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A loccasion du 750e anniversaire de la mort de Claire dAssise, petite sur spirituelle du Poverello, nous louons Dieu en communion avec toute la Famille Franciscaine.
Quand Claire entendit parler des prédications de Saint François et de sa sainteté, son âme assoiffée alla rencontrer plusieurs fois cette icône vivante de lEvangile. Moments extraordinaires de grâce qui illuminèrent et orientèrent toute sa vie.
Elle ne trouva pas dans les diverses communautés de son époque lélan quil avait éveillé en son cur. Elle voulait vivre comme saint François et ses compagnons. Il la conduisit à la petite église de San Damiano, et elle y déposa consécration entre les mains du Poverello, bien que cet acte soit réservé aux évêques.
Lesprit de François incarné au féminin
A lexemple des Frères mineurs, un petit groupe de dames rejoignit Claire à San Damiano, à la recherche dune vie évangélique vécue dans la pauvreté, la simplicité, le travail des mains, dans la prière et la charité fraternelle à la suite du Christ. Parmi elles, Catherine, sa petite sur, puis sa maman, des amies et des proches.
Dans son testament, Claire note que François «a écrit un modèle de vie, en sorte que nous persévérions toujours dans la sainte pauvreté». Elle le considéra toujours comme la forme constitutive de son groupe, fruit du chemin spirituel de la communauté naissante, avec le même esprit que celui des Frères mineurs. Au fil des jours, à partir de leur expérience de vie et des enseignements de saint François, se constituent les observantiae s. Damiani.
Plus que tout, cette communauté nouvelle est caractérisée par ce que les Surs appelèrent «le privilège de la haute pauvreté» (c-à-d. de ne rien posséder), obtenu du pape Innocent III. En témoigne Sur Béatrice, pour qui «la sainteté de sa Mère et Sur se révèle dans la virginité, lhumilité, lassiduité à loraison, le mépris de soi, dans la ferveur de lamour de Dieu, dans le désir du martyre, mais résidait massivement dans lamour du privilège de la pauvreté». Tandis que Sur Philippe rappelle que Claire «honorait le privilège de la pauvreté avec beaucoup de révérence, quelle le gardait bien et avec diligence, craignant pour ne pas le perdre».
A la fin de sa vie, au terme dune expérience religieuse communautaire menée librement selon lEsprit, Claire sentit la nécessité décrire une règle qui en fixe les points essentiels, notamment la volonté dune totale communauté de vie entre les Frères mineurs et les Surs de San Damiano, en filiation franciscaine, par la règle de saint François. Ce fut la tâche du cardinal Ugolino dinscrire ce nouveau ferment évangélique féminin dans le cadre législatif de lEglise.
Fait nouveau dans lEglise, jamais une femme navait eu cette audace décrire une règle! Claire est la première femme à dicter les principales orientations de son Ordre, signe indubitable de son rayonnement spirituel, depuis ses consurs jusquaux Pontifes romains.
Claire dut lutter vigoureusement pour défendre le lien originel, fondateur, de sa communauté avec les Frères mineurs. Quand Grégoire IX interdit aux Frères mineurs lentrée à San Damiano sans son autorisation, Claire, «sapercevant que les Surs auraient plus rarement la nourriture de la sainte doctrine», opposa ce que nous appellerions aujourdhui une grève de la faim, en renvoyant les Frères quêteurs qui pourvoyaient au nécessaire pour les femmes de San Damiano:
«Quil les enlève tous désormais, les Frères, après quil nous a enlevé ceux qui nous donnaient la nourriture de vie!» dit Claire, révélant, par un renversement des termes, laspect dramatique de la lutte (Le pain spirituel étant prioritaire vis-à-vis du pain pour le corps).
