Nous poursuivons notre relation sur les apparitions de Marie à Estelle Faguette (cf. SM n°403).
Mon Fils te rend la vie
Estelle a tellement souffert et elle est si prête à mourir qu’à l’annonce de sa guérison, le 15 février 1876, elle est toute déçue: «Mais ma bonne Mère, si j’avais le choix, j’aimerais mourir pendant que je suis bien préparée.» «Ingrate, répondit Marie, si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin. Si mon Fils s’est laissé toucher, c’est par ta grande résignation et ta patience. N’en perds pas le fruit par ton choix.»
A la fin de l’apparition du 18 février 1876: «Je souffrais horriblement; mon cœur battait si fort que je croyais qu’il voulait sortir de ma poitrine. Mon estomac et mon ventre me faisaient aussi beaucoup souffrir; il m’était impossible de soulever la main droite. Après un moment de repos, je me sentais bien. J’ai demandé l’heure, il était minuit et demi. Je me sentis guérie, excepté mon bras droit.» Le tout se termine en Eglise, au moment de la communion apportée par le curé de Pellevoisin, vers 7 heures 45, samedi le 19 février, Estelle est entièrement guérie.
A Pellevoisin les «grâces sensibles» se multiplient d’une façon très surprenante ainsi que les signes tel le plancher1 qui «courbe» sous le «poids» de Marie.
Ce même 1er juillet 1876, une pluie semble tomber des mains de la Vierge qui se présente les bras ouverts. Sans qu’une parole ne soit prononcée, il est facile de comprendre que les grâces coulent de ses mains comme «torrents d’eau vive au désert»; vision complémentaire de la rue du Bac à Paris en 1830. A la onzième apparition, la Vierge ne dit-elle pas: «Les trésors de mon Fils sont ouverts» (15 septembre 1876).
Tu n’es pas assez calme
La Vierge semble bien au courant de la facilité avec laquelle nous prenons panique. Souvent nous sommes inquiets sans raison, parfois nous avons raison de nous inquiéter; aussi Marie vient nous parler du calme. Une première demande à la sixième apparition (1er juillet 1876): «Du calme, mon enfant, patience, tu auras des peines mais je suis là.» A la septième apparition: «Ne crains rien, sois calme» (2 juillet 1876). A la huitième apparition, il y a insistance: «Je voudrais que tu sois encore plus calme» (3 juillet 1876). Puis Marie prend les grands moyens: «Tu t’es privée de ma visite le 15 août; tu n’avais pas assez de calme» (9 septembre 1876). Ce jour-là, elle souligne un trait de caractère du Français: «Tu as bien le caractère du Français; il veut tout savoir avant d’apprendre et tout comprendre avant de savoir.»
Ce qui avait été une remarque personnelle à Estelle, puis globale à tous les Français, est transposé à l’Eglise tout entière: «Je tiendrai compte des efforts que tu as faits pour avoir le calme; ce n’est pas seulement pour toi que je le demande, mais aussi pour l’Eglise et pour la France; dans l’Eglise, il n’y a pas ce calme que je désire» (15 septembre 1876).
Le scapulaire du Sacré-Cœur
La Vierge Marie, à l’exemple de son Fils, laisse souvent sur son passage un signe de sa visite en ce monde.
A la neuvième apparition de Pellevoisin (9 septembre 1876) Marie soulève la pièce de laine qu’elle porte sur sa poitrine: «J’avais toujours vu cette petite pièce, sans savoir ce que c’était, car jusqu’alors je l’avais vue toute blanche. En soulevant cette petite pièce, j’aperçus un cœur rouge qui ressortait très bien. J’ai pensé tout de suite que c’était un scapulaire du Sacré-Cœur. Elle dit en le soulevant: “J’aime cette dévotion”.»
