement.
Pour achever cette évocation, on a illustré nos propos par deux dernières parties: l’une avec un recueil des principales prières de l’Eglise, assorti d’un condensé de la doctrine des papes sur l’Eucharistie; l’autre, avec un résumé fidèle du Synode réuni sur l’Eucharistie à l’automne 2005. On y trouvera, citations à l’appui, les principales questions abordées par les Pères.
Le livre, plutôt court, se veut simple et abordable par tous. Il espère rencontrer la faveur d’un large public en reliant le grand mystère eucharistique aux nécessités urgentes du monde en crise.
Votre Maison du Parvis a accepté d’éditer ce nouveau livre, venu à son heure, parce que, faisant suite à ceux sur Jean Paul II et le Rosaire, il termine la trilogie des «trois Blancheurs». L’Editeur, à qui j’exprime une nouvelle fois ma gratitude, et moi-même, espérons que vous lui ferez bon accueil, comme aux ouvrages précédents, et que vous nous aiderez à le faire connaître. Nous vous sommes reconnaissants de votre fidélité et de votre amitié. Que le Christ-Eucharistique vous bénisse et vous comble de ses bienfaits.
Duc in altum! grâce au Christ Sauveur, réellement et perpétuellement présent en son Eucharistie!
Bernard BALAYN
Notes:
1. Dans son dernier livre «Mémoire et identité», Jean Paul II fait référence à Gaudium et Spes qui traite de «l’humanité, créée, aimée par Dieu, libérée par le Christ», venu au centre de l’histoire.
2. Ibidem, p. 39.
3. «Dieu comme Créateur a été rejeté» (ibid. p. 25).
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