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Depuis plus de 20 ans le Père Gilbert Dagnon exerce la fonction d’exorciste au Bénin. Il est venu partager son expérience à Notre-Dame du Laus en 2004. Il revient en septembre en France. (Voir INFO) Aujourd’hui, il expose les portes ouvertes au malin et les armes du combat spirituel (cf. SM 416 p. 29-31).
Consciemment ou inconsciemment, l’homme peut lui-même, malheureusement, aider le démon à prendre emprise sur lui en lui ouvrant les portes. Une infestation maligne ne se contracte pas comme un rhume. Elle se prépare hélas, par des circonstances favorisantes, volontaires ou non, souvent fruit de l’ignorance spirituelle ou du manque de préparation au combat spirituel. Cependant, les circonstances ne conduisent pas nécessairement à l’infestation maligne. Il n’y a pas forcément de lien direct entre elle et le péché personnel. On peut citer quatre types d’événements éventuellement contaminants, constituant des portes d’entrée à l’infestation maligne.
Il y a en premier lieu les traumatismes ponctuels, par exemple, l’homicide volontaire ou non, la tentative de suicide, la mort brutale d’un être cher, le viol, l’avortement, un stress particulièrement important. Ce sont des portes ouvertes pour le démon. On ne peut pas dire que, nécessairement, il va entrer, mais il a plus de facilité d’entrer chez ceux-là.
Deuxièmement, les étapes psycho-affectives très prolongées: conception, viol, grossesse non désirée, tentative d’avortement, rejet d’un enfant à la naissance, mise en garde prolongée ou abandon, amour particulièrement étouffant, relations perverses, incestueuses ou sadiques, enfant martyrisé ou prostitué, constituent des portes ouvertes.
Troisièmement, les pratiques occultes, la magie noire, la sorcellerie, les sorts, les envoûtements, le spiritisme. (même le plus anodin comme de faire tourner les tables, ce n’est pas bon), les arts divinatoires, la chiromancie, la géomancie, l’astrologie, la médiumnité, et à la limite, la radiesthésie. Tout cela peut causer des portes ouvertes à Satan.
Quatrièmement, les dépendances: l’alcool, la drogue, la perversion sexuelle, les relations fusionnelles, la pratique de méditation, transcendantale ou autres, l’ésotérisme et le nouvel âge, tout cela peut causer des portes ouvertes, à l’inverse de la méditation chrétienne, qui ferme bien la porte.
Si dans son dessein mystérieux, Dieu permet au Démon de s’en prendre à l’homme, il n’entend pas cependant que celui-ci soit la victime éplorée, sans réaction ni possibilité de victoire, même retentissante, sur un ennemi aussi redoutable.
L’incarnation du Christ a inauguré son combat et celui de l’humanité contre le démon. Dès les origines, l’Eglise s’est engagée dans cette bataille qu’elle continuera jusqu’à la fin des siècles.
Premièrement, le Christ est le combat spirituel; le Christ est Dieu, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Il a par conséquent toute puissance sur le démon qui n’est rien moins qu’une créature déchue. L’un des premiers buts de la venue du Christ est de soustraire les hommes, ses frères, à la domination du prince de ce monde. Domination spoliée grâce à la chute originelle de nos premiers parents. Je cite: «C’est maintenant le jugement de ce monde, c’est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors…» (Jn 12,31). En acceptant notre condition humaine, le Christ accepte de se laisser tenter par le Démon pour nous apprendre le bien-fondé de la tentation, comment combattre l’ennemi, et nous donner l’assurance qu’en lui, le Christ, nous sommes, malgré notre faiblesse, capables de le vaincre nous aussi. Le Christ vaincra aussi le démon dans les hommes en proie à ses exactions. En vertu de sa propre puissance, rien que sa présence le met en émoi, car il a sur lui toute domination. Satan reconnaît sa Seigneurie et sait qu’il ne saurait résister à ces ordres auxquels il se soumet en toute crainte: «L’enfant était encore en chemin, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Alors, Jésus commanda à l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père.» (Lc 9,42).
