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Sous le titre Inexplicable Folie qui vient de paraître aux Editions du Parvis, Marino Parodi a dressé le portrait de 14 religieuses qui ont chacune marqué leur temps par un aspect particulier de leur service au prochain, soit: Nancy Pereira, Lorenza Giugni, Elvira Petrosi,Germana Consolaro, Angela Allieri, Caterina Cangià, Suzan Pieper, Wendy Beckett, Briege McKenna, Rosaria Aimo, Charo Bolanos, Maria Pia Giudici, Emmanuel Cinquin, Helen Prejean.
Voici des extraits concernant la Sur Germana Consolaro: de la responsabilité dune école pour fiancées, elle fonde une maison au service des couples et des familles et par le biais des recettes de cuisine devient une vedette qui évangélise sur le petit écran.
Une grève de la faim
Quand on pense que tout a commencé par une grève de la faim! La Sur Germana est très populaire en Italie; sa devise est «Dites-le avec un bon plat1», Celle qui est à lorigine dune grande évangélisation à travers les journaux et la télévision, illuminant des montagnes de gourmandises, a commencé par un jeûne!
Sur Germana raconte son histoire de religieuse «spécialisée» dans la vie domestique et familiale, dans un petit immeuble, situé au centre de Turin. Quatre étages et une mansarde, où elle, la maîtresse de maison, se réfugie le soir. Au sous-sol se trouve une salle destinée aux rencontres pour les fiancés et les jeunes époux; le rez-de-chaussée sert à laccueil et abrite la salle destinée aux cours de cuisine; le premier étage comprend un centre de consultation familiale, une salle médicale, le secrétariat et le bureau du Père dominicain Muraro, théologien moraliste, qui suit le centre. Au deuxième étage se tiennent les cours de préparation à laccouchement, destinés aux couples. Enfin, au dernier étage, la petite chapelle et lappartement de sur Germana.
Ainsi se présente le siège de «Punto Familia» (le Point famille), grande et unique initiative en son genre, centre international de référence pour le couple (vingt-quatre mille personnes par an).
Cest le lieu où Sur Germana, assistée et aidée par une cinquantaine de collaborateurs, en grande partie laïcs, cherche à guider ceux qui veulent fonder une famille vraiment chrétienne. Avec la plus grande ouverture, les thèmes les plus variés sont affrontés à cette fin: des recettes de cuisine naturellement aux problématiques du travail ou sexuelles, de la psychologie à la pastorale
Sur Germana est une femme dans la soixantaine, de corpulence normale, au visage extrêmement expressif, le teint encore frais, surtout caractérisé par deux grands yeux bleus très vifs. Elle est cordiale et possède le sens de lhospitalité. Son naturel et la sérénité avec laquelle elle parle en toute tranquillité et sans aucun embarras des chapitres de sa vie, pourtant très difficiles à digérer, démontrent quelle est une femme libre. Elle se qualifie de femme hypersensible. En outre, elle révèle une humilité si profonde quelle semble parfois excessive. Elle se définit encore comme «une personne manquant dassurance, ayant besoin daffection, et que Dieu a toujours aidée».
La vocation de Sur Germana allie lexpression «femme de service» et celle de «service de Dieu». Si nous considérons ses origines, nous voyons que tout se tient: dans le siècle, Martina Consolaro, Sur Germana provient dune famille nombreuse, chrétienne et unie; cest la cinquième de huit enfants.
Elle naît en 1938, dans les montagnes de la région de Vicenza. Sa famille nest riche que damour. Son père na pas de travail fixe mais des occupations occasionnelles: bûcheron au Val dAoste, électricien à Vintimille. Cest lui qui a le plus influencé sa fille. «Il était toujours souriant et joyeux. Cest lui qui ma enseigné le respect, la foi, la force. Il ma toujours semblé proche de moi et, dans les moments plus difficiles, il me citait la vie des saints, minvitant à prendre exemple sur eux.»
La Sur se souvient en revanche de sa mère comme dune femme triste, fermée et très éprouvée, avec laquelle elle na jamais eu beaucoup dintimité. Martina grandit, éprise de la nature et de la vie: elle se rappelle avec joie ses montagnes et ses bois. A douze ans, la vocation religieuse se manifeste. Sa famille ne veut absolument pas en entendre parler, en tout cas pas pour le moment. «Mon père me dit que jétais trop petite, que je devais attendre.» Martina recourt alors à une grève de la faim. Peu de temps après, elle a gagné!
