Une situation toujours aussi difficile
A loccasion du 75e anniversaire du «Che» Guevara, le révolutionnaire assassiné en Bolivie en 1967, célébré le 14 juillet, les portraits complaisants sur Cuba qui transparaissent ces derniers temps dans les médias sont bien loin de la réalité. Après un retour dun séjour de deux semaines dans cet Etat insulaire des Caraïbes, lOrganisation internationale «Aide à lEglise en Détresse» déclarait que Cuba, sous la dictature de Fidel Castro dont Che Guevara était très proche, avait sombré dans la misère et le manque de liberté.
Depuis la visite du Pape à Cuba en 1998, la situation de lEglise est ressentie encore plus difficile alors même que beaucoup en Occident pensent quelle sest améliorée: cest une illusion
Cuba est un pays de contrastes et de contradictions. Un paradoxe. Ce sont les mêmes Cubains qui ne se sentent plus chez eux qui nous disent «aquí es tu casa» (ici cest ta maison!). Ceci, dans certaines villes, à cause du régime dapartheid pratiqué depuis que les touristes sont rois. Bien que la règle ait été assouplie dernièrement, un Cubain ne peut entrer dans la plupart des restaurants que sil est accompagné dun touriste. Cest la même chose dans les bars. Et les seuls commerces où il y a des marchandises à vendre sont ceux où lon paye en dollars américains, devise inaccessible à bien des Cubains puisquils reçoivent leur salaire en pesos. La valeur des touristes se compte en dollars, celle des Cubains en pesos.
Comment expliquer que la période spéciale (récession) promulguée suite à la chute du communisme en U.R.S.S. ne se soit jamais terminée? Sils ont eu quelques années dun relatif répit, aujourdhui Cuba manque de tout ou presque, et en particulier de nourriture, de moyens de transport et délectricité. Malgré la détresse qui touche toutes les couches de la population, lorganisme religieux Caritas, fondé voici 11 ans, na pas le droit de venir en aide aux gens. A Cuba vivent 11 millions dopprimés qui ont de plus en plus faim: une famille reçoit des aliments chaque mois, mais cest à peine suffisant pour se nourrir une semaine, parfois deux. On nourrit les enfants avec de leau et du sucre. Mais comment expliquer cela à un enfant? Comment lui expliquer aussi quil doit étudier et sinstruire alors quun serveur de bar pour touristes gagne bien plus quun professeur, quun ingénieur ou quun médecin?
Tout ce qui nest pas conforme 100% à lidéologie du Parti est contre-révolutionnaire. LEglise est parfois même considérée comme une sorte de parti alternatif. Tout ici est politique.
Les catholiques victimes de nombreuses discriminations
La politique de la répression du régime cubain vers les années 2000 sest durcie vis-à-vis des catholiques: Pertes demplois, refus dadmission dans certains programmes détudes, refus de permis pour lachat de tel ou tel bien ou encore refus de vous vendre des biens tout simplement. Les catholiques qui osent dénoncer la politique du gouvernement ont en permanence des difficultés pour obtenir les autorisations pour reconstruire, restaurer ou bâtir de nouvelles églises, pour acquérir des véhicules neufs ou doccasion pour le travail pastoral des prêtres ou religieux. Ces procédés, bien quils ne constituent pas à proprement parler une persécution, sont un moyen de continuer à contrôler lEglise et lempêcher de remplir sa mission.
Lutter contre lignorance religieuse
Les parents ont été avertis du principe que «léducation est un devoir de lEtat et non pas un devoir des parents». Le gouvernement cubain est irrité par lengouement des jeunes pour lEglise catholique: il a interdit aux élèves dapporter des images pieuses dans les écoles. Pour augmenter la pression sur les familles déjà fragiles, lécole (Le Parti) organise fréquemment des activités pendant la messe dominicale. Les familles ne peuvent donc se réunir le dimanche pour aller à la messe et participer à la vie communautaire. Certaines écoles (des pensionnats) sont structurées de manière à séparer les enfants de leurs parents parfois pour plus dun mois.
LEglise a décidé de sorganiser. Dans tous les diocèses, on fait la promotion de la famille et de la vie. La formation est un défi de tous les jours et indéniablement un défi de taille. La conférence des évêques en a dailleurs fait une priorité. Le premier pas en ce sens est de former la population à penser par elle-même et à se forger sa propre opinion. Pas facile davoir une idée personnelle quand le gouvernement pense à votre place depuis plus de 40 ans.
Si officiellement les médias autres que ceux du gouvernement nexistent pas, ils sont tolérés. Chaque diocèse a sa revue diocésaine ainsi que dautres revues parallèles sur les questions de la famille, de la mission, de la catéchèse. Cette «presse écrite» produite avec des moyens de fortune (lEglise ne dispose daucune presse pour imprimer sa documentation) est la seule autre voix que la voix officielle, et encore on ne peut pas publier nimporte quoi. Chaque article fait lobjet dune certaine censure.
Actuellement, il est très difficile de construire de nouvelles églises à Cuba et cest pour cela que la vie religieuse est très présente dans les familles. Les «Casa de mission ou maisons missionnaires» ont dune manière ou dune autre réussi à soutenir la foi grâce aux prêtres qui ont su sauvegarder la pratique religieuse.. Enfants et adultes reçoivent une instruction religieuse. Les évêques soutiennent financièrement «les maisons missionnaires».
Une Eglise qui revient de loin
Malgré menaces et difficultés, lEglise catholique connaît un véritable Printemps de la foi à Cuba. Encore en 1986, seulement 10% de la population cubaine se disait catholique.
Près de deux ans après le voyage du Pape Jean-Paul II en janvier 1998, 40% de la population se déclarait catholique. Le renouveau des baptêmes est une réalité dans les paroisses, même si certaines personnes se font baptiser en vertu dune religiosité syncrétiste, le baptême servant à les protéger du démon. Malgré ses 40% de fidèles, lEglise ne survit que grâce à laide de létranger.
Recrudescence de la répression
Le gouvernement arrive peut-être à contrôler la vie de lEglise mais certainement pas son cur. Le cur de lEglise cubaine bat à tout rompre et son activité est incessante: célébrations, catéchèses, soins aux malades, aux prisonniers, aux gens âgés, soulagement de la pauvreté, information.
De nombreux Cubains comptent, selon les déclarations de lAED, sur une chute du régime, au plus tard après le décès de Fidel Castro. Dans cette éventualité, ils craignent des conflits et des règlements de comptes sanglants. Dans ce cas fort probable, tous les espoirs déviter une longue guerre civile reposent sur lEglise. Elle est une force vive également respectée par les Cubains non-croyants. Le régime sait quil est mal accepté par le peuple et tente de tenir les rênes quelque temps encore en condamnant de manière «draconienne» ceux qui veulent pacifiquement changer le pays. Il a repris une politique de répression à l'encontre des défenseurs des Droits de lHomme et de lEglise. Dernièrement, les procès expéditifs de plusieurs dizaines de prisonniers de conscience (dopinion) condamnés de 2 à 28 ans demprisonnement ainsi que le jugement sommaire et lexécution des 3 auteurs qui avaient détourné un ferry menaçant de tuer les passagers, sinscrivent dans cette escalade de durcissement du régime cubain.
Pascale Schuetz
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