Bernard Balayn

La Vierge de la Révélation
des Trois Fontaines

2e partie — Ses enseignements

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=> STELLA MARIS 404 SOMMAIRE

En 1947, à Rome — l’année de l’Ile-Bouchard en France —, dans le quartier populaire de Tre Fontane, lieu du martyre de saint Paul, Notre-Dame a commencé à délivrer un message de la plus haute importance pour l’Eglise, l’humanité, la paix, et la papauté.

Un message pour la Sainte Eglise

Le premier souci de la Mère de l’Eglise est la sauvegarde et la propagation de la Vérité. En instruisant longuement Bruno Cornacchiola, elle imite son Fils sur le chemin d’Emmaüs. Elle montre à son confident comment étudier l’Ecriture, surtout pas en restant seul mais en faisant appel à l’autorité investie pour l’enseigner: le Magistère. Le travail d’exégèse, de discernement et de catéchèse appartient toujours prioritairement à la hiérarchie ecclésiale, comme l’affirme saint Paul.
Dans cette mouvance, Marie invite l’Eglise à une orientation pastorale prophétique. Elle prône l’unité des chrétiens, anticipant le Concile Vatican II, et l’œcuménisme cher à Paul VI et surtout à Jean Paul II. Mais elle ne confond pas dogme et pastorale, la seconde dépendant du premier. Il ne s’agit pas d’édulcorer la Révélation catholique — la seule pleinement vraie — rappelée à Tre Fontane, comme les vérités intangibles du Credo, la doctrine sur la Présence réelle, Marie, ou l’autorité infaillible du Pape, mais de les expliciter à bon droit et à bon escient.
Le deuxième enseignement ecclésial concerne les prêtres. La Vierge avait recommandé au voyant d’en trouver deux pour satisfaire ses demandes particulières. Fin avril, après une longue attente, Bruno rencontre enfin le premier, qui, sur son interpellation, devait répondre: «Ave Maria, mon fils; que désirez-vous?». Ce consacré devient son confesseur, facilite son abjuration, le conseille en catéchèse, lui administre les sacrements, baptise son dernier enfant. Bruno s’en remet à son autorité, comprenant que les vrais convertis ne vont pas sanctifier l’Eglise à eux seuls, comme certains exaltés croient le faire. Les enfants prodigues ne peuvent pas se passer des prêtres expérimentés dont ils ont besoin plus que tout autre, ni ne doivent gêner l’apostolat de leurs frères déjà engagés. En se mettant au service de Dieu, le voyant s’efforce de donner durant sa vie apostolique l’exemple de la manière adaptée dont un néophyte doit agir en Eglise.
Dans un message ultérieur, Marie incite les prêtres à croire intensément aux vérités de la foi, à obéir en tout au Magistère, à un grand discernement auprès des fidèles, à une vie en conformité avec leur sacerdoce. Elle fait comprendre en même temps que les laïcs doivent les respecter, les écouter et leur obéir à leur tour (Marie l’a bien recommandé à Bruno: «Quand tu auras trouvé le
prêtre, obéis-lui.»)

