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Le 10 novembre 2002 à 22 heures trente, je débarquais à laéroport le plus proche de Lamezia, face à la Sicile et à lEtna en éruption rouge feu. Nous avons traversé la pointe de la botte, de la mer Tyrrhénienne vers la mer Ionienne. A minuit trente, nous voici à Caulonia où nous logeons. Malgré lheure tardive, lhôtelière nous accueille aimablement et chaleureusement. Au matin, je découvre au soleil lazur intense de la mer toute proche.
Que suis-je venu faire en ce bas de lEurope, proche de lAlgérie? Mes amis suisses Marlène et Alfred Reichmuth my ont amené. Leur premier voyage à Placanica, chez Fratel Cosimo, fut pour eux une lumière qui a changé leur vie, leurs relations, leurs préoccupations, leurs loisirs, du côté du Seigneur. Cest la septième fois quils y retournent depuis 17 mois. Fratel Cosimo souhaitait me voir. Je suis plus connu en Italie quen France, y compris pour les apparitions. Mes amis mont décidé à venir.
Le 11 novembre au matin, nous reprenons lauto rouge de louage, nous longeons dabord la mer Ionienne, puis nous nous enfonçons dans les collines. Nous entrevoyons bientôt le château qui coiffe Placanica, le village de Fratel Cosimo. En gravissant les derniers lacets, nous entrevoyons le pèlerinage qui sédifie: les arcades soutiennent le haut de la colline, entamée pour élargir lesplanade du pèlerinage, devenue trop petite.
Nous voici au Scoglio: le rocher attenant à la maison natale de Fratel Cosimo. Il fut le lieu des apparitions. Des pèlerins viennent lembrasser comme on embrasse le rocher de la grotte de Lourdes à la suite de Bernadette que la Vierge avait invitée à baiser la terre: geste qui avait scandalisé les sages, comme il scandalise lintelligentsia daujourdhui. A vol doiseau nous sommes à 4 kilomètres de Placanica, mais Fratel Cosimo doit faire 7 kilomètres pour aller à la messe le dimanche, par des chemins sinueux et accidentés.
Il est là, il nous attend: une petite silhouette paysanne, toute daccueil, qui rayonne la transparence de Dieu et de la Vierge Marie. Ce nest plus la brillante silhouette de ses 40 ans, visage lisse et cheveux abondants, il grisonne à plus de 52 ans. Lâge et son humilité lont légèrement courbé.
Fratel Cosimo est né le 27 janvier 1950. On ne la porté sur les fonts baptismaux de léglise de Placanica quau mois de mai. Cest là quil a fréquenté lécole du village: à plus dune heure de chemin. Son père étant infirme de guerre, il a cessé lécole après la prima media, vers lâge de 11 ans. Il est devenu le berger des chèvres et des vaches et sest mis à la charrue dès ses 14 ans. Il vivait la vie paysanne, érémitique et laborieuse, davant la motorisation, loin de tout sous le ciel, sans grâce mystique particulière.
Et voilà quà 18 ans, comme il arrive à des chrétiens même peu chrétiens, il a été visité. Après chaque apparition lumineuse de «la Madone», comme on dit avec ferveur en Italie, il a écrit aussitôt sa relation, remettant à chaque fois une copie au curé de Placanica, don Rocco Gregorace. Une partie de ces récits autographes ont été perdus au presbytère après le décès du curé. Fratel Cosimo a par contre conservé soigneusement les récits ayant trait aux premières apparitions. Il men a confié la première publication: un récit sans commentaire comme celui de tous les voyants de bon aloi.
Première apparition
Cétait en mai 68, à lheure où les grandes chrétientés atlantiques dEurope et dAmérique étaient bouleversées par une révolution dun style nouveau. Ce vent libertaire de rêves, déros et de barricades sur le tombeau des interdits ébranla de Gaulle, la France et lEglise. Elle désintégra, en quelques mois, quantité de séminaires et duvres florissantes.
Cosimo Fragomeni était bien loin de tout cela, mais la Vierge va lui apparaître, «triste» quoique sans larmes, à la différence de La Salette. Voici donc son récit.
Le 11 mai 1968 je rentrais des champs au crépuscule. En arrivant au Scoglio (le rocher de 4 à 5 mètres qui surplombe sa ferme natale), une grande lumière méblouit. Je marrête, je lève la tête pour voir quest-ce qui arrivait mais je ne vois rien. A peine me remettais-je à marcher, ce fut comme si quelquun me disait de regarder vers le rocher et jai vu devant mes yeux, dans le haut du Scoglio, la douce figure dune jeune femme brune denviron 18 ans avec de longs cheveux couleur châtain foncé, sans chaussures, les mains jointes. Un halo dune fulgurante lumière lenvironnait. Derrière ses épaules, cétait comme un soleil lumineux aux longs rayons dorés. Elle portait un vêtement blanc comme la neige, une ceinture et un manteau azur, un voile blanc transparent sur la tête, semé détoiles et, au poignet, un lumineux rosaire de perles.
