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Voici un an déjà que, le samedi 2 avril 2005, à 21h 37, s’effaçait notre très aimé Saint-Père Jean Paul II, devant le monde qui, bien que préparé de longue date, l’a pleuré comme nul Pape depuis saint Pierre ne l’a été. Tous avaient le sentiment qu’un Père incomparable nous avait laissés orphelins. Mais c’était oublier la promesse de Jésus: «Je suis avec vous tous les jours... ». Après la douleur et les hommages universels, après les cérémonies d’usage, voici qu’à nouveau, à l’issue d’un court conclave, le mardi 19 avril, le Christ nous donnait un successeur, du nom de Benoît XVI.
Dans mon livre, j’ai essayé de décrire la splendeur du pontificat inégalé de Jean Paul II le Grand1, durant un quart de siècle où, avec la force des plus grands prophètes, il a comblé notre attente et porté l’Eglise à son zénith. La succession est assurément redoutable. Comment Benoît XVI ne se sentirait-il pas comme écrasé par son prédécesseur et l’ampleur de la tâche à poursuivre, s’il n’avait l’assistance promise de l’Esprit-Saint?
Comment la Barque de l’Eglise est-elle passée d’une rive à l’autre, c’est ce que nous allons tâcher de voir.
Quatre idées au moins résument un pontificat phénoménal, qui a ouvert à la fois la route du IIIe millénaire et le chemin de Benoît XVI.
Jean Paul II a assumé une paternité universelle incomparable, basée sur une conception christique, mariale et johannique de l’Amour. Un amour qu’il a répandu dans l’humanité entière par ses voyages pastoraux (comme saint Paul dont il a pris aussi le nom), ses rencontres avec tous les hommes de toutes les conditions, et sa prière «géographique» pour ceux qu’il ne pouvait voir. Penché sur toutes les misères, ses yeux dans ceux de Mère Teresa, il a vidé pour les déshérités les deniers de saint Pierre sans pour autant appauvrir l’Eglise. Venu des confins d’Auschwitz, il savait ce que voulait dire aimer et pardonner. C’est lui qui, durant le Concile, a animé la lettre de demande de pardon de l’épiscopat polonais à son homologue allemand. Aujourd’hui, après lui, un Pape allemand est sur le trône de Pierre.
Cette paternité, il l’a exercée admirablement envers ses privilégiés: les enfants et les jeunes. D’où l’épopée des JMJ... Ce sont les jeunes qui ont été les plus touchés par sa mort. Il les a tant aimés! Il faut avoir communié avec eux et lui à Tor Vergata pour le sentir avec les yeux du coeur.
Une fois monté sur le Siège de Pierre, il a intensifié et épanoui un nouveau style de gouvernement de l’Eglise que le Concile et Paul VI avaient inspiré. Il en a fait sa règle de conduite, élargissant la collégialité, multipliant les synodes2, rencontrant les épiscopats partout, visitant les Eglises, écoutant sans cesse ses confrères consacrés dans le sacerdoce. Au delà de l’Eglise catholique, il a renforcé l’oecuménisme et le dialogue interreligieux, non sans grincements. Pour lui, dialoguer, c’était encore aimer.
Mais il pensait qu’il fallait aimer dans la Vérité. Il laisse donc à l’Eglise et au monde le trésor quasi inépuisable de sa catéchèse tous azimuts, dont le Catéchisme Catholique restera à tout jamais l’ardent témoignage. Il ne séparait pas la philosophie de la théologie, l’éthique de la grâce. Son magistère pontifical est le plus prodigieux de toute l’histoire de l’Eglise. Son pastorat était universel, lui-même donnant l’exemple, se souvenant que le Pape est, avant même d’être un évêque, un prêtre: «Il y a deux ans que je suis pape, vingt ans que je suis évêque, mais le plus important pour moi est toujours le fait d’être prêtre!», s’est-il exclamé au Parc des Princes, où nous étions à vingt mètres de lui. Sa vocation était de servir. Il aura servi (en fils de Dieu et fils d’officier) jusqu’au sang, jusqu’au bout, toujours pour aimer.