«Bonne» dans une famille
«Je crois que le Seigneur avait un dessein précis sur moi, depuis mon enfance. Cest ainsi que jai quitté mes montagnes pour minstaller, grâce aux connaissances du curé, dans un collège pour petites apôtres (léquivalent féminin des petits séminaristes) à Rivarolo, près de Turin.»
Elles sont une douzaine de fillettes, dont Martina est la plus petite. Au bout de deux ans, brusque choc: la mère supérieure lui communique quelle nest pas faite pour la vie religieuse et la renvoie chez elle: «Javais osé expliquer à une compagne comment naissent les enfants!»
«Mon père lut la lettre que les surs mavaient remise en me renvoyant; il me prit à sa manière sur ses genoux, en minvitant à garder ma tranquillité, car il était sûr que je retournerais un jour au couvent. Ma mère, en revanche, sans le faire voir, souffrait parce que sa fille avait été rejetée par les surs. Ce fut le premier signe de la Providence. Si javais continué mon chemin dans cet institut, je naurais pas pu devenir aussi attentive aux surs et aux frères que le Seigneur allait me faire rencontrer sur ma route. Ce retour forcé à la maison, sur les montagnes, avait une signification très importante dans le projet de Dieu sur moi.»
Martina entre alors au service dune famille turinoise. La condition de «bonne», qui nétait pas encore devenue celle de «domestique», nétait pas brillante à lépoque. Pourtant Sur Germana qualifie cette expérience de deux ans, comme très positive. «Cest là, où mavait expédiée ma mère qui avait honte de me garder à la maison, que jai appris les ingrédients indispensables pour faire fonctionner une famille: amour, respect réciproque, petites attentions quotidiennes et, naturellement, une bonne cuisine.» Tout ce que, en somme, «jaurais un jour à enseigner à mes jeunes, et que jai appris au prix de grandes mortifications et humiliations».
Martina ne se trouvait pas bien dans cette famille et elle avait même fait une neuvaine à Notre-Dame de la Consolation pour quelle lui fasse rencontrer une enseignante de lécole de Rivarolo, à laquelle elle était très attachée. Quelques jours plus tard, elle parviendra à la rencontrer. «Cest la plus forte expérience de foi qui me soit arrivée. Jétais désespérée et la Vierge mest venue en aide. Jai éprouvé une grande joie et une grande paix intérieure, car jai compris combien elle était sensible à ma peine et à mes prières. La dame attendait un enfant; elle me prit avec elle et me prépara ainsi à la troisième année dapprentissage professionnel.»
La professeur comble Martina dattentions. Celle-ci na toujours pas renoncé à sa vocation. Elle retourne donc à linstitut et demande au fondateur de la reprendre, ce qui advient promptement. Après une courte période de noviciat, à dix-neuf ans, Martina devient Sur Germana. Elle entre dans la congrégation des «Suore del Familiato Cristiano» (Surs de la Famille chrétienne), fondée par Mgr Alfredo Barberis pour évangéliser et protéger le travail domestique. Les religieuses lui font poursuivre ses études, jusquau bac, puis deux ans de faculté.
La jeune religieuse commence ainsi sa mission dans un milieu quelle connaît bien et de près: elle doit aider les jeunes filles maltraitées et exploitées, en les informant de leurs droits et de leurs exigences de dignité à la lumière de lenseignement chrétien. A cette époque, en effet, Turin pullulait de filles du sud de lItalie et de la Vénétie, traitées et exploitées indignement par leurs maîtres. Informer ces jeunes filles sur leurs droits et sur leur dignité, pouvait en outre permettre de pénétrer dans les familles, pour les évangéliser. «Etant donné mon expérience en la matière, se souvient Sur Germana, jétais très attentive aux problèmes de ces filles et je me sentais lune delles. Seuls ceux qui ont souffert peuvent comprendre les autres. Aujourdhui encore mes jeunes me racontent tous leurs problèmes, parce quils savent que jai beaucoup souffert et cest pour cela quils maiment.»
Luniversité de la famille
Sur Germana a vingt-trois ans lorsque la Mère générale lui confie la responsabilité de lécole pour fiancées, celles quon appelle à lépoque les «filles à marier», avec pour tâche spécifique de leur enseigner à cuisiner. Sur le coup, Sur Germana est un peu effrayée. «Jai obéi au milieu des larmes, parce que je ne me sentais pas adaptée à cela. Je savais à peine cuisiner. A cette occasion aussi, je compris toutefois que le Seigneur avait un projet particulier pour moi et quil me préparait à ce qui allait se révéler être la grande tâche de ma vie. Je me rendis tout de suite compte que ce nétait pas tant la cuisine en elle-même qui me plaisait, mais la cuisine comme service, en tant quinstrument pour exprimer mon amour pour la famille. Cela fait désormais trente-huit ans que jenseigne à cuisiner: quand jai commencé, javais le même âge que mes filles et aujourdhui je suis la grand-mère de leurs enfants.»