Donc, le Christ lui-même a tout pouvoir. Il donne à ses disciples le pouvoir de chasser les démons: «Ceux qui auront cru en mon nom chasseront les démons» (Mc 16,17). Ce pouvoir donné par le Christ conserve toute sa valeur aujourd’hui. Aussi, le Pape Jean-Paul II n’hésite pas à proclamer: «l’Eglise participe à la victoire du Christ sur le Diable, car le Christ a donné à ses disciples le pouvoir de chasser les démons. L’Eglise exerce ce pouvoir victorieux, moyennant la foi dans l’Eglise et la prière, un pouvoir qui, dans des cas spécifiques, peut prendre la forme de l’exorcisme.»
Ce texte est capital; il replace l’exorcisme dans l’ensemble du combat et de la victoire du Christ sur le démon. L’exorcisme n’est pas un pouvoir à part, mais l’unique réalité substantielle du même combat du Christ contre le même adversaire avec une note d’intensité. Ce texte nous fait entrevoir tout aussi bien les moyens pour prévenir les attaques du démon que pour en guérir.
La pénitence et la purification de la conscience par une bonne confession. Le sacrement de la pénitence, la réconciliation, est d’une importance capitale. Il faudrait vraiment pratiquer ce sacrement davantage.
Ensuite, la communion fréquente, selon les conseils d’un bon confesseur. Communiez souvent, on est très fort contre le démon.
Troisièmement, l’imploration de la miséricorde de Dieu par le jeûne et l’aumône. Ensuite, l’utilisation judicieuse des sacramentaux, en particulier le signe de la croix bien fait, l’eau bénite, l’invocation du très saint nom de Jésus, du saint nom de Marie, l’utilisation des reliques des saints, la lecture de l’Evangile, l’invocation du précieux Sang de Jésus, la pratique sérieuse et persévérante des vertus. Voilà les moyens ordinaires pour vaincre le démon. Voilà des moyens très puissants.
Quatrièmement, les moyens de lutte contre les attaques spécifiques. Nous parlons ici de la prière de guérison intérieure, de la prière de délivrance, et de l’exorcisme. Elles correspondent, selon le cas, à la blessure intérieure, aux réactions secondaires de protection contre la souffrance. La peur, l’angoisse sont des portes ouvertes aux liens spirituels, à l’oppression, à l’obsession et à la possession.
Rappelons qu’il y a lien spirituel lorsque l’on se rend dépendant d’une situation, d’une croyance, d’une pratique négative. C’est une attache aliénante, et il faut couper ce lien.
La guérison intérieure s’adresse à une blessure intérieure, aux réactions secondaires de protection.
La délivrance concerne les portes ouvertes, la rupture du lien spirituel ou l’éloignement du Démon qui le sous-tend, l’oppression et l’obsession non purificatrice ou non victimale.
Le but de la délivrance est d’ouvrir à la conversion. S’il y a une différence entre guérison intérieure, délivrance et exorcisme, ils sont cependant inclus dans une même démarche de retour à Dieu. En fait, les situations d’attaque maligne s’impliquent souvent les unes dans les autres, de sorte que l’exorcisme, dans sa partie déprécative, peut souvent être utilisé.
De tous les croyants, le Christ a dit: «Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront des langues diverses, ils toucheront les serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera rien. Ils imposeront les mains aux malades et ils seront guéri.» (Mc 16, 17-18). Ce pouvoir est donné à tous les chrétiens. Ce texte laisse apparaître que la prière de guérison et la prière de délivrance sont des prières d’ordre ecclésial, donc pour ceux qui appartiennent à l’Eglise. Elles peuvent être pratiquées par tous les chrétiens.
Cependant, la discipline exige que ce dernier soit confirmé par l’Eglise par le ministère d’autorité, pour ne pas laisser la porte ouverte à toutes les formes de fantaisies.
Quant à l’exorcisme, en vertu d’une décision de l’Eglise, gardienne attitrée de la foi des fidèles, elle est une prière ecclésiastique, réservée aux prêtres, qui ne peut être exécutée que par l’évêque ou son délégué. Le code de Droit Canonique stipule à ce sujet: «Personne ne peut légitimement prononcer des exorcismes sur des possédés, s’il n’a pas obtenu de l’évêque du lieu une permission particulière. Cette permission ne doit être accordée par l’évêque, qu’à un prêtre qui se distingue par sa piété, sa science, sa prudence, et l’intégrité de sa vie.»
