Famille et mariage

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Historique

La famille existe depuis la création du monde, même si elle a évolué vers le clan, la tribu, la peuplade, pour aboutir finalement à la constitution d’une nation. Une même préoccupation se reflète dans toutes les lois et tous préceptes relatifs au mariage: assurer la stabilité et, par la procréation des enfants, la continuité de cette famille, cellule fondamentale des peuples et des cités.
Bien sûr, le mariage a toujours connu ses magnifiques états d’âme; à côté de ses perversions, quand il était créé sous la contrainte et dans l’inceste, mais aussi quand des familles étaient issues de la polygamie chez certains peuples. Pourtant, de nombreuses cultures et religions anciennes, même animistes, ont développé une unité familiale naturelle et sensitive très poussée, dans le respect de la nature et des valeurs affectives et morales, avec, en plus, un culte pieux des ancêtres.
Alors, on peut se demander si, avec l’extension effrénée des facilités économiques, des moyens techniques, la situation n’a pas empiré pour arriver à un développement intensif de l’adultère, de la pornographie et de la luxure que nous connaissons aujourd’hui. Ne va-t-on pas jusqu’à considérer des relations entre concubins comme nouvelles entités familiales ou à conclure civilement des mariages entre homosexuels, voire à leur accorder la bénédiction religieuse?
Plus grave encore, les parents manquent de temps pour se consacrer à leurs enfants, coincés qu’ils sont entre le travail des deux et la télévision. Laissés à la rue ou tiraillés entre les partenaires du couple divorcé ou séparé, les jeunes cherchent de nouvelles voies qui les conduisent souvent à l’instabilité, à la drogue et à l’utilisation de moyens perfectionnés mais nocifs, musicaux, audiovisuels et sensuels, ou à se réfugier dans des sectes pour échapper à leur destin cruel.
Pour nous chrétiens, deux événements marquants s’inscrivent dans l’histoire du monde et nous précisent clairement le sens de la famille et du mariage: c’est, il y a plus de 3200 ans, la remise par Dieu à Moïse — la façon importe peu, même si la légende devait y tenir une part — d’un code de lois sous la forme des dix commandements, et la venue de Jésus, il y a deux mille ans, avec son enseignement révolutionnaire concernant notamment le mariage et les femmes. Dans le décalogue et dans la prédication du Christ apparaissent clairement alors l’indissolubilité du mariage, le respect des parents, la sauvegarde de la vie et la condamnation sans appel de l’adultère. Lorsque Jésus assiste aux noces de Cana, il veut participer à la joie des époux et à leur amour et confirmer le fait que le mariage «sera un signe efficace de sa présence». En transformant alors l’eau en vin pour les convives, à la demande expresse de sa mère, il révèle concrètement son attitude très libre et très amicale en face des femmes et de ses parents, se trouvant ainsi, une fois de plus, en contradiction avec son temps qui faisait peser sur la femme l’héritage d’une mentalité profondément discriminatoire. L’émancipation de celle-ci, considérée dans son corps et dans son âme à l’égal de l’homme, date donc plus de cette époque (et même déjà de la Genèse où Dieu créa l’homme à son image, mâle et femelle) que de nos temps modernes où, sous prétexte de l’affranchir, on l’utilise à toutes sauces, comme objet sexuel ou comme moyen de publicité.

