Interview de l’évêque de Fribourg
Avant la venue en Suisse de S.S. Jean Paul II, l’Hebdo, périodique suisse, a publié une interview de Mgr Bernard Genoud, évêque de Genève, Lausanne et Fribourg.
L’intention des rédacteurs de cet hebdomadaire illustré était de sonder la pensée de notre évêque à propos d’une lettre signée par 40 personnalités, catholiques d’avant-garde ou non-croyants, qui demandent au Pape rien moins que de démissionner. Selon un sondage effectué auprès de mille personnes, deux tiers des catholiques de Suisse souhaiteraient cette démission.
Voici, précédées des questions posées, quelques-unes des réponses de l’évêque de notre diocèse:
«A la lumière de notre société de consommation où tout est jugé selon les critères d’efficacité et de rendement, on peut comprendre le sentiment de la majorité des Suisses. Or, si je place la réflexion au niveau de la foi, il est évident que la réponse prend une autre coloration. Ce qui compte, c’est la jeunesse et la force intérieure d’une foi en un absolu toujours jeune: Dieu.
Pour l’instant, le pape lui-même a dit qu’il n’était pas question qu’il démissionne; il attend un signe de Dieu.
Reste ce hiatus entre ce pape solaire du début du pontificat et celui, crépusculaire, de ces dernières années…
C’est vrai, mais il est tout simplement à l’image de ce qu’est le monde aujourd’hui plein de souffrances. C’est un rappel quotidien que le monde n’est pas fait que pour des jeunes gens, beaux, riches et en bonne santé… Et si l’on tient à parler de crépuscule, alors parlons de celui qui précède la nuit de Noël: c’est la nuit de l’Incarnation, c’est la nuit où tout commence.
Mais n’est-ce pas décourageant pour d’éventuelles vocations à l’heure où les exigences sont: performance et efficacité?
Un seul chiffre: au début du pontificat de Jean Paul II, il y avait 68’000 séminaristes. En 2003, 25 ans plus tard, ils sont 118’000.
Dans la «Vieille Europe», c’est l’inverse.
Voilà le problème! Sortons de nos cantons et pensons «Eglise catholique», c’est-à-dire universelle. Les vocations sont en augmentation en Afrique, en Amérique latine, en Europe de l’Est et aussi en Asie. Il faut les considérer comme nôtres, ces jeunes séminaristes, et résister à la démoralisation que peut susciter la baisse des vocations ici. Selon les mêmes critères, on pourrait décréter la mort de la culture et de la tradition philosophique du Vieux Continent…
Des vocations «imputables» à Jean Paul II?
Venez voir ce qui se passe lors des Journées mondiales de la Jeunesse: c’est stupéfiant! Passer à travers les âges de la vie en restant un tel rassembleur, ça me bouleverse.
Visiblement, tous les catholiques suisses ne sont pas de cet avis…
Il faut raisonner en termes de foi. Cet homme n’est pas qu’un Chef d’Etat, c’est le Vicaire du Christ qui a été choisi avec l’assistance de l’Esprit. Si on regarde Jean Paul II avec une foi moribonde, alors effectivement on ne voit qu’un homme moribond. Ce qui manque, parfois, en Suisse, c’est un regard véritablement mystique…»
(Extrait du no 22 du 27 mai 2004 de L’Hebdo, Editions Ringier-Romandie, Pont Bessières 3, case postale 3733, CH-1002 Lausanne)
Arrivée du Saint-Père en Suisse
C’est à l’aéroport militaire de Payerne que s’est posé, le samedi 5 juin, l’avion de S.S. Jean Paul II. Le Pape est accueilli par les autorités civiles et religieuses de Suisse. Le Président de la Confédération, M. Joseph Deiss, lui souhaite la bienvenue dans les langues française, allemande et italienne. Il est accompagné du Vice-Président Samuel Schmid et de Madame Micheline CalmyRey, ministre des affaires étrangères.
Mgr Amédée Grab, Président de la Conférence épiscopale suisse, s’adresse au Pape, ainsi que Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.
On note la présence des deux cardinaux suisses Schwery et Cottier, ce dernier étant le conseiller théologique du Saint-Père, et celle des évêques résidentiels de Suisse.
Le Saint-Père est accompagné d’une trentaine d’évêques, dont plusieurs cardinaux de la curie vaticane. Quatre gardes-suisses l’entourent.
14’000 jeunes en communion avec le Pape
Le samedi soir la rencontre avec les jeunes se déroule dans une atmosphère de confiance et de joie, sans dérapage sur les questions actuellement controversées (mariage des prêtres, sacerdoce des femmes…).
Evoquant le désespoir possible de la jeunesse, les mirages de la société de consommation qui séduisent et détournent de la vraie joie, l’indifférence, la superficialité et le doute, le Pape s’est voulu réconfortant: «C’est bien dans ces moments précis que le Christ s’approche de chacun d’entre vous et qu’il vous adresse, comme au jeune homme de Naïm, la parole qui bouscule et qui réveille: «Lève-toi. Accueille l’invitation qui te remet debout!»
Rappelant qu’il a eu lui-même vingt ans avec les mêmes désirs et les mêmes préoccupations que tous les jeunes, le Pape témoigne avoir trouvé un sens à la vie en suivant le Seigneur. «N’ayez pas peur de le rencontrer. Cherchez-le dans la prière personnelle et communautaire, dans une participation active à l’Eucharistie, dans le sacrement de la réconciliation, dans l’Eglise qui se manifeste à vous dans les groupes paroissiaux, dans les mouvements et dans les associations. Cherchez-le dans le visage de vos frères qui souffrent, qui sont dans le besoin, qui sont étrangers.»
Entrecoupé par des tonnerres d’applaudissements, le Pape développe deux autres messages aux jeunes du troisième millénaire:
Il s’agit d’être à l’écoute du Seigneur. «Si tu sais ouvrir ton cœur et ton esprit en étant disponible, tu découvriras la vocation, le projet que Dieu, dans son amour, a depuis toujours sur toi.»
Il s’agit aussi de se mettre en route. «Ne te contente pas de discuter; pour faire le bien, n’attends pas les occasions qui peut-être ne se produiront jamais. Le temps de l’action est venu!»
Le Pape ajoute: «Ce n’est pas le moment de rougir de l’Evangile. Il est plutôt venu le temps de la proclamer sur les toits!»
Le point culminant: la messe du dimanche matin
Pour assister à la messe le dimanche 6 juin, 70’000 fidèles sont présents.
Dans son sermon, S.S. Jean Paul II a développé plus particulièrement deux thèmes:
1) le monde a besoin d’un supplément d’espérance;
2) les chrétiens doivent se mettre à l’école de la communion pour se purifier des toxines de l’égoïsme qui provoque jalousies, méfiance et conflits nuisibles.
Et maintenant?
La personnalité de Jean Paul II, la détermination qu’il montre à surmonter ses difficultés forcent le respect de son auditoire.
A l’échelle internationale, le Saint-Père a d’ores et déjà donné rendez-vous aux jeunes Suisses à Cologne, en Allemagne où se tiendront les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse du 16 au 21 août 2005. Le Cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne, était de la fête à Berne pour inviter les jeunes Suisses à cette grande rencontre.
Jean Paul II sera à Lourdes le l5 août prochain. Un compte rendu sera publié dans le numéro de septembre.
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