«Guérissez les malades» (Mt 10,8)

par René Lejeune

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Jésus est le grand thaumaturge: il guérit toute maladie, tant celles des corps que les maladies de l’âme: «Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades de toutes sortes les lui amenèrent; et lui, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait.» (Lc 4,40)
Et à ses disciples, il donne le pouvoir de «guérir toute maladie et infirmité» (Mt 10,1) Ce pouvoir n’est pas limité dans le temps; il vaut pour aujourd’hui autant qu’il valait du temps de Jésus, qui a lié les ministères de l’annonce de l’Evangile et celui de la guérison des malades: «Il les envoya proclamer le Règne de Dieu et faire des guérisons.» (Lc 9,2)
Et saint Jacques décrit la manière dont les disciples suscitent la guérison: «Quelqu’un parmi vous est-il malade? Qu’il appelle les presbytres (anciens) de l’Eglise et qu’ils prient sur lui après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera. S’il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés» (Jc 5,13-15).
Ce texte est à la base du sacrement des malades et des saintes huiles. Prenons la Parole de Dieu pour ce qu’elle est: Vérité inaltérable. Ce sacrement des malades est efficace, il faut l’administrer aux malades et non pas seulement quand un malade est mourant. Le Concile rappelle l’existence de ce sacrement et demande qu’on le mette au service des malades. En réalité, tous les sacrements sont sacrements de guérison, car dans chacun d’eux Jésus se communique à nous avec amour, Jésus étant plénitude de vie, il est résurrection. Il est la Vie.
Pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus, le bon disciple se rend d’abord là où il y a des gens qui souffrent. L’Esprit Saint pourra ainsi utiliser nos yeux, nos mains, nos paroles pour pénétrer jusqu’au cœur des malades. Il ne faudra alors pas douter que Jésus revêt chacun de nous, en une telle circonstance, de la puissance de sa Parole pour les faire renaître à la vie et opérer la guérison. N’oublions pas que lorsque Jésus envoie un disciple pour évangéliser, il unit toujours ces deux ministères: l’annonce de la Bonne Nouvelle et la guérison des malades.
La guérison du malade est l’un des signes qui vient donner de la crédibilité à la Parole de Dieu: «Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles… Ils imposeront les mains à des malades et ceux-ci seront guéris» (Mc 16,17-18). Et il faut utiliser ces signes chaque fois qu’une occasion se présente. Ne pas hésiter quand on se trouve face à un malade. Laisser alors l’Esprit Saint pénétrer en nous et agir. Nous ne sommes que son instrument.
Ne pas hésiter non plus à donner la communion au malade. Reçue avec foi et ferveur, elle se manifeste très souvent comme sacrement de guérison physique autant qu’intérieure.
A Lourdes, pendant la procession du Saint Sacrement, Jésus, présent dans l’Eucharistie, passe au milieu de son peuple, comme il passait au cours de sa vie publique sur les chemins de Galilée. Il y a des témoignages bouleversants de guérisons survenues au moment de la procession. La présence vivante de Jésus dans l’Eucharistie est source de guérison physique, de guérison intérieure, de libération.
Le Père Emiliano Tardif raconte l’épisode suivant: Un jour, un homme esclave de l’alcool, et qui souvent demandait des prières pour arrêter de boire, n’en pouvait plus; il est allé à la chapelle d’adoration des «Serviteurs du Christ vivant», ouverte toute la journée, et s’est agenouillé devant le Saint Sacrement. Puis il dit: «Seigneur, je viens déposer mon fardeau entre tes mains. Je n’en peux plus, libère-moi de l’alcool.» Et il mit tout son cœur dans cet appel angoissé, en pleurant abondamment. En rentrant chez lui, il sentit qu’il était guéri. Et depuis, six ans ont passé, il n’a plus pris une goutte d’alcool. Il a été désintoxiqué par la présence vivante de Jésus en lui depuis cet appel qui l’a libéré.
Le Père Tardif était un excellent relais de transmission du pouvoir de guérison, du ministère de guérison qu’il exerçait avec succès et conviction.
Un jour, durant la messe de clôture d’un rassemblement de 45’000 personnes à Beyrouth, il y eut parmi les malades guéris sept musulmans. Après leur guérison, ils ont demandé à entrer dans l’Eglise catholique après avoir reçu le baptême.
Une autre fois, prêchant devant une vingtaine de milliers de fidèles, à Monterrey, au Mexique, avant de donner la communion à une maman qui portait dans ses bras un garçonnet de deux ans, il donna un baiser à l’enfant. Celui-ci était sourd de naissance. Et voici qu’il fut instantanément guéri.
On souhaiterait qu’il y eût, parmi les chrétiens, de nombreux vecteurs de guérison de malades semblables au Père Emiliano Tardif.
Peut-être est-ce parce que nous ne demandons pas suffisamment, ou pas avec assez d’insistance au Seigneur d’intervenir dans telle maladie ou infirmité. Marthe Robin, la stigmatisée de Châteauneuf-de-Galaure, qui à 23 ans, a rédigé un acte aux termes duquel elle s’abandonnait totalement à Dieu, disait: «Il faut oser demander beaucoup à Dieu dans le domaine de la guérison comme dans celui du témoignage de l’amour de Jésus; notre monde en a besoin. Quant au miracle, ce sera bientôt l’heure de Dieu.» Le procès de béatification de Marthe Robin est en cours depuis 1991.
Le charisme de guérison a été particulièrement remis à l’honneur par le Renouveau charismatique au cours des années 70 et 80.
Pour qu’il puisse se manifester, le charisme de guérison exige de celui qui l’exerce, qu’il vive saintement d’une vie plus intériorisée, en s’appuyant au possible sur une communauté religieuse ou même familiale. Il exige également une vie sacramentelle intense, spécialement dans le sacrement de l’Eucharistie ainsi que dans celui de la réconciliation, hélas bien négligé de nos jours. Il est bon également d’avoir un conseiller spirituel qui vous aide dans le cheminement à travers les récifs de la vie. Il ne faut pas oublier que quelqu’un exerçant le ministère de guérison doit affronter des combats spirituels, comprenant des tentations spécifiques déclenchées par le Tentateur en vue de faire échouer ou diminuer l’impact de ce ministère de guérison. Et il se sert des tentations de l’orgueil, de la lassitude, du découragement. Aussi faut-il rester attentif à ce que dit l’Esprit Saint au cœur, rester à l’écoute de l’Esprit Saint qui nous révèle qui le Seigneur veut vraiment commencer à guérir. Cela relève de la dynamique du charisme de foi.
Le charisme de guérison exige également la croissance continue dans l’amour de Jésus, croissance sans limite. Pour cela, la fidélité dans la lecture et la mise en application de l’Evangile, Parole de Dieu, est indispensable. Se nourrir littéralement chaque jour de cette Parole.
Enfin, il faut faire revivre en nous les sept dons du Saint Esprit, particulièrement celui de la force, qui règle en nous, ou aide en nous, la vie d’union à Jésus en y faisant naître et se développer la vie mystique qui se manifeste par la joie, la louange et l’adoration.
Etre ministre de la guérison ou tenter de le devenir, c’est avant tout devenir accueillant à l’œuvre du Saint-Esprit à travers nous. Il intercède en nous, en nous plaçant entre le malade et Dieu, l’amour de Dieu, l’amour de Jésus. Intercéder, du latin intercedare: «placer entre».