Un message pour les pécheurs

Le sens général de l’apparition inclinait le transfuge de l’Eglise à changer de vie, disant d’autant plus: «Je n’en ai pas oublié une syllabe, et n’ai pas eu besoin d’écrire l’entretien.» Avec insistance, la Vierge «recommandait l’Evangile vécu, la doctrine vécue». Quand, beaucoup plus tard, en 1978, il rencontrera Jean Paul II, celui-ci lui dira: «Tu as vu la Mère de Dieu, tu dois donc devenir un saint!» De fait, il en a pris la décision dès le jour même de l’apparition, en le gravant de sa main sur la roche: «Dans cette grotte m’est apparue la Mère divine… elle m’invite amoureusement à rentrer dans l’Eglise catholique, apostolique et romaine…». Elle venait en effet de lui commander: «Tu me persécutes [allusion claire à Saul de Tarse, qui, jadis, persécutait Jésus], cela suffit! Entre dans le saint Bercail [de l’Eglise]!». Elle devait être exigeante et ferme, sachant que la conversion des âmes exigeait de passer par l’exemple de Bruno. Sa conversion sera effective à partir de son abjuration, le 7 mai, lendemain de la deuxième apparition, où, éblouissante, souriante et silencieuse, la Vierge de la Révélation lui signifie la joie de son retour à Dieu.
Dans son sillage, il entraîne sa famille et ses proches, et il voudrait toucher tous les cœurs. Mais, comme Marie le lui avait dit, dans un songe il entrevoit combien son témoignage sera éprouvé par la souffrance et les contradictions (suspicions, interrogatoires civils et religieux…). Il tiendra par la communion et le rosaire quotidiens. «Ainsi — lui assure Marie — tu obtiendras la conversion des pécheurs, des incrédules…» Et elle promet en retour: «Avec cette terre de péché, je ferai de puissants miracles pour leur conversion.»
Sa maison devient un centre de catéchèse; il protège la grotte contre toute profanation, dans l’attente des décisions des autorités; il témoigne devant les journaux nationaux, dès mai; avec les encouragements de Pie XII, il s’en va évangéliser les ouvriers «rouges» de l’Emilie. Il crée une communauté séculière d’évangélisation, les S.A.C.R.I. (les troupes vaillantes du Christ-Roi immortel), à laquelle le Clergé adjoindra deux prêtres. Lors de la quatrième apparition, le 30 mai 1947, la Vierge lui demande d’aller voir les Sœurs Philippines (enseignantes) voisines, afin qu’elles prient pour les incroyants du quartier.
Avec le concours de la municipalité, l’Eglise devait réglementer l’affaire, ne serait-ce que pour éviter les débordements.
Dès le 5 octobre 1947, le Pape bénit sur la Place Saint-Pierre une statue en bois de l’apparition, grandeur nature, portée solennellement en procession jusqu’à la grotte, où on la vénère toujours. Le Vicariat de Rome autorise le culte de la Vierge en 1955, après les enquêtes canoniques, et le confie aux soins des Franciscains conventuels voisins.
Peu à peu, le site est aménagé, un sanctuaire sommaire est édifié, devant lequel parle Bruno à partir de 1956. Plus tard, la grotte est muée en chapelle où la sainte Messe est célébrée dans les années 1980. Un Comité de Laïcs catholiques est aussi fondé pour propager la dévotion de la Vierge de la Révélation, aider les conversions, etc. Enfin, lors de l’apparition du 23 octobre 1982, Marie demande la construction d’une maison-sanctuaire adjacente, «sous le vocable de la Vierge de la Révélation, Mère de l’Eglise. Ma Maison sera ouverte à tous pour que tous entrent dans la maison du salut et se convertissent. Viendront y prier les assoiffés, les égarés. Ils y trouveront l’amour, la compréhension, la consolation: le vrai sens de la vie. La grotte où je suis apparue sera le Sanctuaire de l’expiation…» Aux Trois-Fontaines, Notre-Dame mérite plus que jamais son titre de «Refuge des pécheurs»!

Un message de paix

Marie achève sa communication en adressant une nouvelle demande: «[Ce Sanctuaire] aura une porte au nom significatif de Porte de la Paix. Tous devront entrer par cette porte. Et ils se salueront par le salut de la Paix et de l’Unité: que Dieu nous bénisse et que la Vierge nous protège!» Il faut se souvenir qu’à l’époque, le spectre de la guerre nucléaire hantait encore les esprits. Nous sortions à peine de la «Guerre froide» que Jean XXIII avait conjurée par sa fameuse encyclique «Pacem in Terris». Le Rideau de Fer et le Mur de Berlin jetaient toujours leur défi, et les conflits étaient hélas loin d’être terminés, lorsqu’on parcourt l’histoire tragique de ces 25 dernières années. C’est pourquoi Paul VI avait créé le 1er janvier 1968 la première Journée Mondiale de la Paix, mission que perpétue intensément Jean Paul II. Un jour, des fidèles lui ont demandé s’il viendrait prier aux Trois-Fontaines. Il a répondu: «Oui, je m’y rendrai bientôt. Et nous prierons ensemble la Reine de la Paix…» Comme à Fatima, la Vierge montre quel est ce chemin de la concorde. Il passe par la conversion des cœurs, la prière comme le saint Rosaire, le recours aux sacrements, l’étude et la mise en pratique de l’Evangile, unique source de vérité. N’est-ce pas un grand signe que Notre-Dame soit apparue à l’endroit du martyre de saint Paul, le grand propagateur de la Parole de Dieu, et qu’elle l’ait fait sous le vocable de Vierge de la Révélation?

