Le mystère de la consécration 3e partieSe consacrer à MariePar Bernard BALAYN=> STELLA MARIS 412 SOMMAIRE |
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Si le monde avait appliqué les pages lumineuses de saint Grignion de Montfort sur la consécration, écouté l’appel de la Dame du Rosaire, et suivi l’exemple actuel du Pontife du Totus Tuus, il y a beau temps que cette consécration des personnes et des peuples accomplie solennellement le 13 mai 1982, puis le 25 mars 1984 aurait eu ses pleins effets et que le triomphe promis serait déjà arrivé. Le retard est dû à nos doutes, à notre indifférence, à notre nonchalance. Mais il n’est pas, il n’est jamais trop tard pour réagir. Mettons la cognée à la racine de l’arbre.
Le fait de la consécration. Avant de songer à Marie, il faut se persuader de plusieurs choses.
La première est de prendre conscience de l’origine et de la nature de la consécration, relative à Dieu seul, comme il a été dit. Une consécration qui est une fusion en lui, telle que la Vierge l’a vécue.
La deuxième est sa nécessité, à cause de l’état d’apostasie du monde. Satan veut nous perdre, Dieu, nous sauver. L’arme absolue du salut est la consécration à Dieu. Qui peut mieux nous aider que Celle qui fut toujours intimement unie au divin?
La troisième est son urgence. Le Pape répète sans cesse: «Le monde a besoin de conversion.» Partout, l’on entend dire: «Le monde ne peut continuer ainsi.» Les appels marials sont toujours ceux de la conversion.
La quatrième est sa possibilité. Il ne faut pas sombrer dans le désespoir, fils du doute. Jésus nous dit: «Je ne suis pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades. Je suis venu sauver ce qui était perdu.» Marie nous a donné à Cana une immense espérance: «Faites tout ce qu’il vous dira.» Par ailleurs, contrairement à ce que pensent certains esprits étroits, si Dieu et Marie demandent la consécration à son Cœur immaculé, c’est qu’elle est effectivement possible, comme on l’a vu la dernière fois. Voyons-en à présent la justification.
Pourquoi se consacrer à Marie? Parce que Dieu l’a décidé; il s’agit de son plan. Lequel concerne d’abord la Trinité, qui a voulu être glorifiée en ses trois Personnes par la consécration exemplaire de Celle qui a d’étroits rapports avec chacune d’elles. Le Père, après l’échec de son premier plan, veut réussir le second. La pièce maîtresse de ce plan est Jésus; l’ouvrière, le chemin, c’est Marie. Tous deux, en osmose parfaite, ont sublimement accompli le projet divin: «Heureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur!» s’écrie saint Paul. «Heureuse est ta Mère!» crie une femme du peuple à Jésus. «Heureux plutôt celui qui met mes paroles en pratique», lui répond-il, en pensant à sa Mère, qui seule, s’est consacrée à lui de façon parfaite. Si donc le Christ est venu par elle, nous devons renaître par elle.
C’est cela qu’il faut bien saisir: l’homme est mis sur terre pour faire la volonté de Dieu, comme seuls Jésus et sa Mère ont su le faire. Et l’accomplissement de cette volonté, de ce plan, passe par la consécration, dont Marie, en tant que créature, est le prototype à la fois le plus magnifique, le plus simple, le plus proche, le plus accessible, le plus encourageant. La parole de l’ami du Curé d’Ars est ici plus vraie que jamais: «La où les saints passent, Dieu passe avec eux.»
Alors, il ne s’agit pas de faire notre petit plan à nous, de suivre, en ordre dispersé et inefficace, nos petites et étroites combinaisons, mais de coopérer humblement et délibérément au plan commun établi par notre sage Créateur et Sauveur. Et le plan suprême de Dieu est de Le glorifier par cette coopération que permet à la perfection notre consécration délibérée.
En effet, comme le montre Montfort, si le baptême est notre consécration première, il est une donation au seul Christ, sans intervention de la volonté de l’enfant, ni l’invocation expresse à Marie. Tandis que la consécration accomplie, faite à l’état adulte, requiert la réflexion et la volonté et peut se faire non seulement à Jésus, mais à lui par Marie.
Et c’est là que nous touchons au choix de la Vierge par Dieu.
Il convient de se consacrer à Elle parce qu’elle est le moyen «le plus parfait, le plus aisé, le plus court, le plus sûr» (Montfort). Le premier moyen éclaire les autres. «Chemin» le plus parfait parce qu’emprunté par le Christ qui est Dieu, qui lui a donné de réaliser une consécration parfaite. Son incarnation est le point de rencontre de deux consécrations. Si Jésus a choisi la voie idéale, quelle autre pourrions-nous prendre?