Les vues de l’Eglise

Devant les graves bouleversements actuels, que propose l’Eglise catholique pour la promotion de la famille et du mariage?
Elle ne fait que de suivre, au cours des siècles, l’enseignement du Christ. Quand on lui posa la question «Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour n’importe quelle raison?», il répondit: «N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les a faits homme et femme, et qu’il a dit: A cause de cela l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Or donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas!». De ce fait même, l’Eglise est d’avis que servir la famille est l’une de ses tâches essentielles et qu’en tant que communauté de personnes, elle est la plus importante forme d’association, la cellule initiale de la société humaine qui se trouve à la base de ce que Paul VI a appelé «la civilisation de l’amour», le mariage en constituant le lien fondamental.
Les deux encycliques sur le mariage chrétien, Arcanum et Casti connubii, que les papes Léon XIII et Pie XI ont publiées en 1880 et en 1930, contiennent de magnifiques textes sur la famille et le mariage chrétiens. Elles prenaient place l’une au début de l’ère industrielle et l’autre à la veille de l’explosion de la technique de pointe, dans laquelle les médias audiovisuels allaient jouer un rôle prédominant. Une certaine prémonition habitait ces pontifes et leur désir était certainement de protéger la famille, le mariage et les enfants à la veille de révolutions qui allaient changer le comportement social et sexuel des individus, notamment la promotion de la femme, l’arrivée de la pilule, du préservatif et, hélas, du sida. Certes, ces textes étaient peut-être encore trop fortement marqués par l’accent mis sur la partie de la lettre de saint Paul aux Ephésiens, consacrée à la soumission de l’épouse à son mari, mais ils représentaient un énorme progrès d’ouverture et de dialogue de l’Eglise sur les problèmes encore peu discutés et peu expliqués de la sexualité. Aujourd’hui encore, devant les attaques contre la famille, l’emprise d’un sexe débridé, le profit et la consommation excessive, on peut les considérer comme des mises en garde qui se sont révélées fondées à tous points de vue. D’ailleurs, le Concile Vatican II, le nouveau catéchisme de l’Eglise catholique, comme les récents papes, ont repris beaucoup des arguments de ces deux encycliques, même si le langage est encore devenu plus humain et plus sensible.
Je me bornerai donc à évoquer les documents de l’Eglise de notre temps, car nous y sommes insérés, que nous le voulions ou non. Il faut cependant persévérer en vivant le mariage dans la clarté des commandements de Dieu, sans nous laisser contaminer par la mentalité sensuelle, matérialiste et laïcisée qui règne. Il n’est pas vrai que l’Eglise requiert de notre part un abandon de la sexualité et de l’amour charnel si précieux qui lie les époux, comme beaucoup le prétendent. Comment le pourrait-elle, alors qu’elle considère que le mariage est consommé, pas uniquement par le mot oui que les conjoints prononcent devant le prêtre en se donnant mutuellement le sacrement, mais lorsque ce consentement trouve son accomplissement dans l’acte par lequel ils ne deviennent qu’une seule chair?
Le catéchisme rappelle que l’amour conjugal est à l’image de l’amour absolu et indéfectible dont Dieu aime l’homme. Cette union intime — dit de son côté Vatican II —, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent l’entière fidélité des époux et leur indissoluble unité. Reprenant les paroles de la Genèse «Soyez féconds et multipliez-vous», il ajoute: «Dès lors, un amour conjugal vrai et bien compris, comme toute la structure de la vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-estimer pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux disponibles pour coopérer courageusement à l’amour du Créateur qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille.» Voilà les fondements posés. Cela nécessite non seulement une inclination charnelle bienvenue et des paroles affectueuses, mais également une fidélité à toute épreuve et des actes d’amour concrets. C’est ainsi que tous deux doivent s’aider mutuellement à se réaliser intérieurement et à progresser dans la vraie charité envers Dieu et le prochain. Avec cette vision du mariage, l’Eglise n’est pas en mesure d’accepter le divorce, l’avortement et l’infanticide.
J’aimerais également faire état de l’opinion de Jean-Paul II sur la famille et le mariage, pour mieux encore éclairer ce sujet qu’il a longuement évoqué dans sa «Lettre aux familles» du 2 février 1994, à l’occasion de la célébration de l’Année de la famille dans le cadre des Nations Unies, et au cours de nombreuses audiences et manifestations.
Le pape actuel estime que la famille est, d’une manière toute particulière, une entité souveraine, disposant de droits fondamentaux comme ceux exercés par les parents pour une procréation responsable (en fonction de leur situation sociale et matérielle), mais aussi pour une éducation saine de leurs enfants. Noyau premier de la société, elle doit être soutenue par l’Etat pour remplir sa mission propre: les lois doivent donc être conçues de manière à promouvoir de bonnes conditions de vie pour ses membres (salaire, logement, santé, etc.) et pour leur protection, depuis leur conception jusqu’à la fin de leur existence. A l’intérieur de la famille, l’union conjugale implique la responsabilité commune de l’homme et de la femme, aussi vis-à-vis de la vie nouvelle qu’ils ont suscitée. Les soi-disant «sexe en sécurité» et «droit de choisir» (pro choice), particulièrement de la part de la femme, qui visent à encourager une fausse liberté sexuelle ou dissimulent les tendances à favoriser l’avortement et à séparer le couple, ne peuvent être que condamnés fermement.
S’exprimant sur les paroles de saint Paul, le pape actuel, lui, met plutôt l’accent sur le thème de l’Epoux (Dieu lui-même qui s’est fait homme) et l’Eglise, devenue l’Epouse du Christ. Tout en relevant le grand mystère de Dieu que constitue la famille, il développe longuement l’exhortation de l’apôtre aux deux époux: «Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ» et le rôle des maris qui doivent aimer leur femme comme leur propre chair. Dans sa «Lettre aux Femmes», le 29 juin 1995, il complétera ces aspects en évoquant le principe de l’aide réciproque: «Le féminin et le masculin sont entre eux complémentaires, non seulement du point de vue physique et psychologique, mais ontologique. C’est seulement grâce à la dualité du “masculin” et du “féminin” que l’homme se réalise pleinement.» Quand il parle des femmes, il souligne toujours l’importance et le poids du travail dans leur foyer qui doit être reconnu et valorisé au maximum. La maternité, avec tout ce qu’elle comporte de fatigues, doit obtenir une reconnaissance même économique au moins égale à celle des autres travaux accomplis par l’époux et l’épouse pour faire vivre la famille.

