Littérature:
K. Schank & M. Schooyans, 138 pages, 14x20,5 cm EUR 12.- CHF 19.20
Le 25 octobre 2002, le Sénat (chambre haute du parlement belge) a approuvé une proposition de loi qui, si elle est également adoptée par la chambre basse, autorisera leuthanasie sous certaines conditions en Belgique. Avant que le Sénat ne commence à discuter du projet de loi concernant leuthanasie et les soins palliatifs, les évêques de Belgique avaient souhaité sexprimer sur ce sujet dans un communiqué daté du 3 juillet 2001. En 1994, ils avaient publié une déclaration plus détaillée sur la question, intitulée: «Laccompagnement des personnes à lapproche de la mort». Voici le texte de leur communiqué:
Le Sénat va bientôt entamer la discussion dun projet de loi concernant leuthanasie et les soins palliatifs. En cette circonstance, nous voulons, une fois de plus, déclarer expressément que la mise en place dun cadre légal pour leuthanasie est, selon nous, moralement inacceptable. Une telle loi contredit, en effet, ce qui est le cur même dune société respectueuse de la vie humaine et soucieuse des personnes les plus vulnérables.
Un traitement qui met fin à la vie, même à la demande du patient, signifie toujours la mise à mort consciente dune personne humaine. Nous ne comprenons pas que lon veuille légiférer en une telle matière au moment même où, en de nombreuses parties du monde, lon est devenu particulièrement sensible à la protection de la vie de chaque individu. Sans compter que la médecine dispose aujourdhui de plus de connaissances et de technologies que jamais afin de contrôler la douleur.
Ce que nous refusons particulièrement
Est-on conscient que le projet de loi à discuter prochainement au Sénat va très loin? En effet, il entend autoriser la pratique délibérée de leuthanasie, non seulement pour celui qui souffre physiquement dune maladie incurable, mais encore pour celui qui, dans une situation similaire, endure une souffrance de nature psychique jugée intolérable.
De plus, dans ces diverses situations, il ne sera même pas requis que le patient ayant sollicité leuthanasie doive mourir à brève échéance.
En outre, leuthanasie sera rendue possible pour des personnes qui ne sont plus en mesure dexprimer leur volonté, mais qui lauront antérieurement signifiée par écrit.
On objectera que, si elle est votée, la loi nimposera à personne de recourir à leuthanasie. Certes non, du moins pas de manière directe. Mais nous avons toutes les raisons de craindre que la possibilité légale de mettre fin à la vie ne déclenche une pression sociale sur les plus faibles. Cette pression sournoise aboutira à ce que certains se sentent plus vite «indésirables» et expriment, de ce fait, le désir den finir avec la vie afin de ne plus être à charge dautrui. Des signaux venus du terrain confirment cette appréhension.
En outre, une telle réglementation, si elle est votée, modifiera substantiellement, et de manière négative, la vocation des médecins et du personnel soignant. Car ce sont eux qui devront exécuter leuthanasie. Et leur relation de confiance avec le patient et sa famille, si essentielle à leur mission, sen trouvera gravement perturbée. Ceux qui réclameront leuthanasie au nom de la liberté individuelle devraient se rendre compte que cette dernière nautorise pas à changer si profondément le sens de toute la profession médicale.
Ce que nous proposons
Il serait abusif de conclure de notre opposition à ce projet de loi que notre idée est dabandonner les personnes proches de la mort à une souffrance inutile et sans espoir. Une telle interprétation nous blesserait profondément. En effet, depuis des siècles, lEglise investit de nombreux moyens et consacre beaucoup de ressources humaines à laccompagnement des personnes qui souffrent et qui agonisent. Elle sest aussi, à plusieurs reprises, opposée résolument à lacharnement thérapeutique.
Par ailleurs, lEglise soutient énergiquement la mise en place progressive de soins palliatifs. Elle le fait avec une obstination particulière dans notre pays, qui compte tant dinstitutions hospitalières dinspiration chrétienne.
Si nous persistons à proclamer que leuthanasie est une erreur, ce nest donc manifestement pas par indifférence. Cest, au contraire, pour éviter den venir à une société froide et pragmatique, une société sans tendresse où, trop facilement, lon ne proposerait dautre issue à la souffrance de fin de vie que la mise à mort de celui qui souffre.
Au-delà de ses aspects strictement médicaux, la problématique de leuthanasie nous confronte inévitablement à la question du sens de la souffrance et de la vie elle-même. Pour nous, combattre la souffrance nest pas seulement une affaire de technique médicale. Ce combat implique également que nous accordions lattention requise aux questions essentielles que se pose la personne qui souffre. Oui ou non, notre société a-t-elle encore la ferme volonté dexercer correctement cette authentique solidarité?
Nous souscrivons pleinement à la recommandation du Conseil de lEurope de juin 1999, où il est déclaré que toute la gamme des soins palliatifs doit être accessible à tous, que les gens ont le droit dêtre informés sur leur état, quils ne doivent pas être traités contre leur gré, quils ont le droit à la lutte contre la douleur et quils ne doivent pas redouter dêtre à la charge de leur famille et de la société. Nous applaudissons donc à la volonté du Sénat de soccuper des soins palliatifs. Mais nous ne pouvons marquer notre accord pour que cela aille de pair avec une dépénalisation de leuthanasie. Pour cette raison également, nous nous rallions à la recommandation du Conseil de lEurope susmentionnée, laquelle rejette sans équivoque la décision délibérée de mettre fin à la vie de personnes incurables et proches de la mort.
Bruxelles, le 3 juillet 2001
Les évêques de Belgique
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K. Schank & M. Schooyans, 138 pages, 14x20,5 cm EUR 12.- CHF 19.20
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