Par René Lejeune

A l'écoute d'un prophète

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Il y a deux Robert Muller aux Etats-Unis. L’un est le patron du FBI, ce n’est pas le mien. L’autre est un prophète qui mérite qu’on se mette à son écoute. C’est un de mes vieux amis, dont j’ai fait la connaissance à l’université de Heidelberg que nous fréquentions tous deux comme Lorrains pendant la guerre.
L’ayant perdu de vue après la guerre je l’ai retrouvé dans d’étranges circonstances. En 1971, étant Directeur général de l’Ecole Internationale de Genève, je devais me rendre à New York pour y inviter U Thant, secrétaire général des Nations-Unies, qui venaient de financer la construction d’un bâtiment de l’Ecole Internationale, pour qu’il vienne à Genève inaugurer ce bâtiment. Arrivé à New York, je téléphonai au secrétariat d’U Thant pour connaître l’heure à laquelle il me recevrait. A l’autre bout du fil se trouvait le Directeur de cabinet d’U Thant. Il me surprit par sa question posée en anglais: «Ne seriez-vous pas originaire de Bitche en Lorraine?» Sur ma réponse affirmative la voix répondit, cette fois en français: «Salut, vieille branche, comment vas-tu?» J’étais abasourdi. Après une pause, il dévoila son identité: «Ici ton ami Robert Muller!» Quelques minutes plus tard, je me trouvais dans son bureau, au 38e étage du bâtiment de l’ONU.

Qui est Robert Muller?

Ted Turner, le grand patron de la Télévision américaine, dit de lui: «Robert Muller a exercé sur moi une profonde influence. J’éprouve pour lui une grande admiration et un grand respect. Il est un des plus grands êtres humains apparu depuis longtemps.»
Robert Muller est chancelier de l’université de la Paix créée par les Nations-Unies. Il vient d’être décoré par la Fondation de la Paix à l’âge nucléaire de la «Distinguished Peace Leadership Award» pour son combat en faveur de la Paix.
Il existe aux Etats-Unis une chaîne d’«écoles Robert Muller» qui s’inspirent, dans leur enseignement, des idées et des théories éducatives de cet homme exceptionnel qu’on appelle le «Père de l’éducation globale».
Il est né à Sarreguemines en Lorraine, fils d’un chapelier; ses grands-parents ont connu, comme les miens, trois guerres et ont changé cinq fois de nationalité. Sa vision du monde plonge là ses racines.
Au lendemain de la guerre, alors qu’il préparait à Strasbourg son doctorat en sciences économiques, il participa à un concours mondial organisé par les Nations-Unies sur le thème: «Comment gouverneriez-vous le monde?» Il remporta le premier prix et fut invité à New York pour un mois, tous frais payés. Il y passera toute sa carrière, accédant aux fonctions de Secrétaire général adjoint de l’ONU…

Un être profondément religieux

La vision prophétique de Robert Muller est de nature religieuse. C’est ce qui a fait de lui, pendant les décennies 70 et 80, un conférencier que s’arrachaient les universités américaines. Il y déployait sa vision de l’avenir de la planète Terre avec une telle force qu’il enthousiasmait son jeune public. Il savait évoquer la magnificence du cosmos confié aux hommes — confié à nous — au point qu’il arrachait des larmes aux étudiants à son écoute.
Dieu a voulu donner à l’homme, créé à son image, une idée de sa puissance et de son infinie grandeur, en lui dévoilant l’incomparable beauté et l’étendue de sa création. L’unique réponse digne de ce dévoilement, c’est l’adoration et la préservation de ce trésor confié à ses soins en ce qui concerne la planète Terre. C’est la lumière à laquelle est exposé tout l’enseignement des «Ecoles Robert Muller». Chaque élève doit se faire un «artisan de paix», l’une des sept béatitudes enseignées par Jésus (Mt 5,9)
«Sois un artisan de paix» y enseigne-t-on aux élèves. Irradie ta paix. Que ton rêve soit toujours l’édification d’un monde où règne la paix. N’écoute pas les fauteurs de guerre, ceux qui sèment la haine, ceux qui ne recherchent que la puissance et le pouvoir. Pour y arriver, tu as des armes de lumière: l’amour, la vérité et la sérénité, la compréhension et la tolérance. Prie Dieu chaque jour de nous accorder la paix, de multiplier sur terre les artisans de paix. Prie le Seigneur que par sa grâce et par nos efforts, la terre finisse par devenir la Planète de la Paix.»
Voilà la belle prière qui est dite le matin dans les «Ecoles Robert Muller». Les élèves finissent par être pénétrés de cet idéal de paix au point qu’ils en deviennent tout naturellement des artisans.
Robert est un être profondément religieux. Déjà à cinq ans, étant à la messe dans l’église Saint-Nicolas, à Sarreguemines, en Lorraine, où il est né et a demeuré jusqu’à son départ aux Etats-Unis, il leva soudain ses bras et s’écria: «La vie est divine».
Une phrase que l’enfant avait entendue et qui l’avait profondément impressionné.
Cependant avec son esprit qui bat constamment les hautes sphères de la vie et de la spiritualité, il s’arrête parfois à des conceptions proches de celle du «New-Age», du Nouvel âge. Quand cela se produisait, j’attirais son attention sur la foi enseignée par l’Eglise. Docile, il acceptait d’être redressé dans ses conceptions. En effet, il se veut catholique de fidèle obédience. Il me dit un jour: «René, tu est mon conseiller spirituel!» L’expression me plaisait et je mis toute ma foi à servir un esprit aussi éminent, pour qu’il puisse garder sa fidélité à l’Eglise à laquelle appartenaient ses ancêtres. Il m’en fut toujours reconnaissant.
Parmi les livres qu’il a publiés et qui ont eu un franc succès aux Etats-Unis figurent «Plus que tout, ils m’ont enseigné le bonheur», où il rend hommage à ses parents dans une véritable passion du bonheur. Ou encore: «New genesis, Shaping a global spirituality» traduit sous le titre: «Au bonheur, à l’amour et à la paix». Ce sont d’ailleurs là les trois étoiles qui le guident. Toutes trois orientées vers le «global». C’est ce qui rend sa pensée si attachante et si précieuse. La pensée courante, aujourd’hui, est cloisonnée, disjointe, fractionnée, analytique. C’est ce qui mène les hommes à s’affronter, à se combattre. Rendre à la pensée globale sa place, surtout dans l’éducation, doit être le souci premier des éducateurs. Cela facilitera chez les jeunes l’ouverture au spirituel. Le Créateur a créé l’univers dans une vision globale. «Il a créé l’homme à son image et à sa ressemblance», tout en lui laissant la liberté, dont il abuse si souvent. Pour son malheur!
Robert Muller est un homme heureux. Et son bonheur est contagieux. Je lui ai demandé: «d’où vient ce bonheur qui ne te quitte jamais? Et qui fait qu’auprès de toi on ne peut être qu’heureux?» Il me répondit: «Le bonheur devrait être aussi naturel chez l’homme que la respiration.»
«Mais il ne l’est pas. Pourquoi?» «Comment combattre le Diviseur?»
«En se réfugiant auprès de la Mère universelle, la Très Sainte Vierge Marie.
Robert Muller est, lui aussi, un catholique marial…


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