«Il les envoya ensemble…»

«Ayant réuni les Douze, Jésus leur donna puissance et autorité sur tous les démons et il leur donna de guérir les maladies. Il les envoya proclamer le Règne de Dieu et faire des guérisons» (Luc 9,1-2).
Plus la foi du chrétien est vivante, plus il prend conscience qu’il a «puissance et autorité» sur tous les démons. Et qu’il a le charisme de guérison. C’est une question de prise de conscience, dès lors que l’Evangile nous l’enseigne. Et plus il prend conscience de cela, plus il doit «revêtir l’homme nouveau». Cet acte exige de vivre dans la prière et sans arrêt revenir à la croix. Il exige également de se mettre à l’écoute de celui ou celle que nous demandons à Jésus de guérir. Avoir un cœur d’écoute, un esprit d’écoute, exactement comme le Seigneur nous écoute. Pour cela, il faut mourir à soi-même, sans quoi l’écoute de l’autre n’est pas possible, sinon l’autre s’ouvre dans le vide. Il faut qu’il se sente compris et accueilli. Il s’agit là de la dynamique de l’amour, non pas d’un amour humain, mais de l’Amour divin. Sinon, «cela ne me sert de rien» (1 Co 13,3).
On cite le cas d’une femme qui pendant des années courait d’un thérapeute à l’autre, ne sachant pas d’où venaient sa peine et sa douleur. Finalement on a découvert que sa mère voulait avorter pendant qu’elle la portait en son sein. Ayant découvert l’origine de sa douleur, elle put désormais la présenter à Jésus, laisser le Seigneur agir en elle et lui apporter le pardon envers sa mère. Il en est de même de la petite enfance qui est à l’origine de bien des traumatismes vous poursuivant toute votre vie.
Une fois que l’on a compris, il faut aller au-delà pour arriver à la volonté de guérir; il faut demander instamment à Jésus de nous guérir. Pour cela, il faut faire ce que Jésus a dit de Lazare qu’il venait de ressusciter: «Déliez-le et laissez-le aller.» Nous sommes liés par tant de choses, tant de liens qui nous immobilisent, qui nous meurtrissent. Détecter ces liens et nous en débarrasser nous délivre et nous rend la joie et la paix.

