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La Vierge Marie apparut quinze fois à Estelle Faguette, malade, condamnée par les médecins.
Du 14 au 19 février 1876, Marie lui apparaît 5 fois; du 1er au 3 juillet de la même année, 3 fois et entre le 9 septembre et le 8 décembre 1876, encore 7 fois.
De Saint-Memmie à Paris
Près de Châlons en Champagne, dans un petit village nommé Saint-Memmie, vit Monsieur Faguette, aubergiste et homme d’affaires. Sa santé, qui laisse à désirer, et les conseils «imprudents» d’un oncle, le conduisent à la ruine, au moment où Estelle, née le 12 septembre 1843, n’a que 14 ans.
Celle qui deviendra, si jeune, soutien de famille, avait reçu, à 11 ans, le premier signe d’une mission beaucoup plus importante. Le pape Pie IX annonce la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception pour le vendredi 8 décembre 1854. L’Eglise universelle s’apprête à fêter l’événement. A Saint-Memmie, comme dans la plupart des paroisses de la chrétienté, on veut honorer, comme il se doit, la naissance immaculée de la Mère de Dieu. Dans la procession qui fait le tour du village, la bannière de l’Immaculée est portée par une petite fille de 11 ans, Estelle Faguette. L’enfant, qui porte solennellement le message dans les rues du village, est celle qui, 22 ans plus tard, recevra la redoutable mission de «publier la gloire de Marie»1 dans le monde entier. Les plans de Dieu sont mystérieux et nos yeux de chair distinguent bien mal comment ils se réalisent autour de nous, et souvent par nous, dans les actions les plus simples.
L’aubergiste de Saint-Memmie doit s’exiler. Il s’installe dans le quartier du «Gros-Caillou» à Paris. Estelle a 14 ans; elle doit travailler pour aider son père, de santé délicate. On la retrouve dans une blanchisserie, gagnant un salaire de famine. Elle est assez adulte pour travailler, et assez jeune pour fréquenter le «patronage» des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Sa piété mariale se développe en même temps que grandit sa charité pour les pauvres qu’elle aime visiter.
De la vie religieuse à la vie en château
La situation familiale lui permet, à 17 ans, de réaliser un désir secret. Depuis son enfance, elle préfère aider les pauvres plutôt que de s’amuser comme les enfants de son âge. Elle croit qu’une vie consacrée à l’intérieur d’une communauté hospitalière lui permettrait d’être plus efficace auprès des malades. Elle choisit les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Paris où elle entre le 15 septembre 1860. Elle y vivra trois années de formation et de prière.
En 1863, son état de santé l’oblige à quitter la communauté. Elle comprend alors que son devoir est auprès de ses parents dans le besoin. Estelle Faguette entre, à l’âge de 21 ans, au service de la famille de La Rochefoucauld, rue Saint-Dominique à Paris. Elle restera Estelle: simple et humble, au service du prochain. La comtesse de La Rochefoucauld prend rapidement conscience qu’elle a, dans cette nouvelle employée, une personne de confiance. C’est donc en toute sécurité qu’elle confie la garde de ses enfants à Estelle tant à Paris en hiver qu’en été au Château de Poiriers-Montbel, à trente kilomètres au nord-ouest de Châteauroux et trois kilomètres de Pellevoisin2.
Estelle est plus qu’une servante; elle est une présence dans toute la profondeur du terme. Une présence pour les enfants de la comtesse en tout premier lieu. Mais une présence aussi pour le personnel de la maison. Les joies, les peines et les souffrances des autres ne la laissent pas indifférente. Elle se fait toute à tous, à tout moment du jour et de la nuit. Une telle bonté ne peut manquer de conquérir les cœurs, mais aussi de provoquer la jalousie de quelques-uns.
Les parents d’Estelle viennent s’installer à Pellevoisin en 1866. Ils seront plus près de leur fille qui accompagne toujours la famille de La Rochefoucauld à Poiriers-Montbel pendant la belle saison; il en coûtera moins cher de vivre à Pellevoisin que dans le grand Paris.
