Nous savons, d’après l’Evangile, que Dieu veut le salut de tous les hommes; qu’il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se repent que pour 99 justes (Lc 15,7); que Dieu est toujours prêt à nous accueillir comme son enfant prodigue (Lc 15,24). La miséricorde de Dieu est infinie, car elle est dans la nature même de Dieu qui nous aime d’un amour infini. Et l’amour ne peut pas refuser le pardon à l’homme pécheur si le pécheur reconnaît sa faute et désire s’amender. Mais, que savons-nous exactement de la miséricorde de Dieu?
Jésus nous dit: «C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices» (Mt 9,13). Il nous dit encore: «Pardonnez et vous serez pardonnés, mais si vous ne pardonnez pas, mon Père ne vous remettra pas vos manquements» (Mt 6,14). Depuis le péché originel, l’amour de Dieu s’est fait miséricorde. En d’autres termes, son cœur s’est penché sur notre misère pour nous relever de notre faute et nous élever jusqu’à Lui par sa grâce. Mais la miséricorde de Dieu se manifeste encore sur la Croix où Jésus agonisant déclare au bon larron: «En vérité, je te le dis, aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le Paradis» (Lc 23,43).
Dieu n’est-il que Miséricorde? Non, ce serait se tromper sur la véritable identité de Dieu. Celui ou celle qui refusera la miséricorde de Dieu s’entendra dire comme les cinq vierges folles: «En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas» (Mt 25,12) ou comme les orgueilleux et les égoïstes de l’histoire au Jugement dernier: «Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges» (Mt 25, 41). Mais pour comprendre cet amour spécial et unique de Dieu pour chaque pécheur en quête de l’amour et du pardon, Dieu se révèle à travers l’histoire humaine et dit à bien des mystiques ce qu’est sa miséricorde et comment il entend l’exercer dans le cœur des pécheurs.
Le Christ rappelle à sainte Madeleine de Pazzi ce qu’est sa miséricorde: «Ma miséricorde fait avec ma charité comme le fond de mon être» (4e part, ch. 10). A sainte Catherine de Sienne le Père éternel dira: «Ma miséricorde est sans aucune comparaison, beaucoup plus grande envers vous que tu ne peux le voir, car ta vue est imparfaite et finie, tandis que ma miséricorde est infinie et parfaite.Il y a donc entre ton appréciation et la réalité toute la distance du fini à l’infini» (Dialogues, chap. 31).
Le Père nous manifeste sa miséricorde en nous donnant son Fils venu nous sauver de notre esclavage du péché et nous purifier de l’offense humaine faite à la Majesté infinie de Dieu. Le Père éternel confie à sainte Catherine de Sienne le sens de l’Incarnation et de la Rédemption: «Je vous ai donné le Verbe, mon Fils unique, parce que le genre humain tout entier était corrompu par le péché du premier homme, et que, sortis de la chair viciée d’Adam, vous ne pouviez plus acquérir la vie éternelle; j’ai voulu unir ma grandeur infinie à la bassesse de votre humanité afin de vous rendre la grâce qu’avait détruite le péché! Je ne pouvais souffrir, comme Dieu, la peine que ma justice réclamait pour le péché, et l’homme était incapable d’y satisfaire puisque l’offense était commise contre Moi, qui suis la bonté infinie. C’est pour cela que j’ai envoyé le Verbe, mon Fils, revêtu de votre nature déchue, afin de souffrir dans la chair même qui m’avait offensé, et d’endurer la douleur jusqu’à la mort ignominieuse de la croix. Il satisfit ainsi à ma justice, et ma miséricorde put pardonner à l’homme et lui rendre encore accessible la félicité suprême pour laquelle il avait été créé. La nature humaine unie à la nature divine racheta le genre humain non seulement par la peine qu’elle supporta dans la chair d’Adam, mais par la vertu de la divinité dont la puissance est infinie. Il ne resta plus de la tache originelle, après le baptême, qu’un penchant au mal, une faiblesse des sens qu’est dans l’homme comme la cicatrice d’une plaie» (Dialogues ch. 14).
Dieu nous a donné son Fils qui nous purifia du péché en nous lavant dans son sang sur la croix, mais il nous reste, après le baptême, un penchant au mal, une faiblesse dans notre nature humaine qui peut succomber à la tentation et faire le mal. C’est pourquoi Dieu nous a laissé son pardon à travers le sacrement de réconciliation et sa miséricorde se perpétue dans l’amour de nous pardonner et de nous relever de nos chutes. La miséricorde divine se veut être un remède accordé à l’homme pour combattre le désespoir, la présomption et l’endurcissement de son cœur. Au sujet du désespoir Jésus confie à sainte Catherine de Sienne: «Le désespoir est le mépris de ma miséricorde. Il fait croire la faute plus grande que ma miséricorde et ma bonté. Celui qui tombe dans ce péché ne se repent pas et ne pleure pas véritablement de m’avoir outragé, il pleure son malheur et non mon offense; et c’est pourquoi il tombe dans l’enfer, où il sera tourmenté pour ce péché et pour tous ceux qu’il a commis. S’il se fût repenti de l’offense qu’il avait faite, s’il avait espéré dans ma miséricorde, il eût trouvé le pardon, car ma miséricorde est infiniment plus grande que tous les péchés que peuvent commettre les créatures. Aussi ceux qui la jugent inférieure à leurs péchés me déplaisent plus que tous les autres. C’est là le péché qui n’est pardonné ni en cette vie, ni en l’autre» (Dialogues 6, chap. 132).
