Par Bernard et Angélique BALAYN

Le Rosaire, Arche du Salut

Prier le chapelet selon le Cœur de Marie

=> STELLA MARIS 399 SOMMAIRE

En ce début d’année ouvert sur la fête de Sainte Marie, Mère de Dieu, nous désirons lui dédier la réflexion qui suit, toute centrée sur Elle.
En écrivant sur ce thème, en février 2003, nous étions loin d’imaginer sa suite…
Il nous a permis, tout au long de l’Année du Rosaire, d’approfondir encore la valeur de cette prière vénérée, au service du Salut, à la recherche duquel nous sommes tous conviés, si nous le voulons.
On ne reprendra pas ici la substance du précédent article, mais nous l’élargirons à la dimension voulue par la Providence…

Le Salut, au centre de la Rédemption

— Le fait fondamental pour l’humanité, reste ce fait: depuis que l’homme, à l’aube des temps, s’est égaré, par le péché, pour ne pas avoir recouru, face à la tentation, au secours de la prière auprès de son Créateur, il est à la recherche de son salut. Mais par quels moyens y parviendra-t-il?
— Il est non moins certain que l’homme ne peut pas se sauver seul: «Sans Moi, vous ne pouvez rien faire», affirme Jésus en saint Jean. Car le péché originel a fragilisé notre humanité, comme le montre le récit la Genèse: nous sommes devenus sujets au travail, à la souffrance et à la mort, sans aucune possibilité de pouvoir nous en affranchir, même avec le baptême, et confrontés de surcroît à la puissance des ténèbres.
Seul Jésus, «Dieu-sauve» peut opérer cette libération, en son Père miséricordieux, par l’envoi, l’Incarnation et l’Immolation de son Fils dans le monde. Car le Christ est celui «en Qui nous avons la vie, le mouvement et l’être». Son Evangile nous indique à quelles conditions nous pouvons être sauvés: les sacrements et la prière.
— Mais cette Incarnation ne pouvait se faire sans une Mère et la puissance de l’Esprit-Saint.
Car, d’une part, la chute ayant été accomplie par une femme et un homme, il fallait que le relèvement soit opéré de même; d’autre part, l’Esprit-Saint devait substituer son œuvre de grâce et de sainteté à l’esclavage du péché. Autrement dit, «Là où le péché a abondé, il fallait que la grâce surabonde», comme l’exprime si bien saint Paul.
En vertu de sa maternité divine et en vue de sa maternité humaine et ecclésiale, Marie avait pour vocation fondamentale de coopérer à l’œuvre de la Rédemption. Elle a enfanté Jésus pour Le donner, pour permettre le salut de l’homme déchu, par l’homme-Sauveur.
Mais qu’il s’agisse du Rédempteur, de son Associée ou de l’homme, pouvaient-ils œuvrer au Salut sans rester en relation avec le Père, sans dialoguer, c’est-à-dire prier avec Lui?