Courrier recommandé
Les bons soins prodigués par la comtesse de La Rochefoucauld et la force de volonté d’Estelle triomphent temporairement de sa fragile santé. Pendant onze ans, son dévouement ne se dément pas. Mais voici que le 29 août 1875, le docteur Bucquoy confirme qu’Estelle est gravement atteinte: elle souffre de «phtisie pulmonaire, d’une péritonite aiguë et d’une tumeur abdominale». Les atteintes aux poumons ont tellement progressé qu’elle est maintenant contagieuse. Son état est si grave qu’il n’est plus question pour elle de continuer à travailler. Estelle a 32 ans et n’entend pas capituler si facilement. Elle décide de prendre les grands moyens. En septembre 1875, elle écrit directement à la Sainte Vierge et confie sa lettre à Mademoiselle Reiter qui va la déposer entre les pierres de la grotte dédiée à Notre-Dame de Lourdes, dans le parc du château. La réponse à ce «courrier recommandé» parviendra à Pellevoisin six mois plus tard, dans la nuit du 14 au 15 février 1876.
Voici le texte intégral de sa lettre:
«Ô! Ma bonne Mère, me voici de nouveau prosternée à vos pieds. Vous ne pouvez pas refuser de m’entendre. Vous n’avez pas oublié que je suis votre fille et que je vous aime. Accordez-moi donc de votre divin Fils la santé de mon pauvre corps pour Sa gloire. Regardez donc la douleur de mes parents; vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’œuvre que j’ai commencée? Si vous ne pouvez, à cause de mes péchés, m’obtenir une entière guérison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle de mes parents. Vous voyez, ma bonne Mère, ils sont à la veille de mendier leur pain; je ne puis penser à cela sans être profondément affligée. Rappelez-vous donc les souffrances que vous avez endurées, la nuit de la naissance du Sauveur, lorsque vous fûtes obligée d’aller de porte en porte demander asile! Rappelez-vous aussi ce que vous avez souffert quand Jésus fut étendu sur la Croix. J’ai confiance en vous, ma bonne Mère; si vous voulez, votre Fils peut me guérir. Il sait que j’ai désiré vivement être du nombre de ses épouses, et que c’est en vue de lui être agréable que j’ai sacrifié mon existence pour ma famille qui a tant besoin de moi.
Daignez écouter mes supplications, ma bonne Mère, et les redire à votre divin Fils. Qu’Il me rende la santé si tel est son bon plaisir, mais que sa volonté soit faite et non la mienne. Qu’Il m’accorde au moins la résignation entière à ses desseins et que cela serve pour mon salut et celui de mes parents. Vous possédez mon cœur, Vierge Sainte, gardez-le toujours et qu’il soit le gage de mon amour et de ma reconnaissance pour vos maternelles bontés. Je vous promets, ma bonne Mère, si vous m’accordez les grâces que je vous demande, de faire tout ce qui dépendra de moi pour votre gloire et celle de votre divin Fils. Prenez sous votre protection ma chère petite-nièce, et mettez-la à l’abri des mauvais exemples. Faites, ô Vierge Sainte, que je vous imite dans votre obéissance et qu’un jour je possède avec vous Jésus dans l’éternité.»
A la fin de cette lettre, Estelle place sous la protection de Marie sa petite-nièce, car il faut savoir qu’Estelle avait deux sœurs; une plus âgée qu’elle de 3 ans, Geneviève, et l’autre plus jeune qu’elle, Augustine. Geneviève Faguette Petitot décède le 24 novembre 1864 à l’âge de 24 ans, laissant deux enfants: Eugène qui meurt le 20 février 1865, à l’âge de 13 mois et Estelle Petitot, petite fille âgée de 5 ans à la mort de sa mère. C’est à ce moment qu’Estelle Faguette prend en charge sa nièce qui demeure chez ses parents. A Pellevoisin, avec son salaire, Estelle fait vivre son père, sa mère et sa nièce «la petite Estelle».