Dieu nous donne le temps et le don de la vie pour nous amender et montrer, par ce signe, que nous voulons nous repentir et mieux aimer Dieu. Mais, malheur à l’homme qui abuse de la miséricorde divine pour pécher davantage sans se soucier de son salut et des offenses faites à Dieu. A celui-là, le Seigneur dit: «Celui qui m’offense en s’appuyant sur ma miséricorde, on ne peut pas dire qu’il a espéré en ma miséricorde; il est plutôt coupable de présomption» (Dialogues de sainte Catherine de Sienne 132, N° 4).
Cependant celui qui croit en la miséricorde et qui attend le dernier moment de sa vie pour se réconcilier risque de se perdre, car nul ne connaît ni le jour ni l’heure, et le Seigneur nous met en garde dans sa sagesse et son amour: «Personne ne sera rejeté s’il espère dans le sang de mon Fils et dans ma miséricorde, mais personne aussi ne doit être assez aveugle et assez insensé pour attendre à ce dernier moment» (Dialogues chap. 129).
Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie. (Ez 18,32) Ainsi Il agit avec un tel amour qu’Il manifeste sans cesse sa Providence miséricordieuse pour reconduire le pécheur sur le chemin du salut. A sainte Catherine de Sienne il confie son désir de sauver les pécheurs en ces termes: «Pour ceux qui sont dans la mort du péché, je réveille leur conscience par la douleur de l’aiguillon qu’ils ressentent au fond de leur cœur, par les pensées qu’ils éprouvent dans leur cœur et par des moyens si variés que la parole humaine ne saurait le dire; les remords et les peines qu’ils éprouvent les éloignent bien souvent du mal. Quelquefois aussi, lorsque je vois l’homme qui penche vers le péché mortel et vers l’amour désordonné de la créature, je lui ôte l’occasion et le temps de céder à sa volonté mauvaise; et alors la tristesse qu’il en éprouve le fait entrer en lui-même, réveille le cri de sa conscience et le guérit de la folie où il était tombé. Qui me fait agir de la sorte? Ce n’est pas le pécheur qui ne me cherche pas et qui ne demande le secours de ma providence que pour pécher ou pour jouir des richesses, des plaisirs et des honneurs du monde, c’est mon amour qui me pousse, car je vous ai aimés avant votre naissance.»
Dieu fait miséricorde aux pécheurs parce qu’Il est sollicité, d’une part, par son amour infini de l’homme, et d’autre part, par les saints et saintes de la terre qui le pressent de sauver les pécheurs. D’où prier pour les pécheurs c’est assurer dans la charité un double salut: le sien et celui de la brebis perdue. «Je suis aussi forcé d’agir ainsi (c’est-à-dire de conduire le pécheur au repentir) par les prières de mes serviteurs fidèles, qui par la grâce du Saint Esprit, pour ma gloire et pour le salut du pécheur, demandent avec une ardente charité leur conversion, s’efforçant d’apaiser ma colère et de lier les mains à ma justice, sous les coups de laquelle le pécheur devrait tomber. Leurs larmes et leurs supplications me retiennent et me font violence, mais qui les pousse à crier ainsi vers moi? C’est ma Providence qui veille aux besoins de ceux que tue le péché» (Dialogues chap. 115).
Le Seigneur montre à sainte Catherine de Sienne son omnipotence sur toute la création et lui révèle qu’aucun homme ne peut lui échapper. Tôt ou tard il se trouve face à la miséricorde ou face à la justice divine: «La créature se rend coupable parce qu’elle aime le péché qu’elle ne devrait pas aimer, et parce qu’elle me hait, Moi, qu’elle devrait tant aimer, puisque Je suis le Souverain Bien, et que Je lui ai donné l’être avec tant d’amour, mais elle ne peut m’échapper car, ou elle est punie par ma justice pour ses fautes, ou elle est sauvée par ma miséricorde» (Dialogues chap. 28).
Dieu aime tous les hommes et étend sa miséricorde aux païens comme aux chrétiens. Il dit à sainte Brigitte: «Je fais miséricorde aussi bien aux païens qu’aux juifs, et il n’y a aucune créature en dehors de ma miséricorde, car quiconque pense que ce qu’il croit est la vérité, parce qu’il ne lui a jamais été prêché rien de meilleur, et fait de toutes ses forces ce qu’il peut, sera jugé avec miséricorde» (Livre 3, chap. 26).