A la douzième apparition, le 1er novembre 1876, la Vierge portait encore le scapulaire. Le jour de l’Immaculée Conception, 8 décembre 1876, Estelle s’entend dire:
«Tu iras toi-même trouver le Prélat, et tu lui présenteras le modèle que tu as fait. Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir et que rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de ses enfants; ils s’appliqueront à réparer les outrages que mon Fils reçoit dans le sacrement de son amour. Vois les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance et qui t’aideront à le propager.» En disant ceci, la Vierge Marie étendit ses mains. Il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ses gouttes, il me semblait voir les grâces écrites telles que: piété, salut, confiance, conversion, santé.
Effectivement l’archevêque de Bourges, Mgr de la Tour d’Auvergne, reconnut le scapulaire le 12 décembre 1876. Par la suite Léon XllI fit de même.
Estelle est reçue en audience par Léon XIII le 30 janvier 1900. Ce pape qui, entre le 1er septembre 1883 et le 8 septembre 1901, a publié 15 encycliques sur le Rosaire, est bien informé sur les événements de Pellevoisin. Il en profite pour demander des précisions sur les allusions de Marie concernant l’Eglise et la France.
Le 4 avril 1900, trois mois après l’audience d’Estelle, la Congrégation des rites, à la demande du pape, autorise officiellement pour l’Eglise entière, le scapulaire du Sacré-Cœur, tel que la Vierge le portait à Pellevoisin2; Benoît XV ajoute: «Je crois que les origines sont bonnes et l’on peut dire que Pellevoisin est un lieu spécialement choisi par la Sainte Vierge pour y répandre ses grâces» (17 octobre 1915).
La fête de Lourdes se termine à Pellevoisin
Marie fait participer Estelle à la vie céleste d’une manière très humaine. Souvenons-nous de ce passage où la Vierge affirme: «J’ai montré cette lettre à mon Fils» (16 février 1876).
Ainsi, le 3 juillet 1876, à la fin de la journée, Estelle voit à nouveau la Sainte Vierge. Cette dernière arrive très tard et ne «reste que quelques minutes»: «je ne t’ai pas fixé l’heure à laquelle je devais revenir, ni le jour, je ne resterai que quelques minutes». Ce soir-là, Notre-Dame a «l’humaine attitude» de quelqu’un qui veut absolument saluer son amie avant que le jour finisse, et lui dire le bonheur qu’elle a connu dans la journée. Marie semble arriver d’une réception importante et veut partager sa joie avec Estelle: «Je suis venue terminer la fête.»
«Je ne savais pas quelle fête c’était. Je le demandai le lendemain à Monsieur le curé qui me répondit que c’était à Lourdes, le couronnement de Notre-Dame de Lourdes.» C’est vraiment fête à Lourdes le 3 juillet 1876. Le cardinal Guilbert, archevêque de Paris, couronne la statue de Notre-Dame de Lourdes, en présence de 36 archevêques et évêques.
Une visite à Pellevoisin, après une telle fête à Lourdes, montre non seulement une belle délicatesse envers Estelle Faguette, mais aussi le lien de parenté qui existe entre Lourdes et Pellevoisin. Nous n’avons donc pas à diminuer l’un à l’avantage de l’autre. Marie ne compte pas le nombre de pèlerins pour fixer l’importance du sanctuaire. Elle présente différemment son message pour s’adapter aux différences psychologiques qui existent parmi les humains.
Un ex-voto
Dès la première apparition, le 14 février 1876, la Vierge signale qu’il faudra garder le souvenir de ces apparitions. En voyant la plaque de marbre blanc déposée devant elle, Estelle Faguette l’identifie comme étant un ex-voto, c’est-à-dire un témoignage de reconnaissance pour faveur obtenue.
La première préoccupation d’Estelle, est de savoir où on placera cet ex-voto. «Mais, ma bonne Mère, où faudra-t-il le faire poser? Est-ce à Notre-Dame des Victoires à Paris, ou à Pellevoisin?»