Au moment des apparitions, «Estelle Petitot» a 17 ans et Estelle Faguette l’a mise en apprentissage à Paris pour 18 mois. Après cet apprentissage, la petite Estelle revient à Pellevoisin chez ses parents et y restera jusqu’à l’âge de 22 ans, quand elle quitte la maison pour ne jamais y revenir. Le foyer Petitot malheureux et désuni fut pour Estelle Faguette cause de beaucoup d’inquiétude et de déception. Elle qui s’était donné tant de mal pour sa chère petite-nièce.
Estelle malade
Lorsque la maladie d’Estelle s’aggrave, à l’automne 1875, la comtesse retarde son retour en ville. En février 1876, des affaires importantes l’attendent à Paris; elle ne peut plus retarder! Elle aménage une maison tout près de l’église et du cimetière de Pellevoisin où elle installe confortablement Estelle.
Les parents Faguette, qui demeurent à Pellevoisin depuis dix ans, viennent habiter avec leur fille; ils pourront ainsi lui prodiguer plus facilement les soins dont elle a besoin. Sa condition physique est si désespérée que le comte et la comtesse achètent, avant leur départ pour Paris, un lot au cimetière de Pellevoisin, pour la sépulture de leur «bonne» si appréciée. Estelle est maintenant incapable d’ingurgiter le moindre liquide. L’employé qui la transporte du château à sa nouvelle demeure, voisine du cimetière, la voyant dans un si piteux état, s’écrie: «Nous la rapprochons de sa dernière demeure».
Des mois, Estelle lutte contre une maladie incurable, entourée d’affection et de bons soins. Elle est reconnaissante envers la comtesse «à qui je dois un peu de ma résignation». Elle qui disait souvent: «Ma pauvre Estelle, pour souffrir comme cela si longtemps, il vaudrait mieux que le bon Dieu vous prenne, car tout porte à croire que vous ne vous remettrez jamais.» Ce qui lui donne la sérénité complète, c’est le sacrement de l’Extrême-Onction: «Ce jour-là je devins plus calme et dis souvent: Mon Dieu, vous savez mieux que moi ce qu’il me faut, faites ce qu’il vous plaira, seulement faites-moi faire mon sacrifice généreusement.» Le 14 février 1876, le docteur Hubert confirme toutes les apparences. «Elle n’a plus que pour quelques heures de vie.» Estelle a au moins la consolation de voir ses parents installés dans la même maison qu’elle, pour ses derniers moments.
Les premières apparitions
Le soir Estelle est épuisée. Vers minuit, un sinistre personnage «cherchant dans la nuit son butin» se présente au pied du lit de la mourante; il veut profiter de son extrême fatigue. Estelle raconte: «Tout à coup, le diable apparut au pied de mon lit. Oh! que j’avais peur. Il était horrible, il me faisait des grimaces quand la Vierge apparut de l’autre côté de mon lit. Marie porte sur la tête un châle de laine bien blanc. Elle dit au diable: “Que fais-tu là? Ne voistu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils» (le scapulaire). Et à Estelle: «Ne crains pas, tu sais bien que tu es ma fille!» La paix est revenue dans le cœur de la malade.
Pendant cinq jours consécutifs, la Vierge Marie vient visiter Estelle.
Dame Marie se présente cinq fois, juste avant minuit, les 14-15-16-17-18 février 1876. La présence du diable qui avait été importante le 14, se fait plus discrète les jours suivants, de sorte que le 18, il est complètement absent.
A l’inverse, pendant ce temps, la Vierge se fait de plus en plus maternelle: «Elle s’approcha au milieu de mes rideaux» (5e apparition).
Lors de la 1re apparition du 14 février 1876, Marie annonce trois faits importants:
«Courage, prends patience, mon Fils va se laisser toucher.»
«Tu souffriras encore cinq jours, en l’honneur des cinq plaies de mon Fils.»
«Samedi tu seras morte ou guérie. Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire.»
Parallèlement à ces deux présences, Estelle passe d’une claire vision de ses fautes: «je suis encore toute confuse des fautes que j’ai commises dans le passé, et qui à mes yeux étaient des fautes légères (apparition du 15 février 1876), à un état de bien-être à cause de ce qu’elle avait fait de bien. Estelle est stupéfaite de voir que le peu de bien que l’on fait, compense l’ingratitude de nos fautes, à cause de la bonté de Dieu et de sa Mère miséricordieuse.