Le lien particulier des Surs de San Damiano avec les Frères mineurs, établi et rendu sacré par Claire dans «la forme de vie» et les ultimes volontés de François, était en fait mis en cause. La possibilité «de se réjouir ensemble à la table du Seigneur» était rompue, en vertu dun projet de mise en clôture tout à fait étranger à la recherche spirituelle des Surs. Personnalité hors du commun, dans une vie tout ordinaire, Claire sut tenir tête et convaincre le pape pour obtenir davoir des Frères au service des Surs, comme de voir sa règle approuvée par lui, nonobstant linterdit du Concile de Latran (1215)!
Ouverture au monde et don de soi
Malgré les normes rigides imposées par lEglise, Claire, qui éprouvait une grande compassion pour les affligés, demeura ouverte aux pauvres et à ceux qui souffrent de corps ou desprit. San Damiano devint pour les pauvres dAssise et des alentours un but, un refuge, un lieu despérance et de consolation. Claire traçait sur leur front le signe de la croix et leur rendait la santé et la paix. Beaucoup denfants lui étaient présentés. Pleine de tendresse et daffection maternelle, elle posait sur eux sa main secourable et guérissante. Par ses conseils et ses encouragements, elle aidait les couples et les familles à se réconcilier.
La communauté cloîtrée de San Damiano ne fuyait donc ni la population dAssise ni le monde. Elle en constituait le cur priant, la garde avancée. En 1240 les troupes sarrasines à la solde de Frédéric II pénétraient en armes dans le cloître du monastère de San Damiano, hors les murs dAssise menacée. Claire, avec le tempérament qui la toujours distinguée, ne cède pas à la panique. Elle comprend sa responsabilité et son devoir de sentinelle vis-à-vis de ses compagnes, mais aussi dAssise. Comme Jésus sest offert pour le salut du monde, Claire soffre en victime sacrificielle pour ses Surs et sa ville. Elle rassure ses Surs puis se fait porter en tête avec «par-devant un coffret où était le Saint Sacrement du Corps de notre Seigneur Jésus-Christ» et en prière, elle affronte ainsi la soldatesque, qui recule devant ce détachement désarmé de femmes religieuses, sans leur faire aucun mal.
Lannée suivante, Assise est assiégée par Vital dAversa. Claire se fait raser et se couvre la tête de cendre, de même que toutes les Surs, et elles entreprennent un jeûne pour libérer la ville dAssise, parce que, dit Claire, «nous avons reçu de nombreux bienfaits de cette ville et cela implique que nous devons prier Dieu pour quil la garde».
De nombreux miracles sont rapportés, notamment celui du demi-pain partagé pour nourrir 50 Surs, et celui du cruchon dhuile vide soudain rempli.
La spiritualité de Claire
Son Dieu est le «Père des miséricordes», le donateur de tous biens, de tout ce que Claire a reçu (François, la communauté de femmes de San Damiano
). Cest Celui qui «a mis en elle» son Esprit Saint, qui la «gardée». Pour Claire qui a fait lexpérience de la bonté et de la douceur du Père, Dieu se laisse toucher, adorer et aimer surtout en Jésus.
Son Jésus est celui qui «veut apparaître dans le monde méprisé, nécessiteux et pauvre pour que les hommes, si pauvres et si nécessiteux et tellement affamés de nourriture céleste, deviennent riches en lui, en possédant le royaume des cieux». Cest aussi le Christ mort sur la croix, pour nous donner lEsprit. Cest lAmour qui se vide de lui-même, qui se fait pauvre, se prive de toute puissance et de tout pouvoir, celui qui vient pour servir et non pour être servi. Claire «voit» toute la vie de Jésus dans une pauvreté radicale: «Pauvre, il fut mis dans la mangeoire, pauvre il vécut dans le monde et nu il fut sur la croix». Cest sur la Croix que Jésus est Seigneur: Celui qui «siège glorieux sur un trône détoiles», qui «a gouverné et gouverne ciel et terre et Celui qui a parlé, et toutes choses furent créées». Aussi pour Claire, la pauvreté nest pas un simple conseil de lEvangile, mais un commandement. Cette pauvreté ne consiste pas seulement dans le manque de ressources économiques qui procurent de la sécurité, mais aussi dans un partage des conditions de marginalité des pauvres, celle du rejet de toute forme de pouvoir, de consensus et de succès. Avec François, Claire opère un renversement des valeurs du monde, celui de la semence qui, si elle ne meurt pas, ne peut porter de fruits.