Il a influé sur le cours des événements, se faisant l’apôtre inlassable de la Paix. C’est avec ce souci permanent qu’il a fait de l’homme non seulement la «route de l’Eglise», mais aussi l’avenue de la paix. Cette quête inlassable de la concorde, il l’a léguée à son successeur, qui a emprunté son nom et son programme à Benoît XV, le premier Pontife de Fatima, le Pape qui implorait la paix et auquel la Dame du Rosaire et Reine de la Paix a répondu en 1917, à la Cova da Iria, le «berceau de la paix». Homme du courage dans un monde veule («N’ayez pas peur!»), Jean Paul II a dit halte à l’injustice qui fomente les guerres, non à l’aberration communiste qui coupait anachroniquement l’Europe en deux. Par sa prière (que le Cardinal Ratzinger admirait) et sa souffrance (qui l’impressionnait), sa diplomatie ensuite, il a abattu Rideau de Fer et Mur de la honte, exercé sa médiation dans maints conflits, arrêté ou limité des guerres, libéré des otages, pardonné à son assassin, parcouru les enceintes de la Paix et de la Culture, rencontré des milliers d’hommes d’Etat, multiplié d’une manière sans précédent les nonciatures...
Pour tout dire, le legs du Pape est une incarnation de la Miséricorde divine, un sillon de lumière, un baiser d’Amour et de feu qui ne s’éteindra jamais. Son inoubliable grandeur se résume dans son Amour incandescent répandu ineffablement et qui a suspendu les châtiments divins sur une humanité en convulsions.
Apparu comme «humble ouvrier dans la Vigne du Seigneur», il a conscience de cet héritage formidable et de ce qui l’attend. En fait, c’est un pape privilégié, qui conduit à sa manière le vaisseau de l’Eglise au port, qui est celui du triomphe promis à Fatima.
Il l’est pour plusieurs raisons. Loin d’être un «poids», l’exemple de Jean Paul II est plutôt pour lui une boussole, un exemple et un stimulant. Ayant longtemps vécu dans son ombre de manière discrète mais agissante, il se réclame sans cesse de sa prophétie, de son pastorat, de son ardeur. Il a confié lui-même, dans une interview célèbre à la Pologne, qu’il entendait moins innover que perpétuer et mettre en application son enseignement extraordinaire: «J’ai pour mission essentielle et personnelle de ne pas promulguer de nombreux nouveaux documents, mais de faire en sorte que ceux du Pape Jean Paul II soient assimilés, car ils constituent un riche trésor.»
Privilégié par son expérience de vie près du saint Pontife, lequel a comme été le «laboratoire» de son apprentissage de pape.
Privilégié par les dons et les vues de Dieu sur lui. Le monde a besoin, par nos temps de tempêtes, non seulement de capitaines courageux et lucides, mais aussi de pilotes avisés pour conduire le Navire ecclésial parmi les écueils. Expert théologien, humble et pacifique, il est plus que jamais le «doux Christ de la terre» (sainte Cath. de Sienne) qui doit continuer la prophétie et montrer au monde en furie la lumière de la Vérité. Par gros temps, l’essentiel est de voir le Phare, pour s’y orienter. Il comprend bien qu’il ne le fera pas tout seul. Dans le même document, il déclare qu’il avance entre les mains de Dieu et de Jean Paul II qu’il sent très proches de lui3. Ainsi a t-il fait sienne la prière de B.-H. Lévy: «Reste avec nous, Wojtyla.»
Les dons célestes se manifestent encore par une simplicité et une disponibilité rares, sa volonté d’imiter au plus près l’exemple de son prédécesseur, tout en allant dans les voies indiquées par la Providence et les signes des temps. Et le signe contemporain majeur est de déboucher sur le grand triomphe promis à Fatima, qui sera celui du Christ, vainqueur de tous ses ennemis, comme il a été aussi prophétisé à sainte Marguerite-Marie et à notre compatriote Marthe Robin.
Fort de ses aides majeures et de la prière des chrétiens, Benoît XVI a donc repris le flambeau.