A partir de lécole pour fiancées naît, en 1964, le projet «Point Famille» pour satisfaire les garçons qui venaient chercher leur fiancée et souhaitaient un cours pour eux. Assistée par le père spirituel et par trois autres dominicains, Sur Germana lance donc les premiers cours pour couples. Le succès ne se fait pas attendre.
«Point Famille» peut à bon droit se vanter du titre d«université de la famille». Des psychologues, des psychiatres, des sexologues, des gynécologues, des avocats, des pédiatres et dautres experts y travaillent, ainsi quune foule de volontaires. Lâme et la fondatrice de «Point Famille», cest elle, Sur Germana.
«Ma chance a été de me rendre compte quen tant que religieuse je ressentais certaines limites et que je nétais pas en mesure de répondre seule à tous les problèmes de la famille. Cest pourquoi je me suis adressée à un groupe de laïcs. Ma vie se résume à cela: je suis au service de la famille, jour et nuit», explique-t-elle. «Dautre part, quy a-t-il de plus important que la famille? Récemment je discutais avec un prêtre, qui mettait en avant le rôle du séminaire. Je lui ai alors demandé: Excusez-moi, mon révérend Père, où êtes-vous né? Dans un séminaire, peut-être? Je finis souvent mon travail à une heure du matin
Dieu se charge de moi, il est toujours près de moi, quoi que je fasse.»
Les nombreuses expériences douloureuses ont beaucoup fait mûrir Sur Germana qui revient souvent sur ce point celui de la douleur dans son apostolat, notamment au micro de «Radio Maria». Elle y anime une rubrique hebdomadaire dont la moitié est consacrée au dialogue avec les auditeurs. Sur Germana révèle, entre autres, dimportants talents de psychologue, par sa capacité découter, de se proposer aux autres avec délicatesse, parvenant à se montrer très compréhensive et optimiste, capable de donner confiance, tout en restant concrète et profonde
Les plats dune Eglise-mère
Sur Germana na jamais regretté de ne sêtre pas mariée, de navoir pas fondé une famille à elle. «
Je suis heureuse détreindre tant de frères et de surs, tant de familles, en pensant que Jésus, du haut de la Croix, étreint toute lhumanité. Du reste, jai ma famille, très nombreuse: tous les garçons et filles qui arrivent ici sont mes enfants. Mon cur est prêt à accueillir et à faire miennes les joies et les douleurs de toutes les familles que je rencontre.»
A loccasion de deux interviews télévisées2, un jeune couple dépoux se présenta à elle, lui avouant quils étaient prêts à se séparer: toutefois, après lavoir entendue, ils avaient décidé de rester ensemble.
Il faut beaucoup travailler, délicatement, sans jamais rien imposer: tel est le point sur lequel Sur Germana, maîtresse de délicatesse, revient souvent. A «Point Famille» tous sont accueillis: les couples régulièrement mariés ou les fiancés, naturellement; mais aussi les concubins, les séparés, les divorcés, les célibataires. Aide et amitié sont offertes à tous (sur le plan pastoral, spirituel, psychologique et sous dautres aspects); des cours sont également proposés pour tous (même pour les beaux-parents et les grands-parents), «selon la situation particulière de chacun, précise Sur Germana. Nous ne disons à personne: tu dois quitter ton homme ou ta femme, ou bien tu dois te marier, et ainsi de suite. Nous nordonnons jamais rien à personne, nous cherchons à orienter quiconque sadresse à nous pour quil trouve sa voie, celle qui mène à la réalisation authentique de la personne, pour vivre lamour de Dieu, profondément et authentiquement».
«Mgr Barberis ne se lassait jamais de nous faire remarquer que ce nest quaprès avoir résolu les problèmes les plus urgents des femmes et des hommes que nous rencontrons que lon peut leur proposer un chemin de conversion. Jésus ne guérissait-il pas dabord les malades avant de se mettre à prêcher?
Marino Parodi
Notes:
1) Auteur de best-sellers de cuisine traduits dans le monde entier.
2) Gigi Marzullo et Massimo Giletti, deux célèbres animateurs de la télévision italienne.
Littérature:
«Inexplicable folie», 220 pages, 14,5x22 cm, Euro 16.- CHF 24.-
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