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En ce début dannée ouvert sur la fête de Sainte Marie, Mère de Dieu, nous désirons lui dédier la réflexion qui suit, toute centrée sur Elle.
En écrivant sur ce thème, en février 2003, nous étions loin dimaginer sa suite
Il nous a permis, tout au long de lAnnée du Rosaire, dapprofondir encore la valeur de cette prière vénérée, au service du Salut, à la recherche duquel nous sommes tous conviés, si nous le voulons.
On ne reprendra pas ici la substance du précédent article, mais nous lélargirons à la dimension voulue par la Providence
Le Salut, au centre de la Rédemption
Le fait fondamental pour lhumanité, reste ce fait: depuis que lhomme, à laube des temps, sest égaré, par le péché, pour ne pas avoir recouru, face à la tentation, au secours de la prière auprès de son Créateur, il est à la recherche de son salut. Mais par quels moyens y parviendra-t-il?
Il est non moins certain que lhomme ne peut pas se sauver seul: «Sans Moi, vous ne pouvez rien faire», affirme Jésus en saint Jean. Car le péché originel a fragilisé notre humanité, comme le montre le récit la Genèse: nous sommes devenus sujets au travail, à la souffrance et à la mort, sans aucune possibilité de pouvoir nous en affranchir, même avec le baptême, et confrontés de surcroît à la puissance des ténèbres.
Seul Jésus, «Dieu-sauve» peut opérer cette libération, en son Père miséricordieux, par lenvoi, lIncarnation et lImmolation de son Fils dans le monde. Car le Christ est celui «en Qui nous avons la vie, le mouvement et lêtre». Son Evangile nous indique à quelles conditions nous pouvons être sauvés: les sacrements et la prière.
Mais cette Incarnation ne pouvait se faire sans une Mère et la puissance de lEsprit-Saint.
Car, dune part, la chute ayant été accomplie par une femme et un homme, il fallait que le relèvement soit opéré de même; dautre part, lEsprit-Saint devait substituer son uvre de grâce et de sainteté à lesclavage du péché. Autrement dit, «Là où le péché a abondé, il fallait que la grâce surabonde», comme lexprime si bien saint Paul.
En vertu de sa maternité divine et en vue de sa maternité humaine et ecclésiale, Marie avait pour vocation fondamentale de coopérer à luvre de la Rédemption. Elle a enfanté Jésus pour Le donner, pour permettre le salut de lhomme déchu, par lhomme-Sauveur.
Mais quil sagisse du Rédempteur, de son Associée ou de lhomme, pouvaient-ils uvrer au Salut sans rester en relation avec le Père, sans dialoguer, cest-à-dire prier avec Lui?
La prière, au centre du Messianisme et de la vie chrétienne
Le cur de la vie du Christ était la prière. Venu sauver lhomme, pour être Dieu il nen demeurait pas moins homme, et, de ce point de vue, afin dembrasser notre pauvre faiblesse, et de résister à lAdversaire, il avait besoin de sentretenir avec son Père, de prier. LEvangile nous le montre sans cesse en train de le faire, nuit et jour, avec un sommet: la Transfiguration. Son Sacrifice est sa prière suprême, sa sublimation et son accomplissement mêmes. Jésus a vécu la parfaite filiation, qui consiste à ne faire quun cest la consécration totale avec son Père. Il sest fait prière pour nous indiquer sa nécessité et nous en montrer le chemin, Lui qui disait, justement: «Je suis le chemin, la vérité, la vie.» La perfection christique et lidéal chrétien, cest bien cela: le Christ priant et Victime, le Christ-Verbe, le Christ, notre vie par lEucharistie. Il est notre modèle de prière, indiquant à ses apôtres comment la faire. Et modèle dabord pour sa très sainte Mère.
La prière est à lintime du Cur de Marie. Dès son enfance, elle se consacre à Dieu et vit dans une oraison continue et profonde, jusquà lAnnonciation où le Père agrée son oblation parfaite et la fait Théotokos, Mère de lHomme-Dieu. Durant la vie cachée, et plus encore pendant la Passion de son Fils, elle apprend de lui, elle aussi, à parfaire sa prière, car lon ne sait pas prier tant que lon na pas bu le calice jusquà la lie. Après la Résurrection, elle devient alors, et seulement après Jésus, maîtresse de prière pour les apôtres dans lattente de lEsprit-Saint, Celui qui inspire toute prière. Se rappeler, revivre lintimité avec Jésus, sera le fondement de sa vie et de son espérance. Plus que jamais, elle vivra désormais ce qui est dit delle après le recouvrement de lEnfant au Temple: «Marie conservait tout cela et le méditait dans son Cur».
