Jean Paul II:

Mais d’où lui est venue cette fécondité?

par Christian Parmantier

=> STELLA MARIS 414 SOMMAIRE

Nous rendons grâce à Dieu pour le formidable travail d’évangélisation accompli par Jean Paul II au cours des 27 ans qu’il a passés sur le Siège de Pierre et pour son cœur paternel, universel.

Comment ce jeune orphelin devenu prêtre pendant la guerre et l’occupation nazie… a-t-il réussi un tel parcours de sainteté et de bénédiction? Quel est le secret qui a permis à Jean Paul II d’avoir une telle puissance, une telle amplitude et une telle fécondité dans son ministère apostolique, au point qu’on a posé sa photo dans les cases ou les igloos les plus lointains?
Nous pouvons évoquer une élection divine “depuis toujours”, des dispositions naturelles spéciales, une éducation familiale modèle, des amitiés et des expériences marquantes de jeunesse et bien sûr, les grâces d’état liées à ses différents âges et ministères. Beaucoup reçoivent tout cela, mais ils ne sont pas parvenus à atteindre la fécondité de ce Bon Pasteur. Qu’avait-il donc de plus?
Nous ne pouvons nous empêcher de penser à ce que prophétise Louis-Marie Grignion de Montfort, dans le Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie ainsi que dans Le Secret de Marie, et constater que Karol Wojtyla a repris pour devise épiscopale: TOTUS TUUS.
«L’âme fidèle à une grande grâce fait une grande action. Le prix et l’excellence de la grâce par Dieu et qui est suivie de l’âme fait le prix et l’excellence de nos actions. Alors, comment trouver un moyen facile pour obtenir de Dieu la grâce nécessaire pour devenir saint?» Le Père Grignion de Montfort affirme que pour trouver la grâce de Dieu, il faut trouver Marie, parce qu’elle est la seule qui ait trouvé grâce devant Dieu, parce que c’est elle qui a donné l’être et la vie à l’Auteur de toute grâce, si bien qu’elle est appelée Mère de la Grâce, parce que le Père, source de toutes grâces, en lui donnant son Fils, lui a donné toutes ses grâces, parce qu’il l’a choisie comme intendante de ses biens et que toute grâce passe par ses mains1…»
Alors qu’il travaillait sur un chantier de l’usine chimique Solvay, afin de gagner sa vie et d’échapper à la déportation en Allemagne, Karol Jozeph Wojtyla s’interrogeait sur la place et le rôle de Marie dans le mystère du salut et dans sa vie. Son Père spirituel lui remit alors le Traité de la Vraie Dévotion à la Vierge Marie. Ce sera pour Karol une révélation. Ecoutons son témoignage:
«La lecture de ce livre a marqué dans ma vie un tournant décisif, bien qu’il s’agisse d’un long chemin intérieur qui a coïncidé avec ma préparation clandestine au sacerdoce. C’est alors qu’est tombé entre mes mains ce traité si singulier, un de ces livres qu’il ne suffit pas d’avoir “lus”. Je me rappelle l’avoir porté longtemps sur moi, même à l’usine de soude, si bien que sa belle couverture était tachée de chaux. Je restai assez longtemps aux prises avec ce traité. Je l’étudiai en profondeur, du début jusqu’à la fin, en revenant de nombreuses fois sur certains passages. Je me suis aperçu bien vite qu’il s’agissait de quelque chose de fondamental. Il s’est ensuivi que la dévotion de mon enfance et même de mon adolescence envers la Mère du Christ a fait place à une nouvelle attitude, une dévotion venue du plus profond de ma foi, comme du cœur même de la réalité trinitaire et christologique…»
Convaincu par les arguments présentés dans ce Traité, le jeune Karol suit le conseil de l’auteur: il change de technique. Au lieu de cultiver son âme en se servant de sa science, de sa force, et des outils dont ils disposent, comme le ferait un tailleur de pierre, «tâche longue et difficile, sujette à beaucoup d’accidents», il utilisera désormais la technique du moule: «Tâche bien plus facile, pourvu que le moule soit parfait et la matière docile et maniable.
Et ce Moule est bien parfait: «fait par le Saint Esprit pour former au naturel un Homme-Dieu par l’union hypostatique, pour former un homme-Dieu par la grâce», c’est Marie. «Ce moule recèle tous les traits de la divinité; quiconque y est jeté et s’y laisse manier reçoit tous les traits de Jésus-Christ d’une manière douce, sans beaucoup d’efforts ni de travail, sans crainte d’illusions.»
La donation totale à Marie s’imprime chaque jour plus profondément dans le cœur de Karol: «Je suis tout à toi, Marie, et tout ce que j’ai est tien. Je te reçois en tout ce qui est mien. Prête-moi ton Cœur, Marie.» Il se “coule” dans le moule qu’est Marie pour renaître icône de Jésus-Christ. Il se fait “matière docile et maniable” entre les mains de sa sainte Mère pour que le Christ vive en lui.
Devenu évêque, sa devise toute vécue: «Totus tuus», s’impose et s’exprime dans la simplicité évangélique de son blason épiscopal avec le M de Marie au pied de la † Croix.
Le motif qui a produit la différence spécifique du Saint-Père: géant de l’Amour de Dieu, géant de l’Espérance, géant de la Foi, donc géant de l’histoire et géant des droits de l’homme… nous le trouvons dans ces paroles de saint Louis-Marie: «Oh! qu’il y a de différence entre une âme formée en Jésus-Christ par les voies ordinaires de ceux qui, comme les sculpteurs, se fient à leur savoir-faire et s’appuient sur leur industrie, et entre une âme bien maniable, bien déliée, bien fondue et qui sans appui sur elle-même, se jette en Marie et s’y laisse manier à l’opération du Saint Esprit! Qu’il y a de tâche, qu’il y a de défauts, qu’il y a de ténèbres, qu’il y a d’illusions, qu’il y a de naturel, qu’il y a d’humain dans la première âme; et que la seconde est pure, divine et semblable à Jésus-Christ!2»
Et encore: «Heureuse, mille fois heureuse est l’âme ici-bas à qui le Saint Esprit révèle le secret de Marie pour le connaître; et à qui il ouvre ce jardin clos pour y entrer, cette fontaine scellée pour y puiser et boire à longs traits les eaux vives de la grâce!… Il n’y a point de lieu où la créature puisse le trouver plus proche d’elle et plus proportionné à sa faiblesse qu’en Marie, puisque c’est pour cet effet qu’il y est descendu… En Marie, il est le pain des enfants.3»
Le 23 avril 1963 dans un discours aux prêtres de Czestochowa, Mgr Wojtyla confesse et enseigne ce qu’il vit: «Dans la parfaite dévotion à la Vierge, que saint Louis-Marie Grignion définit comme “esclavage”, il est important de bien connaître Marie, de se lier à elle, par la pensée, par la volonté et par le cœur, pour que l’homme baptisé soit parfaitement modelé à la ressemblance du Christ, à l’appartenance totale, dans le Christ, au Père éternel4.»
La parfaite pratique de la vraie dévotion à Marie consiste «à se donner tout entier, en qualité d’esclave, à Marie et à Jésus par elle; ensuite, à faire toute chose avec Marie, en Marie, par Marie et pour Marie.5»
Comme à chaque souffle de sa vie, après sa trachéotomie, Jean Paul II écrit: «Qu’est-ce que vous m’avez-fait? Totus tuus, Maria!» Un pape devenu sans voix, mais totalement en paix, parce que abandonné, confiant en sa Mère. Et, dans ses dernières paroles, il encourage son entourage attristé par ses ultimes souffrances: «Je suis joyeux; vous aussi, soyez joyeux!» Autre signe de son abandon filial, le vendredi 1er avril, lorsque l’on a averti le pape de la gravité de la situation dans laquelle il se trouvait, il a demandé s’il était expressément nécessaire d’aller à l’hôpital. On lui a répondu que non, puisqu’il disposait d’une assistance complète. Alors, il a décidé de rester dans son appartement.
Saint Louis-Marie Grignion précise: «Ce n’est pas pour autant que celui qui a trouvé Marie par une vraie dévotion soit exempt de croix et de souffrances, tant s’en faut; il en est assailli plus qu’aucun autre, parce que Marie, étant la Mère des vivants, donne à tous ses enfants des morceaux de l’Arbre de vie, qui est la Croix de Jésus, mais c’est qu’en leur taillant de bonnes croix, elle leur donne la grâce de les porter patiemment et même joyeusement; en sorte que les croix qu’elle donne à ceux qui lui appartiennent sont plutôt des confitures ou des croix confites que des croix amères; ou s’ils en sentent pour un temps l’amertume du calice qu’il faut boire nécessairement pour être ami de Dieu, la consolation et la joie que cette bonne mère fait succéder à la tristesse, les animent infiniment à porter des croix encore plus lourdes et plus amères.6» C’est tout Jean Paul II.