La deuxième raison a rapport à son Fils. Le plan de Dieu exige que nous soyons sauvés par le Fils, mais en ayant recours, comme Lui, aux bons offices de la Co-rédemptrice, à cause de son élection, de ses souffrances, de ses mérites, bref, à cause de son rôle unique dans l’économie de la rédemption. Si nous renaissons dans le Christ par Marie, nous devons revenir au Père par lui et par elle.
Il nous faut approfondir la perfection de consécration de notre Mère. Marie n’a pas vécu selon le monde, mais selon Dieu. Aucun éclat extérieur, cependant une union intérieure éblouissante au Christ, invisible pour les hommes. Elle n’a existé que par lui, pour lui, avec lui, et en lui, s’oubliant totalement elle-même: «Quiconque perdra sa vie [passagère et périssable] pour moi, trouvera la Vie éternelle.» Dans la perfection de sa donation, elle ne désirait en effet rien d’autre que de se perdre en Dieu, comme un fleuve dans l’océan. C’est cela, le sommet de la consécration: de même que la goutte d’eau se noie dans le vin à l’offertoire, la consécration du vin entraîne celle de la goutte d’eau que nous sommes, et toute notre vie, à l’image de Marie, la première consacrée du Christ, en est irradiée.
La Vierge s’est consacrée par un extraordinaire désir d’amour, vivant d’avance la parole de son Fils: «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.» Se consacrer à Marie, c’est imiter sa consécration à Dieu; c’est se donner et s’abandonner à elle, s’immerger et se fondre en elle, s’en remettre en tout à elle, pour qu’elle puisse nous configurer au Christ, et lui nous configurer à son Père: «Vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.» Le consacré ne fait plus rien de lui-même; c’est sa Mère qui le fait: il est devenu vraiment son enfant. L’orgueilleux n’avance pas mais recule. Jésus lui dit: «Vis dans le monde, mais ne sois pas du monde.» Autrement dit: convertis-toi, consacretoi. Celui qui se laisse porter par Marie permet à la grâce dont elle est remplie d’opérer dans son âme. Et plus la personne vit sa consécration, plus la grâce opère et sa sanctification augmente pour le bien de l’Eglise. Tel est le sommet absolu de la consécration exprimé par l’Apôtre des nations: «Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ en moi.» Cet idéal est vécu dans l’Eglise par le sacerdoce où le prêtre n’agit plus qu’in persona Christi; ainsi que dans la vie religieuse. Et les laïcs, pour qui nous parlons plus spécialement, les imitent, dans la mesure de leur vie dans le siècle.
Il n’y a pas d’autre et de meilleur moyen d’aller à Dieu que par la Vierge. Un saint religieux disait: «Toutes les faveurs accordées par les saints, passent par les mains, c’est-à-dire par le cœur de Marie; tous les saints réunis n’ont aucun pouvoir sans elle et autant qu’elle.» On comprend que sa consécration, constituée par ses hautes vertus, à commencer par son humilité, ait plu au Très-Haut; c’est pourquoi il l’a exaltée. Car la consécration est le contraire du plan d’asservissement de Satan. Celui-ci règne en maître pour autant que Dieu le permette parce qu’il a détaché, déconsacré gravement l’homme de Dieu. Marie fait le contraire. Partie à la recherche des pécheurs, elle les transfigure en Lui en les formant à la consécration, puisqu’elle est la mieux consacrée des créatures.
Ce travail d’enfantement, elle l’accomplit en inspirant les bonnes œuvres qui sanctifient; la prière, qui unit l’âme à Dieu; le sacrement de réconciliation; celui de la communion qui donne la vraie vie et qui couronne la consécration. Laquelle est un véritable programme de vie qui s’intègre dans le plan divin évoqué plus haut.
Pour être vraie et efficace, la consécration doit être totale, comprendre toute la personne, être vécue en acte ou en désir de manière illimitée, irrévocable, jusqu’au martyre s’il le fallait. Comme le dit Montfort, elle est un «esclavage», mais un esclavage d’amour, le contraire de la possession diabolique. Elle a un caractère oblatif, de gratuité, de générosité, et engendre la vraie joie, la paix, la sérénité de l’âme. Ce caractère d’amplitude extrême l’unit à la consécration du monde sacerdotal, de Marie, des anges et des saints. Elle élargit la Communion ecclésiale qui est un échange entre la terre et le ciel. Et il est clair aussi que la consécration requiert une contrepartie qui en consigne tout l’engagement et lui donne toute sa valeur: la souffrance. Souvenons-nous de la réponse de Jésus à la mère des fils de Zébédée qui ambitionnait des places: «Pourront-ils boire la coupe que, moi, je vais boire?»; du caractère inéluctable et universel de l’épreuve pour toute ascension: «Qui veut me suivre, qu’il porte sa croix!». Et s’il n’y a pas eu d’exception pour Marie, la Mère des Douleurs, y en aurait-il pour nous?
