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Dans le précédent numéro, nous avons fait connaissance de Fratel Cosimo, paysan de 18 ans, quand il vit la Vierge sur le rocher proche de sa ferme natale. Cétait en mai 68, une heure grave pour lEglise et pour le monde. Voici ce qui est advenu depuis lors.
Les apparitions de la Madone très aimée, en Italie, ont attiré graduellement des visiteurs qui se félicitèrent des grâces, conversions et guérisons. Le pèlerinage est né, graduellement, de cet attrait et de la rumeur. Il sest organisé sans planning, de lintérieur, comme la vie à tous niveaux, mais point anarchiquement. Fratel Cosimo, en bon cultivateur, sait cultiver aussi la grâce de Dieu telle quil la voit fleurir spontanément chez les visiteurs. Il sait donner des directives simples aux corps de métier ou aux architectes quand laffluence nécessite leur concours pour accueillir les pèlerins. Lévêque aussi, en bon pasteur, cultive cette floraison dont il perçoit les bons fruits, comme ly encouragent les critères du Cardinal Seper, prédécesseur du Cardinal Ratzinger. Le développement harmonieux, voici ce que jen ai vu.
La vie du pèlerinage
Une rencontre de prière est organisée chaque mercredi et samedi après-midi sur le site de lapparition. Tous ceux qui le souhaitent peuvent y assister. Parmi eux, 100 personnes ont pris rendez-vous téléphonique avec Madame Rosa Bolognino-Zappavigna, lépouse de lavocat de la fondation, pour avoir une entrevue avec Fratel Cosimo.
Ces jours-là, tous les participants prient lentement le Rosaire et pendant ce temps-là, chacun des inscrits discrètement appelés à son tour, rencontre Fratel Cosimo pour un bref colloque, dans une pièce voisine. La rencontre est laconique: à peine une minute pour chacun, sans horloge, mais cela ne pose pas de problème. Le petit mot inspiré à Fratel Cosimo porte fruit et le visiteur est généralement comblé, stimulé, relancé vers Dieu dans la lumière. Pour certains, cest la conversion ou une guérison. Pour presque tous, cest une relance de leur vie spirituelle.
Fratel Cosimo ne confond pas ses intuitions et discernements personnels avec ce quil reçoit de Dieu: lecture dâme ou orientation de vie pour ses visiteurs. Il savait ce qui menace ma vue et avait prié pour moi de tout son cur avant mon arrivée. Lors de mon entretien particulier, avant le départ, le mardi 12 novembre au soir, quand je lui ai demandé de continuer sa prière: pour moi, il navait pas de lumière, malgré son désir. Il sest honnêtement limité à des paroles despérance pour la suite de mes travaux, telle quelle puisse être. A des amis qui sintéressaient aussi à mon problème, il a précisé:
Le Seigneur ne me la pas fait voir.
Il mesure les limites de ses inspirations. Cest bon signe, car le discernement nest pas toujours la chose la mieux partagée, même chez les voyants, qui peuvent confondre les pulsions de leur esprit (voire du tentateur) avec lEsprit-Saint.
Après 17 heures, suit une grande réunion de prière, animée non seulement par Fratel Cosimo, mais par la «communauté» qui sest progressivement formée autour de lui, par la grâce des conversions: aujourdhui, 60 personnes de milieu et cultures divers, unies de lintérieur, au service de la Servante du Seigneur.
Ils ont organisé les services du pèlerinage, en communion avec Fratel Cosimo. Ils se chargent de la lecture de lévangile, parfois laborieusement, rendent compte des témoignages de guérison ou de conversion récents, parfois suit une exhortation, la réunion est entrecoupée de chants, de prières: le temps passe vite. Fratel Cosimo sadresse ensuite aux personnes rassemblées entre temps leur nombre a grossi et bénit tous ceux qui sont venus.
