Inexplicable folie

Sœur Germana Consolaro
«Ange de la famille»

=> STELLA MARIS 398 SOMMAIRE

Commander le livre:
«Inexplicable folie», 220 pages, 14,5x22 cm, Euro 16.- CHF 24.-

Sous le titre Inexplicable Folie qui vient de paraître aux Editions du Parvis, Marino Parodi a dressé le portrait de 14 religieuses qui ont chacune marqué leur temps par un aspect particulier de leur service au prochain, soit: Nancy Pereira, Lorenza Giugni, Elvira Petrosi,Germana Consolaro, Angela Allieri, Caterina Cangià, Suzan Pieper, Wendy Beckett, Briege McKenna, Rosaria Aimo, Charo Bolanos, Maria Pia Giudici, Emmanuel Cinquin, Helen Prejean.

Voici des extraits concernant la Sœur Germana Consolaro: de la responsabilité d’une école pour fiancées, elle fonde une maison au service des couples et des familles et par le biais des recettes de cuisine devient une vedette qui évangélise sur le petit écran.

Une grève de la faim

Quand on pense que tout a commencé par une grève de la faim! La Sœur Germana est très populaire en Italie; sa devise est «Dites-le avec un bon plat1», Celle qui est à l’origine d’une grande évangélisation à travers les journaux et la télévision, illuminant des montagnes de gourmandises, a commencé par un jeûne!
Sœur Germana raconte son histoire de religieuse «spécialisée» dans la vie domestique et familiale, dans un petit immeuble, situé au centre de Turin. Quatre étages et une mansarde, où elle, la maîtresse de maison, se réfugie le soir. Au sous-sol se trouve une salle destinée aux rencontres pour les fiancés et les jeunes époux; le rez-de-chaussée sert à l’accueil et abrite la salle destinée aux cours de cuisine; le premier étage comprend un centre de consultation familiale, une salle médicale, le secrétariat et le bureau du Père dominicain Muraro, théologien moraliste, qui suit le centre. Au deuxième étage se tiennent les cours de préparation à l’accouchement, destinés aux couples. Enfin, au dernier étage, la petite chapelle et l’appartement de sœur Germana.
Ainsi se présente le siège de «Punto Familia» (le Point famille), grande et unique initiative en son genre, centre international de référence pour le couple (vingt-quatre mille personnes par an).
C’est le lieu où Sœur Germana, assistée et aidée par une cinquantaine de collaborateurs, en grande partie laïcs, cherche à guider ceux qui veulent fonder une famille vraiment chrétienne. Avec la plus grande ouverture, les thèmes les plus variés sont affrontés à cette fin: des recettes de cuisine — naturellement — aux problématiques du travail ou sexuelles, de la psychologie à la pastorale…
Sœur Germana est une femme dans la soixantaine, de corpulence normale, au visage extrêmement expressif, le teint encore frais, surtout caractérisé par deux grands yeux bleus très vifs. Elle est cordiale et possède le sens de l’hospitalité. Son naturel et la sérénité avec laquelle elle parle en toute tranquillité et sans aucun embarras des chapitres de sa vie, pourtant très difficiles à digérer, démontrent qu’elle est une femme libre. Elle se qualifie de femme hypersensible. En outre, elle révèle une humilité si profonde qu’elle semble parfois excessive. Elle se définit encore comme «une personne manquant d’assurance, ayant besoin d’affection, et que Dieu a toujours aidée».
La vocation de Sœur Germana allie l’expression «femme de service» et celle de «service de Dieu». Si nous considérons ses origines, nous voyons que tout se tient: dans le siècle, Martina Consolaro, Sœur Germana provient d’une famille nombreuse, chrétienne et unie; c’est la cinquième de huit enfants.
Elle naît en 1938, dans les montagnes de la région de Vicenza. Sa famille n’est riche que d’amour. Son père n’a pas de travail fixe mais des occupations occasionnelles: bûcheron au Val d’Aoste, électricien à Vintimille. C’est lui qui a le plus influencé sa fille. «Il était toujours souriant et joyeux. C’est lui qui m’a enseigné le respect, la foi, la force. Il m’a toujours semblé proche de moi et, dans les moments plus difficiles, il me citait la vie des saints, m’invitant à prendre exemple sur eux.»
La Sœur se souvient en revanche de sa mère comme d’une femme triste, fermée et très éprouvée, avec laquelle elle n’a jamais eu beaucoup d’intimité. Martina grandit, éprise de la nature et de la vie: elle se rappelle avec joie ses montagnes et ses bois. A douze ans, la vocation religieuse se manifeste. Sa famille ne veut absolument pas en entendre parler, en tout cas pas pour le moment. «Mon père me dit que j’étais trop petite, que je devais attendre.» Martina recourt alors à une grève de la faim. Peu de temps après, elle a gagné!