Au niveau personnel, le premier effet de la consécration est donc l’union intime de l’être total à Dieu par Marie, dans le respect de la liberté qui opère et justifie le meilleur choix. La consécration à l’Immaculée nous revêt de son manteau virginal (que l’on pense ici au saint scapulaire), de sa sainteté, de sa beauté, car elle nous immunise contre le péché, germe de la dé-consécration, de tout mal.
Au niveau ecclésial, le prêtre devient un alter Christus, pour les brebis du Sauveur. Sa consécration à la Vierge l’aide à accomplir sa tâche difficile, comme la Mère a accompagné son fils jusqu’au bout. Si le pasteur d’âmes se laisse conduire par la «Femme sacerdotale» (J. P. II) et vit sa consécration aussi en elle, il ne craint rien, et son troupeau ne redoutera pas le Loup.
Au niveau de la famille humaine, la consécration permet à Celle qui est «plus mère que reine» (sainte Thérèse) de réaliser la vocation élargie à laquelle le Crucifié l’a appelée, quand il lui a dit: «Femme, voici ton fils», désignant en saint Jean, non seulement les prêtres mais aussi toute l’humanité. Car la seconde mission de la Vierge est d’enfanter des fils au Christ, de les conduire à Lui, en les sanctifiant, à l’aide du Saint-Esprit, pilier de toute consécration.
Celle-ci conduit enfin à son but ultime rappelé au début: la glorification de la Trinité dont Marie est la triple participante. «Tu nous as faits pour Toi, ô mon Dieu!», clame saint Augustin; et «La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant», précise saint Irénée. L’Eternel veut que l’univers entier publie sa gloire, à commencer par Marie, sa merveille, les anges fidèles, les élus et nous qui sommes encore en marche, indécis sur notre destinée. La gloire que Dieu veut, c’est le salut de l’homme qui lui permet ainsi de reconnaître, de publier la grandeur et l’amour de son Créateur. Et comme Marie est le chef-d'œuvre de cette Création, la consécration de l’humanité à son Cœur immaculé de Mère est la condition optimale de la communion de l’univers créé soumis et offert en Marie, au Christ et au Père. Autrement dit, par la consécration générale, la Vierge récapitule toute l’humanité et l’offre au Rédempteur pour l’amour et la consolation du Créateur. Car c’est à Marie qu’au Calvaire Jésus a remis le sort de cette humanité; elle a été constituée par les mérites du Sauveur trésorière de toutes les grâces et nul ne peut aller à la Source sans passer par le Canal, Marie. Pour terrasser l’Adversaire, la Mère a besoin de tous ses fils. Et si ces fils l’écoutent, la comprennent et l’aiment, ils feront un bon usage de leur liberté et lui obéiront en se consacrant à son Cœur virginal, sans quoi elle ne peut vaincre, car c’est Elle qui doit écraser la tête du Serpent; c’est dire l’importance extrême de la consécration à Marie dans le plan de Dieu.
Certes, à cause des mystères de la liberté et de l’iniquité, le monde ne se consacrera pas tout entier, mais il suffit tellement la miséricorde divine est magnanime et les mérites de son Fils infinis qu’un certain nombre fasse la consécration demandée; c’est la trame de l’histoire d’Israël: la supplication d’Abraham, la prière d’Abel, la confiance de Noé, le courage de Judith, la soumission d’Esther, bref, ce que l’Ecriture appelle en Sophonie «le petit reste». Mais encore faut-il qu’il existe et se manifeste. C’est ce que le Christ résume d’un trait fulgurant: «Soyez le sel de la terre; si le sel perd sa saveur, avec quoi le salera-t-on?… Soyez la lumière du monde; elle n’est pas faite pour être mise sous le boisseau; mais on la met sur un chandelier et elle éclaire tout le monde. Que votre lumière brille à la face des hommes, afin qu’en voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux» (Mt 5, 13-16).
Ce prodige qui réjouit le Coeur de Dieu, c’est la consécration au Coeur de sa Fille bien-aimée. Que le vécu du Totus Tuus du Saint-Père, rappelé encore une fois à Massabielle en ce 14 août 2004, nous soit un exemple de cette merveilleuse espérance, si nous voulons hâter le triomphe de ce Coeur Immaculé.
Bernard BALAYN
Ouvrages conseillés:
«Le Rosaire, Arche du Salut» par B. Balayn, 278 p. + 8 p. d'illustr., 14,5x22 cm Euro 17. CHF 26.
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