Les chrétiens et le saint Suaire

Par J. Lévêque et R. Pugeaut

=> STELLA MARIS 402 SOMMAIRE

Le principal résultat de la datation du Linceul de Turin par la méthode du C14 a été de les associer l’un et l’autre pour le plus grand bénéfice du C14. Même les chrétiens suivent le mouvement: parlez-leur du Linceul, ils associeront «C14», Jésus est occulté. Avait-on besoin du C14 pour dater le Linceul? La réponse est «non». Il est daté par la photographie qui démontre aussi son authenticité.
Cette photo du 29 mai 1898 n’avait pour but que d’objectiver une vieille relique considérée par une tradition peu étayée comme étant le Linceul qui avait enveloppé le corps du Christ dans son tombeau. Mais le cliché de ce drap, le négatif, par conséquent, révélait à l’immense surprise de tous, un positif offrant une qualité de perception supérieure à celle de l’oeil humain, comme toute photographie. Il permettait la lecture nette, précise et détaillée du visage et du corps d’un homme supplicié et mort exactement comme Jésus en son temps.
Le vrai problème est là, car cette photo en réalité n’en est pas une.
Sur un drap de 4,30 mètres de long, et 1,10 mètre de large, de couleur ivoire, patiné par le temps, on distingue, faiblement imprimée, encryptée dans le tissu, la double silhouette tête-bêche, face et dos, du corps d’un homme fortement bâti, portant barbe et cheveux longs, étendu dans l’attitude habituelle aux morts. Elle se distingue mieux à une distance de deux à quatre mètres mais s’évanouit et se perd dans la trame du tissu quand on s’en approche. Il n’existe aucune oeuvre qui puisse servir de point de comparaison et elle est non reproductible.

Les recherches scientifiques

La nature de cette empreinte est très étrange, sa création mystérieuse. La photographie la rend claire et lisible à partir de deux éléments très simples: de la cellulose localement déshydratée par oxydation et des taches de sang humain de groupe AB (prédominant chez les sémites). Elle ne présente aucune directionalité et c’est la seule photographie connue au monde qui code le relief (les parties saillantes du corps sont plus claires, les parties rentrantes plus sombres).
Pas de photographe ni d’appareil photographique à l’origine de cette empreinte et le corps n’a pas été éclairé par une lumière extérieure. Tout se passe donc comme si la «force» inconnue qui a agi sur le drap émanait du corps lui-même. Cette propriété de l’image peut être déduite de l’examen attentif de l’empreinte et de son négatif photographique.
Comment concevoir une photo sans photographe ni appareil photographique, sans lumière extérieure et sur un drap recouvrant un corps? Comment expliquer la netteté de l’image, l’absence d’étalement, de déformation, la précision du temps d’exposition? La netteté exige une projection orthogonale sur un plan, mais le drap épousait la forme du corps et celle-ci aurait dû être étalée et déformée. Quel est le type d’énergie émanant du corps capable de générer la tridimensionnalité? A-t-elle exercé ses effets en apesanteur? Le dos en contact direct avec le tissu aurait dû, en raison de son poids, être totalement teinté, sans aucun détail visible. Toutes les tentatives d’explication aboutissent à un échec. Cette image est infaisable et non reproductible. Ainsi en a conclu la science. Ces résultats sont tellement invraisemblables, paradoxaux, qu’ils sont occultés. A vrai dire, cette image ne devrait pas exister. Elle est contraire à toutes les lois de la nature.
Que conclure? La majorité préfère éluder le problème. Mais les chrétiens?
A l’époque où la foi était mieux assurée, ils enregistraient le phénomène, parlaient de miracle et d’action de grâce. Aujourd’hui nous sommes rationalistes et le surnaturel nous gêne. Nous avons épuré notre foi, nous l’avons rendue sélective, nous savons la relativiser, car nous sommes devenus des gens instruits. Nous sommes des chrétiens modernes, «éclairés» désormais par les «Lumières».

