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Un mot nouveau vient dapparaître dans les écrits de Vassula: limpassibilité. Pourtant cest un mot très ancien qui a nourri toute la Tradition, comme le montre le Père Max Huot de Longchamp dans le texte ci-dessous. Mais surtout cest le fruit dun long travail de coopération entre la grâce, la nature et la volonté de lhomme. Bienheureux celui qui y parviendra!
Limpassibilité (ou apathéia des spirituels grecs, parfois rendue par insensibilité en français) est la liberté intérieure de ceux qui ne sont plus soumis à leurs passions.
A cause de leur désappropriation deux-mêmes, ils sont, autant quil est possible, au-dessus de tout, de sorte que leur joie demeure entière et constante en toutes choses; la volonté de Dieu leur semble si délectable, ils y trouvent tant dagrément, que tout ce que Dieu leur envoie leur est une joie, et quils ne veulent ni ne désirent rien dautre. (Bienheureux Henri Suso, Vie, XXXII)
Le spirituel aurait-il donc perdu toute sensibilité à force de lutter contre lui-même? Certes non, car:
Limpassibilité ne consiste pas à ne pas sentir les passions, mais à ne pas accueillir les passions. (Isaac le Syrien, Sermon 81)
Si bien que:
Cette insensibilité est bien différente de celle de mort: non une privation de vie, de mouvement, mais une élévation au-dessus de ces choses. Dieu en cet état est lâme de notre âme, et dune telle manière, quil en devient comme le principe naturel, sans que lâme le sente et laperçoive: lâme sent bien quelle vit, agit, marche et fait toutes les fonctions de la vie, mais sans sentir son âme. (Jeanne Guyon, Les Torrents, I, 9)
Et cette paix est parfaitement compatible avec un tempérament craintif ou agité:
Oui, cest bien cela! Je ne suis plus, en effet, comme dans mon enfance, accessible à toute douleur; je suis comme ressuscitée, je ne suis plus au lieu où lon me croit. Oh! ne vous faites pas de peine pour moi, jen suis venue à ne plus pouvoir souffrir, parce que toute souffrance mest douce. (Sainte Thérèse de lEnfant-Jésus, Derniers Entretiens, 29 mai 1897).
Car
le vrai et pur amour a tant de force, quil se tient toujours fixé et immobile en celui qui laime; il ne laisse jamais la liberté de voir ou entendre autre chose que le pur amour. (Sainte Catherine de Gênes, Livre de la Vie admirable, XXIII)
Il sagit dun retour au paradis perdu dans le péché originel:
Cette vie est déjà bienheureuse, semblable à celle de létat dinnocence, alors que toute lharmonie et la capacité de la partie sensitive de lhomme le servait pour mieux se réjouir, pour aider à la connaissance et à lamour de Dieu, dans la paix et la concorde avec la partie supérieure de lâme. (Saint Jean de la Croix, Cantique Spirituel, 31, 9)
Ce retournement de la mort en vie sopère par la croix, pour Jésus dabord:
Notre Seigneur, élevé en la croix entre la terre et le ciel, nétait, semble-t-il, tenu de la main de son Père que par lextrême pointe de lesprit, et, par manière de dire, par un seul cheveu de sa tête, qui, touché de la douce main du Père Eternel, recevait une souveraine affluence de félicité, tout le reste demeurant abîmé dans la tristesse et lennui ; cest pourquoi il sécrie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi mas tu délaissé? (Saint François de Sales, Traité de lAmour de Dieu, IX, 5)
Pour ses disciples ensuite:
Lâme est parfaite, quand sa puissance de passion sest complètement tournée vers Dieu. (Saint Maxime le Confesseur, Centuries sur la Charité, III, 98)
Et pour cela,
Lorsque lhomme vivant sur la croix sabandonne au Seigneur et lui appartient entièrement, Dieu en quelque sorte sabandonne entièrement à lhomme et lui appartient totalement, et lhomme possède la plénitude et na plus besoin de rien. (Gerlac Peters, Soliloque enflammé, XII)
Concrètement, il ne sagit donc pas de détruire notre volonté, mais de loffrir:
Est-il possible que notre volonté soit tellement morte en Notre Seigneur, que nous ne sachions plus ce que nous voulons ou ce que nous ne voulons pas? Il nous vient toujours quelque désir et quelque volonté; mais ce ne sont pas des volontés absolues et des désirs formels, car sitôt quune âme qui sest délaissée au bon plaisir de Dieu aperçoit en soi quelque volonté, elle la fait tout de suite mourir en la volonté de Dieu. (Saint François de Sales, Vrais Entretiens spirituels, II)
Alors,
Emporté vers Dieu sur les ailes de lamour, le spirituel soustrait son âme à linfluence des passions; il vit libre sur la ruine de toutes ses convoitises. (Saint Clément dAlexandrie, Stromates, VI, 9)
Pour vivre cela,
Je crois que le meilleur pour vous et pour moi, cest de nous faire une solitude intérieure que nous puissions porter partout. Laissez à Dieu le soin de votre perfection et de tout ce qui vous touche, et ne prenez pour vous que le soin de le goûter intérieurement et de vous soumettre à sa sainte volonté, sans nulle réflexion sur vous, sans nul retour sur les créatures. (Charles-François Milley, Lettre XII)
Et ainsi établi en la vie divine,
Celui qui sest entièrement quitté et qui sest détaché de toutes choses, entre si avant en Dieu, quil faut que celui qui veut le toucher, touche Dieu auparavant. Doù vient que, quelque sensible que soit le mal qui lafflige, il na point de peine à le supporter, puisque Dieu le porte le premier, et ne le permet que pour son avantage. (Jean Tauler, Institutions, 18)
Au point que les plus vifs tourments intérieurs associés aux plus épaisses ténèbres intérieures, fournissent les conditions idéales de cette heureuse impassibilité:
Celui qui, à lextérieur, supporte tout sans indifférence, mais qui se trouve intérieurement dans limpuissance et lignorance de moyen, de lumière et de vérité, celui-là est assurément le plus saint dentre les saints, et cest là de limpassibilité dans limpassibilité. (Jean de Saint-Samson, Résumé de la vraie Liberté)
P. Max Huot de Longchamp
in Oraison No 36 de mai 2002, et Direction Spirituelle, Oraison 2, aux Editions du Centre Saint-Jean de la Croix, F-36230 Mers-sur-Indre. (Non disponible au Parvis).
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