Catholiques au Tibet

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Au pays du Tibet «interdit» où règne l’omniprésence du Bouddha, la présence des chrétiens remonte en 1867. Malgré les nombreuses persécutions qu’elle a subies, la petite communauté catholique de Yanjing est restée fidèle à sa tradition. Au mois de mai, «l’Aide à l’Eglise en Détresse» (AED) a rencontré ces témoins audacieux d’une chrétienté vivante!

Le Tibet passe communément pour être le «Toit du Monde». C’est dans les hauteurs de ses montagnes, à la frontière sud-ouest de la Chine, que naissent quelques-uns des grands fleuves d’Asie, dont le Yangtsé et le Mékong. La région supérieure du Mékong est appelée «Lancang River» par ses habitants. Des générations entières de tribus tibétaines ont vécu de l’exploitation des sources salines sur les rives du fleuve. De ces sources est issu le nom du petit village tibétain Yanjing qui signifie «saline» dans la langue du pays.
Contrairement au Tibet fortement bouddhiste, la population de Yanjing est catholique. La première mission catholique fut fondée il y a près de 150 ans par des missionnaires français qui souhaitaient poursuivre de là l’évangélisation vers la Chine. Seuls quelques descendants ont survécu.
Comme la communauté catholique grandissait, les missionnaires européens édifièrent en 1873 à Yanjing la première église catholique. Elle est aujourd’hui la seule église catholique au Tibet et constitue depuis plus de 90 ans un lieu sacré pour la tribu tibétaine Yanjing. Bien que méfiants au début, les Tibétains acceptèrent peu à peu ces étrangers aux visages pâles et aux étranges traditions.
Lors de la prise du pouvoir par les Communistes en Chine en 1949, le dernier prêtre catholique chinois, le Père Du, fut assassiné. Peu de temps après, tous les missionnaires étrangers furent chassés du pays. L’Eglise catholique fut victime de graves persécutions, à Yanjing et dans toute la Chine.
En 1980, le gouvernement chinois assouplit les restrictions affectant la pratique religieuse en menant une «Politique ouverte». Le Bureau officiel des affaires religieuses reconnaît les communautés chrétiennes. Une main de fer n’en contrôle pas moins tout déplacement de touristes et de commerçants.
Dans la région de Yanjing, bouddhisme et catholicisme connurent une renaissance. Toutefois, le prêtre Lu Ren-Di, qui fit ses études au séminaire de Beijing, dut attendre 1997 pour pouvoir retourner dans son village natal et y devenir prêtre. «Ma famille est croyante depuis des générations. Mon grand-père assistait quant à lui le prêtre – dans cette même église. C’est pourquoi j’ai voulu devenir prêtre dès mon plus jeune âge.»
Le village de Yanjing compte plus de mille habitants. Autrefois fortement catholique, le village comprend aujourd’hui une communauté bouddhiste de plus en plus importante. Un tiers de la population est bouddhiste, que ce soit par immigration ou conversion. Les maisons des bouddhistes sont reconnaissables à leurs bannières de prière suspendues aux toits et flottant tels des mantras vers le ciel à la gloire des dieux.
Seny, 79 ans, est bouddhiste depuis son enfance. Son mari, décédé, était un catholique fervent. Les sept membres de sa famille sont tous bouddhistes. Seny ne voit aucune différence entre le bouddhisme et la foi catholique-romaine: «ils sont bons tous les deux».
Niu, 65 ans, était un lama bouddhiste mais sa femme, aujourd’hui décédée, et ses sept enfants sont catholiques-romains. Sa belle-fille, chez qui il vit, est aussi une catholique fervente. Un jour, son beau-père lui a dit: «Tu peux croire en ce que tu veux». Niu n’a jamais incité personne à se convertir au bouddhisme.
A Yanjing, les catholiques sont reconnaissables à leurs prénoms plutôt chrétiens que tibétains. La famille de Niu se compose de bouddhistes et de catholiques. L’aînée de ses petites-filles s’appelle Madeleine, la cadette porte le prénom tibétain de Luosang.
A Yanjing, les rapports entre bouddhistes et catholiques sont pacifiques. Les conditions de vie et les caprices de la nature exigent d’eux une solidarité permanente. Toutefois, cette communauté ne fut pas toujours aussi pacifique. Entre 1904 et 1949, il y eut une série de conflits inter-religieux où de nombreux catholiques durent mourir pour leur foi.
La victime la plus célèbre fut le Père Maurice Tornay, chanoine du Grand-Saint-Bernard, fondateur d’un monastère catholique au nord-ouest de Yunnan, où il forma plusieurs ecclésiastiques. Jouan, qui n’est pas devenu prêtre, fut l’un de ses premiers étudiants.
«En 1945, on a envoyé le Père Tornay à Yanjing. Les moines du monastère bouddhiste de Ganda désigné par le gouvernement tibétain pour gérer toute la région de Upper Yanjing exerçaient une sorte de dictature. Il n’y avait donc pas de place pour les catholiques. Les habitants catholiques de Upper Yanjing devaient adopter des prénoms bouddhistes.» En janvier 1946, le Bienheureux Maurice Tornay est chassé de force par les lamas. En 1949, en se rendant à Lhasa pour porter plainte contre le monastère de Ganda, il tombe dans une embuscade à la frontière du Yunnan et du Tibet et meurt martyr.
Lors du retour du Père Lu Ren-Di, le monastère de Ganda a demandé officiellement pardon pour cette erreur historique. «Moi aussi, j’ai demandé pardon», confie le Père.
Avec le soutien d’un petit nombre de fidèles, il donne des cours de catéchisme et des conseils pratiques pour satisfaire aux besoins spirituels des habitants tels que la préparation de la pâte pour les hosties. Le Père Lu Ren-Di doit participer également aux affaires du district. La capitale du district est toutefois à 300 kilomètres.
Août et septembre, est le temps des vendanges. Cette tradition date de la présence des missionnaires français qui introduisirent la production du vin. Depuis des générations, la plupart des familles cultivent une petite parcelle de vigne dans la région de Upper Yanjing. Et à chaque saison, Sœur Anne aide à la fabrication du vin de l’église, très réputé. Celui-ci est destiné en premier lieu à la Sainte Communion, mais aussi à l’accueil des hôtes.
A l’aube du IIIe millénaire, l’Eglise catholique est bien vivante dans ces terres lointaines. Malgré les persécutions, la majorité des chrétiens est restée fidèle, davantage même, leur nombre est allé grandissant. On compte aujourd’hui environ huit mille catholiques dans les marches tibétaines et à Yanjing (Tibet oriental ainsi que les territoires frontaliers du Yunnan et du Sichuan).
Dans le cadre de la mission d’aider les Eglises locales les plus souffrantes et nécessiteuses, l’AED agit au Tibet. Actuellement, elle aide financièrement la petite communauté catholique de Yanjing en participant à la reconstruction de son église et à l’achat d’une voiture au Père Lu Ren- Di.

Pascale Schütz


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