Elle ne me donna pas le temps d’achever le mot Pellevoisin, qu’Elle me répondit: «A Notre-Dame des Victoires, ils ont bien assez de marques de ma puissance, au lieu qu’à Pellevoisin, il n’y a rien. Ils ont besoin de stimulant.»
A la cinquième apparition, il n’y a plus de question à se poser. Non seulement on sait que la plaque sera posée à Pellevoisin, mais tous les détails sont fournis très précisément. «Je voyais ma plaque, mais cette fois, elle n’était plus toute blanche. II y avait aux quatre coins, des boutons de rose d’or; dans le haut, il y avait un cœur d’or enflammé avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive.»
Voici ce qu’il y avait d’écrit:
«J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière.»
Malgré tes ingratitudes!
Ce qui est le plus mystérieux, c’est de voir que la Vierge ne se préoccupe pas de la «bonté» de ceux qu’elle choisit. Ce qui l’intéresse c’est de rendre bons ceux qui entendent le message.
Ceux qui sont favorisés d’une apparition sont les premiers à être conscients de ce choix déroutant. «Je suis bien indigne de ses grâces, car après toutes mes ingratitudes, elle devrait plutôt m’abandonner que de me favoriser.» (Commentaires d’Estelle après la première apparition le 14 février 1876). Le lendemain elle ajoute: «Je suis encore toute confuse des fautes que j’ai commises dans le passé et qui, à mes yeux, étaient des fautes légères. La Vierge me fit de graves reproches que j’avais bien mérités.»
Nous ne sommes pas très familiers avec la pédagogie céleste. Ecoutons les commentaires d’Estelle en date du 16 février 1876: «Elle me fit de nouveaux reproches, mais avec tant de douceur que je me suis rassurée. Elle me dit: “Tout ceci est passé, tu as, par ta résignation, racheté ces fautes. Ces quelques bonnes actions et quelques prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de Mère”». Et le 18 février 1876, Marie formule une règle de vie: «Si tu veux me servir, sois simple; et que tes actions répondent à tes paroles.» Cette recommandation fait écho à la pensée de saint Paul: «Laissez-vous attirer par ce qui est simple» (Rm 12,16).
Cette puissance de Marie vient de son Fils qui tient toujours la première place. Elle nous confie elle-même qu’elle n’est que l’intermédiaire de la bonté de Dieu: «Le cœur de mon fils a tant d’amour pour le mien qu’il ne peut refuser mes demandes» (2 juillet 1876). «Ces grâces sont de mon Fils, je les prends dans son cœur, Il ne peut me refuser» (8 décembre 1876).
L’humble Estelle Faguette est décédée à l’âge de 86 ans, elle repose dans le cimetière de Pellevoisin, non loin de la tombe du grand romancier Georges Bernanos.
Sur sa tombe, deux mots: «Sois simple».
Marie à Estelle: C’est ici que je serai honorée
Dès 1877, la chambre où elle fut guérie fut transformée en chapelle et les pèlerinages furent autorisés. Depuis les pèlerins viennent du monde entier y prier Notre-Dame de Miséricorde.
La guérison d’Estelle Faguette a été officiellement déclarée miraculeuse en 1983, par Mgr Paul Vignancour, archevêque de Bourges.
Aujourd’hui, le Sanctuaire de Pellevoisin a été confié aux Frères et Sœurs de la communauté Saint-Jean qui en assure l’animation.
Notes:
1. La chambre d’Estelle où la Vierge Marie la visitait est devenue la Chapelle des apparitions.
2. Scapulaire uniquement disponible au sanctuaire de Pellevoisin.
Renseignements:
Sanctuaire N.D. de la Miséricorde, 3B Rue Notre-Dame,
F-36180 Pellevoisin.
Tél.: 02 54 39 06 49
Fax: 02 54 39 04 66.
site: www.pellevoisin.net
eMail: sanctuaire@pellevoisin.net
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