«Bonne» dans une famille

«Je crois que le Seigneur avait un dessein précis sur moi, depuis mon enfance. C’est ainsi que j’ai quitté mes montagnes pour m’installer, grâce aux connaissances du curé, dans un collège pour “petites apôtres” (l’équivalent féminin des petits séminaristes) à Rivarolo, près de Turin.»
Elles sont une douzaine de fillettes, dont Martina est la plus petite. Au bout de deux ans, brusque choc: la mère supérieure lui communique qu’elle n’est pas faite pour la vie religieuse et la renvoie chez elle: «J’avais osé expliquer à une compagne comment naissent les enfants!»
«Mon père lut la lettre que les sœurs m’avaient remise en me renvoyant; il me prit à sa manière sur ses genoux, en m’invitant à garder ma tranquillité, car il était sûr que je retournerais un jour au couvent. Ma mère, en revanche, sans le faire voir, souffrait parce que sa fille avait été rejetée par les sœurs. Ce fut le premier signe de la Providence. Si j’avais continué mon chemin dans cet institut, je n’aurais pas pu devenir aussi attentive aux sœurs et aux frères que le Seigneur allait me faire rencontrer sur ma route. Ce retour forcé à la maison, sur les montagnes, avait une signification très importante dans le projet de Dieu sur moi.»
Martina entre alors au service d’une famille turinoise. La condition de «bonne», qui n’était pas encore devenue celle de «domestique», n’était pas brillante à l’époque. Pourtant Sœur Germana qualifie cette expérience de deux ans, comme très positive. «C’est là, où m’avait expédiée ma mère qui avait honte de me garder à la maison, que j’ai appris les ingrédients indispensables pour faire fonctionner une famille: amour, respect réciproque, petites attentions quotidiennes et, naturellement, une bonne cuisine.» Tout ce que, en somme, «j’aurais un jour à enseigner à mes jeunes, et que j’ai appris au prix de grandes mortifications et humiliations».
Martina ne se trouvait pas bien dans cette famille et elle avait même fait une neuvaine à Notre-Dame de la Consolation pour qu’elle lui fasse rencontrer une enseignante de l’école de Rivarolo, à laquelle elle était très attachée. Quelques jours plus tard, elle parviendra à la rencontrer. «C’est la plus forte expérience de foi qui me soit arrivée. J’étais désespérée et la Vierge m’est venue en aide. J’ai éprouvé une grande joie et une grande paix intérieure, car j’ai compris combien elle était sensible à ma peine et à mes prières. La dame attendait un enfant; elle me prit avec elle et me prépara ainsi à la troisième année d’apprentissage professionnel.»
La professeur comble Martina d’attentions. Celle-ci n’a toujours pas renoncé à sa vocation. Elle retourne donc à l’institut et demande au fondateur de la reprendre, ce qui advient promptement. Après une courte période de noviciat, à dix-neuf ans, Martina devient Sœur Germana. Elle entre dans la congrégation des «Suore del Familiato Cristiano» (Sœurs de la Famille chrétienne), fondée par Mgr Alfredo Barberis pour évangéliser et protéger le travail domestique. Les religieuses lui font poursuivre ses études, jusqu’au bac, puis deux ans de faculté.
La jeune religieuse commence ainsi sa mission dans un milieu qu’elle connaît bien et de près: elle doit aider les jeunes filles maltraitées et exploitées, en les informant de leurs droits et de leurs exigences de dignité à la lumière de l’enseignement chrétien. A cette époque, en effet, Turin pullulait de filles du sud de l’Italie et de la Vénétie, traitées et exploitées indignement par leurs maîtres. Informer ces jeunes filles sur leurs droits et sur leur dignité, pouvait en outre permettre de pénétrer dans les familles, pour les évangéliser. «Etant donné mon expérience en la matière, se souvient Sœur Germana, j’étais très attentive aux problèmes de ces filles et je me sentais l’une d’elles. Seuls ceux qui ont souffert peuvent comprendre les autres. Aujourd’hui encore mes jeunes me racontent tous leurs problèmes, parce qu’ils savent que j’ai beaucoup souffert et c’est pour cela qu’ils m’aiment.»

