Par Bernard Balayn

La consécration de Marie

=> STELLA MARIS 411 SOMMAIRE


Marie a été voulue par Dieu pour que l’homme pécheur puisse renouer avec la consécration perdue par le péché originel. Par sa maternité multiforme, au sein de son Cœur Immaculé, il nous est devenu possible de bénéficier de la consécration assumée par le Rédempteur et de Lui offrir la nôtre, la médiation de la Vierge aidant. Pour cela, il faut entrer dans le mystère de sa consécration, avec la grâce de l’Esprit-Saint.

La consécration de Marie subordonnée à celle de son Fils

Malgré les réticences d’une théologie parfois étrange et aveugle, il est simple et clair que — comme on l’a vu — il ne peut y avoir d’incompréhension et d’incompatibilité entre les deux consécrations, celle de l’homme envers Dieu puis envers Marie. D’une part d’un point de vue purement théologique, parce qu’il s’agit là, non pas de deux consécrations différentes mais de deux aspects d’une seule et même consécration, tel qu’on va le voir avec le modèle qu’est Marie. D’autre part parce que cette consécration a été demandée, au cours du temps, par Dieu Lui-même, lors de l’apparition conclusive de Tuy en 1929 à Sœur Lucie, la voyante survivante de Fatima1: «Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Coeur Immaculé. Il promet de la sauver par ce moyen. Sacrifie-toi à cette intention…». L’Eglise, mater et magistra, a eu la sagesse de ne pas restreindre cette fameuse demande de retour d’un système athée (les «Sans-Dieu» disait Notre-Dame) à la seule Russie, et a bien fait comprendre que cette consécration communautaire ne pouvait être accomplie que par les croyants qui avaient la possibilité de le faire, c’est-à-dire les âmes éclairées et libres du reste du monde. Par ailleurs, Montfort a bien affirmé dans son Traité de la vraie dévotion à Marie, que, si la vénération à l’égard de la Vierge était loin de gêner, de se superposer et a fortiori de s’opposer au culte dû au Christ, il en est de même pour la consécration. La consécration à la Vierge n’ajoute rien non plus à celle faite à son Fils, car elle procède d’elle, s’immerge en elle, n’a de sens et de fruit que par rapport à elle. Elle n’est pas un but, mais un moyen. Marie dit bien aux jeunes bergers, le 13 juin 1917: «Mon Coeur Immaculé sera le chemin… qui vous conduira à Dieu.»
Autrement dit, la consécration à Marie tire sa justification de sa maternité (son «Coeur») christique qui ne pouvait être autre que virginale (son Coeur «immaculé»), donc enracinée dans la consécration au Christ, seule efficiente parce qu’il est le seul rédempteur et médiateur. Et le Père a voulu que cette maternité soit une maternité médiatrice — intermédiaire — enrichie de ses privilèges et de ses mérites dans ceux du Christ (on parle alors de maternité co-rédemptrice) pour nous permettre de mieux y accéder.

Marie, modèle de consécration

En quoi consiste donc cette consécration unique? Il suffit d’approfondir quelque peu ce que l’on a entrevu la dernière fois. Marie est absolument consacrée d’abord par son être même, parfait reflet divin de la seule créature qui soit restée intacte, malgré la tentation. Sa beauté insurpassable vient non seulement de son Immaculée Conception qui en fait le chef-d’œuvre de la Création, mais aussi de sa consécration: la Très Sainte Vierge est celle qui, dans le cours de son existence, s’est livrée entièrement au vouloir du Père, a épousé d’un amour sponsal particulier l’Esprit-Saint pour ne se réserver qu’à sa puissance, à ses dons, à sa fécondité incomparable dans le Fruit des fruits, le Christ et ses grâces salvatrices dont Marie fait éminemment partie de manière anticipée. Elle s’est adonnée complètement au dessein final pour lequel le Père l’a créée: sa coopération parfaite aux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption. Le Saint-Père l’a bien fait comprendre à Lourdes, ce 15 août 2004, quand il a parlé de «Marie, la femme parfaitement libre».
La consécration est une sacralisation, une configuration au divin. Providentiellement, Marie est «intégrée» à lui de toute éternité («Avant toutes ses oeuvres il m’a créée») (Prov.). Dès son fiat par l’Incarnation, elle est «historiquement» incorporée à la Trinité. Par son Assomption, elle y est mystiquement intégrée, portée aux confins de la divination, partageant sa vie intense, au point de ne faire pour ainsi dire qu’un avec elle, même si la Vierge n’est pas Dieu; c’est une consécration de participation et d’union. Et si elle est la plus sacralisée des créatures, on comprend que Dieu puisse demander notre consécration à Elle aussi, puisque, étant toute en Dieu et à Dieu, en se consacrant à Elle on se consacre ipso facto à Lui.
Durant sa vie terrestre, Notre-Dame est non seulement demeurée la «propriété» exclusive de Dieu, imperméable à tout péché «le Jardin fermé, la Fontaine scellée» du Cantique des cantiques, étant l’adversaire irréductible de l’auteur du péché, l’Eve nouvelle parce que parfaitement fidèle à sa consécration, à sa grâce, la justement nommée par l’Archange «Pleine de grâce», mais elle a vécu sa consécration par désir, volonté, dans la prière, le renoncement absolu. En correspondance à cette grâce originelle, c’est cette convergence de vertus, de force spirituelle, cette tension d’amour personnelle vers Dieu-Trinité qui caractérise peut-être le plus la consécration de Marie. C’est une consécration de participation active, et, par la réponse et la récompense de Dieu, une participation de fécondité, et de fécondité extrême sous la forme de sa quadruple maternité. D’où il suit que plus l’âme est consacrée, plus elle produit. Le péché coupe et détruit, la consécration réunit et construit. La consécration de Marie exalte et glorifie l’amour trinitaire — le propre de l’amour étant de se donner — et en retour, elle épanouit en proportion sa triple fonction interne (de Fille, Epouse et Mère de Dieu) et externe, sa vocation maternelle. La réussite de cette consécration est à la hauteur, sublime, des plus hautes vertus de Marie: son humilité, sa confiance, son abandon. La Vierge se donne sans s’anéantir («sa maternité divine consacre sa virginité», dit la liturgie), elle donne sans s’amoindrir. L’union de tout ce qui constitue son être fulgurant, lui permet de faire la pleine et entière volonté de Dieu au service de son dessein salvifique.