Un message pour les papes

Les papes ne sont pas que des messagers de paix, si nécessaire soit-elle. Il leur incombe avant tout le devoir de proclamer cette Vérité et celui d’évangéliser. L’action providentielle de Marie aux Trois Fontaines pourvoit à cette double exigence et nous en donne deux exemples frappants à travers les papes Pie XII et Jean Paul II.
Le 12 avril 1947, la Vierge avait confié à Bruno: «Tu te rendras chez le Saint-Père, le suprême Pasteur de la chrétienté, et tu lui confieras personnellement mon message. Quelqu’un que je t’indiquerai t’y conduira. Il te dira: "Je me sens lié à toi"… »
Ce «quelqu’un» était le deuxième prêtre désigné le 12 avril 1947. C’est lors de la troisième apparition de la Vierge, le 23 mai 1947, que ce consacré désireux de prier à la grotte avec le voyant, et bouleversé par son attitude pendant sa prière et sa vision, lui dit la parole prédite par la Madone: «Je me sens lié à toi.» A partir de là, avec l’aide de la sœur du Pape Pie XII, vivement interpellée par les apparitions, Bruno pourra rencontrer le Pontife et lui révéler de la part de Marie la certitude de son Assomption au ciel, dogme que le Pape cherchait à définir devant la chrétienté. En outre, il l’a rencontré le 9 novembre 1949, lors d’une audience accordée aux traminots de Rome. Après la récitation du chapelet dans sa chapelle privée, il voit s’avancer Bruno qui lui dit: «Très Saint-Père, voici la Bible protestante avec laquelle j’ai "tué" beaucoup d’âmes»; puis, les larmes dans les yeux: «voilà le poignard, avec l’inscription "mort au Pape", par lequel je projetais de vous tuer! Je viens vous demander pardon.» Et le Pape de répondre: «En me tuant, tu n’aurais fait que donner un nouveau martyr à l’Eglise, et au Christ une victoire de l’amour; mon fils, le meilleur pardon est le repentir… »
La Vierge des Trois Fontaines va à nouveau montrer sa grande sollicitude maternelle pour la personne du saint Vicaire, souci lié à la fois à la paix et à l’évangélisation.
Bien plus tard, on l’a dit, le voyant s’est trouvé en relation avec Jean Paul II, à propos d’une autre tentative d’attentat, beaucoup plus grave celle-là, car si la première resta velléitaire et fut le fait d’un laïc, la seconde passa à l’acte et émanait d’un prêtre! En effet, place Saint-Pierre, le 2 février 1982, neuf mois après le premier attentat du 13 mai 1981, dont le Pape a été protégé par la Dame du Rosaire de Fatima, celle-ci a annoncé au voyant que le Saint-Père serait agressé une seconde fois, mais qu’il ne devait pas craindre, car elle le protégerait à nouveau. Cette prophétie lui a été transmise, et, effectivement, le 12 mai suivant, à Fatima même, alors que Jean Paul II venait remercier Marie de l’avoir préservé de la mort, j’ai vu la scène du second attentat: le prêtre sortant de sa manche une dague [on notera ici la similitude avec le poignard de Bruno], mais aussitôt ceinturé par la garde rapprochée du Pape; celui-ci le bénissant cependant… Toute cette scène est restée gravée dans ma mémoire: je revois encore le prêtre dévoyé emmené par les gardes… Mais, à la différence de son prédécesseur, il ne voulut pas demander pardon1.
Si Pie XII et Jean Paul II avaient été tués, que serait devenu pour l’un, le dogme projeté, pour l’autre, sa prodigieuse pastorale d’évangélisation? Et est-ce que le gigantesque processus de consécration de l’Eglise, du monde et de la Russie inauguré par Pie XII, aurait trouvé sa suite et son accomplissement?