Au chapitre de la fidélité, il maintient toutes les institutions et les habitudes précédentes chères aux fidèles. Il enracine la vérité de la foi (publiant le Compendium et sa première encyclique, maintenant la catéchèse hebdomadaire et son thème); il garde les coutumes pastorales (visitant ses paroisses romaines, baptisant des enfants, s’intéressant de près aux communautés charismatiques). Il continue la saga avec les jeunes (les JMJ de Cologne). Il poursuit avec vigueur l’oecuménisme (en multipliant les rencontres et célébrant la Semaine de l’Unité) et le dialogue avec les autres religions (tels ses contacts répétés avec les instances juives); sa nationalité d’origine lui donne la grâce d’être au coeur doee l’cuménisme et lui permettra peut-être de voir enfin le retour à la pleine unité. Il affermit la défense de la paix (condamnant la violence et les guerres, stigmatisant maintes fois les horreurs du nazisme). Il revient sur les droits de l’homme (on voit son grand souci pour l’Afrique).
Au plan des gestes, il conserve de son mieux la convivialité avec ceux qu’il rencontre. Il y a donc une grande identité, une grande continuité de vues avec Jean Paul II, qui le guide, dit-il, par ses textes, son souvenir très vivant, sa présence à ses côtés.
Il imprime en même temps à son pontificat une orientation nouvelle propre à son charisme. Homme réservé, discret, de réflexion et d’intériorité, il prend un certain recul en d’autres domaines, sa santé l’obligeant aussi à ménager ses activités. Ainsi ne préside-t-il pas les béatifications et n’envisage pas de parcourir systématiquement le monde. En dehors des JMJ de Cologne programmées par son prédécesseur, il n’a décidé pour l’instant que deux visites, en Pologne, fin mai, et à Constantinople, fin novembre. Sur le plan de la piété mariale, par laquelle Jean Paul II avait enthousiasmé le peuple chrétien, celui-ci serait heureux d’en retrouver la continuité plus sentie, par exemple en gardant l’habitude de réciter en chrétienté le chapelet du premier samedi du mois. La demande de Notre-Dame du Rosaire d’incorporer à l’Eglise la dévotion des premiers samedis reste toujours à entériner. Il y aurait là un moyen puissant d’accélérer la venue tant attendue du triomphe du Coeur Immaculé de Marie.
Tous sentent néanmoins que, compte tenu de la complexité à gouverner l’Eglise, Benoît XVI fait tout ce qui est en son pouvoir pour guider le Peuple royal selon les secrets desseins de Dieu, en cette époque si douloureuse et incertaine de l’Histoire.
Sans doute faut-il assister le nouveau Pape de notre prière, qu’il a demandée, car l’Eglise, comme un navire, est l’affaire de tous. Au delà de la personne du Saint-Père, l’important, c’est bien l’Eglise, qui traverse le temps et transcende l’espace.
Benoît XVI a pris le gouvernail de la Nef ecclésiale en un moment crucial de son histoire. Comme l’a reflété le récent Synode, le christianisme est mis à rude épreuve, dans toutes les parties du monde. En Europe, il est pris en étau entre la montée de l’Islam, le déclin de la foi et la recrudescence de l’antichristianisme. Notre continent, en pleine contradiction historique, serait-il en train de scier la branche sur laquelle il est «assis»?
Soyons bien convaincus que la promesse du triomphe de l’Immaculée est réelle, même si nous ne savons «ni le jour ni l’heure». Très éprouvée en cette attente, l’humanité doit cependant, pour l’accélérer, se serrer autour des «trois blancheurs»: la Dame du Rosaire, le Pape, et l’Eucharistie plus que tout, car il est évident que le triomphe dont a parlé Marie, ne peut être que relatif à son Fils, qu’elle sert et devant qui elle s’efface toujours. Aidons le triomphe de la Très Sainte Eucharistie en écoutant Marie et en aidant avec Elle le Vicaire du Christ.
Bernard BALAYN
Notes:
1. Le journal du Vatican a repris ce titre barrant sa première page des obsèques: «L’hommage du monde entier à Jean Paul II le Grand».
2. V.nos articles sur le Synode (n° 421-422).
3. Interview donnée par le Pape à la Télévision polonaise en octobre dernier.
Littérature:
«Jean Paul II le Grand, Prophète du IIIe millénaire», par Bernard Balayn - Préface du Card. Frédéric Etsou, 864 pages + 80 pages illustrations couleurs E 30. CHF 45.
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