A ce moment jai senti comme un frisson traverser mon corps. Je fus saisi dune grande crainte et jallais me sauver par crainte quil sagisse de quelque esprit, quoiquà laspect, elle me semblait être la Madone.
Le récit est limpide comme celui de Bernadette et de même facture: la lumière précède lapparition et lenvironne. Une crainte révérencielle saisit le paysan de 18 ans qui na guère fréquenté lécole, mais avec lintelligence intuitive et la culture humaine des gens de la terre, il sexprime en termes choisis. Il décrit lapparition avec des mots rares: carnagione, luccicanti fulgidissima qui ne sont pas dans mon dictionnaire. Il continue.
Du haut du Scoglio, la jeune femme inclina la tête, ouvrit les mains et me fit signe de ne pas menfuir. Sa voix aimable articulait doucement les paroles (piano piano):
Naie pas peur, je viens du paradis, je suis la Vierge Immaculée, la Mère du Fils de Dieu. Je suis venue te demander de construire ici une chapelle en mon honneur. Jai choisi ce lieu. Je veux y établir ma demeure et je désire que de tous les pays on vienne ici prier.
Aussitôt après ces paroles elle joignit les mains, inclina la tête, leva les yeux au ciel, se détacha du rocher et aussitôt disparut en lair. Soudain je me suis senti bouleversé, profondément troublé, assailli de doutes. Etait-ce vraiment la Madone ou non? Je suis resté encore un instant au pied de la grande haie près du Scoglio et je suis rentré à la maison. Jai aussitôt pris plume et papier et jai mis par écrit pour ne pas oublier les paroles que je venais dentendre de la jeune dame.
Deuxième apparition
Le matin du 12 mai 1968, à peine levé, je vais au Scoglio. Je prie un peu mais je ne vois rien. Tard le soir, une forte pulsion intérieure me presse de retourner au Scoglio.
A peine arrivé sous la grande haie, face au rocher, je lève les yeux, je regarde vers le Scoglio, et soudain je suis éclairé par une lumière éblouissante (accecante).
Le Scoglio brille comme en plein jour. Den haut descend un phare de lumière. Il projette ses rayons sur le Scoglio et, dans cette merveilleuse lumière, soudain apparaît la jeune dame. A peine lai-je vue que les jambes me manquent: je tombe à genoux et je dis dune voix tremblante:
Si vous êtes la Madone, aidez-moi.
Elle incline la tête et me répond:
Je taiderai, mais les tribulations et les souffrances ne te manqueront pas. Ne te décourage pas, je serai avec toi et je te soutiendrai de ma main. Le Seigneur veut te faire instrument de Son Amour pour le salut des âmes.
Cela dit, elle me sourit, regarde le ciel, incline la tête et disparaît en haut.
Ce soir-là je neus point peur; une grande joie et paix envahirent mon cur. Je retournai à la maison, heureux, et je me mis aussitôt à écrire les paroles que la Sainte Vierge mavait dites.
Troisième apparition
Le 13 mai 1968, plusieurs fois durant la journée, jallai au rocher pour prier et pendant que je priais au pied du Scoglio, je perçus un intense parfum de fleurs. Le soir venu, plus ou moins à la même heure, une même impression et une force mystérieuse mattirent de nouveau vers le rocher. Jy vais, je me mets à genoux et commence à réciter lAve Maria en regardant le haut du rocher. Soudain, comme si le ciel souvrait, je vois un faisceau lumineux descendre sur le Scoglio et, dans ce faisceau de lumière, apparaît la Sainte Vierge. Je lui demande:
Vierge sainte, dites-moi ce que vous voulez que je fasse pour vous?
Elle incline légèrement la tête et me dit:
Je te demande la faveur de transformer cette vallée.
Linterlocutrice parle avec déférence à Cosimo, comme elle parlait à Bernadette, le 18 février 1858, en limplorant «davoir la grâce» de venir
Elle continue:
Ici je désire un grand centre de spiritualité où les hommes trouveront paix et soulagement. En ce lieu, Dieu veut ouvrir une fenêtre vers le ciel. Par ma médiation, il veut manifester sa miséricorde.
Après ces paroles, la Sainte Vierge resta en silence un court moment, puis elle me sourit doucement et disparut aussitôt.