Tu publieras ma gloire
Dès le mardi 15 février 1876, Estelle apprend qu’elle sera guérie. Le mystère qui entoure le déroulement de la vie dans le Royaume des cieux, nous fait imaginer le plus grand «rituel» où les composantes humaines sont complètement absentes.
Le texte d’Estelle rapportant la troisième apparition, le soir du 16 février 1876, nous fait découvrir tout le contraire: «Ces quelques bonnes actions et quelques prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de Mère; entre autres cette petite lettre que tu m’as écrite, au mois de septembre. Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette phrase: voyez la douleur de mes parents, si je venais à leur manquer; ils sont à la veille de mendier leur pain. Rappelez-vous donc ce que vous avez souffert quand Jésus votre Fils fut étendu sur la croix. J’ai montré cette lettre à mon Fils.»
Dès la première apparition, le 14 février 1876, Estelle s’entend dire: «Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire.» La pauvre fille ne comprend pas. Elle réagit comme nous le faisons si souvent: «Je ne suis pas capable! Une autre, pas moi!» Elle écrit dans ses mémoires: «J’étais si surprise alors que je répondis vivement: «Mais comment faire? Moi, je ne suis pas grand-chose, je ne sais pas ce que je pourrais faire.»
A la quatrième apparition, le 17 février 1876, Marie dit de nouveau à Estelle: «Tu publieras ma gloire.» (Estelle commente: «Je n’ai pas eu le temps de répondre»); Marie reprit en partant: «Fais tous tes efforts.»
A la cinquième apparition, le 18 février 1876, Notre-Dame ajouta: «Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles. On peut se sauver dans toutes les conditions; où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire. Ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect qu’on a pour mon Fils dans la sainte Communion, et l’attitude de prière que l’on prend, quand l’esprit est occupé à d’autres choses; je dis ceci pour les personnes qui prétendent être pieuses.»
Ici la Vierge donne une leçon significative de soumission à l’Eglise: «Oui, oui, publie ma gloire; mais avant d’en parler, tu attendras l’avis de ton confesseur et directeur; tu auras des embûches, on te traitera de visionnaire, d’exaltée, de folle; ne fais pas attention à tout ceci; sois fidèle, je t’aiderai.»
Au cours de l’année 1876, Estelle Faguette va encore recevoir dix fois la visite de la Vierge Marie.
Source: «La Vierge inconnue»
Père Daniel Pichette
Notes:
1. «Estelle nous parle», autobiographie et récit des quinze apparitions par la voyante.
2. L’Eglise romano-ogivale date du XIIe siècle. Elle est bien conservée. La grande curiosité du pays est un énorme tumulus de dix mètres environ d’élévation, autour duquel la pioche remue, chaque printemps, des squelettes et des briques gallo-romaines. Ce monument et le nom même du village, Pelli vici, Pellevoisin, pour Belli vici, qui signifie le bourg de la guerre, indiquent qu’il y eut jadis, à cet endroit, une importante bataille, et que les cadavres tombés furent réunis autour du corps d’un chef et formèrent le mausolée.
Bibliographie:
(en vente à la librairie du PARVIS)
«Les Apparitions mariales de Pellevoisin» 1876, par Gérard Getrey, 384 pages, 15,5x24 cm
E 28.97 CHF 49.-
«Marie, Mère toute miséricordieuse» Notre-Dame de Pellevoisin, Prières et textes, 60 pages, 10,5x18 cm
E 5.30 CHF 10.20
«Les plus célèbres apparitions de la Sainte Vierge» par Francine Bay et Clotilde Devillers, 128 p.,15x21 cm E 10.37 CHF 16.60
Nouveau: «La Lettre d’Estelle», film documentaire de G. Tomczak, PAL/Secam, 66 min
E 20. CHF 32.
Renseignements:
Sanctuaire N.D. de la Miséricorde, 3B Rue Notre-Dame,
F-36180 Pellevoisin.
Tél.: 02 54 39 06 49
Fax: 02 54 39 04 66.
site: www.pellevoisin.net
eMail: sanctuaire@pellevoisin.net
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