Les recherches historiques

Les deux décennies qui ont suivi ces conclusions scientifiques ont permis de réaliser une moisson de découvertes de première importance, surtout sur le plan historique. La thèse de Iann Wilson (1978) constituait un cadre sur lequel viennent s’appuyer aujourd’hui d’autres indices de toute sorte découverts par les chartistes. Nous pouvons considérer désormais que la continuité du parcours entre Jérusalem et Turin est établie. Les péripéties qui ont accompagné l’histoire tourmentée de la relique offrent l’intérêt d’un roman policier.
Réfugié dès les temps apostoliques à Edesse, capitale de l’Osroène, située au point d’affrontement des grands empires, celui des romains et celui des parthes, le drap fut d’abord occulté en raison de son usage. Mais l’empreinte était connue et tolérée, puis vénérée et très célèbre sous le nom de Mandylion. Son origine est racontée dans plusieurs versions de la légende d’Abgar, dont les premières remontent au IVe siècle. Ce récit apparaît comme le récit des fondations de l’Eglise syriaque de Mésopotamie et présente l’empreinte comme étant une image miraculeuse du Christ. La notoriété de l’image s’est imposée à partir du VIe siècle qui représente un tournant dans l’iconographie du Christ. L’image et son support clandestin, conservés dans un reliquaire, survécurent à l’occupation arabe et furent l’enjeu d’un traité de paix en 944 entre les byzantins et les arabes. Ils furent accueillis à Constantinople dans la ferveur et les fastes de Byzance. Selon les textes, ce n’est que dans le cours du XIIe siècle que le Linceul commença à être présenté au public. Mais, dès 1204, lors de la prise de la ville par les croisés, il était dérobé et disparaissait dans la tourmente.
On a retrouvé depuis peu la trace de son passage à Athènes avant sa réapparition inopinée, un siècle et demi plus tard, vers 1356, à Lirey en Champagne où il crée le scandale. Confié à la Maison de Savoie un siècle plus tard à Chambéry, puis à Turin, il entre alors réellement dans l’histoire moderne. Tous les grands empires et les monuments qui l’ont accueilli ont disparu. Il a suscité la ferveur et la haine et a failli disparaître dans trois incendies dont deux au moins étaient intentionnels. Il a pu éviter les dangers majeurs des guerres de religion et de la Révolution française. Et, s’appuyant sur la science elle-même, il réapparaît aujourd’hui à la face d’un monde rationaliste et hostile comme un témoignage et une provocation.
Quel intérêt peut présenter cette relique pour l’Eglise? Il est vrai qu’on n’en a pas besoin pour croire, selon la formule consacrée, puisque c’est l’inverse, c’est la foi qui l’éclaire, par elle on peut la recevoir et sans elle, elle est incompréhensible. Alors que le XXe siècle a été celui de l’image et que nous n’avions jamais disposé d’autant de moyens techniques aussi sophistiqués, c’est par une photographie mystérieuse et inexplicable, selon les lois naturelles, que le message du Linceul veut passer.
Normalement une photo est immédiatement compréhensible, celle-ci également. Depuis un peu plus d’un siècle, la discussion ne concerne que Jésus-Christ, une évidence pour les uns, contestée par les autres, essentiellement avec une objection, «pourquoi Jésus et non un autre?» Une expertise criminelle classique de la photo (qui a d’ailleurs été effectuée) ne peut que justifier l’hypothèse de Jésus, et celle-ci a été confirmée par les recherches qui ont suivi. Mais Jésus est un personnage historique hors pair. Ceux qui ne le connaissent pas ainsi que son message, ou ceux qui le rejettent, n’ont aucune raison de le reconnaître puisqu’ils l’ignorent. Mais ceux qui s’honorent d’être de ses disciples; pourquoi ne le reconnaissent-ils pas? En raison de la datation par le C14? Mais nous savons que la communauté scientifique internationale qui s’est intéressée au problème a invalidé cette épreuve dans les conditions où elle a été réalisée.
Nous savons aussi que le drap n’est pas une quelconque pièce de tissu que nous cherchons à situer dans le temps (1er ou XlVe siècle?), parce que la preuve de son authenticité et de son historicité est encryptée dans le drap et révélée par la photographie elle-même. La science a fourni d’autres preuves et d’autres arguments, mais reconnaît par surcroît son incompétence pour en expliquer la genèse. Son domaine est, en effet, celui du «comment» et non du «pourquoi». Ce dernier relève d’un autre champ du savoir et de la réflexion, celui de la philosophie, plus précisément de la métaphysique. Ces deux aspects de la connaissance sont complémentaires, l’un pour connaître les faits, l’autre pour les interpréter. Or, la métaphysique des chrétiens est contenue dans la Révélation. Elle porte sur la Création et nous en donne le sens. Elle nous fait découvrir la vérité profonde, non seulement sur le réel perceptible, mais aussi et surtout sur Dieu et le salut de l’homme et elle «resplendit à nos yeux dans le Christ, à la fois «médiateur et plénitude de la Révélation tout entière». Elle a donné lieu à des textes majeurs des trois derniers conciles (Trente, Vatican I et Vatican Il). Mais ces textes dogmatiques, dont le Saint Suaire est une illustration parfaite pour notre époque, ne semblent pas avoir beaucoup retenu l’attention, car ils sont aujourd’hui oubliés et largement ignorés dans les paroisses.
Le Linceul de Turin n’aurait pas subsisté dans son histoire mouvementée, sans l’attention, les soins, la prudence et surtout la foi des communautés chrétiennes qui nous l’ont transmis. Aujourd’hui, nous-mêmes, avons-nous conservé assez de foi pour accueillir avec respect et reconnaissance leur héritage et leur témoignage? Et savoir, nous aussi, lire comme eux les signes des temps?

( à suivre)
J. Lévêque et R. Pugeaut

Littérature:
«Le Saint-Suaire revisité»,
Des certitudes scientifiques à la compréhension de l’histoire.
Par Jean Lévêque et René Pugeaut,
448 p., 15x23,5 cm Euro 22.- CHF 35.-

«Le visage du Christ d’après le Saint-Suaire de Turin»
En 1978, des experts de la NASA soumettent le Saint-Suaire à des analyses. En photographiant la Sainte Face de Jésus, puis en faisant des tirages-papier... le 7e montrait Jésus les yeux ouverts alors qu’ils sont fermés sur le Saint-Suaire. Carte postale couleurs (10 pièces), 10,5x14,8 cm Euro 3.- CHF 5.-

«La Sainte Face de Jésus-Christ» Prières et promesses.
Image 2 volets noir/blanc (20 pces), 10,5x14,8 cm Euro 4.- CHF 6.-


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