La prière, au centre du Messianisme et de la vie chrétienne

— Le cœur de la vie du Christ était la prière. Venu sauver l’homme, pour être Dieu il n’en demeurait pas moins homme, et, de ce point de vue, afin d’embrasser notre pauvre faiblesse, et de résister à l’Adversaire, il avait besoin de s’entretenir avec son Père, de prier. L’Evangile nous le montre sans cesse en train de le faire, nuit et jour, avec un sommet: la Transfiguration. Son Sacrifice est sa prière suprême, sa sublimation et son accomplissement mêmes. Jésus a vécu la parfaite filiation, qui consiste à ne faire qu’un — c’est la consécration totale — avec son Père. Il s’est fait prière pour nous indiquer sa nécessité et nous en montrer le chemin, Lui qui disait, justement: «Je suis le chemin, la vérité, la vie.» La perfection christique et l’idéal chrétien, c’est bien cela: le Christ priant et Victime, le Christ-Verbe, le Christ, notre vie par l’Eucharistie. Il est notre modèle de prière, indiquant à ses apôtres comment la faire. Et modèle d’abord pour sa très sainte Mère.
— La prière est à l’intime du Cœur de Marie. Dès son enfance, elle se consacre à Dieu et vit dans une oraison continue et profonde, jusqu’à l’Annonciation où le Père agrée son oblation parfaite et la fait Théotokos, Mère de l’Homme-Dieu. Durant la vie cachée, et plus encore pendant la Passion de son Fils, elle apprend de lui, elle aussi, à parfaire sa prière, car l’on ne sait pas prier tant que l’on n’a pas bu le calice jusqu’à la lie. Après la Résurrection, elle devient alors, et seulement après Jésus, maîtresse de prière pour les apôtres dans l’attente de l’Esprit-Saint, Celui qui inspire toute prière. Se rappeler, revivre l’intimité avec Jésus, sera le fondement de sa vie et de son espérance. Plus que jamais, elle vivra désormais ce qui est dit d’elle après le recouvrement de l’Enfant au Temple: «Marie conservait tout cela et le méditait dans son Cœur».
— A l’image de son Fondateur et de sa Mère, l’Eglise est centrée sur la prière. Sa vie a commencé ainsi au Cénacle, dans une oraison intense et continue, prioritaire jusqu’à la fin du monde. Les dangers qu’elle encourt n’y sont pas étrangers: «Veillez et priez», recommandait le Maître à ses apôtres défaillants; depuis l’emprisonnement de Pierre «Avec l’Eglise de Jérusalem qui priait pour sa délivrance», jusqu’à l’attentat Place Saint-Pierre, où elle a ardemment fait de même pour sauver la vie du Pape Jean Paul II — qu’André Frossard définit par ailleurs comme «un bloc de prière». Dans «N’ayez pas peur!», il confie à son ami, sa conviction intime: «Dès ma ‘conversion à la vie intérieure, j’ai été pénétré de l’importance primordiale de la prière… Pour rencontrer Dieu au sommet, il faut chaque jour tout entier entrer par la prière et en sortir vers la prière»2.
Sans l’oraison, sans la méditation de la vie du Christ et de Marie, que vaut la vie d’un chrétien? Comment diviniser ses actes?
— La prière du Rosaire conduit au Christ. Le rosaire est une synthèse extraordinaire de la volonté du Père, acceptée et vécue par son Fils dans l’Esprit-Saint, de la coopération éminente de Marie, le tout pour le salut de l’homme.
Venu de Dieu, organisé par l’Eglise, il est devenu la grande prière des générations chrétiennes. Confié à Marie, l’Intercédante par excellence puisqu’elle est la Mère du Rédempteur, le Rosaire est l’oraison la plus élémentaire, la plus populaire, la plus simple, la plus efficace après l’Eucharistie.
Comme le dit le Saint-Père dans sa Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae, son parcours médité avec soin permet de «rencontrer le Visage du Christ, notre Sauveur», de le contempler pour l’imiter, comme l’a fait sa Mère. Un Visage qui inonde de joie la Terre à partir de Bethléem, qui l’illumine par la proclamation de la Parole de Vie sur les chemins de la Palestine, puis du monde, qui la sauve par sa mort, l’entretient par le don de l’Eucharistie, lui donne l’Espérance par la Résurrection et l’appel à la sainteté par la grâce de l’Eglise. Telles sont les quatre familles de mystères, portées à leur achèvement par le grand Pape marial du Totus Tuus3.
Disciple de la pensée carmélitaine, de Grignion de Montfort, du Père Kolbe…, auteur de l’Année Mariale (1986-87), avec son Exhortation Apostolique Redemptoris Mater (1987), puis de l’Année du Rosaire (2002-03), il ne cesse, depuis 25 ans, de nous instruire sur la prière en général, et du Rosaire en particulier, s’efforçant de nous conduire ainsi au Sauveur par Marie, Corédemptrice.
En cette époque mouvementée de notre pèlerinage terrestre, il nous invite à prier notamment pour deux priorités: la famille et la paix (cf. RVM). Comment pourrions-nous ne pas l’écouter?
Par son Encyclique «Ecclesia de Eucharistia» (2003), publiée en lien avec sa Lettre sur le Rosaire, il nous montre combien, ce dernier aidant, l’Eucharistie est «la Source et le sommet de la vie chrétienne» (Vatican II), «la synthèse la plus parfaite de la prière», et l’aboutissement de cette contemplation du divin Visage. L’Eucharistie est en effet la prière par excellence de l’Eglise, et la nouvelle ordonnance du Rosaire, incluant désormais les mystères lumineux — et donc l’institution de la sainte Cène — ne peut que réjouir les chrétiens fervents, qui le souhaitaient. Pour combler la déchéance des pécheurs, leurs épreuves et leur espérance, comme aurait dit Bernanos, il n’y a que la méditation du saint Rosaire et l’Eucharistie. Ils sont la force invincible du chrétien en route vers son éternité.