La pratique de ces ministères comporte bien des exigences. Je me permets d’en évoquer quelques-unes: l’importance dans le discernement de la considération des signes de la présence spécifique du démon, dont l’exorcisme lui-même; la foi ardente en la présence du Christ vainqueur, car c’est au nom du Christ que le combat est mené; le sens de la dimension ecclésiale de ce ministère, le but essentiel de ce ministère, la conduite du patient à la foi, sa purification, son attachement à Dieu, l’édification de l’Eglise, le sens d’une bonne collaboration à divers niveaux, l’accompagnement judicieux du patient, avant, pendant et après la délivrance, la sainteté de l’exorciste lui-même.
Le seul moyen, c’est Jésus lui-même, et c’est la foi qui fait tout, la confiance en le pouvoir vainqueur de Jésus. Ni la prière de guérison intérieure ou de délivrance, ni l’exorcisme ne sont des sacrements. Ils n’agissent donc pas «ex opere operato1» mais «ex opere operantis», quoique l’exorcisme d’une façon particulière mette le pouvoir de l’Eglise en jeu, car c’est au nom d’un mandat précis qu’il est exécuté. Si tout dépend de la foi du ministre et des participants, c’est surtout dans la soumission totale à la volonté de Dieu que la délivrance peut se produire. C’est un fait que la prière ne réussit pas toujours; il y a des cas qui demeurent irrésolus; il y a des cas où le démon chassé revient plusieurs fois à la charge; des cas où, sans quitter le patient, son action diminue notablement; il y a des personnes qui sont très vite libérées et pour de bon, dès le premier contact. Ça, c’est le mystère de Dieu!
En vingt ans, j’ai vu six ou sept personnes libérées qui semblent être devenues de véritables messagères de Dieu. Dieu permet assez souvent l’efficacité, au moins relative, de l’exorcisme ou de la prière de délivrance à distance. Certains exorcistes semblent avoir un charisme dans ce sens-là.
Il y a en cela un mystère de sa sagesse et de son amour, parfois de sa justice, comme le cas de ceux qui sont possédés par suite d’un pacte volontaire avec les démons.
Des auteurs sérieux affirment que Dieu ne permet pas, en général, la possession chez des personnes qui travaillent intensément à leur perfection, ou qui sont appelées à la contemplation et à l’union intime avec Dieu. (Mais le fait de porter sa croix est très important.)
La possession se manifeste ordinairement chez les personnes vouées volontairement ou non au démon ou qui ont fait un pacte avec lui: des innocents comme des enfants peuvent en souffrir; certains, parce que voués aux fétiches par leurs parents; d’autres par envoûtement. On trouve des personnes, des séminaristes, des novices, des religieuses qui sont malmenées pour leur amour de Dieu. Elles sont des victimes, des personnes qui souffrent de violentes oppressions ou obsessions par participation à la Passion du Christ dans un but de victimation. Il y en a aussi qui souffrent pour leur purification. Enfin, des personnes peuvent tirer avantage de leurs obsessions, ne serait-ce qu’en pratiquant un abandon total entre les mains de Dieu.
Il ressort de tout ce que nous venons de dire que le combat spirituel est quelque chose de dramatique. L’enjeu en effet en est d’une importance capitale, puisqu’il s’agit de notre salut ou de notre damnation. Nous n’avons cependant pas à avoir peur des démons car, si nous nous efforçons de demeurer dans l’amour, rien ne pourra nous séparer de Dieu: «Oui, j’en ai la certitude, ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur» (Rm 8, 38-39)
Unis au Christ et participant à sa victoire, nous devons vivre dans la confiance, la paix, l’espérance: «N’ayez pas peur, nous dit le Seigneur, j’ai vaincu le monde.» Ayons confiance!
Note:
1. Les sacrements de l’Eglise sont efficaces non par la foi seule, mais en raison même de leur accomplissement.
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