La messe et la fiaccolata
Le premier samedi de chaque mois, la messe est célébrée vers 16 heures. Elle est précédée de la prière du rosaire et suivie de la prière dintercession de Fratel Cosimo. A la tombée de la nuit a lieu la fiaccolata: une procession aux flambeaux, comme à Lourdes, descend sur les chemins pierreux et remonte de lautre côté.
Le pèlerinage grandit: prières et bâtiments, encore légers, nés aujourdhui en bonne harmonie, sans plan préconçu, selon linspiration et les besoins. Ainsi est née la fondation. Ferdinando Zappavigna, avocat, en a rédigé les statuts selon le droit et Fratel Cosimo en est le fondateur. La fondation a reçu lapprobation de lévêque le 17 avril 1999 et a été reconnue par le gouvernement le 27 juillet 2000.
Les travaux
Dès lors, les travaux se sont intensifiés. On a déjà élargi lesplanade à flanc de colline, pour accueillir les foules autour de la source. Durant mon pèlerinage, elle était en plein forage: un grand trou denviron 10 mètres de rayon et autant de profondeur, hérissé de ferrailles pour bâtir le dispositif destiné à canaliser leau à disposition des pèlerins.
Lesplanade était donc un vaste chantier; au fond les arcades soutenant harmonieusement la colline échancrée, sont déjà construites.
Tout progresse, au jour le jour, dans le seul souci détendre le rayonnement de prières, conversions et guérisons.
Chaque membre de la communauté a sa fonction, au rythme du temps calabrais. Javais demandé de célébrer la messe chaque jour, selon mon habitude. On me lavait accordé, par exception, pour des messes privées, devant quelques membres de la communauté.
Fratel Cosimo avait prévu la célébration à 18 heures, dans la chapelle où se trouve le tableau. Mais le sacristain bénévole, habitant de Placanica, narrivait pas et le temps passait. Jétais le seul à men préoccuper, car ici, le temps ne compte pas. Il est comme suspendu. Le sacristain, retardé par son travail, finit par arriver. Le temps de la colline nest pas le temps des horloges allemandes, américaines, suisses ou même françaises. Cest le temps de la vie, de la Communion et de la prière: lépanouissement dune durée intérieure, dans une atmosphère chaleureuse, simple, discrète, autour de Fratel Cosimo. La durée de Dieu et de Notre Dame inspire et rayonne silencieusement. Limpressionnant, cest cet ordre humain et spirituel, spontané, qui ne doit rien à des plannings rationalisés.
Qui est donc Fratel Cosimo?
On ne sait comment le définir. Son humilité, sa transparence défient les définitions à force de simplicité. Son contact intime avec le Christ et Notre Dame rayonne: il paraît identifié. La cinquantaine a rendu plus émaciée la brillante silhouette de la trentaine.
Il prie beaucoup: un Rosaire le matin et un autre le soir, sur fond de méditation permanente. A force de questions je comprends cette présence qui lhabite. Il ne détaille pas.
Lors du premier entretien, son laconisme ma déconcerté. Je suis vite arrivé au bout de mes questions, alors que maints voyants sont volubiles voire intarissables et vous submergent. Mais il nest ni dissimulé, ni fermé, plutôt le contraire; ce qui rayonne chez lui, cest ce «toujours prier». Cest la présence de Dieu qui maintient vie et prière, non sans efforts pour se préserver de la dispersion qui lassaille. Fratel Cosimo, cest un jaillissement paisible et discret, à limage de la source dont il a reçu la révélation intérieure, en deçà de lui-même. Il est calme, tranquille, confiant, apparemment inactif, tout au contact du moment, mais sa mémoire attentive enregistre. En historien, je lui avais demandé des dates dont il ne se souvenait pas. Il me les a fait parvenir à mon retour en deux corrections de son autographe des premières apparitions. Il a décidé intelligemment la construction du pèlerinage. Il réalise lentement et progressivement sa mission selon la parole reçue à la deuxième apparition: «Le Seigneur veut faire de toi un instrument de son Amour pour le salut des âmes.»