Mgr Ghika écrivait: «Dieu est patient parce qu’il est éternel, mais il est impatient parce qu’il est la miséricorde.» En effet, Dieu est pressé de nous pardonner et de nous réconcilier avec Lui. Il le dira à sainte Mechtilde: «Il n’y a si grand pécheur auquel je ne remette aussitôt, s’il se repent sincèrement, tous ses péchés» (Chap. 58 du livre 4). Mais, s’il en est ainsi, demandera sainte Mechtilde au Seigneur, comment se fait-il que l’homme misérable n’en ressente rien? Le Seigneur lui répondra: «Cela vient de ce qu’il n’a pas encore perdu tout le goût du péché. Si après sa conversion, l’homme résistait avec force aux vices, de manière à extirper tout le goût et la délectation du péché, sans aucun doute, il ressentirait la douceur de l’Esprit divin» (Chap. 58, livre 4).
Le saint Curé d’Ars aimait à répéter à ses paroissiens: «Nos fautes sont des grains de sable à côté de la grande montagne des miséricordes de Dieu.» En effet, la miséricorde de Dieu poursuit sans cesse les âmes de son amour parce qu’Il les aime bien au-delà de leurs péchés et de leurs reniements. Il le confie à Madeleine Vigneron: «Sais-tu, ma très chère fille, que tu appartiens à ce Dieu éternel et tout puissant, et qu’il t’aime plus que tu ne lui es infidèle?» (4e partie du livre 52, avril 1667).
Le Père éternel dira encore à sainte Mechtilde à ce sujet: «Mon cœur ne peut persister à repousser de moi le pécheur; c’est pourquoi je le poursuis si longtemps jusqu’à le saisir» (livre 1, chap. 14).
Le Seigneur aime tellement le pécheur et désire tant son salut qu’il confia à sainte Catherine de Gênes: «Par ma volonté, je ne voudrais jamais que tu sois damnée; l’amour que je ressens pour toi est tel que, s’il m’était possible de souffrir à ta place, je le ferais avec joie, mais si tu pèches, l’amour ne pouvant demeurer avec le péché, je suis forcé de t’abandonner. Unie à Moi, tu serais capable de toute béatitude, mais séparée de Moi, tu deviens capable de toute espèce de mal» (Dialogues, 1re partie, chap 8).
Comme Jésus a marché avec les disciples d’Emmaüs et les a préparés à le reconnaître dans sa Résurrection par la fraction du pain, le Seigneur vient à la rencontre du pécheur pour le convertir et, une fois converti, il continue à cheminer avec lui et à l’enrichir de sa grâce et de son amour du bien et de la vérité. Il le confirma à Sœur Marie-Catherine Putigny, visitandine de Metz, morte en 1885 en odeur de sainteté: «Comme pour les disciples d’Emmaüs, c’est ainsi que j’agis à l’égard du pécheur: mes premières avances sont plus sensibles pour l’aider à sortir de la mauvaise vie, mais loin de l’abandonner ensuite à lui-même, je marche à côté de lui dans la vie, ma parole s’insinue doucement en son âme, elle y produit la connaissance et l’amour de la vérité. C’est à l’amener à ce but que ma grâce tend incessamment malgré d’apparentes lenteurs» (Vie de Sœur Marie-Catherine chap. 23).
Si dans l’Evangile le Seigneur nous dit: «Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira» (Mt 7,7), il est toujours prêt à nous pardonner au-delà de nos espérances, et à nous accorder ses grâces pour demeurer fidèles à sa justice. Il le confie à sainte Gertrude: «Afin que tu saches que mes miséricordes sont au-dessus de tous mes ouvrages et que rien ne saurait épuiser l’abîme de ma bonté, je suis tant disposé à t’accorder pour le prix de ce sacrement de vie, beaucoup plus que tu n’oserais jamais demander» (Liv. 3, chap. 18, page 161).
La miséricorde de Dieu est le signe de son amour qui veut le salut de tout homme. Si le Christ a donné sa vie sur la croix, pourrait-il refuser d’accueillir un pécheur repentant pour lequel il a versé tout son sang pour son salut éternel? Il est évident que non!
Alors le Christ nous rappelle à travers Sœur Faustine, canonisée par Jean-Paul II, que nous devons toujours être des messagers de sa miséricorde au cœur des hommes; car il est urgent que l’homme moderne sache que Dieu l’aime et qu’Il l’attend pour qu’il vive à jamais et ne sombre pas dans le désespoir.
Ecoutons ces paroles réconfortantes de Jésus: «Ma fille, parle au monde entier de mon inconcevable miséricorde. Je désire que la sainte Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour, les écluses de ma miséricorde sont ouvertes. Je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma miséricorde. Toute âme qui s’approchera de la Confession et de la Sainte Communion recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition. En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoule la grâce. Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate. Ma miséricorde est si grande que pendant toute l’éternité aucun esprit, ni humain, ni angélique ne saurait approfondir tout ce qui est sorti des profondeurs de ma miséricorde.»
Le Seigneur a demandé à Sœur Faustine que le premier dimanche après Pâques soit solennellement célébrée la fête de sa miséricorde, et il ajouta: «Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de ma Miséricorde.»
C’est dans le pardon miséricordieux que se trouvent pour l’homme la constance et la certitude de la vraie paix.
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