Par Bernard BALAYNLe mystère de la consécrationLa consécration en Dieu=> STELLA MARIS 410 SOMMAIRE |
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La plupart des mortels ne connaissant pas la théologie, la simple évocation du message de Fatima où il est fortement question de la consécration, aide à en comprendre le sens. Elle est évoquée une première fois le 13 mai 1917, quand la Vierge du Rosaire dit adéquatement aux jeunes bergers: «Voulez-vous vous offrir à Dieu?»
La racine du mot: «sacré» évoque la sainteté totale, absolue, qui, en raison de sa perfection, n’est l’apanage que de Dieu seul. Cette sainteté est si radicale qu’elle ignore jusqu’à l’idée même du péché, qui est séparation d’avec Dieu. La consécration est donc le caractère de ce qui est saint, proprement divin, infiniment pur, innocent, plénitude illimitée de ce qui ne peut être altéré, transgressé. C’est l’osmose en Dieu, qui, à son Image, réalise l’unité sans faille et place Dieu au-dessus de tout. Dieu seul est cette consécration parfaite, incréée, infinie, éternelle. Telle est la consécration originelle, fondamentale.
Mais Dieu étant un et trine, il n’y a pas triple consécration en Lui. De la même manière qu’il existe trois Personnes en un seul Dieu, il y a une consécration unique, mais aux modalités propres à chacune de ces personnes. La consécration du Père est celle qui se donne en une fusion infinie, puisque Dieu est Amour; la consécration du Fils est celle qui rend cet amour au Père; la consécration du Saint-Esprit est cet échange propre, cette rencontre illuminatrice et prodigieuse de l’Amour du Père pour le Fils et inversement. L’on ne peut qu’approcher un mystère qui dépasse infiniment nos faibles intelligences.
Par l’interaction des trois Personnes, cette consécration partagée s’enracine non seulement dans leur essence, qui est d’exister («Je suis Celui qui Suis», avait révélé Dieu à Moïse), mais en même temps dans leur «fonction», qui est d’aimer, au sein de ce foyer incendiaire de charité qu’est Dieu («Deus est caritas» répète l’Eglise). Ici, la Trinité vit une consécration associative où chacune des trois Personnes participe à la consécration de l’amour échangé entre Elles, vivant une effusion éternelle d’Amour. Le soleil brillera des milliards d’années; la consécration divine ne s’éteindra jamais.
A partir de là, on commence à discerner comment la consécration, venue du Père, s’étend, par la suite, à toutes les créatures dotées d’un esprit, pourvu que par le jeu d’une liberté aimante elles y soient fidèles.
La consécration contrariée. La Bible nous apprend qu’après la Création angélique et humaine, la consécration originelle élargie au Cosmos fut rompue par l’Ange de lumière, Lucifer, devenu l’Antagoniste, l’Antéchrist (opposé au dessein du Père de voir la seconde Personne se faire chair, péché contre l’Esprit qui ne peut être pardonné). Cette faute d’orgueil et de jalousie entraîna, puis précipita en enfer les anges séduits par leur maître. Gardant son pouvoir d’influencer l’esprit humain, désormais maléfiquement, Satan trompa Eve, et par elle Adam, avec les conséquences dramatiques que l’on sait, dont cette tache indélébile et héréditaire: le péché originel, signature de la rupture à notre plan, de la consécration perdue. Mais, pour notre sauvegarde, la faute humaine étant commise avec plus de faiblesse que de malice, la clémence de Dieu, appelée miséricorde, allait déployer en notre faveur la mesure de son amour, infinie comme lui, pour nous faire retrouver le chemin de la consécration. Mais comment?
La consécration restaurée. La Sainte Vierge Marie. Le célèbre tableau de Rembrandt illustre à merveille le génie du Père, dont la douceur l’emporte sur la colère: le fils pécheur est accueilli par une main d’homme qui a laissé courir la rigueur d’une justice virile, éducatrice et réparatrice, tandis qu’une main de femme «absout» le fils repentant. Cette femme symbolise Marie, engendrée de toute éternité pour exercer sa quadruple maternité (de Jésus homme et Dieu, de l’Eglise, de l’humanité). Afin d’ enfanter le Christ, seul à pouvoir nous sauver par le retour à la consécration, c’est-à-dire à l’effacement de la faute meurtrière de l’esprit, il fallait qu’il y ait dans l’histoire humaine un maillon qui n’ait pas sauté, un être préservé de la souillure originelle, totalement mis à part, en vue de l’Incarnation du Fils de Dieu, une Immaculée conception. En effet, Jésus, l’infiniment pur et consacré à son Père, ne pouvait pas naître d’une créature impure et détachée de la consécration par le péché. Cette femme, indiquée à nos premiers parents, est la nouvelle Eve, Marie, mère possible du nouvel Adam, grâce au vécu parfait de sa conception immaculée.
Comme Fille du Père, Epouse de l’Esprit saint, Mère du Fils, elle est associée d’une manière unique à la Trinité («Je suis Celle qui suis dans la Trinité divine» Tre Fontane). Nul être humain n’a été aussi uni à Dieu-Trinité, si bien que G. de Montfort l’appelle «la divine Marie», en ce sens que nul être humain n’a été aussi uni ici-bas à Dieu-Trinité, a fortiori au ciel.
Homme de prière et d’intuitions mariales, Montfort comprend que l’Incarnation de Jésus dans son sein virginal la sanctifie au sommet, puisque c’est l’œuvre de l’Esprit saint en Elle, laquelle donne sa propre chair au Fils de Dieu. Si Jean-Baptiste a pu être sanctifié par Jésus à sa simple approche sans être touché, à plus forte raison la Mère du Christ qui le conçoit intra utero. Ainsi, la consécration de Marie à Dieu atteint un sommet, que nul ne peut égaler.
Le modèle marial montre à l’homme que la consécration est le retour à Dieu, la sanctification maximum à Lui, afin d’entrer dans le processus de la glorification en Dieu dont parle l’Ecriture: «J’ai dit: Vous êtes des dieux» (Jn 10, 34).
L’Evangile indique des exemples de la consécration du Christ. Envoyé du Père, il est son Fils, Dieu lui-même, l’Oint, le Consacré par excellence. On le voit bien à divers moments: la Présentation au Temple, où Joseph et Marie, en offrant l’Enfant, lèvent un instant le voile de la consécration; le retour au Temple à douze ans; le baptême par Jean; la Transfiguration; le discours de la Cène («Pour eux, je me consacre moi-même»); l’offrande victimale à Gethsémani («Me voici pour faire, ô Père, ta volonté») et la consommation du Sacrifice de réparation avant que de rédemption au Calvaire («Père, entre tes mains, je remets mon esprit»); et bien d’autres épisodes («Nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et le Fils si ce n’est le Père; Qui m’a vu a vu le Père; Je suis dans le Père et le Père est en Moi»). Voilà autant de résurgences ou d’éléments de cette consécration enfouie dans l’humanité quotidienne de Jésus.
On peut envisager maintenant en quoi consiste la consécration de l’Immaculée à Dieu, référence obligée pour les pécheurs que nous sommes.
Bernard BALAYN
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