Claire reconnaît le Saint Esprit comme linspirateur de son appel à la vie consacrée et de sa recherche de perfection évangélique. Elle éprouve le Saint Esprit comme lArtisan et le Gardien de la vie divine à laquelle le Seigneur la destine et la conduit. Cest Lui qui la pousse à la joie et à lexultation, cest Lui qui suggère à son cur ce que les paroles sont incapables de formuler, du feu de son expérience spirituelle. Comme François le lui dit, elle se sait «épousée du Saint Esprit», à la suite de Marie, image la plus essentielle et la plus accomplie de lâme fidèle, celle qui sest si bien ouverte au Saint Esprit quelle engendra le Seigneur.
Toi Seigneur sois béni, toi qui mas créée
A soixante ans, le 11 août 1253, Claire dAssise rendait son âme à Dieu. La veille au matin, elle avait pu embrasser et serrer sur son cur la Bulle du pape Innocent IV venu lui confirmer la «règle de vie» de son Ordre dans la filiation de saint François, avec «le privilège de la très haute pauvreté». Cétait la reconnaissance par lEglise, que ce quelle avait expérimenté avec ses compagnes venait bien de lEsprit Saint et ne devait pas être étouffé. Tout était accompli, elle pouvait laisser son âme rejoindre Celui quelle avait tant adoré, loué, aimé et servi dans la pauvreté. Pour ce passage, sont aussi présents les compagnons notables du Poverello: Ginepro, Angelo et Leone, dans lobéissance à lengagement promis à François dune sollicitude particulière pour Claire et ses Surs.
Ses ultimes paroles recueillies par ses compagnes sont un dialogue avec son âme où elle reconnaît cette présence pleine damour et de tendresse que Dieu lui a manifestée à chaque moment de sa vie. Dans labandon confiant qui a marqué toute sa vie, elle peut bénir la vie et celui qui la lui a donnée:
«Va sûrement en paix, tu auras bonne escorte. Cependant, que celui qui ta créé auparavant ta sanctifié; et ensuite, que celui qui ta créé a mis en toi lEsprit Saint et il ta toujours gardé comme la mère garde son enfant qui laime. Et elle ajouta: «Toi Seigneur sois béni, toi qui mas créée.»
Des fruits qui demeurent
Avec les pauvres femmes de San Damiano, Claire a montré lordre sur lequel la papauté sest appuyée pour renouveler le monachisme féminin: une nette radicalité de vie, ancrée dans la contemplation, fondée sur la pauvreté entendue comme condition dune vie accueillie dans sa nudité essentielle et dans une totale dépendance du Père. En même temps quelles furent les plus ferventes et rigoureuses interprètes du message de François, elles réveillèrent dans lEglise et la société les valeurs évangéliques de la pauvreté radicale et de la petitesse.
Sa spiritualité unit harmonieusement la recherche de lunion transformante avec Dieu, et la présence responsable au monde. Elle assume tensions et souffrances, dans une recherche de plénitude que seul Dieu peut donner, et où vivre sans compromis ni fléchissements, à la suite du Christ, ne peut se faire sans peine ni fatigue. Lhomme ne peut se retrouver lui-même quen se détachant des démons de la domination, de la possession et du pouvoir, pour se faire après François et Claire pauvre et serviteur de tous, créature accueillante, capable de pardon et de bénédictions. Cest pourquoi dans une société qui idolâtre la facilité et la consommation, son témoignage est si percutant.
Libre reprise de la conférence de Clara Gennaro
le 8 février à Camposampiero,
in Portavoce 6/2003, p. 13-28.
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