A limage de son Fondateur et de sa Mère, lEglise est centrée sur la prière. Sa vie a commencé ainsi au Cénacle, dans une oraison intense et continue, prioritaire jusquà la fin du monde. Les dangers quelle encourt ny sont pas étrangers: «Veillez et priez», recommandait le Maître à ses apôtres défaillants; depuis lemprisonnement de Pierre «Avec lEglise de Jérusalem qui priait pour sa délivrance», jusquà lattentat Place Saint-Pierre, où elle a ardemment fait de même pour sauver la vie du Pape Jean Paul II quAndré Frossard définit par ailleurs comme «un bloc de prière». Dans «Nayez pas peur!», il confie à son ami, sa conviction intime: «Dès ma conversion à la vie intérieure, jai été pénétré de limportance primordiale de la prière
Pour rencontrer Dieu au sommet, il faut chaque jour tout entier entrer par la prière et en sortir vers la prière»2.
Sans loraison, sans la méditation de la vie du Christ et de Marie, que vaut la vie dun chrétien? Comment diviniser ses actes?
La prière du Rosaire conduit au Christ. Le rosaire est une synthèse extraordinaire de la volonté du Père, acceptée et vécue par son Fils dans lEsprit-Saint, de la coopération éminente de Marie, le tout pour le salut de lhomme.
Venu de Dieu, organisé par lEglise, il est devenu la grande prière des générations chrétiennes. Confié à Marie, lIntercédante par excellence puisquelle est la Mère du Rédempteur, le Rosaire est loraison la plus élémentaire, la plus populaire, la plus simple, la plus efficace après lEucharistie.
Comme le dit le Saint-Père dans sa Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae, son parcours médité avec soin permet de «rencontrer le Visage du Christ, notre Sauveur», de le contempler pour limiter, comme la fait sa Mère. Un Visage qui inonde de joie la Terre à partir de Bethléem, qui lillumine par la proclamation de la Parole de Vie sur les chemins de la Palestine, puis du monde, qui la sauve par sa mort, lentretient par le don de lEucharistie, lui donne lEspérance par la Résurrection et lappel à la sainteté par la grâce de lEglise. Telles sont les quatre familles de mystères, portées à leur achèvement par le grand Pape marial du Totus Tuus3.
Disciple de la pensée carmélitaine, de Grignion de Montfort, du Père Kolbe
, auteur de lAnnée Mariale (1986-87), avec son Exhortation Apostolique Redemptoris Mater (1987), puis de lAnnée du Rosaire (2002-03), il ne cesse, depuis 25 ans, de nous instruire sur la prière en général, et du Rosaire en particulier, sefforçant de nous conduire ainsi au Sauveur par Marie, Corédemptrice.
En cette époque mouvementée de notre pèlerinage terrestre, il nous invite à prier notamment pour deux priorités: la famille et la paix (cf. RVM). Comment pourrions-nous ne pas lécouter?
Par son Encyclique «Ecclesia de Eucharistia» (2003), publiée en lien avec sa Lettre sur le Rosaire, il nous montre combien, ce dernier aidant, lEucharistie est «la Source et le sommet de la vie chrétienne» (Vatican II), «la synthèse la plus parfaite de la prière», et laboutissement de cette contemplation du divin Visage. LEucharistie est en effet la prière par excellence de lEglise, et la nouvelle ordonnance du Rosaire, incluant désormais les mystères lumineux et donc linstitution de la sainte Cène ne peut que réjouir les chrétiens fervents, qui le souhaitaient. Pour combler la déchéance des pécheurs, leurs épreuves et leur espérance, comme aurait dit Bernanos, il ny a que la méditation du saint Rosaire et lEucharistie. Ils sont la force invincible du chrétien en route vers son éternité.