Il ne manque pas dardeur intérieure, bien au contraire, mais cette ardeur napparaît que là où cest utile ou important pour sa mission. Alors émergent des paroles fortes et chaleureuses.
La Vierge lui a dit aussi:
Je taiderai, mais tribulations et souffrances ne te manqueront pas.
Sans connaître cette parole, je lavais devinée. Je lui avais demandé ce que je demande à dautres voyants, malgré son apparente joie de vivre avec Dieu:
Avez-vous des problèmes avec le démon?
Il acquiesce avec force, mais sans plus et je craignais dêtre indiscret en insistant. Jai osé y revenir dans lauto de lami avocat Ferdinando Zappavigna qui nous amenait à lévêché, et les réponses ont jailli, vives, précises et parfois volubiles.
En bref, Fratel Cosimo a traversé bien des difficultés et oppositions:
de la part de hommes: les pécheurs qui résistent mais plus généralement ceux qui nacceptent pas lauthenticité de sa rencontre, ni de sa mission;
il subit aussi les tentations et sévices du démon qui prend à partie ses adversaires les plus dangereux, comme il fait depuis Jésus-Christ, de la première à la dernière tentation, indiquée par Luc: après léchec des trois premières, le démon se retira vaincu, mais en guettant le moment opportun: le kairos selon le mot grec expressif. Ce fut lheure de la Passion: la dernière épreuve. A la suite du Christ, Fratel Cosimo a subi des tentations et attaques intérieures ou physiques, mais aussi le désespoir et la déréliction (dans le prolongement de Jésus en croix, quand il exprima labandon et la nuit qui se faisait dans sa psychologie humaine débordante de pardon et de bienveillance). Fratel Cosimo reçoit aussi des coups physiquement, au moment où son action se fait plus efficace. Il en paie la note en quelque sorte, mais garde alors un grand abandon à Dieu et à son action. Quand Dieu semble labandonner, il sabandonne à lui davantage, dans la nuit. Il est plus mené quil ne mène, et quand il mène, cest que Dieu le mène.
Jai rarement vu un tel dépouillement, une telle réceptivité surnaturelle; non point passive mais réactive quand il faut.
Il connaît aussi les souffrances de la Passion surtout les jeudis et vendredis, jours anniversaires: davantage pendant le Carême, dans le sillage de saint François dAssise. Il revit les terribles souffrances physiques du Christ. Il les ressent dans lordre de la Passion, semble-t-il, y compris le déchirement de la mort. Il les souffre de lintérieur, atrocement, mais dans la paix et lamour, sans stigmates visibles ni effusion de sang. Le Seigneur la invité à porter sa croix dans le quotidien, lui demandant explicitement: «Veux-tu maider à porter la Croix?». Cela me fait penser à ce quil fait vivre discrètement à tant dâmes victimes volontaires que je connais. Il la aussi demandé à Yvonne Beauvais, au seuil fondateur de sa vie mystique, le 5 juillet 1922, où il lui dit en lui montrant la Croix:
Veux-tu la porter?
Elle a accepté. Elle a connu des stigmates sanglants auxquels jai consacré une monographie précise1.
Ce rapprochement ma frappé, malgré les modifications et les différences. La croix, pour Fratel Cosimo, est moins une mission formelle que la rançon quotidienne de sa mission et des grâces dont il est linstrument.
Les fruits
La communauté de Fratel Cosimo a publié, à lheure où jécris, une dizaine de fascicules écrits spontanément; ils relatent les fruits des apparitions et du pèlerinage, surtout conversions et guérisons.
Je dis à Fratel Cosimo:
Je naurai pas la place de raconter tout cela: issu de 12000 témoignages écrits, y compris médicaux concernant environ 8000 guérisons et de nombreuses conversions documentées.
Mon embarras reçut sa réponse immédiate, limpide et claire:
Mettez tout simplement une conversion et une guérison.
(à suivre)
René Laurentin
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