Guérison et évangélisation

La guérison est souvent un signe accordé par l’Esprit Saint pour réveiller, interpeller les gens sur la présence de Jésus, ici, au milieu de nous; pour nous interpeller sur la présence de Jésus, pour confirmer que ce qui est enseigné est vrai. Les signes de guérison physique relèvent de la pédagogie de Dieu pour nous sensibiliser et nous faire comprendre que Jésus est vraiment au milieu de nous quand et parce que nous le prions. C’est lui qui nous invite à nous réunir et prier pour une guérison; il confirme ainsi que ce qui est annoncé est vrai. C’est vraiment une pédagogie de Dieu.
Aussi ne faut-il surtout pas interpréter les signes de guérison comme quelque chose de sensationnel qui relève du spectacle. Dieu aime la dynamique des signes, celle des guérisons en particulier qu’il veut accorder à une assemblée, un groupe, une famille, à des incroyants même, à des gens égarés sur de mauvaises voies, un signe pour manifester la présence de Jésus et manifester que ce qui est annoncé est vrai.
Tant d’hommes souffrent de l’absence apparente de Dieu, alors que c’est à l’homme de rejoindre la présence de Dieu. Les signes des guérisons accordés par l’Esprit Saint sensibilisent à la présence de Dieu et à la vérité de la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus-Christ. Nous cheminons ici-bas dans la foi, dans une apparente absence de Dieu, et non pas dans la vision de Dieu qui abolirait la foi. Or celle-ci a son aspect d’obscurité, elle est difficile à vivre au jour le jour tant qu’à force de prier le Dieu de consolation, les signes deviennent non pas superflus, mais non indispensables. Cependant ils nous indiquent le chemin.
A côté de l’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu présent et manifesté en Jésus, celui-ci a guéri tous ceux et celles qui venaient vers lui, ou que l’on apportait vers lui.
Etre guéri, de nos jours comme du temps de Jésus, c’est faire l’expérience de la tendresse de Dieu et de sa miséricorde. Faire avant tout l’expérience que Dieu m’aime personnellement, que son amour n’est pas global et collectif. Et c’est là une découverte capitale, facilitée par une guérison pour laquelle on a prié. De là à la guérison du cœur, à la conversion, il n’y a qu’un pas. En somme la guérison physique pour laquelle on a prié devient le tremplin d’un nouveau cheminement dans la foi et surtout dans la certitude que Dieu m’aime, moi personnellement. C’est une puissante amorce pour changer de vie et devenir un témoin qui témoignera toute sa vie de l’action, de la puissance d’amour de Jésus pour lui. Surtout si la guérison physique est accompagnée par la guérison spirituelle.

***

L’Evangile n’est pas du domaine des belles et bonnes paroles que l’on peut croire plus ou moins et laisser ce qui ne nous convient pas. Il est Parole de Dieu, immuable, éternelle. Il nourrit notre foi. L’Evangile nous guide à travers la vie. Et sur ce chemin, Dieu veut notre bonheur. Il y contribue par la guérison, s’il n’y a plus d’autre voie pour nourrir la foi. Et tout disciple de Jésus a reçu le pouvoir de guérir les malades. Certains l’ont eu à un point tel qu’il est devenu un charisme.
«Guérissez les malades», dit Jésus à ses disciples. Seuls sont indispensables la foi et l’amour.

René Lejeune

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