La consécration trouve là sa justification, son épanouissement, sa beauté transcendante et inégalable.

Suivre l’exemple de Marie

Si Jésus s’est consacré à sa Mère et si Marie s’est consacrée à son Enfant, ne pouvons-nous pas en faire autant? S’ils l’ont fait c’est pour nous montrer l’exemple et nous ouvrir la route, une route difficile, à cause de l’hérédité du péché originel que le baptême, malgré sa force, n’efface pas. Celui-ci ouvre le chemin à la vie de la grâce et à la consécration, qu’il confirme, élargit, enracine, vivifie. Face à l’Antagoniste «qui rôde sans cesse cherchant qui dévorer», le Coeur Immaculé de Marie reste non seulement «le chemin», mais aussi «le refuge», évoqué en 1917. Parce qu’Elle est la seule de tous les humains, à avoir vécu de façon parfaite sa consécration, et de ce fait désignée comme la guide la plus sûre pour aller à Jésus, seul Sauveur, et de là, au Père, qui nous attend.
La consécration trinitaire est permanente, parfaite, infaillible, parce que c’est son essence et qu’elle est fondée sur l’amour. Celle de Marie, irréversible et irrévocable, est sous-tendue par sa volonté et son amour éclairés et vivifiés par une grâce exceptionnelle, ses privilèges, ses mérites. Mais l’homme, blessé par le péché d’origine, est affaibli et fragile; il a besoin d’une aide particulière, appropriée. Celle de l’Immaculée, entre Jésus et lui, à sa portée et puissante, a été jugée propice par le Père. Plus il est pécheur ou malade, plus sa consécration est nécessaire et à renouveler, selon les paroles du Pape à Fatima: «Il faut toujours reprendre sa consécration», en imitant Jésus qui affirmait lors de la Cène: «Pour eux, je me consacre Moi-même». Ainsi il sera davantage secouru, en fonction de son abandon confiant et fidèle.
Malgré les consécrations multiples accomplies par le Pape Jean Paul II depuis 19812, l’océan du péché, c’est-à-dire la rébellion contre Dieu, est tel que seule une recrudescence de la consécration peut sauver le monde. Si l’on veut une humanité fraternelle et pacifiée, la fin des menaces de toutes sortes qui pèsent tant sur nos sociétés, il n’est de remèdes que ceux donnés par Marie en 1917: la conversion, la prière — comme celle du Rosaire3 —, l’Eucharistie, et celui qui mène incomparablement à eux tous: la consécration à la Vierge et au Sacré-Cœur de Jésus, à son amour miséricordieux4. Le salut vient de Dieu seul; mais qui, mieux que Marie, peut nous l’obtenir? Il faut donc qu’à tous les échelons de l’Eglise soit repris et vécu le processus de cette consécration tant demandée par la Vierge.
L’homme actuel est acculé à un choix libérateur ou destructeur: s’il veut en finir avec le mal actuel, accéder à la civilisation de l’amour, obtenir le triomphe promis à la Cova da Iria, qu’il consente à écouter une Mère si bienveillante, qui disait à La Salette: «Depuis le temps que je souffre pour vous et vous n’en faites pas cas!» Faudra t-il des épreuves plus grandes pour qu’il comprenne enfin?

Bernard BALAYN

Notes:
1-2-3. Sur tous ces sujets brûlants, on peut consulter les ouvrages de l’auteur: «Fatima, message extraordinaire pour notre temps», B. Balayn préface de l’Abbé A. Richard, 576 p., 14,5x22 cm Euro 20.60 CHF 33.–; «Jean Paul II le Grand, prophète du IIIe millénaire», B. Balayn, préface du Card. Frédéric Etsou, 864 pages + 80 pages illustrations couleurs, 15,5x23,5 cm Euro 30.– CHF 45.–; «Le Rosaire, Arche du Salut», B. Balayn, 278 p. + 8 p. d’illustr., 14,5x22 cm Euro 17.– CHF 26.– .
4. Cf. les œuvres de Sœur sainte Faustine.

> Tous les livres de Bernard balayn

Copyright © 1999 - 2009
Conformément aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle, tous les textes et illustrations sont protégés par le Droit d'Auteur.
EDITIONS DU PARVIS - STELLA MARIS - CH-1648 HAUTEVILLE / SUISSE.
Tél.: 0041 (0)26 915 93 93 FAX: 0041 (0)26 915 93 99 E-MAIL librairie@parvis.ch

PAGE D'ACCUEIL PARVIS // STELLA MARIS