Une nouvelle lecture du Rosaire, l«Arche du Salut» (saint Bernard)
«Nous étions loin dimaginer la suite» du premier article sur ce sujet, écrivions-nous ci-dessus. En effet, voici le moment venu de publier un nouvel ouvrage, centré sur le but même du Rosaire, le Salut des hommes: «Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs
»
Au cours dune conférence donnée à cette époque sur le Rosaire, à un auditoire nombreux, chaleureux et marial, jai été frappé par sa méconnaissance du sens de lAve Maria, de la pensée de lEglise au sujet du Rosaire, de sa difficulté à le comprendre, à le dire, à dépasser les critiques habituelles justement parce quon le connaît mal . Dans ces conditions, comment se défendre de songer: «Sil en est ainsi des catholiques, que peut-il en être des autres?» La seconde observation, corroborant la première, a été de voir avec quelle avidité les auditeurs aspiraient à recevoir ce qui leur manquait, comme si les brebis étaient sans bergers! Nous lavons souvent constaté.
Alors, une forte et indubitable intuition sest imposée à moi, à savoir, reprendre la plume et écrire ce que les âmes ont le désir et le droit de connaître au sujet du Rosaire, comme prière dEglise et de salut. Dailleurs, plusieurs raisons mobligeaient à servir cette exigence providentielle: le fait dêtre en Année mariale et de devoir marcher dans les voies ouvertes par le Saint-Père, le souci de concevoir une étude globale, équilibrée, pédagogique et aussi concrète, simple et courte que possible, afin daider ceux qui cherchent, plus nombreux que lon ne pense. Cela, à la lumière de notre expérience, puisque nous parcourons la France entière depuis 25 ans pour parler de Notre-Dame du Rosaire et de sa prière privilégiée, et que nous méditons le Rosaire dans divers groupes ou cénacles de prière, de manière ininterrompue, depuis lors. Ainsi, avec le recul, nous pouvons jeter un regard sur létat de la prière en France, la même quun jour, le Saint-Père a interrogée: «France, Fille aînée de lEglise, es-tu fidèle à ton baptême
?». Combien de fois, à lissue des conférences, nous a-t-on demandé, non seulement des chapelets, mais des explications supplémentaires sur lui! Combien sont venus, anxieux, nous livrer: «Je ne sais pas dire le chapelet; je ny arrive pas; comment faire?» Beaucoup nous ont dit leur désarroi par rapport à leur situation de famille, de couple, de leurs enfants, ne sachant à qui se raccrocher. On peut deviner nos réponses. Ces questions, et bien dautres, trahissent bien souvent une souffrance morale, des problèmes apparemment insolubles, et, surtout, le besoin dêtre constamment rassurés, guidés par les prêtres, leur exemple, par lEglise, le besoin dêtre écoutés, compris, conseillés. Jose supplier les prêtres quils comprennent cela. Il y va de la vie des âmes qui leur sont confiées! Combien sen vont vers les sectes pour ne pas avoir été entendus?
Bref, il était temps, à loccasion de cette Année du Rosaire, de faire le point sur ces problèmes, et de repartir sur de bonnes bases. «Duc in altum!», nous recommande le Pape.
Doù la réalisation de ce livre, dans ces conditions et lesprit de ce qui vient dêtre dit, en fonction du salut, qui nous concerne tous, que lon y pense ou non.
Sa démarche comprend 3 parties:
Montrer comment lAve Maria, «cheville» du Rosaire, inaugure, ici-bas, lépopée du Salut; de quelle manière lEglise lincorpore à sa démarche de vérité et de charité, depuis sa mise au point jusquaux grands papes qui en propagent lexercice et limportance, les apparitions de Marie aidant.
Décrire et expliquer le Rosaire en sa composition de 4 chapelets, selon laménagement de Jean Paul II.
Indiquer ce quil nest pas et ce quil est réellement; combien il est en lien avec dautres formes de prière, surtout avec lEucharistie. Bien préciser pour qui et pourquoi dire le chapelet, et comment le dire: pas seulement avec des mots mais aussi avec lesprit et le cur, la prière du cur. Répondre aux objections courantes et assurer quil est la prière privilégiée de tous les enfants de Dieu, quil est recommandé spécialement en famille et pour tous les dangers.