La portée et l’actualité du message

Dans ces conditions, sur cette terre de sanctification, les prodiges promis et les plus variés n’ont pas tardé à se produire, à commencer par les guérisons. La première a touché un employé municipal, Carlo Mancuso. Cet indifférent, gravement accidenté au bassin, est soudain guéri par l’application d’un peu de terre des Trois Fontaines sur son mal. Aujourd’hui, le sanctuaire est tapissé d’ex-voto témoignant du nombre incalculable de grâces reçues par les pèlerins et les malades. Nous l’avons constaté lors de plusieurs pèlerinages. Le charisme des Trois Fontaines n’a pas fini d’étonner, Marie ayant multiplié les signes de sa présence, de son amour, de sa puissance, en lien avec notre époque tourmentée.
Le 12 avril 1980, alors que l’on fête le 33e anniversaire des apparitions, devant quelque 30’000 fidèles, à la consécration, le soleil se met à palpiter, comme à Fatima, et à perdre sa brillance pour devenir semblable à l’hostie; la plupart des assistants, et même des personnes extérieures, perçoivent des phénomènes semblables à ceux des apparitions de Fatima. Ceci pendant 40 minutes, en présence de Bruno, la Vierge l’ayant averti le 7 novembre précédent.
Le 12 avril 1982, au cours d’une cérémonie du Mouvement Sacerdotal Marial rassemblant 34 concélébrants (dont un membre de la Secrétairerie d’Etat) et entourés de 10’000 présents, au moment où les prêtres commencent à dire: «Voici l’Agneau de Dieu… », de nouveaux signes apparaissent dans le soleil: redevenu visible, avec au centre le monogramme IHS, il se colore entièrement de diverses couleurs successives, avec une bordure en forme de couronne très brillante et d’extraordinaires rayons multicolores; certains le voient tournoyer; d’autres rester fixe, ceci pendant près de cinquante minutes; à la fin, il descend d’un coup rattraper son temps astronomique. Comment ne pas penser au célèbre chapitre XII de l’Apocalypse johannique où il est parlé de «la Femme ayant le soleil pour manteau, une couronne de douze étoiles sur la tête… »?
Il est vrai que nous étions à un mois de la consécration solennelle du monde et de l’Eglise à Fatima, consécration que Satan avait essayé par tous les moyens d’empêcher. Mais Notre-Dame, en sa toute-puissance, avait tiré d’un mal (l’attentat du 13 mai) un grand bien, et entendait le montrer.
C’est vers cette époque que Yolande, l’épouse de Bruno, l’a laissé veuf, les enfants, adultes, faisant leur vie. Le voyant n’a pas cessé d’être fidèle à sa conversion: il venait souvent aux Trois Fontaines, recevant des pèlerinages, animant les cérémonies, parlant à des évêques, et, surtout, récitant inlassablement son rosaire2. Nous l’avons vu une fois, assis, discrètement, face à l’autel, le disant en silence.
Il nous a quittés en ces saintes dispositions le vendredi 22 juin 2001.
Le quadruple message des Trois Fontaines reste plus actuel que jamais, avec la Vérité menacée par «l’apostasie silencieuse» (Jean Paul II), les progrès des sectes et de l’Islam; le sacerdoce, aux multiples problèmes; la paix, enrayée par la plaie du terrorisme et l’extension des conflits de toutes sortes et à tous les niveaux; la mission de Pierre que les forces sataniques essaient de contrer sans relâche.
Mais le charisme des Trois Fontaines nous invite à espérer en toute confiance dans le Nom du Seigneur et l’intercession puissante du Cœur Immaculé de Marie, si les hommes le comprennent enfin.
C’est le chemin que nous a indiqué le confident de la Vierge de la Révélation.

Bernard BALAYN

Notes:
1. Sur toutes ces questions, v.: «Jean Paul II le Grand, prophète du IIIe millénaire», préface du Card. Frédéric Etsou, 864 pages + 80 pages d’illustr. E 30.- CHF 45.-

2. A propos du Rosaire chez les grandes âmes, v.: «Le Rosaire, Arche du Salut», 278 pages + 8 pages d’illustrations 14,5x22 cm
E 17.- CHF 26.-
L’auteur dispose d’une conférence en cassette audio: «La puissance du Rosaire dans les batailles de Dieu» E 7.- CHF 10.-

3. Pour s’adresser au Sanctuaire, écrire à:

Santuario «Vergine della Rivelazione»
Frati Minori Conventuali
Via Laurentina, 450
00142 ROMA / Italia.

A lire aussi: «La Vierge de la Révélation» Trois Fontaines - Rome, par Mgr Fausto Rossi, 128 pages, 13x20 cm – 1985 E 8.50 CHF 13.–

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