Difficultés et sanctification du mariage

En conclusion, je désire moi-même souligner que tout ce que l’Eglise peut enseigner ou exprimer au sujet de la famille et du mariage est entrepris afin de nous conduire vers notre Seigneur, mais également vers la sainteté, notre propre bonheur et celui du prochain en général, même si cela peut parfois nous paraître trop exigeant et empreint de sacrifices.
Le Vatican, qui ne reconnaît pas le divorce, admet la séparation physique des époux et la fin de la cohabitation en cas de difficultés graves et offre à ceux qui ont été indûment mariés, grâce au Tribunal de la Rote romaine, la possibilité d’obtenir la nullité de leur mariage. En ce qui concerne l’avortement, en dehors de l’interdit que l’Eglise prononce, elle laisse, notamment aux médecins, le soin de tout tenter, dans des cas graves, pour sauver mère et enfant, tant qu’il n’y a pas l’intention délibérée de tuer ce dernier. Enfin, elle s’inquiète de tous ceux qui peuvent subir les assauts du péché sous forme d’égoïsme, de jouissance à sens unique, d’adultère, etc. Dans ce sens, elle exige — et Jean-Paul II nous le rappelle sans cesse — que nous exercions nos efforts et notre solidarité vis-à-vis de ceux qui en sont atteints, parmi eux des remariés, des sidéens, des homosexuels, etc.. Il faut les aider à continuer de fréquenter l’Eglise et retrouver ainsi le chemin du véritable amour, souvent difficile et marqué de rechutes, celui que chacun de nous doit prendre pour surmonter ses propres fautes. En fin de compte, c’est le Seigneur seul qui peut juger et qui donne son pardon lorsqu’il y a repentir.
Cette vue magnanime de l’Eglise contredit les clichés, les égarements, voire les mensonges dont certains livres, journaux, télévisions ou radios nous abreuvent, souvent sans connaître la vraie pensée du Magistère — papes, conciles, évêques —, nous servant quelques phrases ou passages isolés des documents ou des déclarations qu’il rédigent ou prononcent à l’intention de leurs fidèles. De plus, cette Eglise, à l’instar du Christ, ne force personne à suivre ses conseils, ses commandements ou sa doctrine; elle respecte la liberté de chacun, maître, avec Dieu, de sa propre destinée.
Pour nous, chrétiens, la pratique des valeurs essentielles et le respect de cet enseignement ne peuvent que nous aider à vivre soi-même simplement, honnêtement dans le mariage, mais aussi à cultiver le service des autres, depuis son propre conjoint et ses enfants jusqu’au plus pauvre, chez nous ou dans le tiers-monde.
Marcel Farine


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