Alors je me lève en hâte et je vais à la maison pour noter ce que la Sainte Vierge mavait communiqué.
Quatrième apparition
Le lendemain, 14 mai 1968, comme la veille, durant la journée je me rends au Scoglio pour prier et je ressens encore une fois le même parfum de fleurs. Le soir, un moment après le crépuscule, je ressens en moi comme un appel à retourner au Scoglio. En arrivant, je me mets à genoux et commence à prier. Du ciel, je vois descendre le faisceau de lumière et au même moment, sur le rocher, au milieu dune telle splendeur, la Sainte Vierge apparaît. Elle fait, de la tête, linclination habituelle, puis elle commence à parler. Elle me dit dune voix pénétrante affligée:
Si les hommes se convertissent, se repentent de leurs péchés, se confessent, se rapprochent de Dieu et sils se mettent à laimer de tout leur cur, Dieu sapprochera deux et les accueillera dans sa maison.
En prononçant ces paroles, le visage de la Madone devient triste. Elle resta quelques minutes en silence puis prit de son bras le Rosaire lumineux, elle tend la main vers moi et me dit:
Voici mon Rosaire, quil soit ta prière quotidienne. Offre-la à mon Cur immaculé pour la conversion du monde, le triomphe du règne de Dieu, la paix des nations et le salut de lhumanité.
Ces paroles dites, elle joint lentement les mains, reste un moment comme absorbée en prière, puis baisse la tête, madresse un sourire dune merveilleuse douceur et disparaît aussitôt, en laissant un délicieux parfum.
Presque aussitôt, je suis retourné à la maison. Jai pris la plume et jai écrit encore cette fois tout ce que la Madone mavait adressé.
La chapelle
Environ trois ans après la première apparition de la Madone [1971], jai fait construire avec la contribution des fidèles une chapelle à côté du rocher.
Puis, au printemps 1976, jétais à la recherche dun peintre pour réaliser limage de la Madone selon lapparition que javais eue.
Je ne parvenais pas à trouver un peintre professionnel mais on mindiqua une personne de Caulonia, un certain Ilario Tarsitani; un de ses hobbies était aussi la peinture. A peine contacté, il se rend aussitôt disponible et commence à exécuter limage, selon mes indications.
Irrégulièrement je me rendais chez lui pour suivre le travail. Lartiste peignait bien, mais arrivé au cou, sa main se bloquait et il ne parvenait point à aller de lavant. Il décida de prendre une autre toile et de tout recommencer (daccapo).
Mais pour la seconde image encore, en arrivant près du cou, il subit le même blocage, abandonne et recommence aussitôt sur une toile «neuve». Pour cette troisième image, arrivé près du cou, le peintre est bloqué de nouveau.
Quand je retournai chez lui, il maccompagna dans latelier et, découragé, il me demanda:
Dites-moi donc ce que je dois faire puisque, même cette fois-ci je ne réussis pas à lachever.
Je ne savais que lui répondre et je lui dis:
Ne vous en souciez pas, la Madone y pensera
Et je suis parti en prévenant:
Je reviendrai demain.
Le lendemain soir, je retourne chez lui. Il vient mouvrir, larmes aux yeux, il me prend par le bras et me conduit vers latelier en disant:
Venez voir ce qui est arrivé.
Nous sommes arrivés devant limage et, avec grande stupeur, je vois quelle était achevée, y compris le visage. Je lui dis:
Vous lavez déjà complétée?
Et lui, plein démotion, me répond:
Je nai rien fait. Elle sest faite seule (da sola) durant la nuit. Aujourdhui jétais venu de bon matin pour finir le travail et avec grande surprise jai vu limage achevée.
Il ajouta:
Maintenant je dois seulement peindre les pieds et faire quelques retouches.
Je lui répondis:
Ny mettez plus la main, laissez comme cest.
Le jour suivant, je me suis rendu chez lui avec un ami pour prendre limage. Nous lavons transportée chez moi en auto et, quelques jours après, nous lavons installée dans la chapelle.
Une fois mise en place, je me suis aperçu quen me déplaçant dun point à lautre de la chapelle, les yeux de la Madone me suivaient comme sil sagissait dune personne vivante et cela fut constamment vérifié par de nombreux pèlerins.
Les peintures «miraculeuses» dont on parle ne sont généralement pas des chefs-duvre dexposition picturale. Limage est fidèle à ce qua vu Fratel Cosimo, sans égaler ce quil a vu. Il sait bien que lapparition est ineffable et quon ne peut pas «faire comme cétait», selon la formule de Bernadette.
(A suivre)
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