Un modèle pour tous les consacrés à Marie

Nous l’avons vu, la force extraordinaire qui soutenait Jean Paul II, c’était sa consécration à Marie, son abandon total, sa confiance filiale éprouvée et vérifiée (13 mai 1981…), qui lui ont permis d’aller jusqu’au bout, en entraînant dans son sillage des millions d’âmes.
Devenu pape, le Saint-Père a consacré à diverses reprises les hommes et les nations au Cœur Immaculé de Marie, invitant les fidèles à préparer le triomphe du Cœur Immaculé de Marie en se donnant à elle par la Consécration.
En Jean Paul II, Dieu et Marie ont été glorifiés. A travers son serviteur, Marie a éminemment réalisé le triomphe de son Cœur Immaculé. Derrière lui, la véritable génération Jean Paul II, les papa-boys… sont à leur tour invités à prononcer et à expérimenter le Secret de Marie, le “Totus tuus”.
Maintenant, nous pouvons (re)lire la vie de Jean Paul II à travers le traité de la Vraie dévotion à la Sainte Vierge. Il s’est tellement approprié ce «secret révélé particulièrement aux pauvres et aux simples» qu’il en est devenu la meilleure illustration, l’exemple vivant, pour chacun des enfants de Dieu, des plus petits aux plus grands, du vagabond au Cardinal. Chaque page du Traité nous parle de lui; on pourrait presque dire que Grignion de Montfort a comme écrit l’histoire de son âme, sa biographie intime deux-trois cents ans auparavant!
Consacrés à Marie, mettons à profit ce temps de grâce pour relire ce Traité ou ce Secret de Marie et en vivre pleinement. Nous irons plus vite, plus loin, nous serons plus constants. Dans le sillage de Jean Paul II, nous avancerons au large vers la civilisation de l’Amour et le triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

Christian Parmantier


Littérature:
«Traité de la Vraie Dévotion à la Vierge Marie», 208 pages, 11x18 cm E 4.15 CHF 6.70
«Le secret de Marie» 48 pages, 11x18 cm Euro 2.30 CHF 3.70
«Œuvres complètes de saint LMGM» 1906 pages, 11x17,5 cm, relié E 42.70 CHF 68.–

Notes:
1. Cf. Le Secret de Marie, n° 6-15.
2. Id. n° 18.
3. Id. n° 20.
4. Jean Paul II le Grand, page 81
5. Id. n° 28.
6. Id. n° 22.

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