Une nouvelle lecture du Rosaire, l’«Arche du Salut» (saint Bernard)

— «Nous étions loin d’imaginer la suite» du premier article sur ce sujet, écrivions-nous ci-dessus. En effet, voici le moment venu de publier un nouvel ouvrage, centré sur le but même du Rosaire, le Salut des hommes: «Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs…»
Au cours d’une conférence donnée à cette époque sur le Rosaire, à un auditoire nombreux, chaleureux et marial, j’ai été frappé par sa méconnaissance du sens de l’Ave Maria, de la pensée de l’Eglise au sujet du Rosaire, de sa difficulté à le comprendre, à le dire, à dépasser les critiques habituelles — justement parce qu’on le connaît mal — . Dans ces conditions, comment se défendre de songer: «S’il en est ainsi des catholiques, que peut-il en être des autres?» La seconde observation, corroborant la première, a été de voir avec quelle avidité les auditeurs aspiraient à recevoir ce qui leur manquait, comme si les brebis étaient sans bergers! Nous l’avons souvent constaté.
— Alors, une forte et indubitable intuition s’est imposée à moi, à savoir, reprendre la plume et écrire ce que les âmes ont le désir et le droit de connaître au sujet du Rosaire, comme prière d’Eglise et de salut. D’ailleurs, plusieurs raisons m’obligeaient à servir cette exigence providentielle: le fait d’être en Année mariale et de devoir marcher dans les voies ouvertes par le Saint-Père, le souci de concevoir une étude globale, équilibrée, pédagogique et aussi concrète, simple et courte que possible, afin d’aider ceux qui cherchent, plus nombreux que l’on ne pense. Cela, à la lumière de notre expérience, puisque nous parcourons la France entière depuis 25 ans pour parler de Notre-Dame du Rosaire et de sa prière privilégiée, et que nous méditons le Rosaire dans divers groupes ou cénacles de prière, de manière ininterrompue, depuis lors. Ainsi, avec le recul, nous pouvons jeter un regard sur l’état de la prière en France, la même qu’un jour, le Saint-Père a interrogée: «France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle à ton baptême…?». Combien de fois, à l’issue des conférences, nous a-t-on demandé, non seulement des chapelets, mais des explications supplémentaires sur lui! Combien sont venus, anxieux, nous livrer: «Je ne sais pas dire le chapelet; je n’y arrive pas; comment faire?» Beaucoup nous ont dit leur désarroi par rapport à leur situation de famille, de couple, de leurs enfants, ne sachant à qui se raccrocher. On peut deviner nos réponses. Ces questions, et bien d’autres, trahissent bien souvent une souffrance morale, des problèmes apparemment insolubles, et, surtout, le besoin d’être constamment rassurés, guidés par les prêtres, leur exemple, par l’Eglise, le besoin d’être écoutés, compris, conseillés. J’ose supplier les prêtres qu’ils comprennent cela. Il y va de la vie des âmes qui leur sont confiées! Combien s’en vont vers les sectes pour ne pas avoir été entendus?
Bref, il était temps, à l’occasion de cette Année du Rosaire, de faire le point sur ces problèmes, et de repartir sur de bonnes bases. «Duc in altum!», nous recommande le Pape.
— D’où la réalisation de ce livre, dans ces conditions et l’esprit de ce qui vient d’être dit, en fonction du salut, qui nous concerne tous, que l’on y pense ou non.
Sa démarche comprend 3 parties:
Montrer comment l’Ave Maria, «cheville» du Rosaire, inaugure, ici-bas, l’épopée du Salut; de quelle manière l’Eglise l’incorpore à sa démarche de vérité et de charité, depuis sa mise au point jusqu’aux grands papes qui en propagent l’exercice et l’importance, les apparitions de Marie aidant.
Décrire et expliquer le Rosaire en sa composition de 4 chapelets, selon l’aménagement de Jean Paul II.
Indiquer ce qu’il n’est pas et ce qu’il est réellement; combien il est en lien avec d’autres formes de prière, surtout avec l’Eucharistie. Bien préciser pour qui et pourquoi dire le chapelet, et comment le dire: pas seulement avec des mots mais aussi avec l’esprit et le cœur, la prière du cœur. Répondre aux objections courantes et assurer qu’il est la prière privilégiée de tous les enfants de Dieu, qu’il est recommandé spécialement en famille et pour tous les dangers.
Enfin, il s’agit d’élargir la portée du Rosaire, en considérant sa pastorale, d’abord, qui est l’une des idées caractéristiques du Concile. Qu’y a-t-il de plus adapté à la «thérapie» du salut que d’en offrir les moyens les mieux choisis et les plus efficaces? Si le Rosaire n’est rien d’autre que la contemplation de l’Evangile pour le mettre en œuvre, alors, nous entrons vraiment dans la nécessité pressante de notre époque et tant évoquée par le Saint-Père: la réévangélisation. A quoi servirait une prière théorique? Sinon à justifier la mise en garde de Jésus: «Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur, qui entreront au Royaume des Cieux!», ou saint Paul, qui renchérit: «Ne rabâchez pas comme des païens!» Réévangéliser, c’est remettre inlassablement en chantier l’œuvre du Salut.