Enfin, il sagit délargir la portée du Rosaire, en considérant sa pastorale, dabord, qui est lune des idées caractéristiques du Concile. Quy a-t-il de plus adapté à la «thérapie» du salut que den offrir les moyens les mieux choisis et les plus efficaces? Si le Rosaire nest rien dautre que la contemplation de lEvangile pour le mettre en uvre, alors, nous entrons vraiment dans la nécessité pressante de notre époque et tant évoquée par le Saint-Père: la réévangélisation. A quoi servirait une prière théorique? Sinon à justifier la mise en garde de Jésus: «Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur, qui entreront au Royaume des Cieux!», ou saint Paul, qui renchérit: «Ne rabâchez pas comme des païens!» Réévangéliser, cest remettre inlassablement en chantier luvre du Salut.
Il est juste denvisager, ensuite, les fruits de tous ordres du Rosaire, depuis que lAnge la inauguré, avec la naissance consécutive du Christ, jusquà aujourdhui. La prière dun saint Dominique, refoulant lhérésie cathare, la prière dun pape, tel saint Pie V, obtenant le recul de lIslam à Lépante, la chute du communisme à lest, il y a peu
en disent assez sur la puissance du Rosaire4.
Il convient, enfin, de répondre à lappel incessant de Marie, qui, en ses apparitions, reconnues ou non, supplie le Peuple chrétien de dire le chapelet. Pour qui et pour quoi pense-t-on quelle est apparue à La Salette, non seulement assise (symbole de royauté et dautorité: elle est notre Reine), mais recouverte dune quadruple guirlande de roses, et toute en pleurs, si ce nest pour plaindre notre profonde misère et nous inciter à prier: «Mes enfants, faites-vous bien votre prière ?», demande t-elle aux deux pastoureaux. Ces pleurs ici, ces plaintes là, ne nous disent-ils pas combien il faut sans cesse et bien prier pour la conversion du monde, le salut des âmes? Prenons un exemple, poignant et urgent entre tous: qui priera pour les dizaines de millions denfants en esclavage dans le Tiers-Monde, ces petits innocents de 4 à 12 ans, odieusement utilisés et objets de sévices en tous genres, abandonnés par les Etats, la portion la plus chérie du Royaume de Celui qui disait: «Laissez venir à Moi les petits enfants
» Mais aussi: «Malheur à ceux qui scandalisent un seul de ces petits
?». La Mère des douleurs, en son intemporalité, pleure sur ces innocents et sur les coupables, et sur tant dautres maux qui recrucifient son Fils.
Cette recherche du Salut par la méditation et lapplication de lEvangile, sappuie sur lexpérience réussie de tant de saints ou dapôtres du Rosaire, dont nous montrons certains exemples, de Montfort au Père Kolbe, de Bartolo Longo à Frank Duff, de Padre Pio à Mère Teresa
Le Rosaire encourage ainsi les âmes à aller effectivement de lavant, non seulement grâce aux fruits évoqués mais aussi grâce à lexemple de ces apôtres délite qui ont cru. Quant à lauteur, quil lui soit permis de dédier encore une fois ses 25 ans dapostolat marial en famille et ce livre, à Notre-Dame du Rosaire, en reconnaissance de ses bienfaits
Enfin, on trouvera quelques documents majeurs du Magistère, de Léon XIII, le «Pape du Rosaire», à Jean Paul II, qui éclairent la magnifique route de cette prière mariale dans lhistoire de lEglise, jusquà la conclusion de lAnnée du Rosaire, le 30 novembre 2003.
Des photos-couleurs illustrent et agrémentent la lecture.
Nous remercions vivement Mgr Maurice Gaidon, évêque de Cahors, pour la belle préface qui met en valeur le thème traité, encourage la lecture de louvrage et la récitation du Rosaire.
Bernard et Angélique BALAYN
1. V. le n° 389, p. 22.
2. V. A. Frossard, «Nayez pas peur!», pp 43-44.
3. Sur la piété mariale de Jean Paul II, v. mon livre «Jean Paul II le Grand
»
4. Sur lintérêt du chapelet, voir notre cassette audio: «La Puissance du Rosaire» (plus de dix mille exemplaires vendus); elle accompagne, complète et illustre le livre. Editée aux Editions du Parvis depuis 2003.
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