L’université de la famille

Sœur Germana a vingt-trois ans lorsque la Mère générale lui confie la responsabilité de l’école pour fiancées, celles qu’on appelle à l’époque les «filles à marier», avec pour tâche spécifique de leur enseigner à cuisiner. Sur le coup, Sœur Germana est un peu effrayée. «J’ai obéi au milieu des larmes, parce que je ne me sentais pas adaptée à cela. Je savais à peine cuisiner. A cette occasion aussi, je compris toutefois que le Seigneur avait un projet particulier pour moi et qu’il me préparait à ce qui allait se révéler être la grande tâche de ma vie. Je me rendis tout de suite compte que ce n’était pas tant la cuisine en elle-même qui me plaisait, mais la cuisine comme service, en tant qu’instrument pour exprimer mon amour pour la famille. Cela fait désormais trente-huit ans que j’enseigne à cuisiner: quand j’ai commencé, j’avais le même âge que mes filles et aujourd’hui je suis la grand-mère de leurs enfants.»
A partir de l’école pour fiancées naît, en 1964, le projet «Point Famille» pour satisfaire les garçons qui venaient chercher leur fiancée et souhaitaient un cours pour eux. Assistée par le père spirituel et par trois autres dominicains, Sœur Germana lance donc les premiers cours pour couples. Le succès ne se fait pas attendre.
«Point Famille» peut à bon droit se vanter du titre d’«université de la famille». Des psychologues, des psychiatres, des sexologues, des gynécologues, des avocats, des pédiatres et d’autres experts y travaillent, ainsi qu’une foule de volontaires. L’âme et la fondatrice de «Point Famille», c’est elle, Sœur Germana.
«Ma chance a été de me rendre compte qu’en tant que religieuse je ressentais certaines limites et que je n’étais pas en mesure de répondre seule à tous les problèmes de la famille. C’est pourquoi je me suis adressée à un groupe de laïcs. Ma vie se résume à cela: je suis au service de la famille, jour et nuit», explique-t-elle. «D’autre part, qu’y a-t-il de plus important que la famille? Récemment je discutais avec un prêtre, qui mettait en avant le rôle du séminaire. Je lui ai alors demandé: “Excusez-moi, mon révérend Père, où êtes-vous né? Dans un séminaire, peut-être?” Je finis souvent mon travail à une heure du matin… Dieu se charge de moi, il est toujours près de moi, quoi que je fasse.»
Les nombreuses expériences douloureuses ont beaucoup fait mûrir Sœur Germana qui revient souvent sur ce point — celui de la douleur — dans son apostolat, notamment au micro de «Radio Maria». Elle y anime une rubrique hebdomadaire dont la moitié est consacrée au dialogue avec les auditeurs. Sœur Germana révèle, entre autres, d’importants talents de psychologue, par sa capacité d’écouter, de se proposer aux autres avec délicatesse, parvenant à se montrer très compréhensive et optimiste, capable de donner confiance, tout en restant concrète et profonde…

Les plats d’une Eglise-mère

Sœur Germana n’a jamais regretté de ne s’être pas mariée, de n’avoir pas fondé une famille à elle. «… Je suis heureuse d’étreindre tant de frères et de sœurs, tant de familles, en pensant que Jésus, du haut de la Croix, étreint toute l’humanité. Du reste, j’ai ma famille, très nombreuse: tous les garçons et filles qui arrivent ici sont mes enfants. Mon cœur est prêt à accueillir et à faire miennes les joies et les douleurs de toutes les familles que je rencontre.»
A l’occasion de deux interviews télévisées2, un jeune couple d’époux se présenta à elle, lui avouant qu’ils étaient prêts à se séparer: toutefois, après l’avoir entendue, ils avaient décidé de rester ensemble.
Il faut beaucoup travailler, délicatement, sans jamais rien imposer: tel est le point sur lequel Sœur Germana, maîtresse de délicatesse, revient souvent. A «Point Famille» tous sont accueillis: les couples régulièrement mariés ou les fiancés, naturellement; mais aussi les concubins, les séparés, les divorcés, les célibataires. Aide et amitié sont offertes à tous (sur le plan pastoral, spirituel, psychologique et sous d’autres aspects); des cours sont également proposés pour tous (même pour les beaux-parents et les grands-parents), «selon la situation particulière de chacun, précise Sœur Germana. Nous ne disons à personne: tu dois quitter ton homme ou ta femme, ou bien tu dois te marier, et ainsi de suite. Nous n’ordonnons jamais rien à personne, nous cherchons à orienter quiconque s’adresse à nous pour qu’il trouve sa voie, celle qui mène à la réalisation authentique de la personne, pour vivre l’amour de Dieu, profondément et authentiquement».
«Mgr Barberis ne se lassait jamais de nous faire remarquer que ce n’est qu’après avoir résolu les problèmes les plus urgents des femmes et des hommes que nous rencontrons que l’on peut leur proposer un chemin de conversion. Jésus ne guérissait-il pas d’abord les malades avant de se mettre à prêcher?
Marino Parodi
Notes:
1) Auteur de best-sellers de cuisine traduits dans le monde entier.
2) Gigi Marzullo et Massimo Giletti, deux célèbres animateurs de la télévision italienne.

Littérature:
«Inexplicable folie», 220 pages, 14,5x22 cm, Euro 16.- CHF 24.-


RETOUR EN HAUT DE PAGE

Copyright © 1999 - 2010
Conformément aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle, tous les textes et illustrations sont protégés par le Droit d'Auteur.
EDITIONS DU PARVIS - STELLA MARIS - CH-1648 HAUTEVILLE / SUISSE.
Tél.: 0041 (0)26 915 93 93 FAX: 0041 (0)26 915 93 99 E-MAIL librairie@parvis.ch

PAGE D'ACCUEIL PARVIS // STELLA MARIS