Il est juste d’envisager, ensuite, les fruits de tous ordres du Rosaire, depuis que l’Ange l’a inauguré, avec la naissance consécutive du Christ, jusqu’à aujourd’hui. La prière d’un saint Dominique, refoulant l’hérésie cathare, la prière d’un pape, tel saint Pie V, obtenant le recul de l’Islam à Lépante, la chute du communisme à l’est, il y a peu… en disent assez sur la puissance du Rosaire4.
Il convient, enfin, de répondre à l’appel incessant de Marie, qui, en ses apparitions, reconnues ou non, supplie le Peuple chrétien de dire le chapelet. Pour qui et pour quoi pense-t-on qu’elle est apparue à La Salette, non seulement assise (symbole de royauté et d’autorité: elle est notre Reine), mais recouverte d’une quadruple guirlande de roses, et toute en pleurs, si ce n’est pour plaindre notre profonde misère et nous inciter à prier: «Mes enfants, faites-vous bien votre prière ?», demande t-elle aux deux pastoureaux. Ces pleurs ici, ces plaintes là, ne nous disent-ils pas combien il faut sans cesse et bien prier pour la conversion du monde, le salut des âmes? Prenons un exemple, poignant et urgent entre tous: qui priera pour les dizaines de millions d’enfants en esclavage dans le Tiers-Monde, ces petits innocents de 4 à 12 ans, odieusement utilisés et objets de sévices en tous genres, abandonnés par les Etats, la portion la plus chérie du Royaume de Celui qui disait: «Laissez venir à Moi les petits enfants…» Mais aussi: «Malheur à ceux qui scandalisent un seul de ces petits… ?». La Mère des douleurs, en son intemporalité, pleure sur ces innocents et sur les coupables, et sur tant d’autres maux qui recrucifient son Fils.

Cette recherche du Salut par la méditation et l’application de l’Evangile, s’appuie sur l’expérience réussie de tant de saints ou d’apôtres du Rosaire, dont nous montrons certains exemples, de Montfort au Père Kolbe, de Bartolo Longo à Frank Duff, de Padre Pio à Mère Teresa… Le Rosaire encourage ainsi les âmes à aller effectivement de l’avant, non seulement grâce aux fruits évoqués mais aussi grâce à l’exemple de ces apôtres d’élite qui ont cru. Quant à l’auteur, qu’il lui soit permis de dédier encore une fois ses 25 ans d’apostolat marial en famille et ce livre, à Notre-Dame du Rosaire, en reconnaissance de ses bienfaits…
Enfin, on trouvera quelques documents majeurs du Magistère, de Léon XIII, le «Pape du Rosaire», à Jean Paul II, qui éclairent la magnifique route de cette prière mariale dans l’histoire de l’Eglise, jusqu’à la conclusion de l’Année du Rosaire, le 30 novembre 2003.
Des photos-couleurs illustrent et agrémentent la lecture.
Nous remercions vivement Mgr Maurice Gaidon, évêque de Cahors, pour la belle préface qui met en valeur le thème traité, encourage la lecture de l’ouvrage et la récitation du Rosaire.

Bernard et Angélique BALAYN

1. V. le n° 389, p. 22.
2. V. A. Frossard, «N’ayez pas peur!», pp 43-44.
3. Sur la piété mariale de Jean Paul II, v. mon livre «Jean Paul II le Grand…»
4. Sur l’intérêt du chapelet, voir notre cassette audio: «La Puissance du Rosaire» (plus de dix mille exemplaires vendus); elle accompagne, complète et illustre le livre. Editée aux Editions du Parvis depuis 2003.


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